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25/03/2018

Aux Arcades, citoyens!

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sncb,gare,train,arcades,arcaden,ligne 260En approchant la gare de Watermael, que je voulais revoir après tant de temps, je n’ai pas pu résister à l’envie de découvrir la halte des Arcades, qui est vraiment tout près. Ce nouveau point d’arrêt, qui doit encourager les Bruxellois à reprendre le train, a été inauguré le 11 décembre 2016. Il faut, malgré tous les aléas, le regarder comme un avant-goût du RER d’après-demain, comme une station moderne, fonctionnelle, sans beaucoup d’âme.

Mais on y est haut perché et, pour qui le veut, deux escaliers presque interminables s’élèvent de la chaussée, sous les arches, de part et d’autres des arcades du pont, et mènent à quai. Il y a deux ascenseurs, déjà abimés, pour qui ne pourrait grimper. Les quais, forcément aériens, invitent pourtant le voyageur à reconsidérer la verticalité : la ligne 26, en cet endroit, est telle un long couloir ferré, bien horizontal.

A sa façon, la halte des Arcades, sur le territoire de Boitsfort, symbolise toute l’absurdité des ratés du RER bruxellois. Sept années se sont en effet écoulées entre l’achèvement du gros œuvre et sa mise en service. Elle n’est bien sûr pas la seule, et Braine-Alliance la surpassera sans doute. Mais sept années ! On a cet art, chez nous, de tolérer les fantômes, de cultiver l’inutile, de rejeter la faute et puis de s’en vanter! A sa façon, donc, la halte des Arcades respire enfin.

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sncb,gare,train,arcades,arcaden,ligne 260Mais pour absurde qu’elle soit, sa jeunesse m’a comblé. Assis près de l’ascenseur, voie 1, elle m’a permis d’assister au passage de nombreux trains charriant des travailleurs fatigués, des étudiants connectés, quelques désœuvrés aussi. J’ai vu passer la vie de cette capitale, que j’ai quittée il y a douze ans, avec détachement. Aux Arcades, en simple citoyen, je me suis imaginé des centaines d’autres vies.

Et donc, le temps s’égrenant, je n’ai jamais atteint la gare de Watermael, ce qui est choquant, parce qu’elle est vraiment juste en face, un peu cachée, juste en phase, à même pas deux cents pas de là. Le temps s’émiettant, j’ai dû concéder que l’envie m’en était passée. Alors aux Arcades, citoyens de Boitsfort et d’ailleurs, prenons un peu de hauteur, puis le train de demain !

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare des Arcades le 4 mai 2017.]

28/02/2018

Les limites de Welkenraedt

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sncb,gare,train,welkenraedt,ligne 37Si la frontière avec l'Allemagne semble aujourd'hui fermement établie, elle a glissé plusieurs fois vers l'ouest lors du siècle dernier, du fait des guerres et des annexions et compensations qu'elles ont entraînées. Sur la ligne 37 (Liège-Aachen), les gares de Welkenraedt, Herbesthal et Hergenrath ont rempli, à tour de rôle, les fonctions de gare-frontière belge.

C'est en 1965 que Welkenraedt s'est affirmée, l'électrification de la ligne ayant entraîné la fermeture de la prestigieuse gare d'Herbesthal, située à de très petites encablures. La gare d'Hergenrath, elle, ne renaîtra que sous la forme d'un point d'arrêt en 2007. Si aujourd'hui on ne forme plus les trains aux frontières, aux limites du réseau, c'est bien à Welkenraedt que l'esprit demeure.

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sncb,gare,train,welkenraedt,ligne 37Quand je suis descendu du train, le 28 décembre, une bonne pellicule de neige recouvrait ses voies. Mais le soleil est sorti, et on avait prédit de meilleures températures. J'ai contourné la gare de Welkenraedt, au plus près, sans trop la lâcher de vue. Je l'ai guettée sous tous les angles, pour m'approprier son volume, ses couleurs, son ambiance, ses éclats de voix.

Cela vous surprendra peut-être: j'estime que son bâtiment voyageurs, inauguré en décembre 1998, est une des plus belles réussites architecturales des chemins de fer contemporains. Loin de la démesure des nouvelles gares de Liège-Guillemins et Mons, il allie modernité et sobriété et se fond dans son décor avec une élégance plus que fonctionnelle.

C'est un jeudi d'hiver que je me suis présenté à Welkenraedt en voulant profiter du moment. J'y ai trouvé une gare noble, consciente de ses frontières, très digne dans son chagrin des douanes oubliées. Une gare d'un aplomb certain, fière de sa largeur, forte de sa hauteur. Une gare à revoir de temps en temps, quand me reviendra le besoin d'en vérifier les limites.

