16.01.2012
Courbes rentrantes à Thuin-Ouest
[Douzième article d'une série de vingt-quatre à propos de l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay), fermée au trafic voyageurs depuis près d'un demi-siècle. A la recherche des vestiges laissés par les trains d'antan, nous nous sommes arrêtés à Mons, Cuesmes-Etat,Hyon-Ciply,Harmignies,Vellereille-le-Sec,Estinnes,Fauroeulx,Merbes-Sainte-Marie, Bienne-lez-Happart et Lobbes.]
La petite ville de Thuin doit à la Sambre sa quasi-verticalité. Sur son versan perché, fier comme un paon, le beffroi gratte les nuages et toise, un peu moqueur, ces petites créatures qui dévalent les remparts ou filent à travers les jardins suspendus. En cherchant l'ouest à leur suite, on aboutit, en contrebas, au bord de la Biesmelle, un affluent de la Sambre, qu'enjambait jadis la ligne 109. De là, quel que soit l'angle d'attaque ou la courbe rentrante, on pense revoir l'ancien bâtiment voyageurs de la gare de Thuin-Ouest, qui hélas s'est évanoui, victime du temps et de ses aléas.
Venez donc par la ville basse, en bas du viaduc, le long de la Sambre, dans la rue 't Serstevens. En passant l'Eglise Notre Dame d'el Vaux, scrutez la butte dans l'axe de la voirie. Par-delà le vieux mur devant vous trônait la gare disparue. Il y a un siècle, vous l'auriez peut-être trouvée bruyante, alors qu'on y chargeait, dans des claquements sourds, des poêles dans les wagons garés dans la cour à marchandises. Avancez, allez voir... Mais ne demandez en aucun cas qu'on vous indique la gare, car on vous enverrait gentiment paître à Thuin-Nord!
C'est qu'à une époque dont seuls les plus anciens se souviennent désormais, il y avait deux gares à Thuin, sises sur des lignes différentes. Thuin-Nord, sur l'autre rive de la Sambre, devait son appellation cardinale à la Compagnie des chemins de fer du Nord-Belge, qui a exploité la ligne (130a) entre Charleroi et la frontière française jusqu'à la Deuxième guerre mondiale. Cette gare, devenue Thuin par défaut quand Thuin-Ouest a succombé, la dessert aujourd'hui encore; elle vient d'être splendidement rénovée. Comprenez donc que pour aller alors de Thuin-Ouest à Thuin-Nord, mieux valait marcher car le train ne reliait ces gares qu'au prix d'un rebroussement à Lobbes...
Admettons maintenant que vous preniez demain le train de Lobbes à Thuin. Après le pont sur la Sambre, vous devinerez une ouverture entre les arbres sur la droite. Ce sillon timide, que la nature a déjà presque reboisé, était la ligne 109 qui se débranchait là de la 130a. Une ancienne maisonnette du chemin de fer garde d'ailleurs toujours l'endroit, de façon tout à fait civile. Si la simple voie qui menait à Chimay a vu son dernier service voyageurs le 31 mai 1964. le trafic de marchandises a subsisté un temps au départ des cours de Thuin-Ouest, de Thuillies, de Strée. Puis la ligne 109 dans sa moitié sud n'a plus survécu qu'au gré des dessertes de la sucrerie de Donstiennes, avec un train le mardi, le mercredi et le vendredi jusqu'en 1991. La SNCB a déclassé la ligne en cet endroit en février 1993.
Si enfin vous avez la chance d'admirer le panorama des terrasses du Château Beauregard, qui évoque le prestige d'antan de la cité thudinienne, vous noterez sans doute en contrebas ces rails bien vivants qui occupent l'ancienne gare de Thuin-Ouest et strient les rues avoisinantes. Ces rails bien chantants mais à écart métrique véhiculent aujourd'hui le rêve et la passion des nostalgiques du vicinal. Ce n'est pas une hérésie, car trains et trams se côtoyaient encore, là en bas, loin des grands centres, il y a soixante ans, avant que tout foute le camp.
