Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/11/2017

[F] Perché sur une branche à Sotteville

sotteville-les-rouen,sncf,train,gare

sotteville-les-rouen,sncf,train,gareAvant de revenir en nos contrées, je vous dirai encore de mon été qu’il s’est achevé du côté de Rouen. J’avais très arbitrairement choisi deux gares de sa proche banlieue comme dernières cibles. Florian, avec qui je travaille et qui est originaire du coin, en rigole encore. « Mais qu’as-tu bien pu trouver à Oissel et à Sotteville ? ». Je n’ai pas trop osé lui répondre : « Le dépaysement ! ».

Dépaysé le long des rails, j’ai pensé que tout, dans cette France si proche, invite à la comparaison – et elle fait mal. Pauvres petites gares wallonnes, aux guichets disparus, où le voyageur attend mais n’est plus accueilli, ni même vraiment attendu ! Où disparaissent donc les budgets ? Il y a chez nous, j’en suis intimement convaincu, quelque chose qui ne tourne pas rond…

Pour le voyageur, Sotteville-les-Rouen n’est qu’un point d’arrêt, un peu comme le sont chez nous Ronet ou Forest-Midi, en bordure d’un grand centre d’activité ferroviaire. Les amateurs du rail connaitront Sotteville et son cimetière de locomotives qui attirent, souvent la nuit, de curieux photographes. Moi, ce jour-là, je me suis contenté de quelques becquées, au grand soleil, sans vraiment quitter mon perchoir.

sotteville-les-rouen,sncf,train,gare

sotteville-les-rouen,sncf,train,gareC’est qu’une longue passerelle surplombe un faisceau de voies bien vaste, qui s’étend même loin au-delà. Elle offre une vue aérienne, dominante, généreuse, des circulations venant de Rouen-Rive Droite ou s’y rendant. En heure de pointe vespérale, les allées et venues étaient nombreuses et variées, et j’ai salué plusieurs fois une locomotive de manœuvre s’affairant à remiser les rames ayant achevé leur journée.

Là, j’étais comme l’oiseau prenant sa pause après un long vol, toisant des trains petits et grands venus de l’inconnu. Bleus pour la plupart, ils venaient vite ou un peu moins ; certains posaient puis s’arrêtaient en dégorgeant quelques travailleurs hébétés. Ça, ce sont des vacances ! Celles où, dépaysé, je peux arrêter le temps et admirer les rails, en paix, perché sur une branche à Sotteville.

sotteville-les-rouen,sncf,train,gare

[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Sotteville-les-Rouen le 24 août 2017.]

31/10/2017

[F] Problème à Combourg

[Ma visite euphorique de la gare de Dol-de-Bretagne était le point d’orgue d’un périple de cinq jours dans le nord de la France, où j’ai combiné, en prenant seize trains, les visites de lignes, de villes et de gares. Pas de parasol ou de mer turquoise cet été ; juste un rail trip en solitaire, sac sur le dos, sans répit, pour le plaisir des yeux et des orteils...] 

combourg,sncf,gare,train

combourg,sncf,gare,trainL’entrée en scène tardive du soleil à Dol m’avait contraint de rajuster le planning de la journée. En débarquant à Combourg, le dilemme était clair : si j’y prenais tout mon temps, je ne verrais rien de l’exposition Bretagne Express à Rennes, dont les portes fermaient à 19 heures. Mais comment demander à une gare inconnue de se révéler en une heure chrono ?

La gare de Combourg (Komborn en breton) est située à 42 kilomètres au nord de Rennes, à mi-chemin entre cette dernière et Saint-Malo, sur une ligne qui n’a été électrifiée qu’en 2005. Elle accueille un quart de million de voyageurs annuels, un chiffre plus que respectable lorsqu’on sait qu’elle dessert une commune de 5800 habitants. Le bourg et le château, que Chateaubriand a rendus célèbres, sont à vingt minutes de marche de la gare.

combourg,sncf,gare,train

combourg,sncf,gare,trainEt donc à Combourg, comme souvent, le problème était le temps. Voilà ce que c’est d’être trop gourmand ! Je n’ai vu ni le bourg, ni le château, mais j’ai mesuré les vastes espaces de part et d’autre de la gare, qui peuvent accueillir des automobiles par centaines. Des emprises généreuses donc, alors même que le bâtiment voyageurs, tel un petit bloc Lego, n’occupe qu’une place très modeste dans son propre domaine.