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17/01/2018

Raison faite à Anseremme

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Plus de dix ans après mon dernier passage, je suis revenu visiter la gare d’Anseremme. J’avais pris la peine, au préalable, de relire l’article tout au début de ce blog, où je l’avais qualifiée de « havre de paix ». Avec le recul, je me dis que c’était exagéré et que le seul havre d’alors, c’était d’avoir trouvé ma voie, celle qu’éclairent aujourd’hui des centaines de stations de Belgique et d’ailleurs.

J’écrivais alors :

« Je m'installerais volontiers dans une chaise longue sur le quai opposé pendant des heures, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. »

C’en est bien la preuve ! Car cette chaise longue, vous le savez bien, je pourrais l’installer sur n’importe quel quai de gare ! Mais je me souviens avoir été particulièrement fasciné par le bâtiment voyageurs (BV) d’Anseremme qui, à l’époque, n’était déjà plus qu’une ruine vouée à une démolition certaine :

« Après tout, elle n'est pas encore aussi vilaine que les gares de Thuin ou d'Assesse, qui sont de véritables hontes nationales. Elle est juste vieille et très fatiguée. »

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[La gare d'Anseremme du temps où le bâtiment voyageurs, certes délabré, bordait encore le quai. Photo prise le 30 juin 2006.]

Ha ha ! Et pourtant, des trois, c’est elle qui a disparu la première. Le BV de Thuin, entre-temps, a été splendidement réhabilité pour devenir, en 2012, la nouvelle Maison de l’Emploi. Même le BV d’Assesse a survécu un temps, sans plus jamais se bonifier, et n’a succombé devant la pelleteuse que le 10 février 2017 (1). Ainsi va l’histoire…

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[Il manque un bâtiment sur la gauche de l'image, là où stationnent aujourd'hui la voiture et sa remorque...]

Je me souviens aussi de ce moment de déchirement il y a quelques années, à travers la vitre d’un train vers Bertrix, quand j’ai relevé que la vieille bâtisse trouée et pâlie s’était comme évaporée. Que cette gare d’Anseremme, que j’avais naïvement réduite à cette seule même bâtisse, allait désormais devoir exister sans. Et que je devrais m’en faire une raison.

« La gare, si elle ne permet pas d'en finir avec la décadence, offre toutefois un répit. Lorsqu'au printemps on s'y trouve seul, c'est-à-dire sans les nuées néfastes de louveteaux boutonneux, c'est même un havre de paix, qu'entretient fidèlement un cerisier du Japon tout en fleurs... »

anseremme,gare,sncb,train,ligne 166Quand je suis revenu dix ans plus tard, donc, c’était la fin des classes et la saison des descentes de la Lesse par des nuées bruyantes d’étudiants flamands en excursion. Le cerisier du Japon avait fleuri il y a un temps déjà, et la voie 1, celle-là même où se dressait naguère la ruine bien-aimée, était inaccessible car en travaux. Oh, et les trains n’étaient plus les mêmes…

En dix ans, certaines choses avaient changé, d’autres pas. En restant suffisamment longtemps en gare d’Anseremme, ce havre dépassé, je me suis souvenu de ce temps où, béat, j’admirais encore les ruines avec un espoir infini.

 

 

(1) Voir En Lignes n°139, juin 2017, p. 18. 

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[Le 23 juin 2017, l'automotrice Desiro 08529 marque l'arrêt en gare d'Anseremme. Stationnant en face de l'ancienne halle à marchandises, elle s'apprête à redémarrer à contre-voie et poursuivre son parcours vers Libramont.]

31/12/2017

Dix ans déjà

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Dix ans plus tard, je vous parle toujours de gares. Ce blog a dix ans et même un peu plus et, dans un monde où la communication est sans cesse plus instantanée, il a vieilli un peu. A l’heure de Snapchat et d’Instagram, quelle place reste-t-il pour mes longs billets ferroviaires ? Mon blog a-t-il jauni comme ces vieilles cartes postales qui dorment dans un tiroir, comme ces vieux journaux oubliés dans un coin de la cave ?

Dix ans plus tard, je marche moins vite mais je marche peut-être mieux. Au gré de découvertes souvent inattendues, de trajets à flux parfois tendus, il semble que mon objectif a changé. Au début, je pensais écrire souvent mais peu à la fois, voyager beaucoup et jamais au même endroit. Aujourd’hui, toujours à pas d’homme, je reviens davantage sur les lieux, comme si seules la répétition des visites et la profondeur du temps m’autorisaient à vous en parler.

