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25/01/2010

Les fleurs du mal à Thuin

[Ceci est le sixième article d'une série de treize concernant la ligne 130A. En partant d'ici, nous avons marqué l'arrêt à Marchienne-Zone, à Landelies et à Hourpes, avant de faire une pause technique.]

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Thuin4.JPGSi vous n'avez jamais posé le pied à Thuin, je vous conseille le détour sans réserve. N'y attendez pas un florilège commercial - les grandes enseignes jugent la Thudinie peu rentable dans son ensemble. Mais nous savons que la beauté est ailleurs. Alors, allez-y pour la richesse de son patrimoine, de son bâti ancestral, de ses traditions. Allez-y pour ses jardins suspendus, pour son beffroi et - si vous avez le coeur à la fête - pour sa St. Roch. N'y attendez pas une jolie gare fleurie - les seules fleurs qui y poussent sont celles du mal.

Jusque fin septembre 1962, il y avait deux gares voyageurs en activité à Thuin. Thuin-Ouest, sur l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay), n'existe plus que dans le souvenir des anciens... mais aussi dans l'enthousiasme bien actuel des nostalgiques du tram vicinal. J'y reviendrai un jour. Mais la gare située sur la ligne 130A, c'est Thuin-Nord qui, si elle est au nord, l'a perdu un peu! Par défaut de concurrence, de nos jours, on dit juste Thuin.

Comme à Landelies, la gare de Thuin est une relique du bâti ferroviaire de la Compagnie du Nord-Belge. Mais, à l'inverse de Landelies, il est difficile, de nos jours, de lui trouver une quelconque beauté. On l'a trop longtemps laissée aller, seule, sans amour et sans ouvrage. Le pignon est abîmé, la marquise a succombé, l'intérieur pourrit. C'est déjà la ruine. Les gens du coin le savent et s'en émeuvent. Des décisions se prennent à Bruxelles, à Namur, et non loin du beffroi. Mais rien ne change. En 2010 encore?

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Mais même alaidie par le temps et le mépris des hommes, je l'aime, cette gare du Nord révolu! La nuit maquille ses défauts et, avec un peu de recul, on peut lui rendre une certaine dignité. Pour moi, c'est quand elle est déserte qu'elle revit. C'est quand on me la laisse que j'en prends soin. C'est quand on l'oublie encore et encore que j'y reviens, toujours et toujours, pour l'habiller de nouvelles couleurs, de nouvelles lumières, et l'entendre murmurer de fragiles mots d'espoir.

Si vous n'avez jamais posé le pied à Thuin, allez-y aussi par devoir de mémoire, à la recherche des traces d'une histoire millénaire. Humez l'air du temps qui a passé et passe, encore et encore, le long de la Sambre. N'y attendez pas une jolie gare fleurie, car la gare y est flétrie. Laissez-la moi, ou venez m'aider à arracher, une à une, les fleurs du mal qui y poussent, toujours et toujours.

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[Illustrations: de haut en bas et de gauche à droite: 1. Nous voici arrivés à Thuin! 2. Vue de l'intérieur de la gare de Thuin, le 31 octobre 2008. 3. En fouillant dans mes cartons, j'ai retrouvé cette photo de la gare de Thuin prise en juillet 2004, en période "pré-numérique". On voit contre la façade une enseigne avec l'ancien logo de La Poste. Depuis fin 2006, cette expérience d'hébergement de services publics alternatifs s'est achevée sur un échec, laissant le bâtiment absolument vide. La SNCB l'a d'ailleurs "aliéné" à l'administration communale. 4. Nouvelle évocation de l'état de délabrement de la gare de Thuin, capturée le 30 juin 2007. 5. Mieux vaut donc regarder la gare de Thuin la nuit, comme je l'ai fait le 25 octobre 2009.]

