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29/06/2018

Grupont, ma gare bien loin

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[Le 20 mars 2010, saisie depuis le seuil d'un édicule aujourd'hui disparu, la gare de Grupont brille au soleil.]

Cela faisait un moment que je n’étais plus venu à Grupont. Est-ce parce que, trop sûr de sa beauté, j’ai pensé que rien ne pourrait l’emporter ? Le souvenir que j’en avais gardé, clairement, était bien plus beau que cette nouvelle réalité découverte, avec beaucoup de chagrin, le 11 mai dernier.

Que s’est-il passé pour que je te trouve si triste, agonisante, si faible ? Qui t’a fait ça ?

Plusieurs fois ces dix dernières années, j’ai passé deux heures en gare de Grupont. J’y ai débarqué encore et encore, par plaisir, sans plus me rappeler qu’il en existait d’autres. Je lui ai réservé des congés ensoleillés, juste pour la voir rayonner de sa pierre froide. Je m’y suis abandonné sans regarder l’heure.

Et là, je te vois si frêle, éventrée, si proche de la mort. Qui t’a fait ça, dis-moi ?

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[Le 11 mai 2018, j'ai découvert la gare éventrée, vandalisée, violée...]

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Entre Jemelle[1] et Libramont, les trains locaux évoluant sur la ligne du Luxembourg s’arrêtent toutes les deux heures à Forrières, Grupont et Poix-Saint-Hubert. Trois gares ardennaises, typiques, aux volumes généreux… même si Forrières présente un style se rapprochant davantage du type belge[2]. Elles ont connu des destins variés, à la croisée de chemins menant à de gros bourgs…

La gare de Forrières est aujourd’hui une habitation privée. Tout contre Poix, à la lisière du jour, j’entends encore un cœur battre… Mais à Grupont…

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[Le 2 août 2011, l'automotrice 155 assurant une desserte matinale sur la ligne 162 marque l'arrêt en gare de Grupont avant de redémarrer vers Jemelle et Ciney...]

Des trois, elle a toujours été la gare la plus isolée. Les deux autres sont entourées par l’habitat et bordées de près par des routes nationales. Grupont, elle, sépare, un peu en hauteur, les rails d’une vaste place vraiment déserte, là où jadis la cour à marchandises, bien ferrée, lui donnait une certaine animation. Et donc, pour survivre à l’abandon et au vandalisme, il importait qu’on l’habitât durablement. Et non si précairement…

Contre toute attente, avec une excitation fortement teintée d’amertume, j’ai trouvé la porte d’entrée ouverte et même défoncée. Sur le sol, dans l’entrée, gisait un carton d’Ores, avertissant d’un relevé de compteur, relevé manqué sans doute… Avril 2015… Je suis monté à l’étage, juste pour emprunter cet étrange escalier, où il fallait vite garder tête baissée, en craignant de passer au travers de chaque plancher...

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[Le 11 mai 2018, j'ai trouvé la porte de la gare grand ouverte. Je suis rentré pour constater les dégâts d'un abandon prolongé. L'escalier menant aux étages n'était pas des plus rassurants.]

Quelle tristesse de voir la gare perforée, moi qui la croyais encore habitée, protégée du temps. Moi qui aime constater la ruine et la déchéance et les prendre en images, je n’y ai trouvé aucun plaisir, aucune représentation qui l’honore vraiment.

Et dire qu’à la belle saison, on y vient de loin. En déambulant au printemps déjà, on entend souvent parler le flamand, nappé de ses sauces régionales. A l’ombre de Saint-Denis, cette gare de Grupont, jadis si accueillante, ne devrait-elle pas rester cette porte d’entrée champêtre vers un repos mérité? Peut-on la laisser ainsi disparaître par manque d’affectation, par manque d’affection véritablement?

***

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[Le 3 août 2007, à l'époque où la gare était encore habitée...]

