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26/06/2010

Gare à vendre: Florival

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Florival2.JPGDans un coin méconnu du Brabant, entre Wavre et Louvain, subsistent d'importantes surfaces agricoles ou boisées, faiblement vallonnées. Malgré les nouvelles résidences, les villages ont conservé leur âme et leur authenticité. L'esprit est la proximité. Il en va ainsi depuis toujours, semble-t-il. Y a-t-il jamais eu en gare de cour à marchandises?

La petite gare de Florival est à vendre. On la devine, à peine, derrière le feuillage, au bout du quai. La petite gare de Florival est vide. Je comprends, trop bien en fait, ce qu'est vivre dans le bruit. Trop de voitures à gauche, trop de trains lourds à droite. Mais j'ai de la peine à la savoir vide, même derrière le feuillage. Elle doit revivre et retrouver son premier caractère. Si...Florival3.JPG

Si la vie était comme au Monopoly, je l'achèterais, cette petite gare de Florival, et je l'embellirais. Il me faudrait quelques jours de hache et de cisailles pour la rendre au soleil puis aux quais. Soigner la brique, veiller aux chassis, nettoyer la charpente. Quelques jours de ponceuse et de pinceau pour lui rendre la couleur puis l'éclat. Refaire les sols, ramoner la cheminée, laver au savon noir.

Si la vie était comme au Monopoly, j'enfilerais un képi et j'installerais un guichet, en gare de Florival. Je ferais du café pour les gens du coin. Je vendrais des billets pour l'infini à ceux qui ne finissent jamais d'en rêver. Les quais seraient Florival4.JPGfleuris toute l'année, les voyageurs aussi. J'interdirais la pluie, la colère, le mauvais vin. Les hommes du rail seraient reçus en héros, dans ma gare!

Mais la vie n'est pas comme au Monopoly. Je propose, elle dispose. Elle court plus vite que moi. Je perds du terrain, même sans la case prison. La petite gare ne sera jamais à moi, je m'en fais une raison. Seul me reste l'espoir qu'un jour, à Florival, dans la gare, habite un cheminot soucieux de son histoire, qui veuille y faire, et rendre au lieu son premier caractère.

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[Illustrations - Photos du 4 juin 2010.]

 

17/06/2010

Test à Bruxelles-Ouest

Bruxelles-Ouest2.JPGVingt-neuf minutes à Bruxelles-Ouest le vendredi de l'Ascension à l'heure de pointe vespérale. Tel était le test, chrono en main, entre deux trains de banlieue. Vingt-neuf minutes, c'est peu, mais cela doit suffire pour mesurer l'activité l'activité d'une gare à vocation régionale. Au bout du test, en faisant le point, je suis resté perplexe et circonspect. Jugez donc.

La gare de Bruxelles-Ouest, au sens ferroviaire, ponctue à nouveau la ligne 28, connue comme contournement ouest de la Jonction Nord-Midi. Après un quart de siècle de fermeture au trafic voyageurs, la ligne connaît, depuis le 13 décembre 2009, une seconde jeunesse. Un édifice moderne chapeaute les voies, celles du train comme celles du métro. L'aménagement, l'équipement, l'esprit même du site sont ultra-contemporains.

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Bruxelles-Ouest5.JPGLa gare de Bruxelles-Ouest, en élargissant la perspective, focalise tout l'espoir d'un quartier, entre les Chaussées de Mons et de Ninove, qui souffre à la cadence des petites et grandes misères. Elle évoque un idéal de mobilité, où métros, trains, trams et bus ont formé un pact sacré. Elle incarne le mariage du rail et de la raison, où se croisent les gens d'ici et de là, et même de très loin.

Mais d'où qu'ils viennent, où qu'ils aillent, ils ne prennent pas le train, même vers Dendermonde. S'il en était autrement, je les aurais vu courir d'un quai à l'autre, du train au bus, du tram au train. Or, une demi-heure durant, il n'y eut ni course folle ni trot prudent, personne qui piaffe ou fasse les cent pas. Pas une âme, pas un chat, à l'heure de pointe, pour aller d'ici à là.