16/01/2010

Blocks, tunnel, ponts et passages à niveau

[Ceci est le cinquième arrêt d'un parcours en treize articles le long de la ligne 130A. Nous sommes partis d'ici, et nous nous sommes posés des questions à Marchienne-Zone, avons valsé à Landelies et rêvé de ce qui n'existe plus à Hourpes.]L130A_9.JPG

L130A_6.JPGPoursuivons notre beau parcours le long de la ligne 130A. Mais avant de nous arrêter à Thuin, prenons le temps et le soin de nous intéresser au fonctionnement actuel des trente kilomètres de ligne. C'est là l'occasion de rendre hommage au génie de générations de gens du rail, des premiers bâtisseurs à ceux qui ajourd'hui encore l'entretiennent et la modernisent. Chapeau bas également à tous les cheminots, aux métiers parfois oubliés, qui lui ont donné vie au fil du temps. Nos voyages, notre liberté d'hier et d'aujourd'hui, c'est un peu à eux que nous la devons!

Les origines du rail de la Haute Sambre remontent à la tendre enfance des chemins de fer en Belgique. C'est par un arrêté royal de mai 1845 que fut accordée à la Société du chemin de fer de Charleroi à la frontière de France la concession pour la construction de la ligne. Les crises financières de l'époque retardèrent l'exécution des travaux rendus difficiles par les quinze franchissements de la Sambre, tant et si bien que la ligne à double voie n'ouvrit que le 6 novembre 1852. La Compagnie du Nord en reprit l'exploitation dès 1854. Ce n'est qu'en 1941 que la ligne fut nationalisée. Son électrification, fin décembre 1964, lui permit de prendre part à l'âge d'or des Trans Europe Express.

L130A_7.JPGSi aujourd'hui l'Europe ne défile plus à Thuin, la ligne 130A reste un corridor pour le transport de marchandises entre les anciens bassins industriels de la Wallonie et du Nord-Pas de Calais. Les convois sont tractés par des série 12 de la SNCB ou des BB36000 de la SNCF, avec le timide concours de locomotives diesel de série 57 de la SNCB ou BB67400 de la SNCF. Des TRAXX devraient venir compléter la parade d'ici peu.

Du lundi au vendredi, la SNCB assure une relation L à cadence horaire, avec renforcement aux heures de pointe, entre Charleroi-Sud et Erquelinnes. Six fois par jour, les trains poursuivent jusqu'à Jeumont, de l'autre côté de la frontière. Les week-ends et jours fériés, la cadence est bi-horaire, les trains restent en Belgique et ne s'arrêtent pas à Hourpes. Les voyageurs prennent place dans des automotrices AM62/79, avec le renfort d'une rame quadruple AM75 lors de la pointe matinale. Des autorails de la série 41 assurent les remplacements, essentiellement les week-ends, lors de travaux ou d'entretiens de la caténère.

Depuis plus de dix ans, d'importants travaux de modernisation compliquent un peu l'exploitation de la ligne. Les ponts sur la Sambre, il est vrai vétustes, sont remplacés un à un. Les travaux concernent également le seul tunnel de la ligne (tunnel de Leernes, parfois erronément appelé tunnel de Landelies), d'une longueur de 441 mètres, dont on augmente péniblement le gabarit depuis deux ans et demi. A terme, des convois plus lourds, jusqu'à 22,5 tonnes par essieu, pourront emprunter la ligne.

L130A_8.JPGL'espacement des trains est garanti par trois cabines de signalisation, en plus de celle de Charleroi-Sud, occupées vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des hommes d'expérience. Il s'agit des blocks 59 (Marchienne-Zone), 62 (Lobbes) et 66 (Erquelinnes), que complète une cabine automatique située à Hourpes. La signalisation, les aiguillages, les passages à niveau sont contrôlés à partir de ces cabines, sans lesquelles la circulation à contre-voie exigée par les longs travaux serait presque impossible.

Il subsiste, le long de la ligne 130A, huit passages à niveau, tous de deuxième catégorie, le dernier marquant la frontière entre la Belgique et la France. La véritable curiosité est le passage à niveau n°119, dans les bois au fond de Thuin, qui débouche sur une grille en fer forgé verte barrant l'accès à une seule demeure, en fait une ferme lovée dans un méandre de la Sambre.