Ce qui retient l’attention, c’est son accessoire remarquable : cette passerelle au-dessus des deux voies, équipée d’ascenseurs, toute propre, fort sûre, bien respectée. A-t-on jamais vu pareil luxe chez nous dans nos gares de Wallonie ? A Combourg, comme tout est bien en place, il ne m’a fallu que vingt-quatre minutes pour saisir la gare. Admiratif, j’aurais voulu rester, et savourer tant le lieu que le moment.

Mais à Combourg, comme toujours, le problème était le temps. Ce temps que je n’ai jamais vraiment, ce temps qui file et se défile, qui bride la contemplation, que toute l’histoire des chemins de fer de Bretagne, exposée aux Champs Libres à Rennes, ne m’aurait jamais permis de rattraper. Dans ce TER Bretagne qui m’emmenait vers l’instant suivant, en noir et blanc, j’ai fermé les yeux un bon moment, en pensant à Chateaubriand.

combourg,sncf,gare,train

 

20/09/2017

[F] Un air de cocagne à Dol-de-Bretagne

sncf,gare,train,dol-de-bretagne

sncf,gare,train,dol-de-bretagneJ’ai dû errer un bon moment dans les rues de Dol, au pied de Saint-Samson, et jusque dans le Super U, à maudire les cieux. Où se terrait donc le soleil promis, celui qui devait couronner mon échappée folle, si loin de chez moi, après des heures de train ? Assis sur un banc dans un parc que je ne reverrai jamais, j’ai tenu bon avant que ne jaillissent les premiers rayons.

Dol-de-Bretagne, bourg breton de 5500 âmes vivant dans l’ombre du Mont-Saint-Michel, peut être fière de sa gare abondamment fleurie. Inaugurée en mai 1864 par la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, elle reçoit avec insistance des TER reliant Rennes à Saint-Malo et même, depuis peu, des TGV-Atlantique venus de Paris-Montparnasse. Egalement située sur la ligne Lison-Lamballe, elle accueille par ailleurs, mais moins souvent, des trains venus de Caen et de Dinan.

sncf,gare,train,dol-de-bretagne

sncf,gare,train,dol-de-bretagneJe ne l’avais pas choisie par hasard. Peut-on même parler de choix quand il s’agit d’un coup de foudre, un amour au premier regard, irrémédiable, par la vitre d’un train ? C’était il y a quatre ans, au retour d’un congrès à Saint-Malo. Qu’il me tardait, de mois en mois, de la retrouver, d’y poser le pied et, si elle voulait bien de moi, de la caresser du regard !

J’avais gardé le souvenir, finalement exact, d’une station de corpulence moyenne, assez carrée dans ses formes, aplatie, dégageant une grande sincérité. Celui d’un édifice sans fard, fier de ses couleurs intactes, sans souillures, respirant un air marin. Celui d’une gare parfaite qui s’ignore, à six cents kilomètres de chez moi.

Et donc, quand enfin le soleil a percé, mes jambes ont avalé l’asphalte de l’avenue Aristide Briand. Assis devant elle, je l’ai admirée comme dans mon souvenir, longtemps, sans bouger, le cœur emballé, comme dans un rêve. Le cœur déballé, je lui ai dit mon amour. Et, défiant toute raison, en partant vers Combourg, je lui ai promis qu’un jour, je reviendrai trouver un air de cocagne à Dol-de-Bretagne.

sncf,gare,train,dol-de-bretagne

[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Dol-de-Bretagne, France, le 22 août 2017.]

30/08/2017

Conférence et exposition sur la ligne 130A

La 29e édition des Journées européennes du patrimoine en Wallonie, organisée les 9 et 10 septembre prochains, aura pour thème les "Voies d'eau, de terre et de fer". 

Parmi les nombreuses activités proposées à travers la Wallonie, se tiendra le samedi 9 septembre à 19h30 une conférence sur "La ligne 130A: hier, aujourd'hui et demain", lors de laquelle j'évoquerai la menace qui plane à moyen terme sur l'avenir de la ligne, que j'emprunte au quotidien. Après avoir retracé sa genèse et son histoire, je ferai l'inventaire des raisons qui incitent au pessimisme avant de proposer un argumentaire pour une mobilisation en faveur de sa survie et de sa pérennisation.

ligne 130a,train,gare,lobbes,conférence,exposition

[Le 7 avril 2017, l'automotrice 970, assurant le train L4763, passe à Landelies.]