Ainsi donc, à Thuin-Ouest, entre trains et trams, l'histoire et les hommes qui la font ont choisi ces derniers. Même si la gare s'est comme évaporée par mauvais vent, on la devine encore, la brique un peu sale. Quel que soit l'angle d'attaque, quelle que soit la courbe rentrante, on la devine encore, qui lâche des voyageurs, de par les remparts, de par les jardins suspendus, à l'assaut du beffroi, il y a trop longtemps...
[Voir également l'article consacré à l'actuelle gare de Thuin, jadis appelée Thuin-Nord, lors de l'évocation de la ligne 130a: Les fleurs du mal à Thuin.]
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30.12.2011
Retour à Lobbes
[Onzième article d'une série de vingt-quatre consacrés à l'ancienne ligne 109, qui longeait jadis la frontière française, de Mons à Chimay. Nous la parcourons au fil des souvenirs d'Henri Scaillet, un machiniste de la SNCB décédé en 2006, qui a raconté, à sa façon, l'histoire du chemin de fer et son vécu professionnel. Nous sommes partis de Mons gare latérale et nous sommes arrêtés à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx, Merbes-Sainte-Marie et Bienne-lez-Happart. L'arrêt suivant est Lobbes, où, comme le sauront les plus fidèles, je joue à domicile!]
[Voir également sur ce blog, lors de l'évocation de la ligne 130A: Lobbes est ma gare rare]
La forte pente ne se remarque pas immédiatement. En délaissant le site un peu étrange de l'ancienne gare de Bienne-lez-Happart, on semble marcher en terrain plat. "On", c'est vous, c'est moi et toute personne se balladant de nos jours, par un après-midi ensoleillé, sur le sentier boisé occupant l'assiette de l'ancienne ligne 109. Or, après quelques centaines de mètres, commence ce qui, pour le pied non initié, paraîtra une faible descente, mais qui, pour le machiniste avéré de l'époque, s'assimilait à un plongeon vers Lobbes. En termes ferroviaires, une pente de dix-neuf pour mille se respecte, surtout au retour, quand il faudra la grimper pour rentrer à Mons.
Si l'après-midi est pluvieuse, on patauge un peu, surtout après la fin du RAVeL 109/1, à hauteur de la rue du pont Jaupart. A cet endroit-même, on devine que le niveau des lieux a évolué avec le temps. Impossible d'imaginer que le train franchissait la route à cet endroit autrefois! Il y a un demi-siècle pourtant, on aurait pu y voir Henri Scaillet menant son autorail et quelques voyageurs vers la Sambre, Lobbes, Thuin et au-delà. Un détail de l'histoire pour certains, une douce nostalgie pour d'autres...
De l'autre côté de la rue, une étroite bande de terre vierge de végétation dévale entre les arbres. Ici, le petit sentier griffant l'assiette de l'ancienne voie traverse la réserve ornithologique du Spamboux. Les pieds dans la boue, on rencontre encore çà et là l'un ou l'autre vestige de signalisation ferroviaire. Avec les années qui passent, des arbres se sont couchés en travers du chemin, comme pour barrer l'accès vers Lobbes. Alors, le sentier se tord et évite les obstacles. En cet endroit précis du tracé, Henri Scaillet avait déjà freiné. C'est qu'à l'époque, le pont de la Planchette portait déjà bien son nom...
De fait, aujourd'hui plus encore qu'hier, la structure métallique enjambant un joli méandre de la Sambre est un passage à risque: certaines plaques sont trouées, d'autres manquent carrément. Avec un pied assuré, préservé du vertige, on passe outre, en comprenant pourquoi le RAVeL est scindé. Il faudra des fonds si l'on veut s'assurer que les randonneurs ne voient le fond - de la Sambre s'entend! La ligne 109 garde en ces lieux son caractère sauvage. Vous lirez plus loin pourquoi j'en suis tombé amoureux, il y a dix ans déjà.
