04.09.2010
Met de trein
Jusqu'au 12 septembre se tient au Lamot, à Malines, l'exposition Met de trein, qui figure au programme officiel des "festivités" organisées à l'occasion du 175ème anniversaire du train en Belgique. Si elle n'a, malheureusement, reçu que peu d'échos dans la partie francophone du pays, c'est sans doute en raison de son caractère unilingue flamand. Ce n'est pas ça qui est dommage. C'est plutôt, dans ce pays, le repli sur soi, le refus d'aller vers l'autre, dans toutes les langues. Passons.
Met de trein propose une expérience sensorielle tirée des voyages en train de nos aïeux. On est loin des habituelles concentrations de ferrovipathes et des parallèles de locomotives anciennes. Pas question non plus d'une abondance d'artifacts, d'une collection exhaustive de reliques du rail. Le parcours se réduit à une contemplative entrée en gare, les quelques instants avant l'embarquement étant magnifiés, peut-être même sublimés.
Des modèles réduits des glorieuses vapeur des débuts, jadis exposés au Musée du rail à Bruxelles-Nord, annoncent, avant même d'avoir atteint les guichets, un voyage dans le temps. Plus loin, une maquette de la future gare de Malines est opposée à une toile d'époque représentant le tout premier bâtiment voyageurs, au 19ème siècle. On entre en gare en poussant la première porte, celle qui mène à la salle des guichets, où on remarque d'abord l'antique tableau annonçant les trains au départ. L'évocation est minimaliste, mais c'est bien l'empreinte laissé au voyageur occasionnel, surtout s'il est pressé, par ces quelques secondes précédant l'achat du billet et la montée à quai.
Des valises empilées sur un chariot et un mur d'anciennes affiches rappellent qu'à une certaine époque, il n'y a pas si longtemps, le train était le premier moyen d'évasion. La côte belge, les grottes de Han, la citadelle de Dinant se visitaient par le rail. C'était l'époque des gens humbles et réservés, des belles toilettes, des voitures enfumées, comme le rappellent trois compartiments aménagés avec le mobilier d'antan. Tout au fond sont projetés des films de parcours ferrés, qui ont sans doute formé une génération de machinistes aux particularités de lignes aujourd'hui électrifiées. Voilà donc la gare de Roborst, avant celle de Munkzwalm! Un bref instant, le regard est celui de Paul Delvaux, dont quatre toiles authentiques, issues de collections privées, tapissent très dignement la paroi d'un des compartiments.
Comment ne pas repartir avec un regard émerveillé sur ce parcours certes sommaire, mais ancré dans l'imaginaire populaire, des chemins de fer d'antan? Dans ce pays au surréalisme étrenné, où les trains se vident avant de franchir les frontières, il faudrait se rappeler du temps où nous étions unis et forts, l'un chez l'autre, amis et fiers, l'un de l'autre. Cinq minutes, lors d'un matin éveillé, entre la gare et le quai, suffisent pour s'en rendre compte. Cinq minutes, en train ou met de trein, au fond, c'est la même chose.
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25.08.2010
Un tour de Belgique en train
Il y a bien longtemps, avant les maisons-musées et les jeux vidéo, des hommes en quête de petits exploits s'amusaient à parcourir, vingt-quatre heures durant, le plus grand nombre de kilomètres en train. C'était avant le démantèlement du réseau, avant les liaisons cadencées, quand le rail lui-même était encore vécu comme un exploit. C'était avant la vie tambour battant, avant l'impatience générale, avant les arythmies chroniques.
Ce sont ces hommes-là que j'ai voulu saluer bien bas, à travers le temps, en m'aventurant, ce mardi 17 août, pour un tour d'horloge, à travers la Belgique. Je n'ai cherché ni l'exploit, ni les maxima, mais juste une expérience. Celle de voir défiler heure après heure, de gare en gare, son pays fracturé. J'aimerais le faire chaque année, pour mieux me soigner et pouvoir raconter un jour qui étaient les Belges.
Ceci est le carnet de route, le carnet de rail, de ce carré belge en un tour de montre, de ces 488 kilomètres en douze heures et deux minutes, de ces huit trains, tous à l'heure, par-delà la Sambre, l'Escaut, le Démer. Ceci est le détail de ce voyage à 35 euros et 90 centimes, le regard posé sur tout ce qui a filé et défilé.