 

La conférence se prolongera par une exposition le dimanche 10 septembre, de 9h30 à 16h, lors de laquelle la même thématique sera évoquée en textes et en images. J'ai choisi près de 200 photos sur les 7000 que j'ai prises de la ligne 130A ces dix dernières années. 

La conférence et l'exposition auront lieu à l'Espace transition, rue de l'Abbaye 30a, à 6540 Lobbes, non loin de la gare. Vous trouverez le détail de cette activité à la page 75 de la brochure éditée pour cette édition des Journées du patrimoine. 

J'espère vous y rencontrer.

 

ligne 130a,train,gare,lobbes,conférence,exposition

[Le pont n°10, entre Hourpes et Thuin, est un des cinq ponts de la ligne 130A qui n'a pas encore été remplacé. La vitesse de référence y a été abaissée à 60 km/h.]

29/07/2017

[CA] Exporail, le musée ferroviaire canadien

canada,train,musée,saint-constant

canada,train,musée,saint-constantAu retour d’une réunion de trois jours en Montérégie, je me suis arrêté à Saint-Constant, une petite ville située à une vingtaine de kilomètres de route au sud de Montréal, qui héberge Exporail, le Musée ferroviaire canadien. Étonnamment, nombre de Québécois ignorent, si ce n’est son existence-même, sa mise en valeur d’une riche collection de matériel roulant historique finement restauré. La visite vaut le détour, de l’avis d’un accompagnant que les chemins de fer laissent habituellement indifférent.

Me demander de me contenter d’une visite de deux heures à peine est un châtiment cruel et, je veux le croire, immérité ! Je n’avais pourtant pas le choix, et c’est donc avec les sens en alerte maximale que je me suis lancé dans un parcours effréné en serpentant, sans trop lire, les allées du pavillon Angus (1) entre des trams, locomotives, voitures et fourgons aux allures parfois inhabituelles, puis la vaste cour extérieure où reposaient, en cette fin d’hiver, une autre panoplie d’engins bigarrés.

canada,train,musée,saint-constant

canada,train,musée,saint-constantChaque musée des chemins de fer offre un instantané d’une histoire avant tout nationale. Mais si les emblèmes de la tradition varient d’un pays à l’autre, on y reconnait la même genèse, fondée sur le même espoir, il y a presque deux siècles, d’allonger et d’accélérer le transport des personnes et des marchandises. Pourtant, dès les premiers regards sur le matériel exposé, on saisit ces particularités canadiennes que sont les distances et le froid hivernal extrêmes.

En plusieurs coins stratégiques du pavillon, des conteurs aux accents presque impossibles approchent le visiteur pour lui narrer une scène insoupçonnée de l’héritage ferroviaire national. A cet égard, la visite guidée de la voiture tout en luxe ayant transporté les vedettes des Canadiens de Montréal (hockey sur glace) dans les années 1920 est un moment inoubliable. Et que dire de cette étonnante baladeuse à gradins que les transports municipaux sortaient lors des grandes fêtes pour parader un grand orchestre ?

canada,train,musée,saint-constant

canada,train,musée,saint-constantLors de la promenade dans la cour, toujours montre en main, une fine pluie tombée d’un ciel très gris a nappé les voitures historiques nouvellement acquises d’une pellicule nostalgique. Entre la plaque tournante et la gare de Barrington transposée, le regard se perd entre les bogies des véhicules déclassés, ou à hauteur de fenêtre entre deux de leurs compartiments aux sièges à jamais délaissés. Ici, plus qu’ailleurs sans doute, il faut s’incliner devant le labeur bénévole des passionnés, qui s’acharnent à rendre aux vénérables caisses leur lustre d’antan.

Et donc que choisir comme souvenir, à la boutique, avant de repartir, parmi ces dizaines d’ouvrages très spécialisés me parlant de trains finalement inconnus ? En fait, j’aurais pu prendre n’importe lequel, car chacun m’aurait donné le premier carré d’une mosaïque insoupçonnée représentant la très riche histoire des chemins de fer du Canada…

canada,train,musée,saint-constant

[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Exporail, le musée ferroviaire canadien, à Saint-Constant (Québec), le 22 avril 2017.]