Mais avançons. Comme par enchantement, le sentier au-delà du pont s'éclairicit et s'élargit. L'arrivée, le retour à Lobbes sera boisé. Dans le silence des arbres, on perçoit un courant frais qui susurre à mi-mot un air ancien, venu des temps ancestraux où l'abbaye de Lobbes illuminait ces lieux, et bien d'autres au-delà, de sa piété, de son savoir, de son aura. Sur ce sentier serein, il y eut jadis des moines et des trains. L'Histoire se vit, pour celui qui veut y croire, en se rappelant les exploits des uns et les déboires des autres.
Un roulement un peu cahotant nous sort de la rêverie. Des rails soudés, une caténère même et, cerise sur le gâteau, une automotrice revenue d'Erquelinnes: notre sentier longe désormais la ligne 130A. La gare est en vue, solide et fière de servir encore, elle où coexistèrent pendant longtemps les chemins de fer du Nord-Belge et ceux de l'Etat.
Après avoir franchi une deuxième fois la Sambre, juste avant la gare, on aperçoit de suite les butoirs barrant à jamais les voies 3 et 4, qui accueillaient jadis le trafic de la ligne 109. La vieille pompe à eau, qui alimentait les réservoirs des locomotives à vapeur, a disparu depuis longtemps. Avant même l'époque des autorails, cette pompe n'était pas sans importance, car elle était la seule sur un long tronçon de la ligne 109. Il est arrivé qu'une locomotive engagée vers Chimay doive rebrousser vers Lobbes pour faire le plein d'eau ou risquer de tomber en détresse en rase campagne!
De par sa situation centrale tant sur la ligne 109 que sur la ligne 130A, la gare de Lobbes a été pendant longtemps une plaque tournante des circulations ferroviaires régionales. La correspondance vers Charleroi concernait souvent un grand nombre des voyageurs en provenance de Chimay. A partir de la reprise par l'Etat de l'exploitation des lignes du Nord-Belge, dès 1940, des trajets directs entre Charleroi et Chimay figuraient même à l'horaire, avec rebroussement à Lobbes.
Nombreux étaient donc à l'époque les voyages en ces contrées ancestrales qui impliquaient un retour à Lobbes. Aujourd'hui, la gare abrite le seul guichet de la ligne 130A, lui-même menacé par une lecture trop littérale des statistiques de rentabilité. Mais il doit survivre et survivra sans doute un temps, animé par des cheminots qui ont connu la fin de la ligne 109 et qui, la nuit venue, semblent veiller à son souvenir. Quant à moi, le voyageur, chaque aventure s'achève ici, par un retour à Lobbes.
[ILLUSTRATIONS - Outre les deux cartes postales anciennes, photos prises le 6 août 2011 le long du tracé décrit dans cet article. La voie ferrée apparaissant à l'avant-plan de l'antépénultième photo est un ultime vestige de la ligne 109 en gare de Lobbes. Sur cette même photo, alors que la gare est en vue,on reconnaît, perchée à gauche, la collégiale Saint-Ursmer et, sur la droite, une aile de la clinique Saint-Joseph.]
23:51 Publié dans gares des champs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lobbes, sncb, gare, train, ligne 109, ligne 130a
12.12.2011
Brève interruption de service
Sur mon lit d'hôpital, je pouvais entendre l'automotrice glisser absentément sur les rails. Etait-ce la 768 ou la 771? Impossible de le savoir à moins de regarder par la fenêtre. Mais je ne pouvais pas encore me lever et encore moins marcher, une vertèbre fracturée me rappelant à chaque instant que je l'avais échappé belle. Combien de gares aurais-je pu voir encore, cloué dans un fauteuil roulant?
La morphine aidant, je me suis endormi, en ne rêvant pas des gares mais de ces vieilles automotrices longeant la clinique. Ces vieilles automotrices qui bientôt ne seront plus, revenues de Jeumont que dans un an elles ne verront plus. J'ai entendu la première du jour, fendant la brume glacée vers cinq heures du matin. Le soir revenu, j'ai entendu la dernière du jour, avant la nuit, avant l'interruption de service.
