Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/04/2010

Chasse gourmande à Ermeton-sur-Biert, à Mettet, à Fosses

Ermeton_sur_Biert.jpgJe prends rarement la voiture pour assouvir ma passion des gares. Je suis adepte d'une mobilité douce et j'ai l'extrême faiblesse de penser qu'il n'est pas un village qu'on ne puisse atteindre en train, en bus, à pied. C'est à peu près vrai quand on a tout le temps devant soi, qu'on est un peu maso et que la seule ambition de la journée est contemplative. C'est nettement moins vrai lorsqu'on a vie active et moderne, une vie où l'on veut être à quatre endroits entre le lever et le coucher, où l'on veut vivre trente-six heures en vingt-quatre.

Si j'ai pris la voiture ce jour-là, c'est donc avant tout par gourmandise. Je ne voulais pas me contenter d'une seule gare. Dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, les distances entre villes et l'offre de transports en commun incitent à la modestie. Si j'ai pris la voiture ce jour-là, c'est aussi parce que les gares que je voulais épingler au tableau de chasse ne balisent plus le réseau ferré. Je voulais des gares égarées et, par gourmandise, j'en voulais plusieurs.CPA_Ermeton_sur_Biert.jpg

Mais ce n'est pas parce que j'ai pris la voiture ce jour-là que je suis arrivé à temps. A Ermeton-sur-Biert, je suis arrivé avec quelques années de retard. J'avais laissé la voiture au pied du Monastère Notre-Dame pour gravir à la force du mollet la route menant à Furnaux. Au sommet de la côte, j'ai déchanté. Là où jadis se dressait fièrement la gare, il n'y avait plus qu'une colonne d'air. Et, un peu plus loin, un dépôt des TEC. Oh, et un RAVeL en préparation. A Ermeton-sur-Biert, il ne reste plus une pierre, juste de l'air et quelques barrières rappelant le temps du train, celui partant à Florennes ou à Senzeille, à Tamines ou à Dinant.

Mettet.JPGDe rage, je suis parti à Mettet, puis à Fosses-la-Ville, à la recherche des jumelles égarées. Deux anciennes gares jaune pâle, presque identiques, qui n'accueillent plus les voyageurs depuis un demi-siècle. Deux édifices reconvertis, mais dont les contours rappellent leur vocation d'antan, au service du rail, le long de la ligne 150 (Tamines-Jemelle). La gare de Mettet est aujourd'hui un cabinet médical, celle de Fosses sera bientôt un centre culturel. On n'est plus au temps des autorails mais au temps de l'automobile. Et après?

Fosses_la_Ville_1.JPGAlors, j'ai repris la voiture ce jour-là et je suis reparti à travers champs. Gerpinnes, Nalinnes, Ham-sur-Heure, Marbaix-la-Tour. J'ai vu d'autres gares, mais je ne me suis pas arrêté. C'est trop facile, l'automobile, et elle pollue et nous tue à petit feu. Gozée, Thuin, Lobbes, Mont-Sainte-Geneviève. Repu, coupable, chez moi, je suis rentré. La fois prochaine, c'est certain, je repartirai en train, en bus ou à pied. Je prendrai le temps qu'il faut car maintenant je sais que, parfois, même avec la voiture, j'arrive avec plusieurs années de retard.

Fosses_la_Ville_2.JPG

[Illustrations - :en haut, à droite: Je suis arrivé à Ermeton-sur-Biert avec plusieurs années de retard; la gare qui se trouvait après la rangée de barrières dans le fond à gauche de l'image a disparu et la voie fait désormais place à un RAVeL en construction. :en haut, au centre: Preque au même endroit, un siècle plus tôt, la gare d'Ermeton-sur-Biert vibrait au rythme d'un trafic voyageurs et marchandises de tout instant. :au centre, à gauche: La gare de Mettet est devenue un cabinet médical et une résidence privée. Un coupon de rail figé dans le bitume rappelle néanmoins son passé ferroviaire. :au centre, à droite: La commune de Fosses-la-Ville entend transformer l'ancienne gare de Fosses, qui ressemble presque à l'identique à celle de Mettet, même si la comparaison n'est pas évidente à partir des photos ici publiées. :en bas: Dessins d'architecte du projet de rénovation de la gare de Fosses, tels qu'ils figuraient sur la façade le 3 avril 2010.]