PROLOGUE - Lobbes - Charleroi-Sud (train L 4776 assuré par l'AM classique 733, départ 06h31, arrivée 06h53)
Une légère bande de bleu dans la grisaille des cieux laisse espérer une journée moins humide. Je rentre dans la gare et salue l'assemblée (c'est une tradition à Lobbes!). Le sous-chef de gare ouvre la porte et j'emmène la longue procession de voyageurs vers le quai. L'automotrice déroule doucement, avant d'absorber la foule pressée. Le trajet est sans surprise; personne ne monte à Hourpes. Avec toute cette pluie, les barrages de la Sambre sont ouverts. Ca aussi, c'est la gestion des flux. On arrive à Marchienne-Zone; les navetteurs somnolant ouvrent un oeil. Cette ambiance, que je connais bien, éveille ma faim. Je déjeunerai à Charleroi.
PREMIERE ETAPE - Charleroi-Sud - Kortrijk (Courtrai) (train T6904 assuré par une triplette d'AM classiques 709+974+?, départ 08h03, arrivée 09h39)
Le vieux convoi s'élance, à l'heure et presque vide, dans le sillage de l'IC D, qu'il semble vouloir rattraper. Entre Carnières et Morlanwelz, mon regard se perd dans la Wallonie profonde, entre les terrils et les toitures usées. A La Louvière et Mons embarquent de petites familles, sacs de plage en bandouillère, puisque ce train aura De Panne (La Panne) pour destination finale. En attendant, les lignes s'enchaînent. Après la 112, la 118 et la 97, voilà la 78 et les points d'arrêt blafards de Ville-Pommeroeul et Callenelle, traversés avec mépris. De petits animaux, lapins en tête, fuient les voies au dernier instant. A plein tube, par la fenêtre, je découvre Péruwelz et Antoing, puis Tournai et Mouscron, plus belles que dans mon souvenir, où l'on charge encore pelles et rateaux. Le pays s'est aplati et les éoliennes plantées avant Kortrijk (Courtrai) me donnent le mal de mer. C'est dans la cité des éperons d'or que je délaisse les vacanciers d'un jour, médusés par le retour de la pluie.
DEUXIEME ETAPE - Kortrijk (Courtrai) - Antwerpen Centraal (Anvers Central) (train IC C 731 assuré par un binôme d'AM96 485+475, départ 10h43, arrivée 11h55)
Après un café et une courte marche autour de la gare, je repars à travers les Flandres par les lignes 75 et 59. Entre Waregem et Deinze, je m'étonne de la minceur du sillon ferré. Depuis longtemps, sans doute, les cours à marchandises ont cédé devant l'appétit de l'habitat urbain aux contours formatés. C'est moins frappant à De Pinte, où serres horticoles et villas cossues donnent aux rails un peu d'air. Mais voilà déjà Gent St. Pieters (Gand St. Pierre), la "crénelée", et Gent-Dampoort (Gand-Dampoort) avec son faisceau gonflé lié au port. Peu avant Lokeren, un vieux moulin à vent, majestueuse relique, trône le long des voies. De jeunes Flamands bien fringués, à l'abondante chevelure, montent à bord, les plaisirs de la ville en vue. A Sinaai et à Zwijndrecht s'érigent encore d'anciennes gares que je viendrai admirer le moment venu. Le train ralentit et on approche de Berchem, avec ses niveaux et cloisons. C'est que mon impatience grandit: me revoici enfin à Antwerpen Centraal (Anvers Central), la mère de toutes les gares belges.
TROISIEME ETAPE - Antwerpen Centraal (Anvers Central) - Aarschot (train L 2862 sous l'impulsion de l'automotrice Break 387, départ 12h51, arrivée 13h40)
La merveille anversoise laisse un souvenir ébloui, garant de plusieurs retours et d'un travail sans fin. Un autre voyage, une autre destibnation m'attend alors que l'omnibus vers Louvain se faufile déjà dans la timide banlieue. A petit train, petits voyageurs. Ca monte de partout, ça descend vite. La place de la gare à Boechout est plus jolie que la station elle-même, toute cognée par le temps. Après Lier se succèdent des points d'arrêt aux quais de rouge et de noir zébrés. A Heist-op-den-Berg, une gare moderne a réussi le défi de l'harmonie sur une place aux jolies façades bourgeoises. A Booischot, lorsque le train ralentit, je vois les emprises du chemin de fer s'élargir. Je pressens, j'espère une gare ancestrale, mais elle a disparu, laissant un vide jamais comblé. A Aarschot, au moins, l'édifice ferroviaire, quoique austère, tient son rang. Sorti du train, je temporise et cherche à le saisir, de prise en prise, par l'image.