Hormis les mesures imposées par les travaux de modernisation de la ligne, la coexistence entre le trafic voyageurs et le trafic marchandises s'opère sans encombres, et la voie d'évitement entre Lobbes et Fontaine-Valmont n'est guère utilisée. Depuis les fermetures des lignes 108 (entre Binche et Erquelinnes) et 109 (Mons-Chimay), il y a déjà longtemps, les trains ne se bousculent plus vraiment en gares de Lobbes et d'Erquelinnes. C'est donc avec sérénité que les petites automotrices arpentent la ligne 130A et se jouent de la Sambre, de méandre en méandre.

Arrêtons-nous maintenant à Thuin.

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[Illustrations, de haut en bas: 1. Vue de l'intérieur du block 59 à Marchienne-Zone (photo aimablement transmise par un cheminot sympa). 2. Les 441 mètres du tunnel de Leernes sont en travaux depuis deux ans et demi et il faudra encore au moins deux ans pour les achever. Cette photo, prise à Leernes (Fontaine-l'Evêque) le 8 novembre 2009, montre la sortie du tunnel du côté Hourpes. 3. Ce pont, un des quinze chevauchant la Sambre, est situé à Fontaine-Valmont et fait partie de ceux qui ont remplacé les anciens ouvrages vétustes. Photo prise le 5 janvier 2010. 4. Le passage à niveau 119 à Thuin, ici photographié le 21 mai 2009, serait-il réellement privé? Il donne accès à une seule propriété barrée par une grille en fer forgé. 5. Vue extérieure du block 59 à Marchienne-Zone (photo aimablement transmise par un cheminot sympa).]

01/01/2010

Meilleurs voeux d'égarements

Adieu 2009, bonjour 2010.Meilleurs_voeux1.JPG

A vous qui me lisez, qui que vous soyiez, je vous présente mes meilleurs voeux d'égarements pour l'an neuf (dix, en fait). Que vous aimiez les gares ou pas, laissez-vous porter bien loin... Loin de tout ce qu'on vous dit, loin de tout ce qu'on vous montre. Loin des crises, de la peur, de ce monde qui a mal tourné. Sortez de vos murs et de vos écrans, par neige ou par vent, et marchez bien loin, loin de tout. Ce ne sera pas une fuite. Juste un bon remède pour une santé de fer.

Adieu 2009 et les images d'un été radieux. Mais le souvenir reste. L'éblouissement à Dorinne-Durnal. L'émotion à Tertre. Le bonheur à Grupont. Le silence à Philippeville. L'ébullition à Courcelles. Et toutes ces gares dont je ne vous ai pas encore parlé - Quévy, Forrières, Amay. Theux, Marche-les-Dames, Godarville - et la liste est encore longue. En 2009, de clocher en clocher j'ai été, du petit matin à la tombée de la nuit.

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Et en 2010, de clocher en clocher j'irai, à la rencontre d'autres lieux et d'autres visages, d'autres cieux et d'autres villages. C'est vous, c'est toi peut-être, que sur un quai je rencontrerai, au hasard d'un moment d'égarement. C'est comme la vie nous mènera, au fil des lignes. Et si tu veux savoir où j'irai, demande! J'arriverai à Jeumont et je sens Naninne et Haversin pour l'été. Je toucherai encore les frontières; les Flandres ne sont pas bien loin!

A vous qui me lisez, à toi qui me lis: Meilleurs Voeux d'égarements pour l'an dix. Soyez loin de tout, de temps en temps. Cela fait du bien.

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(Illustrations: en haut, vue intérieure de la gare de Forrières, sur la ligne Namur-Luxembourg, le 5 août 2009. Au milieu, une autre gare dont je ne vous ai pas encore parlé, celle d'Amay, entre Namur et Liège, le 27 août 2009. En bas, heureux hasard que le passage non-anticipé de matériel antique passant en gare de Cour-sur-Heure le 25 septembre 2009 pour se rendre au Festival de la vapeur du Chemin de fer des trois vallées à Mariembourg.)