27/04/2010

Le vrai visage d'Erquelinnes Village

[Voici déjà le onzième arrêt de notre parcours en treize articles le long de la ligne 130A, le long de la Sambre. Au départ de Charleroi-Sud, nous avons mis pied à terre à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes, Thuin, Lobbes, Fontaine-Valmont, Labuissière et Solre-sur-Sambre. La frontière est en vue!]

ErquelinnesVillage1.JPG

Soyons francs, soyons justes! La poésie est absente des lieux; Erquelinnes Village est un point d'arrêt sans âme. On y prend le train par besoin, parce que c'est près. Et parce qu'il faut bien étudier, travailler et, à l'occasion, papillonner. A Erquelinnes Village, il n'y a point d'arrêt sans but. C'est bingo chaque fois: ça vient et ça monte, ou ça descend et ça s'en va! On ne reste pas à Erquelinnes Village. On dégage.

ErquelinnesVillage3.JPGExaminons le bout des quais, côté Erquelinnes, là où jamais on n'embarque. Le temps y a fait son oeuvre, lentement. La nature y a repris son dû, certainement. C'est l'abandon, comme deux tiges mortes le long des rails. C'est l'anti-gare, là où jamais on ne débarque. Le bout des quais, à Erquelinnes Village, a fait son temps; il est hors d'âge.

Mais voilà l'heure du train. On vient. Deux casquettes et puis deux permanentes. Deux trainings et deux tailleurs du dimanche. Ca vient et ça monte, je vous le disais. L'automotrice repart, laissant à Erquelinnes Village, une moustache et une capuche, qui sortent des quais, le pas pressé. Ca descend et ça s'en va, je vous le disais. C'est comme ça, à Erquelinnes Village: sans objectif, jamais on ne s'engage.

Examinons les abris défraîchis, côté rue, là où souvent on s'assied. Canettes, mégots, vieux papiers: vient-on jamais nettoyer? La paroi, le banc, le béton sont griffonnés à la lame ou au stylo. Tant de mots vulgaires, de noms et de numéros: vient-on jamais s'en inspirer? Les abris défraîchis, à Erquelinnes Village, sentent l'ennui et le manque d'ouvrage.ErquelinnesVillage4.JPG

Mais voilà l'heure du train. On vient. Deux têtes grises et une vieille fille, remplis de café, sur le chemin de la ville. Ca vient et ça monte, je le répète. L'automotrice repart, ayant rendu à Erquelinnes Village, une donzelle et son galant, qui s'éloignent en se bécotant. Ca descend et ça s'en va, ça ne rate jamais. C'est comme ça, à Erquelinnes Village: on presse le pas, on abrège le passage.

Soyons francs, soyons justes! La seule beauté d'Erquelinnes Village est mécanique, celle du temps qui passe, d'une courte séquence qui se répète à l'infini, heure après heure, jusque dans la nuit. Une beauté finie, sans hasard, imparable, sans remède. Ca vient et ça s'en va, hier et demain, ailleurs mais pas ici. C'est ça, le vrai visage d'Erquelinnes Village!

ErquelinnesVillage2.JPG

[Illustrations - En haut: l'automotrice 159 marque l'arrêt à Erquelinnes Village avant de démarrer vers Charleroi en début de soirée le 24 avril 2010. Au centre, à gauche: En préparant cet article, je me suis aperçu que toutes les photos que j'avais prises à Erquelinnes Village en huit ans l'avaient été sous la pluie ou la neige! J'y suis donc retourné en catastrophe. Au centre, à droite: Sous la neige, le point d'arrêt est carrément macabre, comme le suggère cette photo du 4 janvier 2010. En bas: Vue des quais d'Erquelinnes Village, en début de soirée, le 24 avril 2010. L'alignement des habitations, de part et d'autre des quais, rappelle que jadis un passage à niveau permettait aux usagers de la route de relier la rue du 11 novembre à la rue de la Sambre.]

