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20/06/2009

Holleken - parfois, parfois pas

Holleken2.JPGPour ceux qui ne connaissent pas la ligne 124 (Bruxelles-Charleroi), le point d'arrêt d'Holleken n'évoque sans doute pas grand-chose. A raison d'ailleurs, car il n'est en rien remarquable! Mais voilà. Je me suis donné pour mission de baliser tout le réseau, en veillant tout particulièrement à ces endroits évasés qui le bornent et le ponctuent, où s'arrêtent les trains parfois, parfois pas. Comme je ne sais pas toujours où je vais, je m'en remets aux éléments. Qu'il pleuve, qu'il vente, j'arpente et contemple ces longs quais de terre ou de pierre, à la recherche d'une ombre, d'une onde, d'un parfum.

Holleken donc. Hameau situé entre Linkebeek et Rhode St. Genèse, mais dépendant de la première, dans cette étroite bande de Flandre séparant le sud de Bruxelles de la Wallonie, Holleken a tous les charmes d'une banlieue aux accents champêtres. Seuls deux longs quais en brique pilée et quelques cahutes bétonnées servant d'abris aux voyageurs rappellent l'arrêt de rares trains L. Point d'arrêt donc, mais point de bâtiment. Tant pis! Un soleil radieux invite à des compositions d'images dont les couleurs vives donneront le tournis aux formes et aux reliefs. Je suis seul sur les quais. Tant mieux! L'été m'abreuve d'une d'une brise tiède et tendre, vapeur fertile pour mes sens apaisés.Holleken1.JPG

Mais déjà je me demande ce qu'il adviendra de cette banlieue boisée lorsqu'arriveront les pelleteuses du RER. Quatre voies et deux quais bétonnés à n'en pas douter. PLus froid, moins vert peut-être. Et, avec le temps, de nouveaux quartiers peuplés de francophones Flamands...

Holleken3.JPG(Photos prises à Holleken le 6 juillet 2008)

17/06/2009

Le cruel destin de la gare d'Haine-Saint-Pierre

Une ville sans gare n'est pas une ville. Une gare sans quai n'est pas une gare...HaineStP2.JPG

L'histoire de la gare d'Haine-Saint-Pierre est si riche qu'elle mériterait qu'on lui consacre un ouvrage à part entière. Bâtie en 1885-1886, elle connut l'âge d'or de l'industrie wallonne. Pendant plusieurs décennies, elle fut une importante plaque tournante du transport ferroviaire, permettant chaque jour à des milliers d'ouvriers de se rendre sur le lieu de travail. Importante gare de formation, elle occupa également des centaines de cheminots affectés aux différents métiers du rail, notamment au dépôt voisin, et fut tête de ligne. Elle survécut miraculeusement aux bombardements de la Royal Air Force du 10 janvier 1944. Le lent mais profond déclin des charbonnages et autres industries de la région du Centre scella son destin. Lors de la fusion des communes, en 1978, Haine-Saint-Pierre devint un simple faubourg de La Louvière. Peu après, un élu local, visionnaire aveuglé, ambitionna le développement commercial du quartier Mitant-des-Camps, bordant le faisceau des voies, en l'axant autour de la construction d'une nouvelle gare. Le 9 janvier 1983, la gare de La Louvière-Sud accueillit ses premiers voyageurs, tandis que celle d'Haine-Saint-Pierre, entre-temps classée, fut définitivement fermée au transport de passagers.HaineStP1.JPG

Il se trouve qu'aujourd'hui, le Mitant-des-Camps accueille moins de commerces qu'avant et que les abords de La Louvière-Sud restent cruellement déserts. A quelques centaines de mètres de là, la gare d'Haine-Saint-Pierre héberge désormais le Cercle d'Histoire Henri Guillemin, l'antenne de l'Ecomusée régional du Centre dédié à l'Interprétation de la Construction et la Vie Ferroviaire, et le Club Ferroviaire du Centre. J'y ai vu de la lumière, mais je ne suis pas entré...

En semaine, de nombreux trains continuent à défiler devant la gare, mais plus aucun ne s'y arrête. Puisqu'elle est toujours reliée au réseau, elle n'est pas strictement une gare égarée. Mais eu égard à son passé glorieux et à son cruel destin, comment la classer ailleurs? Je pourrais écouter, encore et encore, ma mère me conter ces ambiances de fer et de fumée lorsqu'à Haine-Saint-Pierre se croisaient deux locomotives à vapeur venues chercher, un matin brumeux, des ouvriers aux traits burinés...

HaineStP3.JPG

05/06/2009

Aux portes de l'enfer

Ceci est un clin d'oeil à des amis inconnus. Si ce blog concerne le monde du rail, il porte davantage sur les bâtiments ferroviaires que sur le matériel roulant. En ce sens, je me démarque de la toute grande majorité des ferrovipathes, comme on dénomme les mordus de chemins de fer. Je ne suis donc pas, stricto sensu, un trainspotter. Je reste en marge. Comme toujours, diront certains.

Si je reviendrai ultérieurement sur le trainspotting, je voudrais dire ici que je considère ceux qui le pratiquent comme des amis. Des amis inconnus certes, car ma passion est hélas restée, à ce jour, solitaire. Mais je comprends pleinement leur passion. Et je partage presque leur attirance incontrôlable, hypnotique même, pour ce moment où surgira, au détour d'une courbe ou à la sortie d'un tunnel, le train tant attendu.

AuxPortes2512_1.JPG

Alors, à ces amis inconnus, je tiens à offrir une photo de la HLE 2512 aux portes de l'enfer. Calés qu'ils sont, ils sauront déjà qu'elle fut mise en parc fin 2004, comme six de ses consoeurs de la série 25, après 44 années au service de la SNCB. Malgré des tentatives de revente à des opérateurs étrangers, c'est finalement au ferrailleur Keyser, à Courcelles, qu'elle fut revendue en mars de cette année. Il y a quelques semaines, elle fut acheminée sur la voie réservée à Keyser, voie à l'issue trop certaine. Son purgatoire.AuxPortes2512_3.JPG

Je l'ai photographiée le jeudi 28 mai. Ce soir, en rentrant chez moi, je l'ai revue, qui attend la mort. Elle n'en a plus pour longtemps: ses consoeurs, qui encombraient la voie derrière les portes de l'enfer, semblent toutes avoir été découpées. Il lui reste peut-être un week-end, seule au soleil, à ressasser le souvenir de jours glorieux où elle tirait voitures et wagons, dans la neige et dans la brume, du nord au sud et d'est en ouest. Il lui reste peut-être un week-end, seule et résignée, aux portes de l'enfer.