Trois semaines plus tard, me revoilà sur pied. J'ai repris le train vendredi matin, avec beaucoup d'émotion et beaucoup d'ambitions pour l'avenir. Je verrai d'autres gares, alors que s'achève l'année la plus éprouvante. Soyez juste patients. Nous poursuivrons le parcours sur l'ancienne ligne 109. Les deux articles suivants sont même prêts; il reste à scanner quelques illustrations.
Pendant ma convalescence, je sortirai peu. Je cesserai un temps d'être navetteur, en plus d'être voyageur. Mais qu'à cela ne tienne! Je mettrai le temps à profit pour préparer un index des gares illustrées sur ce blog, devenu bien nécessaire avec le temps. J'en profiterai également pour poursuivre les recherches, les lectures et la rédaction des articles suivants.
Après cette année infernale, il faudra retrouver un rythme, que mes occupations professionnelles et cet accident ont mis à mal. J'ai hâte, vous aussi peut-être. La vie est si courte et le monde est si grand! Nombreux, pourtant, sont les aléas et les contraintes qui peuvent dérailler tout un chacun...
Avant de repartir de l'avant, il me reste à vous remercier encore pour vos arrêts en gare, sur ce blog et ailleurs, et pour les commentaires qu'ils inspirent. Sans vos regards, sans vos mots, le chemin serait trop contemplatif, trop méditatif. Or, je n'oublie pas qu'à travers le temps, la gare a toujours été un lieu d'échanges. A mon goût, parfois trop brefs...
[ILLUSTRATIONS - De haut en bas, cinq voies ferrées peu ou plus empruntées dans des paysages de saison... Il y a d'abord, tout en haut, une vue de la ligne 126 (Ciney-Huy, aujourd'hui Marchin-Huy) prise à Huy le 7 mars 2006, à hauteur du franchissement de la Meuse avant l'ancienne gare de Huy-Saint-Hilaire. Ensuite, une vue de la ligne 45 (Trois-Ponts/Waimes) aujourd'hui déferrée et RAVeLisée, prise à hauteur de Parfond Ruy le 21 janvier 2007. En grand, au milieu, un coupon de voie de l'ancienne ligne 147 (Tamines-Landen), laissé à titre nostalgique lors de la réalisation du RAVeL entre Ligny et Sombreffe, ici photographié le 10 novembre 2008. La quatrième photo, en petit à droite, est une vue de la ligne 156 (Hermeton-sur-Meuse/Anor) près de l'ancienne gare de Momignies, prise à la tombée de la nuit le 11 novembre 2009, avant que le RAVel ne s'y implante. Enfin, tout en bas, une vue de la ligne industrielle 252 prise à Fontaine-l'Evêque le 14 février 2010.]
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14.11.2011
Un air d'adieu à Zwankendamme
La décision de la SNCB de supprimer 170 trains par jour dès décembre 2012 nous le rappelle: l'heure est à l'austérité dans le monde ferroviaire belge. Nous voyageons dans des trains certes plus confortables qu'il y a une dizaine d'années, mais il y en aura moins sur le réseau. Une première salve avait été tirée en mai dernier, avec l'annonce de la fermeture, de quatre points d'arrêt dès décembre 2011: Antwerpen-Dam, Antwerpen-Oost, Florée et Zwankendamme.
Or, la réalité semble quelque peu différente. Si, dès le changement d'horaire du 11 décembre prochain, Antwerpen-Dam et Antwerpen-Oost ne seront pas (plus?) desservis, Florée et Zwankendamme restent inscrits à l'indicateur. Ce n'est sans doute qu'un sursis, sans soins palliatifs, avant un prochain sacrifice sur l'autel de la rentabilité.
J'ai filé vers le nord du pays pour voir Zwankendamme avant sa mort et tenter de comprendre. Le point d'arrêt est le dernier avant Zeebrugge-Dorp sur la ligne 51A, qui est une des nombreuses branches de la ligne 51 au départ de Brugge (Bruges). Les activités portuaires alimentent un trafic intense de marchandises. En trafic voyageurs, une vieille automotrice effectue chaque heure un aller-retour entre Brugge et Zeebrugge, une liaison L dont le terminus est Zeebrugge-Strand en été, Zeebrugge-Dorp le reste de l'année.