QUATRIEME ETAPE - Aarschot - Liers (train IR c 2913 assuré par l'automotrice Break 358, départ 14h13, arrivée 15h19)
Je suis en terrain inconnu, force est de le reconnaître. Les sentiments sont aux aguets et je passe de l'extase au désespoir lors de ce trajet, qui relie quelques gros bourgs limbourgeois à Hasselt puis, assez maladroitement, à la pâle banlieue liégeoise. Diest et sa campagne sauvage, sur les berges du Démer, m'envoutent un peu, c'est vrai. Deux ados à vélo, enjoués sur le fietspad, saluent le train. Je souris encore, avant la gare d'Hasselt, à la vue d'un vieux locotracteur de la série 91. Mais ensuite je peste, quand j'aperçois, à travers la vitre du train, une énième station où les voitures, rangées de façon maniaque, ont remplacé les bâtiments voyageurs. A Tongeren (Tongres), les derniers Flamands descendent; personne sauf moi ne franchira la frontière régionale. Si je me rends à Liers, c'est par curiosité et pour comprendre pourquoi tant de trains y viennent garer. Mais c'est un trou mal famé où rien ne se voit vraiment. L'étape suivante se fait attendre; j'aurais dû poursuivre sans retenue vers les Guillemins.
CINQUIEME ETAPE - Liers - Liège-Guillemins (train IR m 4016 limité à Gouvy, assuré par l'AM96 481, départ 15h54, arrivée 16h16)
C'est l'étape la plus courte mais c'est loin d'être un contre-la-montre, car il s'agit d'un trajet de banlieue, à vitesse réduite, sans ambition si ce n'est la destination elle-même. Le marasme prime encore jusqu'à Herstal, que je n'ai jamais vue que sous la pluie. A Liège-Palais, on attend toujours la nouvelle gare parce que, là, on est loin du palace! Le voyage est morose; les quais disparaissent comme autant de passerelles vers l'ennui. Mais Jonfosse passée, je me sens aspiré vers la lumière. Le soleil a réussi une percée, de sorte que Liège-Guillemins brille littéralement lorsque l'automotrice m'y arrête. Après tant de pluie, les voyageurs ont le sourire facile. Je me poste devant la gare, à laquelle on n'accédait encore, il y a quelques mois, que par une structure temporaire en préfabriqué. Ne dirait-on pas désormais que la gare, de ses lèvres pulpeuses, vous embrasse lorsque vous y venez? Anvers-Central et les Guillemins sur la même journée: je suis comblé. Mais quel contraste!
SIXIEME ETAPE - Liège-Guillemins - Charleroi-Sud (train IC D 939, assuré par les AM96 471+445, départ 16h47, arrivée 18h00)
Dix heures que je suis le long des rails. Le tour se boucle par un parcours classique dont je ne me lasse pourtant jamais. Il y a tant à voir, tant à aimer, entre les quartiers sales de Sclessin et Seraing et le repère des postainiers, entre les carrières et les vieux chantiers, à Namèche, à Floreffe, à Auvelais. La voie 1 à Tamines a été déposée: il faudra que j'y vienne encore. Peu à peu, le train s'est empli de visages connus, de voyageurs familiers que je croise souvent à la fin de mes journées de travail. Mon extraordinaire parcours en arrive à ses derniers kilomètres. Voilà quand même Aiseau, Farciennes, Châtelet: des lieux à remettre au calendrier. L'automotrice déroule déjà. Je me prépare à un énième transit par le Pays Noir.
EPILOGUE - Charleroi-Sud - Lobbes (train L 4768 assuré par l'AM classique 768, départ 18h12, arrivée 18h33)
Un tour d'horloge, un tour en train plus tard, je reviens aux pénates, des images plein la tête. Ce dernier trajet, qui est mon quotidien, je n'en suis jamais blasé. La ligne vit; on y travaille. Ce soir, la 6262 d'Infrabel est garée dans le faisceau à Marchienne-Zone. Dans peu de temps, toute la circulation basculera sur l'autre voie du tunnel de Landelies. A Thuin, des grillages annoncent enfin la réfection de la gare. Et, entre tous ces lieux, à gauche, à droite, il y a la Sambre, éternellement paisible, et sa petite faune sauvage. La nuit sera bonne, à refaire, dans le train de l'imaginaire, ce tour de Belgique, dans l'autre sens...
