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07/02/2010

Lobbes est ma gare rare

[Septième arrêt sur un parcours en treize articles concernant la ligne 130A (Charleroi-Erquelinnes). Nous sommes partis il y a quelques semaines le long de la Sambre, avec arrêts à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes et Thuin, et une halte technique ici.]

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Rares sont les gares où l'on n'attend pas le train assis le long des quais. Partout, d'Amay à Franière, de Genval à Grupont, le voyageur traverse sous les voies. Partout, de Marche-les-Dames à Morlanwelz, d'Obourg à Berzée, il emprunte une passerelle. A Carnières, à Esneux, à Gouy-lez-Piéton, il y a un passage à niveau. Partout, ou presque, on accède aux quais librement, en toute sécurité, à l'heure qu'on veut, et on s'y assied en attendant le train ou quelqu'un. Mais parfois, rarement, on ne va pas de la voie 1 à la voie 2 sans l'aval d'un homme du rail avisé de la marche des convois en amont.Lobbes4.JPG

Lobbes est ma gare, ma gare rare, mon point de chute. Celle que j'admire tous les jours ou presque. Celle dont je rêve quand je n'y suis pas. J'y viens à pied, en bus, en voiture. J'y viens toujours et n'en repars jamais vraiment. Lobbes est ma gare, mon point de départ vers Luttre, Lessines ou Louvain.

Mais je rêve d'un jour sans départ, d'une journée à l'étage, derrière un carreau givré, à veiller sur le défilé des trains. Je rêve d'une journée entière dans ma gare, sans aller ni retour, il y a cinquante ans, quand on y venait encore de Vellereille ou de Sivry. Je rêve de vieilles vapeurs ici, de képis, de montres à gousset. Je rêve de tout ce qui y a été et y sera. Lobbes est ma gare, dont on quitte les quais si vite.

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La petite place au bout de la rue de la Station, bordée par la clinique Saint-Joseph, l'Hôtel du Nord, les Mutualités Chrétiennes et la gare elle-même, est, quand elle ne dort pas, une intense plate-forme de passage, un vrai théâtre du transit, une ode à l'intermodalité. On y vient, on y passe, prendre le bus ou le train. On la foule, on la traverse, à pied ou en voiture, pour prendre des nouvelles d'un proche. On y grimpe, on l'arpente, comme il y a cinquante ans, pour prendre un café ou une conserve. Mais jamais on ne s'y arrête vraiment. Jamais vraiment on ne s'y assied.

Lobbes6.JPGMais je rêve d'un jour sans départ, d'une journée entière voie 2, sur ce quai où on n'est jamais assis, à veiller sur le défilé horaire des voyageurs. Je rêve d'une journée éternelle dans ma gare, sans appels ni détours, il y a cent ans, quand on y venait encore de Buvrinnes ou de Thuillies. Je rêve d'une rencontre avec un aïeul inconnu, à la lueur d'une lanterne embuée, avant son départ de Lobbes, un petit matin de mai.

Lobbes est ma gare, ma gare rare, ma perle fine. Et quel plus bel écrin que la vieille ville, perchée sur un versant abrupt? La millénaire Collégiale Saint-Ursmer rappelle que, jadis, la cité fut très contemplative. Après les moines, il y eut les petits métiers. Après la diligence, il y eut le train. Dans ce bel écrin, perché sur la Sambre, ma gare a fière allure. Est-ce trop l'aimer que de vouloir l'habiter?

Et je rêve d'un jour sans départ, d'une journée sans fin, où chaque train serait le premier. D'un jour où, assis le long des quais, arrêté pour de bon, j'accueillerais chacun sur son chemin. D'une journée au soleil éternel, dans ma gare rare, à regarder le temps passer.

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