J'ai passé près d'une heure vingt sur les deux quais de Zwankendamme, à photographier tout ce qui bougeait et même ce qui n'a jamais bougé. L'automotrice est passée deux fois, une fois dans chaque sens. Une seule personne a embarqué, personne n'est descendu. Le plat pays avoisinnant est peu habité, partagé qu'il est entre les champs, les éoliennes, le zoning portuaire et la nationale qui, à cet endroit, est parallèle au chemin de fer.
J'ai entamé non une marche funèbre, mais une rhapsodie solennelle en cette fin de matinée. Pour mon bonheur, la lumière était bonne et cinq vieilles locomotives étaient garées sur le faisceau jouxtant le point d'arrêt, comme pour l'accompagner dans ses derniers jours. Sans doute comprennent-elles que les leurs sont comptés également, qu'une nouvelle page de l'histoire du rail est en train de se tourner.
Les convois de marchandises défilant, le passage à niveau a sonné souvent. En ouvrant bien les narines, j'ai senti l'air du large. Bientôt, il emportera au loin le souvenir des quelques voyageurs du coin et des petits trains qui les emmenaient au quotidien. Le passage à niveau a sonné souvent, avec une détermination un peu forcée. Il y avait comme un air d'adieu à Zwankendamme.
23:48 Publié dans gares des champs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gare, train, zwankendamme, ligne 51a, sncb, florée, nmbs
26.10.2011
Seul à Senenne
C'est le récit d'une aventure un peu extrême que celui de mon passage à Senenne, l'an dernier. Le village, situé dans l'entité de Ciney, balise mollement la ligne 128, celle à qui le PFT rend une seconde jeunesse, un demi-siècle après l'arrêt de l'exploitation par les chemins de fer de l'Etat. Mais, à peu de choses près, le train ne circule que le dimanche, d'avril à octobre, quatre fois sur la journée.
La ligne, qui joue à saute-mouton avec le Bocq, reliera à terme Ciney à Yvoir comme au bon vieux temps. Affluent de la Meuse, le Boc a creusé une vallée encaissée, fortement imprégnée, défiant le génie civil et l'habitat de masse. Comme ailleurs le long du tracé, Senenne a gardé un caractère rural marqué, dans un paysage sublimement gâché par l'imposant viaduc autoroutier de la E411. Soit.
Senenne dispose du plus petit quai de chemin de fer du pays. Un seul tout petit quai, dix mètres tout au plus, avec pour seul équipement un banc, un panneau d'information et un écriteau en bois renseignant le nom du lieu. Le point d'arrêt est plus que facultatif, car seuls les autorails le desservent, pas les autres engins historiques du PFT. Pour les riverains, le train est un beau jouet, pas une option de transport.
Il faut savoir ce que l'on fait lorsqu'on demande l'arrêt à Senenne sous une pluie battante, un dimanche après-midi! Car il n'y aura ni refuge, ni échappatoire. Après avoir sublimement raté la photo qui me tenait à coeur, je me suis aventuré de par les champs, pour ne pas rester sur le banc trempé. Avant même d'atteindre Sovet, j'ai rebroussé au pas de charge pour ne pas rater le dernier train du jour, de la semaine.
La pluie a doublé d'ardeur et, soudain, je n'étais plus sûr du chemin. L'horloge avalait les minutes tel un ogre affamé. Aveuglé, ivre d'averses, j'ai navigué à l'instinct entre le maïs et les prés. J'ai tâté la terre du pied, en tentant mon destin, en cherchant mes rails, mon chemin tracé. J'ai atteint le petit quai trois minutes avant l'heure, dernier délai avant une semaine seul à Senenne.
[ILLUSTRATIONS - Le point d'arrêt facultatif de Senenne sur la ligne 128 (Ciney-Purnode), photographié le 8 août 2010. La ligne est aujourd'hui exploitée par le PFT.]
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