Cela faisait un moment, sept ans passés je l’admets, que je n’étais plus venu à Grupont. L’étranger que je suis n’aurait rien pu y faire, mais je me sens coupable. Coupable de ne pas être revenu plus tôt, pour en parler, et de lui avoir donné une autre chance d’éviter l’abandon, le fracas, la pourriture, elle que peu ont aimée comme moi. Alors, cette façade défoncée, je l’assume avec une infinie détresse.

Plusieurs fois ces dix dernières années, je t’ai aimée inconditionnellement. Et si désormais pour moi tu mourras encore et toujours, de ta pierre froide tu rayonneras. Je viendrai te revoir mourir pour toujours, autant que je le peux.  

Qui t’a fait ça, dis-moi, Grupont ma gare bien loin ?

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[Le 11 mai 2018, l'automotrice 520 s'affiche en tête d'un train IC à destination de Bruxelles-Midi. Déboulant à toute vitesse, elle se fiche complètement du triste destin de la gare de Grupont.]

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[1] Il faut dire Rochefort-Jemelle désormais, mais je n’y arrive pas encore.

[2] Il n’y évidemment pas, à proprement parler, de ‘type belge’ de gares. Historiquement, l’édification des gares de notre Royaume s’opéra selon un schéma propre à chaque compagnie privée ayant existé avant la consolidation par l’Etat, puis la SNCB. Ceci dit, s’il existait, il pourrait faire référence à un bâtiment voyageurs caractérisé par un corps central à trois ou cinq travées flanqué de deux ailes basses de longueur variable en fonction de l’importance de la gare.

29/05/2018

Stock de 11 à Stockem

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Il était temps que je débarque à Stockem, un petit mais grand point d’arrêt en bordure d’Arlon sur la ligne du Luxembourg. Du strict point de vue de l’amateur de chemin de fer, il présente toujours un intérêt certain, dès lors qu’il témoigne fraichement de l’inexorable déclin d’une exploitation « à l’ancienne ». Aujourd’hui, encore plus « rationalisé » et informatisé, notre réseau ferré doit laisser à l’abandon certaines de ses anciennes places fortes.

stockem,gare,sncb,train,ligne 162Dont Stockem, dont le joli édifice de gare, presque pittoresque, prouve encore qu’un buisson bien touffu peut masquer toute une forêt. Bien entendu, cela fait longtemps qu’il n’y a plus ni chef de gare ni guichet. Les quais, neufs et même impeccables, pourraient nous faire croire à une vraie modernité… sauf qu’il n’y a pas d’automate à billets. Eric veille bien, certes. Mais Stockem n’est pas la seule gare dont il assure l’entretien.

La forêt en question, c’est tout ce qui se trouve raillé de part et d’autre du couloir sous voies, lequel vient de remplacer un passage à niveau naguère fort actif. Car la gare de Stockem s’évase fortement de part et d’autre du bâtiment voyageurs, qui n’est finalement qu’anecdotique malgré son état de préservation. Les voies s’aiguillent encore, ici et là, à perte de vue, en faisceaux généreux trahis par l’histoire.

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[L'ancien poste de signalisation qui bordait le faisceau de l'ancienne gare de formation de Stockem est aujourd'hui abandonné.]

En arrivant en train de Marbehan, j’ai relevé que le cortège funèbre des vieilles série 11 bordait toujours Stockem. Et à bord de la Desiro, j’ai senti l’envie de les immortaliser une fois pour toutes, mais pas de trop près. Quand après le quai je suis sorti à gauche, j’ai emprunté la rue Henri Elsen jusqu’à ce qu’elle vire à travers champs. C’est que je tenais à m’arrêter au pied de l’ancien block 94, éteint et aux baies déjà «planchées». Une stèle de l’ancien chemin de fer !