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Pourtant, l’émerveillement demeure. Il n’est toujours aucune gare que je ne cherche à habiter un instant. En quelques endroits du réseau, j’ai même réussi mon coup : en proportion, vous me verrez souvent à Roux et à Piéton, à Namêche ou à Grupont. Mais rien ne vaut le coup de foudre, l’amour au premier regard pour une gare jusque-là connue de nom seulement. Un jour, c’est sûr, j’irai à Abancourt !

Saviez-vous que tout ce que j’ai publié ici, je l’ai écrit dans le train, dans la centaine de trains que j’emprunte chaque mois, depuis dix ans ? Et que rien ne vaudra jamais le manuscrit ? Je dois avoir une drôle de vie, j’en conviens. Mais ma personne est moins importante que les gares qu’elle traverse… que traversent aussi des milliers d’autres personnes, tout aussi anonymes, chaque jour, quand je n’y suis pas.

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Toutes et tous, nous pouvons exister en de multiples endroits au même moment. Le long des rails, dix ans plus tard, je suis plusieurs fois moi-même, chaque jour, çà et là… Dix ans plus tard, je marche mieux. Et donc, je vous offre quelques photos d’un passé que je ne vous ai jamais montré, mais qui vous montrent par où je suis passé. Si vous vouliez me connaître, c’est déjà ça, non ?

Et puisque c’est de rigueur en cette fin d’année, je vous présente mes meilleurs vœux pour l’année à venir. Puissiez-vous ralentir le temps et la vivre à pas d’homme…

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[ILLUSTRATIONS - :: de haut en bas :: Le 18 avril 2014, la façade de l'ancien bâtiment voyageurs de la gare de Sclaigneaux est dans un piteux état... :: Le 6 janvier 2012, la gare d'Antoing semble plombée par la grisaille de l'hiver... :: Tous les feux sont au rouge en gare de Visé, le 26 janvier 2008. :: L'automotrice 610 marque l'arrêt en gare de Grupont le 20 août 2010. :: C'était la Desiro 08138 qui était de corvée en ce dernier week-end de l'année 2017 sur la ligne 130A. La voici qui arrive à Thuin à contre-voie, comme c'est d'usage le week-end, cet après-midi à 15h26. Il est toujours question de porter la ligne 130A à voie unique entre Hourpes et Lobbes à partir d'avril 2018.]

30/11/2017

[F] Perché sur une branche à Sotteville

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sotteville-les-rouen,sncf,train,gareAvant de revenir en nos contrées, je vous dirai encore de mon été qu’il s’est achevé du côté de Rouen. J’avais très arbitrairement choisi deux gares de sa proche banlieue comme dernières cibles. Florian, avec qui je travaille et qui est originaire du coin, en rigole encore. « Mais qu’as-tu bien pu trouver à Oissel et à Sotteville ? ». Je n’ai pas trop osé lui répondre : « Le dépaysement ! ».

Dépaysé le long des rails, j’ai pensé que tout, dans cette France si proche, invite à la comparaison – et elle fait mal. Pauvres petites gares wallonnes, aux guichets disparus, où le voyageur attend mais n’est plus accueilli, ni même vraiment attendu ! Où disparaissent donc les budgets ? Il y a chez nous, j’en suis intimement convaincu, quelque chose qui ne tourne pas rond…

Pour le voyageur, Sotteville-les-Rouen n’est qu’un point d’arrêt, un peu comme le sont chez nous Ronet ou Forest-Midi, en bordure d’un grand centre d’activité ferroviaire. Les amateurs du rail connaitront Sotteville et son cimetière de locomotives qui attirent, souvent la nuit, de curieux photographes. Moi, ce jour-là, je me suis contenté de quelques becquées, au grand soleil, sans vraiment quitter mon perchoir.

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sotteville-les-rouen,sncf,train,gareC’est qu’une longue passerelle surplombe un faisceau de voies bien vaste, qui s’étend même loin au-delà. Elle offre une vue aérienne, dominante, généreuse, des circulations venant de Rouen-Rive Droite ou s’y rendant. En heure de pointe vespérale, les allées et venues étaient nombreuses et variées, et j’ai salué plusieurs fois une locomotive de manœuvre s’affairant à remiser les rames ayant achevé leur journée.

Là, j’étais comme l’oiseau prenant sa pause après un long vol, toisant des trains petits et grands venus de l’inconnu. Bleus pour la plupart, ils venaient vite ou un peu moins ; certains posaient puis s’arrêtaient en dégorgeant quelques travailleurs hébétés. Ça, ce sont des vacances ! Celles où, dépaysé, je peux arrêter le temps et admirer les rails, en paix, perché sur une branche à Sotteville.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Sotteville-les-Rouen le 24 août 2017.]