23:52 Publié dans voies à suivre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sncb, train, tour de belgique, lobbes, charleroi, charleroi-sud, courtrai, anvers, anvers-central, aarschot, liers, liège, liège-guillemins
21.08.2010
Au-delà de Purnode
Je me suis levé aux aurores, ce dimanche d'août, pour retourner voir les gares du Bocq. Quatre mille mètres à pied et quatre trains plus loin, j'ai débarqué à Purnode sous un ciel incertain. L'autorail du PFT a rebroussé chemin, tandis que Monsieur le chef de gare honoraire de Dorinne-Durnal, que je rencontrerai bien un jour, emmenait, flanqué de ses chiens, une poignée de randonneurs suréquipés le long du Bocq. Je suis resté seul à quai un bref instant, pour peser le possible et l'impossible.
Le charme du Bocq tient dans sa nature sauvage et l'abondante végétation dans la vallée qu'il a creusé. Aussi, une connaissance théorique des courbes et des voies ne se traduit pas, comme en milieu urbain, en un itinéraire certain. Contre la montre, il faut chercher, deviner, improviser. Les propriétés privées font dévier, les herbes foulées font espérér. Ainsi donc, à Purnode, j'ai perdu de longues minutes à sonder le terrain.
Je n'emporte ni GPS, ni carte, ni boussole. La carte, je la regarde sommairement la veille. Dans des reliefs accidentés noyés de verdure estivale, la marge d'erreur est donc importante. C'est pourquoi j'ai vite compris que je n'atteindrais pas ce jour l'ancienne gare d'Evrehailles. La poutre en béton sur le Bocq, que j'ai franchi, menait sur une fausse piste. J'ai pataugé dans le boue là où il fallait garder le pied ferme.
Qu'importe! J'ai rejoint la voie, perchée au-dessus d'un pont. C'est là que s'activeront, dans les mois prochains, les aventuriers du PFT. Entre fougères et ronces, j'ai suivi le routin le long des rails rouillés. Evidemment, c'est toute l'assiette de la voie qu'il leur faudra nettoyer et stabiliser, car même une draisine n'irait pas loin sur ces traverses pourries. Le ballast remis, les antiques autorails pourront un jour revenir à Evrehailles, puis à Yvoir.
Après un bon moment, je suis reparti sur mes talons, en veillant à ne pas éveiller les dieux du coin. Sans l'appel irrésistible de Senenne, je serais resté encore longtemps bercé par le silence de cet écrin rocheux et son demi-siècle de sommeil. A Purnode, en gare, je me suis tourné une dernière fois vers Evrehailles, comme pour attendre un train sorti du futur, ou du passé.
14:21 Publié dans gares des champs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : purnode, ligne 128, pft, train, gare, evrehailles, bauche
11.08.2010
Une heure à Theux
Je repense avec plaisir à cette journée à Spa, l'été dernier, et à cette étape à Theux, au retour. Une étape qui tient en une heure, soixante minutes en images toujours bien claires. Une capsule temporelle bourrée d'effets, à tourner, telle une horloge, autour de la gare. Une petite bulle dans l'océan des souvenirs, fébrile mais frivole, qui survole les voies et me ramène à quai.
Le train parti, j'ai prétendu fuir les rails vers d'autres destins. En fait, ce n'était qu'une seconde suspendue, une césure nécessaire dans la marche du temps. Dans les yeux, les réglages se font. Dans ce tri de couleurs et de matières survient aussi l'instinct des distances. Le pied plus lent, le pavé plus tendre, j'absorbe le silence comme une tiède infusion. Une heure à Theux, c'est peu.
L'objectif en main, j'ai dévalé la rue les yeux dans le dos. En fait, ce n'était qu'un au revoir taquin, un écartement standard pour mieux l'aimer. Du bas, je la surprend toute vexée de paraître si molle, écrasée par la promesse de perpétuité. Triomphant, je lui dis que je garderai longtemps l'image, pour mieux la faire chanter. Rouge de honte, la gare me tourne le dos.
