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29/08/2009

Remonter le temps le long du Bocq

Ma passion pour la chose ferroviaire est débordante. Il peut donc paraitre étonnant que j'aie attendu aussi longtemps avant de me laisser charmer par le Chemin de fer du Bocq. C'est qu'en gourmand malin, j'aime espacer les plaisirs et meubler les intervalles d'étapes utiles. Assuré de passer un moment fort tout au long de la ligne 128 (Ciney-Yvoir), je tenais vraiment à réunir les meilleures conditions. Attendre les vacances pour me débarrasser des tares physiques et émotives. Attendre le soleil d'un été charmeur, pour habiller mon parcours de chaleur, de lumière et de légèreté. Attendre enfin l'instant propice aux éblouissements, celui où le détail éclipse l'essentiel et où la poésie de l'imparfait parle plus que l'excitation du futur proche.Bocq1.JPG

Croyez-moi, mon regard n'a pas séché jusqu'à ce que je pose le pied en gare de Dorinne-Durnal! Il y avait bien sûr le vieil autorail de la série 46 (1952-1994) avec lequel on sillonne la vallée du Bocq. Qu'il parait frêle et fragile quand on l'aperçoit pour la première fois en débarquant à Ciney! Mais, une fois qu'on est à bord, il rassure et régale en se jouant des méandres du Bocq. L'expérience est ultra-sensorielle car les cinq sens peinent à traduire l'émerveillement. Lentement, au rythme du vieux diesel, il remonte le temps et traverse des contrées que trente mille jours et nuits ont laissé intactes, vertes comme jadis. A Senenne, il nargue les toits de fermes antiques. A Spontin, il caresse les flancs d'une locomotive vapeur, sans doute une ancienne copine de jeu. Puis il traverse un tunnel, et là on perd les dernières notions du jour et de l'heure. Finie la vie en technicolor. En rouvrant les yeux, tout est en noir et blanc jauni, comme ces vieilles cartes postales qu'on parcourt au détour d'une brocante.Bocq2.JPG

Et puis il y a les gares d'une grâce rarement égalée. Figées, intemporelles, éternelles et donc, pour moi, abouties, parfaites, quintessentielles. Plus tard, je vous parlerai en images de l'une ou l'autre. Ici, je souhaite rester bien en ligne, posé, sans privilégier ni trahir, car chacune, de Braibant à Purnode, mérite l'arrêt et le détour, à l'aller comme au retour. Le visage tanné par notre bel été, je rêve déjà de les revoir en hiver, caressées par la neige, et m'asseoir sur leurs quais sans horloges et sans horaires, à attendre, longtemps peut-être, d'impossibles convois d'hommes en chapeaux.

Et tout ça, grâce à l'extraordinaire dévouement de dizaines de volontaires qui, depuis quelques années déjà, ont rendu au Bocq son train. Tous sont cheminots ou presque. Chapeau bas, Messieurs Dames, c'est de la belle ouvrage! Un jour, si la vie le veut, j'aimerais que vous me parliez de votre amour pour ces rails d'hier. Au fil des mots, peut-être, vous m'aiderez à retrouver mon chemin. Ce chemin, qui n'est pas court mais court le long des rails...

Bocq3.JPG

(Illustrations: En haut, l'autorail 4605 du CFB s'éloigne de Dorinne-Durnal et roule en direction de Purnode le 9 août 2009. Au milieu, l'autorail 4605 arrive en gare de Spontin, où il va marquer un arrêt d'une demi-heure pour permettre aux voyageurs de se restaurer. En bas, la gare de Dorinne-Durnal est désormais la propriété d'un bienheureux particulier.)

Commentaires

Je n'aime pas les gares - elles sont tristes.

Écrit par : Cardinal / cheap phone cards | 22/12/2009

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