En repartant voir le ruban de série 11, j’ai pris mon temps sur les rails abandonnés, à observer et chercher à comprendre. Passé la bosse, j’ai saisi ce ruban de plusieurs angles, pour mieux rendre cet accouplage généralisé. Mesdames, je me suis souvenu de vous, qui croisiez mon train tous les matins, il y a quelques années, quand j’arrivais à Bruxelles-Nord. C’est étrange : vous auriez dû mourir au nord, passées Anvers-Central, mais pas ici au sud !  

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[Le 11 mai 2018, j'ai photographié de loin le cortège funèbre des anciennes locomotives électriques de la série 11, toujours stockées à Stockem en attendant une hypothétique revente à un acheteur étranger. Les 1186, 1192, 1181, 1188, 1190, 1185, 1191, 1184, 1189, 1183 et 1182 sont dans cet ordre accouplées et largement oubliées.]

23/04/2018

Fugues

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[Une fugue le dimanche, ça commence souvent comme ça : l’arrivée en gare de Lobbes, vers 15h21, d’une Desiro amorçant le quai précautionneusement. Le 29 janvier 2017, c’est la 08078 qui assurait toutes les circulations sur la ligne 130A, au gré de sept allers-retours entre Erquelinnes et Charleroi-Sud. J’ai embarqué au début d’une autre belle promenade près des rails du Pays Noir.]

Je fugue souvent le dimanche après-midi. Je prends la Desiro voie 1 à Lobbes et je descends presque invariablement à Marchienne-Zône. De là, je marche vers Charleroi-Sud en déambulant sur l’un des sept circuits que je me suis définis au fil du temps. Chaque circuit a ses variantes aussi; il y a toujours des choses à voir au gré d’un détour, une seule chose peut-être, un seul petit détail qui a varié depuis la dernière visite. Un changement que j’essaie d’immortaliser, en espérant m’en souvenir dans dix ans.

Bien entendu, les rails ne sont jamais loin. Il y a ceux de la grande ligne, la 124, qui vient de Bruxelles, et ses derniers raccordements industriels. Il y a ma petite ligne, la 130A, qui démarre de la frontière de France et passe chez moi, à Lobbes. Il y a même une courbe qui les relie entre elles, la 124A/1, parcourue par de rares trains de marchandises. Et le mariage des voies, qui fait que les trains des lignes 112 et 132 défilent également sous mon regard dominical.

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[L’autorail 4163 revenant de Couvin débouche de la ligne 132 à la jonction avec la ligne 130A, peu avant l’ancienne gare de La Sambre, dont le bâtiment est en cours de démolition en ce 28 avril 2016. A peu près à hauteur du mât, se débranche sur la gauche des voies la courbe 124A/1 qui mène à Marchienne-au-Pont en évitant Charleroi-Sud, mais n’est empruntée que par de rares trains de marchandises.]

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[En marchant d’un bon pas, je peux atteindre le pont de la rue Thomas Bonehill qui surplombe l’amorce de la ligne 130A et voir repartir vers Erquelinnes le train qui m’a déposé à Marchienne-Zône 40 minutes plus tôt. Avec un peu de chance, on peut le voir évoluer en parallèle avec l’autorail pour Couvin, dont le départ de Charleroi-Sud n’est prévu qu’une minute plus tard. C’était le cas ce dimanche 8 avril 2018, avec la 08101 et le 4110 qui avaient tous deux démarré avec quelques minutes de retard après avoir assuré une correspondance.]

