Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

28/07/2010

Faux départs à Gouy-lez-Piéton

Gouy1.JPG

Gouy2.JPGOn rate souvent le train à Gouy-lez-Piéton. J'avais fait la moitié du chemin, un dimanche dernièrement, dans la rue de la Station, entre la place communale et la gare. Un homme, pas couché de la veille, m'a dépassé à grandes foulées quand au loin est arrivé le train. Sa vaine course n'a pas été la seule car, quelque temps après, un fils allumé et sa mère en souillons ont connu la même infortune. Restés tous en place, ils ont attendu la délivrance deux heures moins une minute durant.

Le temps passe lentement à Gouy. Ces voyageurs mal préparés le savent. Dans l'heure, les quarts paraissent entiers; les demis durent une éternité. Aucun train ne passe. Des oiseaux chantent l'ennui. Toujours pas de train. Une péniche gémit sur le canal. Rien à boire, rien à manger, gare fermée. Depuis longtemps d'ailleurs, et pour de bon. Toujours pas de train, alors autant fumer.

Gouy3.JPGJe laisse ces otages du temps fulminer sur les quais et je franchis le canal. La gare est une ruine mais, vue de loin, elle parait presque jolie, maquillée de vert, de ciel et d'eau, coiffée d'un nuage. Je me souviens d'elle il y a trois ans, éventrée, saccagée, violée. La voilà soignée, amputée de son aile déchiquetée, portes et fenêtres murées. Pour en faire quoi? Sans la promesse d'une affectation nouvelle, elle n'est que vestige, un mémorial, une stèle à la gloire du rail passée.

 

Gouy4.JPGLe temps passe lentement à Gouy. Les as du faux départ le savent. Encore heureux qu'il n'y ait pas d'horloge en gare pour le rappeler! Aucun train ne passe. L'impatience les ronge. Un convoi de marchandises les nargue et disparait au loin. Rien à lire, rien à faire, gare éteinte. Depuis des lustres d'ailleurs, et pour toujours. Quand le train viendra, vite il repartira.

C'est ainsi que d'autres rateront le train à Gouy-lez-Piéton. Qu'ils aillent à Manage ou à Charleroi, peut-être qu'en pensée leur viendra le dessein, un peu fou, de rendre à la vieille gare pansée un destin un peu moins flou. Je reviendrai dans trois ans à Gouy, le long du canal ou du Piéton, coiffé d'un nuage, l'âme bercée d'illusions...

 

 

Gouy5.JPG

[Illustrations, de haut en bas - :tout en haut: La gare de Gouy-lez-Piéton vue de l'autre côté du canal de Charleroi, le 11 juillet 2010. :en haut, à droite: Le bâtiment est une ruine; portes et fenêtres ont été murées. :au centre, à gauche: Sur cette photo prise le 16 août 2007, on voit encore l'ancienne aile basse qui a depuis été rasée. Je vous épargne les photos du carnage à l'intérieur! :en bas, à gauche: Retour au 11 juillet 2010, avec cette vue de la petite place en pavés coincée entre le canal et la rue de la Station. :tout en bas: Vue de l'intérieur de la gare de Gouy-lez-Piéton. Remarquons l'impressionnant colmatage de la face latérale de la gare par des blocs de béton, là où on l'a amputée de l'aile basse éventrée.]

20/07/2010

Courants d'air à Eppegem

Eppegem1.JPG

Eppegem2.JPGPour célébrer, à ma manière, mais sans lever de verre, le 175ème anniversaire du train en Belgique, je me suis rendu le long des rails entre Bruxelles et Malines, là où tout a commencé. S'il ne reste aucun vestigedes glorieux débuts, la vieille gare d'Eppegem nous replonge toutefois à une époque où le rail était roi, où on avait de l'air, avant la voiture, avant le stress, avant la culture de l'instantané.

A cet endroit, les lignes 25 et 27, bien parallèles, forment une véritable autoroute ferroviaire à quatre voies. Comme à Vilvoorde, la gare d'Eppegem est plantée en contrebas, tant et si bien qu'elle paraît par moments écrasée par les trains, étouffée par leurs sprints incessants. Comme elle balise mollement une longue ligne droite, elle a dû s'accommoder des percées euphoriques, des traversées décoiffantes des convois qui, à peu de choses près, préfèrent l'ignorer.