Quant à savoir pourquoi, ne cherchons pas trop. Les gens du coin, quand ils vont loin, prennent la voiture. Les gens des ministères, de l'Europe, des centres d'affaires prennent le train ailleurs. Avant d'augmenter l'offre de trains, il faudra stimuler la demande. Les cadences du futur RER et les nouvelles rames Desiro ML y parviendront-elles? Le pact sacré n'aura de sacré impact sans une solution durable aux problèmes institutionnels actuels.Bruxelles-Ouest3.JPG

Vingt-neuf minutes de solitude à Bruxelles-Ouest, tel est le résultat du test. Bien pour la photo, nettement moins pour l'avenir du rail. En fait, ce n'est peut-être qu'une question de temps, comme souvent. Un pari sur l'avenir, comme il en faut. Une ébauche, un commencement, un rodage un peu lent. Alors, vingt-neuf minutes de solitude avant vingt-neuf années d'abondance, ou vingt-neuf minutes de prélude à vingt-neuf années de décadence?

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[Illustrations - Photos du 14 mai 2010. A Bruxelles-Ouest, je n'ai vu personne monter ou descendre des trains entre 16h21 et 16h50, personne dans la salle des pas perdus, personne sur les quais. Personne!]

 

06/06/2010

(ZA) Muizenberg, une occasion ratée

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Muizenberg2.JPGA l'occasion d'un déplacement professionnel, je me trouvais au Cap, en Afrique du Sud, début février. Comme souvent dans ces cas-là, l'essentiel du mouvement se situe entre hôtels et salles de réunion. L'envie d'explorer s'en trouve brimée, jusqu'à l'embarquement pour le retour aux pénates. Une fois la tête en l'air, tout est rage et regret. N'y avait-il pas une petite heure pour une petite gare?

Cette fois-ci, pourtant, nos agents sur place avaient ménagé dans le programme compact une Muizenberg3.JPGdemi-journée pour moi, avec la visite d'une gare ou deux. Une autorisation préalable avait même été obtenue. Quelle heureuse surprise, quelle joyeuse perspective! Le soleil brillait de mille feux quand nous sommes partis, ce vendredi-là, par-delà la Montagne de la Table, dans la péninsule du Cap.

Mais rien ne s'est déroulé comme prévu. C'est en gare de Muizenberg que mon Nikon, après quatre ans de loyaux et intensifs services, a choisi de rendre l'âme. Comme j'avais laissé le Canon à Muizenberg4.JPGl'hôtel de peur d'une confiscation, j'ai dû emprunter le mini Pentax du collègue. Ensuite, haut lieu ou pas, l'autorisation obtenue n'a impressionné ni le personnel de sécurité, ni la chef de gare. Interdiction de prendre des photos sur les quais!

Si un coup de file au chef de district et quelques menues monnaies ont eu raison de la résistance locale, le coeur n'y était plus. Epié, sans viseur et sans visée, j'ai déclenché plus par réflexe que par goût. La gare était plutôt mignonne et le vieux poste de block pittoresque. Dommage, une autre fois peut-être. Dois-je vous décrire la scène quand un touriste est arrivé, m'a vu photographier le train et a sorti son appareil sous le nez du même vigile mal luné?

Alors, puisque d'ici peu la planète entière vivra au son des stades de l'Afrique du Sud, je vous dis en passant que j'ai aimé cette ville du Cap. N'y régnait-il pas un fol optimisme, à la croisée des peuples et des océans? Il y avait donc bien une petite heure pour une petite gare. Mais, à Muizenberg, ce jour-là, le sort en a voulu autrement. Le coeur n'était pas en gare, il était sur la plage. Une autre fois peut-être, l'année prochaine sans doute.

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[Illustrations - Toutes les photos prises le 12 février 2010. De haut en bas: Muizenberg est une station balnéaire dans la banlieue du Cap située sur la courbe est de la péninsule. La gare, inaugurée est d'architecture edwardienne. Vue intérieure de la gare, dans la direction de Simonstown. Un train de banlieue de la MetroRail s'apprête à redémarrer, alors que l'ancien poste de block surplombe toujours les voies. La plage de Muizenberg est célèbre pour ses cabines colorées, certaines affichant un panneau 'No surfing'!]