Je peux regarder à aisance aussi ces rails oubliés, là où se dressaient des usines aujourd’hui éteintes, jadis si bien ferrées. Ou même ceux du tram, du métro en fait, qui sortent de terre après De Cartier et reste en l’air jusqu’à Dampremy… Tout ce patrimoine industriel, si je ne le savais déjà si réduit, pourrait me paraitre généreux, pléthorique même, si j’avais vingt ans de moins. Et dire que d’autres bien avant moi, des aînés, vingt ans plus tôt encore, ont dû penser exactement la même chose…   

Le dimanche, curieusement, ce sont bien ces rails délaissés qui me fascinent le plus. Ces itinéraires périmés, où jadis au moins quelqu’un encore allait en train, justement parce qu’il y avait des rails… Des rails qui menaient jusque dans des cours aux marchandises où s’amoncelaient les produits finis à haute valeur ajoutée… En poussant la nostalgie, l’amour d’un bon vieux temps que je n’ai pourtant pas vécu, il m’arrive de rêver de l’arrivée, peinant dans une brume presque ocre, d’une grosse machine à vapeur tirant une lourde rame industrielle…

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[Le 8 février 2015, la composition industrielle semble parfaite sous le soleil d’hiver à hauteur de la station Providence, une station aérienne du métro de Charleroi. J’ai choisi une photo sans tram, parce qu’aucune autre mieux que celle-ci ne rendait la profondeur du paysage typique à cet endroit. La station Providence est elle-même particulièrement photogénique, comme je vous la montrerai un jour sans doute.]

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[Le 2 mars 2014, une triplette de Desiro assurant un train IC de fin d’après-midi à destination de Nivelles et Bruxelles s’est élancé de la gare de Charleroi-Sud avec une certaine nonchalance. La tour des câbleries Nexans veille sur son passage, alors que la dernièrs des automotrices accouplées franchit le grand portique de signalisation à l’entrée de la gare. Dans le fond de l’image, tout à fait à gauche, on devine les voies du raccordement de l’usine Carsid au gril de Charleroi-Sud.]  

Comme gravés dans un trottoir mal dallé, ces rails aujourd’hui ne racontent plus rien. Il faut leur trouver un sens, une raison d’être contemporaine. Acheter de vieux livres et d’anciennes cartes postales qui en diront bien quelque chose… jusqu’à ce que je comprenne qu’il vaut mieux leur foutre la paix une bonne fois pour toutes… Alors que reste cet impérieux besoin de me satisfaire de leur destin, de laisser ces rails en paix comme je l’entends.

C’est dans ces fugues du dimanche que réside cette obsession, étrange sans doute, de voir des rails le plus souvent possible. J’ai aimé et photographié des plages, des couchers de soleil dans l’autre hémisphère, puis la Sambre et ses villages endormis, sa voie ferrée et ses gares, puis les gares tout court, toutes les gares, où qu’elles soient, marchant encore et encore, parfois très loin. En fuguant le long des rails, merveilles de ce jour et d’antan, avec cette insouciance hebdomadaire, je renais pour une semaine encore.

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[Un peu plus loin, deux ans et demi plus tard, on remarque que les deux voies qui sortaient naguère de Carsid ne sont plus raccordées au faisceau à l’entrée de Charleroi-Sud. De nos jours, dans la cour de l’usine, les engins de la firme Wanty dépècent méthodiquement les installations des anciens hauts-fourneaux. Ce sont des cathédrales qu’on abat, de nobles vestiges marquants d’un passé glorieux et prospère au service de l’industrie, historiquement liés au rail.]

 

25/03/2018

Aux Arcades, citoyens!

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sncb,gare,train,arcades,arcaden,ligne 260En approchant la gare de Watermael, que je voulais revoir après tant de temps, je n’ai pas pu résister à l’envie de découvrir la halte des Arcades, qui est vraiment tout près. Ce nouveau point d’arrêt, qui doit encourager les Bruxellois à reprendre le train, a été inauguré le 11 décembre 2016. Il faut, malgré tous les aléas, le regarder comme un avant-goût du RER d’après-demain, comme une station moderne, fonctionnelle, sans beaucoup d’âme.

Mais on y est haut perché et, pour qui le veut, deux escaliers presque interminables s’élèvent de la chaussée, sous les arches, de part et d’autres des arcades du pont, et mènent à quai. Il y a deux ascenseurs, déjà abimés, pour qui ne pourrait grimper. Les quais, forcément aériens, invitent pourtant le voyageur à reconsidérer la verticalité : la ligne 26, en cet endroit, est telle un long couloir ferré, bien horizontal.