Eppegem3.JPGBâtie en 1904, la gare est devenue, il y a quelques années, une résidence privée. De nombreux travaux de rénovation restent à accomplir, mais le couple qui l'habite semble sous le charme et décidé à lui rendre grâce et aplomb. La brique de façade, savamment assemblée, forme comme une mosaïque dont le motif, en surlignant portes et fenêtres, appelle l'air et la lumière à entrer en gare. Pourquoi ne les fait-on plus si belles, de nos jours, les gares des champs?

Je remonte sur les quais, fasciné par l'intensité du trafic sur toute la largeur du faisceau. Ici, le trainspotters doivent se régaler! Trafic de voyageurs et trafic de frêt, express et tortillards, Thalys et TRAXX, la panoplie complète d'automotrices... On se croirait en mode exhibition. J'ai été repéré et les conducteurs me font des grands signes amicaux. On se croirait en mode courants d'air. Ai-je raté ma vocation? 

C'est donc en célébrant, à ma manière, l'anniversaire du train que j'ai découvert, à Eppegem, une gare séculaire, réveillée par les gens. Eppegem4.JPGUne gare née sous un courant d'art ancien mais encore bien dans le vent. Une gare née sous un courant d'air tiède qui balaie le temps, qui transpose et fait renaître le génie d'il y a cent ans. Pourquoi ne les fait-on plus si belles, de nos jours, les gares d'un instant? 

 Eppegem5.JPG[Illustrations: Photos prises le 13 juillet 2010. :tout en haut: Une petite place en pavés sépare la gare d'Eppegem de la bruyante Nationale 1. :en haut, à droite: la gare d'Eppegem est située dans la commune de Zemst, dans le Brabant flamand. :au centre: La porte qui donnait jadis accès à la salle des guichets est devenue la porte d'entrée d'un domicile privé. :en bas, à gauche: Dans cette vue "Intérieur de la gare", on peut mesurer la différence de niveau entre la gare d'Eppegem et les lignes 25 et 27 levées sur remblai. : tout en bas: La gare d'Eppegem vue de la voie 1.]

13/07/2010

1835-2010 et la question d'Etat

175ème_anniversaire4.JPG
Il y a 175 ans circulait en Belgique, entre Bruxelles et Malines, le tout premier train d'Europe continentale. C'était en mai 1835, cinq années seulement après l'indépendance du pays. A peu de choses près, il n'y a jamais eu de Belgique sans trains. Les historiens vous le diront bien: à travers le temps, la prospérité du pays a pu se mesurer à la santé de ses chemins de fer, et vice versa. Ce qui est à peu près normal compte tenu du rôle joué par l'état dans le développement et l'exploitation des services ferroviaires.

175ème_anniversaire1.JPGAlors, quelle lecture donner à l'annulation des festivités prévues à l'occasion de cet anniversaire du rail? Pourquoi n'y a-t-il pas cette année de grande fête du chemin de fer, pas de trains sur la Place Royale, pas de communion solennelle entre la SNCB et ses usagers? Le gouvernement d'Yves Leterme a évoqué la catastrophe de Buizingen pour justifier la décision, là où d'autres parlent de la crise économique, du manque de préparatifs à la SNCB ou de son déficit d'exploitation. Et s'il fallait chercher la raison ailleurs, plus loin, plus haut?

Les chemins de fer, à travers la SNCB Holding, demeurent le plus grand employeur du pays, avec près de 39000 travailleurs. Toutes les sphères dirigeantes de ce monolithe des services publics fédéraux sont politisées et peuplées de gestionnaires estampillés aux couleurs des grandes familles politiques du Nord et du Sud selon de savantes clés de répartition. Les chemins de fer n'échappent donc pas aux préceptes du compromis à la belge.

175ème_anniversaire2.JPGOr, voilà de longs mois que, tensions communautaires obligent, ce compromis est mis à mal au niveau de l'Etat. Peut-on imaginer que ces mêmes tensions freinent la prise de décisions au sein du groupe SNCB, surtout lorsqu'une initiative ne figure pas clairement au plan d'action quinquennal? Si certains veulent la fin de la Belgique, veulent-ils également la fin de la SNCB, après 84 années d'existence?

Il faudra sans doute attendre plusieurs années et la suite des événements dans la politique du pays pour bien comprendre pourquoi on n'a pas fêté le 175ème anniversaire du train. Mais que cela ne m'empêche de lever mon verre à la santé de tous les travailleurs du rail belge et de leur souhaiter, malgré la conjecture, de nombreuses années de prospérité au service de la population. Et d'en lever un autre à la santé de tous les voyageurs, d'un jour et de toujours, et de leur souhaiter d'arriver à bon port, sains et saufs, et à l'heure!

175ème_anniversaire3.JPG