 

 

11/04/2010

Solre-sur-Sambre, voilà huit ans

[Voici le dixième article d'une série de treize concernant la ligne 130A, qui relie Charleroi-Sud à la frontière française. Nous avons évolué le long de la Sambre, avec arrêts à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes, Thuin, Lobbes, Fontaine-Valmont et Labuissière, et une pause technique ici.]

Solre1.JPG

Solre2.JPGJ'aurais aimé m'asseoir dans la jolie gare de Solre-sur-Sambre et prendre ma plus belle plume. J'aurais aimé vous la décrire sans en rater un angle et conter sans histoire sans fard ni fiel. J'aurais aimé son passé et son présent, sa grâce et son aplomb, son style Nord-Belge si près du Nord français. J'aurais aimé vous dire à quel point je l'aimais, le jour comme la nuit, hier comme aujourd'hui.

Solre3.JPGVoilà déjà huit ans que je reviens, au gré du temps, en gare de Solre-sur-Sambre. Déjà huit ans que je cherche la jolie gare au long nom, son parvis, son pignon. Huit ans que j'interroge les arbres et le vent, au passé comme au présent, sur cette absence. Que j'accuse, à tort ou à raison, la voiture de tous les maux. Que j'en veux aux cieux, aux dieux, pour cette indélicatesse, cette injustice, cette indécence.

Mais je sais, au fond, que je suis arrivé trop tard, en gare de Solre-sur-Sambre. Je sais, pardi, qu'il fallait naître plus tôt pour sauver la gare engloutie. Que j'ai raté la correspondance avec l'époque du rail riant et des gares aux cent printemps. Qu'à Solre, comme à Waulsort, on s'est dit un jour, au fond, que le train arrive toujours trop tard pour les gens pressés.Solre4.JPG

Voilà déjà huit ans que je repars, triste et déçu, de la gare de Solre-sur-Sambre. Déjà huit ans que je noie mon chagrin dans les douves du château. Huit ans que je l'interroge, lui qui sait, sur les errances du temps. Que j'accuse, à tort ou à raison, Saint-Médard, sa nef et son clocher, d'avoir manqué de prévoyance. Que j'en veux à tous ceux qui ont péché par indifférence. 

J'aurais aimé m'asseoir dans la jolie gare de Solre-sur-Sambre et vous dire à quel point je l'aimais, le jour comme la nuit. Mais voilà huit ans déjà que je sais, au fond, que je ne la trouverai jamais. Qu'il fallait naître plus tôt pour la voir fleurir au printemps, pour la sentir vibrer, pour l'aimer tout simplement. Mais je sais aussi, à tort ou à raison, que demain encore, je la chercherai, pour qu'elle m'apparaisse, riante au bout du quai.

Solre5.JPG

[Illustrations: de haut en bas - De nos jours, la gare de Solre-du-Sambre n'est plus qu'un point d'arrêt non gardé à l'équipement spartiate, saisi ici le 3 avril 2010. :: Le Café de la gare rappelle à sa manière que le quartier de la gare était jadis fort fréquenté, grâce aussi au tramway vicinal qui passait non loin. :: Le magnifique château de Solre-sur-Sambre, datant du XIVème siècle, ne se visite malheureusement pas. :: La cabine du passage à niveau 107, à hauteur de la gare, ici photographiée le 4 janvier 2010. :: Si la jolie gare de style Nord-Belge a disparu, il reste l'ancien entrepôt, dont un mur est encore barré du nom de la gare, ici photographié le 3 avril 2010.]