Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

21/12/2009

A Hourpes ce matin-ci, ce matin-là

[Ceci est le quatrième article d'une série de treize nous emmenant le long de la ligne 130A. Le voyage a commencé ici, avec des arrêts à Marchienne-Zone et à Landelies.]

Hourpes1.JPG

Ce matin-là, l'horloge de la cuisine indiquait 5h42. Vingt-quatre minutes avant le premier bus, que je n'avais pas envie de prendre. Pour me rendre à Woluwe, avant deux trains et métro, à travers bois je suis descendu, à pied, jusque Hourpes. Dans les premières lueurs du jour, dans les derniers silences de la nuit, les oiseaux chantaient à peine, le long de l'unique route menant, cahin-caha, à Hourpes. Un château, quarante maisons, aucun commerce - ainsi va le hameau, qui dormait encore. Ce matin-là, le long du halage, la Sambre suintait sous le soleil naissant. Vingt-quatre minutes avant le troisième train du jour.

Hourpes2.JPGSeul ou presque, j'ai pris le train vers la ville, vers l'air moderne. Au fond, Hourpes ne vit plus que dans le coeur de ses habitants, dont aucun ne se souvient vraiment des lustres d'antan. Des ruines, le long de l'eau, évoquent un passé prospère, avant le premier train, au temps des chevaux de trait. Le temps a tout emporté, après le premier train.

A Hourpes, sans voiture, on vit seul. Sans le train, on n'y vit plus. La halte n'y sera jamais rentable. A moins de rebâtir toute une ville, ce qui ne pourrait se faire, faute à la nature... Le jour où, à Hourpes, le train on retirera, le hameau on enterrera. Le temps aura tout emporté, après le dernier train.

Ce matin-ci, l'horloge de la cuisine indiquait 11h36. Vingt-quatre minutes avant le soleil de midi, trop bas pour réchauffer des mains gelées. Vers Hourpes, dans la neige, à travers bois je suis descendu. Avant d'atteindre l'ancien coron, trente fois j'ai glissé, sans prise sur la flore figée. Des enfants hilares, une maman inquiète, des boules de neige qui volent - ainsi va le hameau, qui vivait encore. Ce matin-ci, le long du halage, la Sambre tremblait sous la glace filante. Vingt-quatre minutes après le soleil de midi.

Hourpes4.JPGHourpes5.JPG

Je n'ai pas pris le train vers la ville. Mais j'en ai attendu d'autres, dont personne n'est descendu. Alors, à Hourpes, j'ai arpenté les quais, encore et encore, pour laisser dans la neige épaisse des milliers d'empreintes. Voilà! Elle n'est pas rentable, cette halte? Les forges et les hauts-fourneaux ont disparu, mais pas le souvenir des milliers d'âmes qui y ont sué. Le seul fantôme ici, c'est moi. Alors, en vain, d'autres ruines j'ai cherché. Celles de la gare d'Hourpes, jadis si fleurie. Mais le temps a tout emporté, et un peu plus avec chaque train.

Hourpes6.JPG

[Illustrations: Tout en haut - Ce matin-là, le 20 mai 2009, la Sambre suintait sous un soleil naissant. En haut - Ce matin-là, le 20 mai 2009, Hourpes dormait encore. En bas, à gauche - Ce matin-ci, le 18 décembre 2009, l'automotrice 689 assurant le train L4784 arrive à Hourpes. En bas, à droite - Il y avait jadis une gare à Hourpes et elle était même la plus fleurie de Belgique. Tout en bas - Ce matin-ci, le 18 décembre 2009, les deux quais courbés d'Hourpes étaient recouverts d'une généreuse couche de neige.]

[L'histoire d'Hourpes mérite d'être connue. Un ancien habitant en a retracé l'histoire de manière assez habile, sur son blog 'Le hameau de Hourpes']  

13/12/2009

Valse à Landelies

[Ceci est le troisième article d'une série de treize nous emmenant le long de la ligne 130A. Le voyage a commencé ici, avec un premier arrêt à Marchienne-Zone.]

Landelies1.JPG

C'est peu après Marchienne-Zone que la ligne 130A délaisse le tissu industriel et enfile un étonnant corsage de vert et de brun, de bleu et de blanc. Le block 59, au lieu-dit de la Jambe-de-bois, valide en quelque sorte le départ d'une valse virevoltante entre rivière et rails. Et si la voie ferrée, comme effarouchée, se cache encore un temps dans un étroit goulot rocheux, c'est pour mieux rejaillir et toiser, mais sans malice, la Sambre en contrebas. Les carrières de Landelies défilent, le viaduc du R3 chapeaute, les massifs arborés s'étoffent. Pas de crainte, pas de doute: la ville est loin déjà!

... Si loin déjà, qu'il n'y a plus de gris, sinon celui de la pierre de pays. La voie se courbe, recroise la Sambre et caresse de vieilles bâtisses. Un arrêt s'amorce, une halte s'impose, une gare se prépare. Une automotrice aux tags hétéroclites accourt, freine et s'arrête, essoufflée le long d'un quai délabré. On n'entend qu'elle! Et puis des bisous, des mots complices, quelques rires et des portières qui claquent. A Landelies, le train repart et le silence revient. La Sambre est proche, en fait.

Landelies2.JPG... Si proche, en fait, qu'il ne faut que quatre-vingts pas pour s'en approcher. Quatre-vingts pas de valse, entre le fer et l'eau, face à face, avec pour seuls témoins de frêles masures et un vieux chien. Et moi, dont le regard scintille, je ne sais plus qui choisir, le cours d'eau ou le chemin de fer. Mais puisque choisir je dois, je suivrai les nuages, dont le blanc lacté me ramène à la gare. Très vite, je cadre et compose, en gare de Landelies, des images que partout j'emmènerai en m'écriant gaiement: "Qu'elle est belle, en vérité!"

... Si belle, en vérité, malgré ses vilains défauts, qu'à défaut de viles vérités, on l'aime, le vieux chien et moi, pour sa beauté au défi du temps. C'est qu'un siècle plus tard, elle illumine encore les lieux, le creu de Sambre, avec grâce et élégance. On n'y vend plus de billets et la voici revêtue de blanc. Mais pour le reste, le pont, les toits, l'assiette de la voie: c'est la superposition du passé et du présent. Je regretterai peut-être la marquise qui jadis...

Assez rêvé. Laissons la valse du temps à ces deux-là. Car celui-ci a un devoir, qui est d'aller vers l'ouest. A Landelies, le train revient et je repars. La Sambre est proche, en fait. 

Landelies3.JPG
Landelies4.JPG
(Illustrations: Toutes les photos prises le 20 juillet 2009. En haut: La gare de Landelies, après avoir été laissée dans un état de délabrement pendant des années, a été rachetée par un particulier. Au milieu: l'automotrice n°218, assurant le train L4783 en direction de Charleroi-Sud s'est arrêtée à Landelies, où elle circule à contre-voie en raison des longs travaux de modernisation de la ligne. En bas, à gauche: La gare de Landelies côté rue. En bas, à droite: Vue panoramique du point d'arrêt de Landelies sur la ligne 130A.)