A sa façon, la halte des Arcades, sur le territoire de Boitsfort, symbolise toute l’absurdité des ratés du RER bruxellois. Sept années se sont en effet écoulées entre l’achèvement du gros œuvre et sa mise en service. Elle n’est bien sûr pas la seule, et Braine-Alliance la surpassera sans doute. Mais sept années ! On a cet art, chez nous, de tolérer les fantômes, de cultiver l’inutile, de rejeter la faute et puis de s’en vanter! A sa façon, donc, la halte des Arcades respire enfin.

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sncb,gare,train,arcades,arcaden,ligne 260Mais pour absurde qu’elle soit, sa jeunesse m’a comblé. Assis près de l’ascenseur, voie 1, elle m’a permis d’assister au passage de nombreux trains charriant des travailleurs fatigués, des étudiants connectés, quelques désœuvrés aussi. J’ai vu passer la vie de cette capitale, que j’ai quittée il y a douze ans, avec détachement. Aux Arcades, en simple citoyen, je me suis imaginé des centaines d’autres vies.

Et donc, le temps s’égrenant, je n’ai jamais atteint la gare de Watermael, ce qui est choquant, parce qu’elle est vraiment juste en face, un peu cachée, juste en phase, à même pas deux cents pas de là. Le temps s’émiettant, j’ai dû concéder que l’envie m’en était passée. Alors aux Arcades, citoyens de Boitsfort et d’ailleurs, prenons un peu de hauteur, puis le train de demain !

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare des Arcades le 4 mai 2017.]

28/02/2018

Les limites de Welkenraedt

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sncb,gare,train,welkenraedt,ligne 37Si la frontière avec l'Allemagne semble aujourd'hui fermement établie, elle a glissé plusieurs fois vers l'ouest lors du siècle dernier, du fait des guerres et des annexions et compensations qu'elles ont entraînées. Sur la ligne 37 (Liège-Aachen), les gares de Welkenraedt, Herbesthal et Hergenrath ont rempli, à tour de rôle, les fonctions de gare-frontière belge.

C'est en 1965 que Welkenraedt s'est affirmée, l'électrification de la ligne ayant entraîné la fermeture de la prestigieuse gare d'Herbesthal, située à de très petites encablures. La gare d'Hergenrath, elle, ne renaîtra que sous la forme d'un point d'arrêt en 2007. Si aujourd'hui on ne forme plus les trains aux frontières, aux limites du réseau, c'est bien à Welkenraedt que l'esprit demeure.

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sncb,gare,train,welkenraedt,ligne 37Quand je suis descendu du train, le 28 décembre, une bonne pellicule de neige recouvrait ses voies. Mais le soleil est sorti, et on avait prédit de meilleures températures. J'ai contourné la gare de Welkenraedt, au plus près, sans trop la lâcher de vue. Je l'ai guettée sous tous les angles, pour m'approprier son volume, ses couleurs, son ambiance, ses éclats de voix.

Cela vous surprendra peut-être: j'estime que son bâtiment voyageurs, inauguré en décembre 1998, est une des plus belles réussites architecturales des chemins de fer contemporains. Loin de la démesure des nouvelles gares de Liège-Guillemins et Mons, il allie modernité et sobriété et se fond dans son décor avec une élégance plus que fonctionnelle.

C'est un jeudi d'hiver que je me suis présenté à Welkenraedt en voulant profiter du moment. J'y ai trouvé une gare noble, consciente de ses frontières, très digne dans son chagrin des douanes oubliées. Une gare d'un aplomb certain, fière de sa largeur, forte de sa hauteur. Une gare à revoir de temps en temps, quand me reviendra le besoin d'en vérifier les limites.

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