Mais j'ai déjà franchi les voies à niveau et je la fixe à nouveau. Elle ne me voit pas, derrière ma crête de verdure. Or, pour l'heure, c'est la vieille cheminée que je veux faire plier. Comme elle ne m'aidera pas, il faudra forcer. Dans ce flux de distances et d'émotions survient aussi le besoin de composer, de concilier. L'oeil plus vif, le décor plus propice, j'enfile les clichés comme un glouton affamé. Une heure à Theux, c'est peu.
Car je n'ai même pas vu la ville, ses gens ou son clocher. Je suis passé sans dire bonjour, sans lire les traces laissées au fil du temps par tant de trains et tant d'itinérants. Je suis passé sans crier gare, sans la prévenir de mes airs trompeurs, de mes manières cavalières. Le train revenu, je l'ai laissée à quai, les joues toujours bien rouges, sans dire au revoir. Un jour, c'est sûr, nous nous aimerons, une heure ou deux.
23:52 Publié dans gares des champs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : theux, gare, sncb, ligne 44
28.07.2010
Faux départs à Gouy-lez-Piéton
On rate souvent le train à Gouy-lez-Piéton. J'avais fait la moitié du chemin, un dimanche dernièrement, dans la rue de la Station, entre la place communale et la gare. Un homme, pas couché de la veille, m'a dépassé à grandes foulées quand au loin est arrivé le train. Sa vaine course n'a pas été la seule car, quelque temps après, un fils allumé et sa mère en souillons ont connu la même infortune. Restés tous en place, ils ont attendu la délivrance deux heures moins une minute durant.
Le temps passe lentement à Gouy. Ces voyageurs mal préparés le savent. Dans l'heure, les quarts paraissent entiers; les demis durent une éternité. Aucun train ne passe. Des oiseaux chantent l'ennui. Toujours pas de train. Une péniche gémit sur le canal. Rien à boire, rien à manger, gare fermée. Depuis longtemps d'ailleurs, et pour de bon. Toujours pas de train, alors autant fumer.
Je laisse ces otages du temps fulminer sur les quais et je franchis le canal. La gare est une ruine mais, vue de loin, elle parait presque jolie, maquillée de vert, de ciel et d'eau, coiffée d'un nuage. Je me souviens d'elle il y a trois ans, éventrée, saccagée, violée. La voilà soignée, amputée de son aile déchiquetée, portes et fenêtres murées. Pour en faire quoi? Sans la promesse d'une affectation nouvelle, elle n'est que vestige, un mémorial, une stèle à la gloire du rail passée.
Le temps passe lentement à Gouy. Les as du faux départ le savent. Encore heureux qu'il n'y ait pas d'horloge en gare pour le rappeler! Aucun train ne passe. L'impatience les ronge. Un convoi de marchandises les nargue et disparait au loin. Rien à lire, rien à faire, gare éteinte. Depuis des lustres d'ailleurs, et pour toujours. Quand le train viendra, vite il repartira.
C'est ainsi que d'autres rateront le train à Gouy-lez-Piéton. Qu'ils aillent à Manage ou à Charleroi, peut-être qu'en pensée leur viendra le dessein, un peu fou, de rendre à la vieille gare pansée un destin un peu moins flou. Je reviendrai dans trois ans à Gouy, le long du canal ou du Piéton, coiffé d'un nuage, l'âme bercée d'illusions...
[Illustrations, de haut en bas - :tout en haut: La gare de Gouy-lez-Piéton vue de l'autre côté du canal de Charleroi, le 11 juillet 2010. :en haut, à droite: Le bâtiment est une ruine; portes et fenêtres ont été murées. :au centre, à gauche: Sur cette photo prise le 16 août 2007, on voit encore l'ancienne aile basse qui a depuis été rasée. Je vous épargne les photos du carnage à l'intérieur! :en bas, à gauche: Retour au 11 juillet 2010, avec cette vue de la petite place en pavés coincée entre le canal et la rue de la Station. :tout en bas: Vue de l'intérieur de la gare de Gouy-lez-Piéton. Remarquons l'impressionnant colmatage de la face latérale de la gare par des blocs de béton, là où on l'a amputée de l'aile basse éventrée.]
23:47 Publié dans gares des champs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gare, sncb, ligne 117, gouy-lez-piéton, gouy



