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20/09/2010

Le rail en fête à Erquelinnes

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Rail_en_Fête_2.JPGCes 18 et 19 septembre, le Syndicat d'initiative et l'Administration communale d'Erquelinnes avaient mis sur pied "un voyage aux portes des souvenirs et aux grilles de la modernité". C'était là une occasion unique de mettre en valeur la riche histoire du chemin de fer dans la cité frontalière et à Jeumont, sa voisine et jumelle française. La voie 1, habituel point de départ des automotrices vers Charleroi, sur la ligne 130A, accueillait un cortège de véhicules anciens et nouveaux dépêchés par la SNCB et le PFT.

Dans l'ancienne halle à marchandises, les visiteurs s'arrêtaient devant des panneaux et plans retraçant l'évolution de la gare à travers les ans. Plus loin, ils pouvaient admirer une collection de képis anciens et de galons révélateurs des niveaux de hiérarchie des agents du rail d'autrefois. Leur attention se portait aussi sur la batterie de lanternes et d'éclairages anciens et sur l'outillage utilisé jadis par les agents de la voie, notamment une boulonneuse à moteur thermique qui impressionne toujours autant.

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Mais la vedette incontestée de ces deux journées de fête, c'était bien la locmotive à vapeur 64.169 du PFT. Sous la marquise, à la voie 1, de nombreuses familles de la commune ou d'ailleurs attendaient leur tour pour visiter la cabine. Difficile de dire qui, du bambin émerveillé ou du grand-père aux yeux embués, était le plus ému! Petit à petit, les voyageurs s'installaient dans les antiques voitures de première classe, au confort inégalé, en changeant de places cinq fois pour être certains d'en garder un souvenir éternel.

Rail_en_Fête_4.JPGDiesel en tête, vapeur en queue, le départ était donné. A Solre-sur-Sambre, à Fontaine Valmont, les bonnes gens étaient sur le chemin ou au fond du jardin pour voir passer le vieux train. Il semblait même que certaines, mues par un impératif nostalgique, étaient présentes à chaque passage! Ainsi donc, le long des rails à Labuissière, un vieil habitant racontait aux dames du coin qu'au luxe bien rustique d'un trajet assis, il préférait le plaisir des vibrations du quai lors des folles traversées à toute vapeur.

Dans le convoi d'un autre âge, le contrôleur, vêtu d'un uniforme des années 1950, partageait la joie et l'enthousiasme des voyageurs aux tenues bien modernes. Avant le rebroussement à Lobbes, il soulignait la ponctualité de la 6077, notant que, décidément, il n'y avait rien de plus fiable que la matériel d'antan. Et de fait, lors du retour à Erquelinnes, la vieille 64 tenait son horaire, en saluant, à grands coups de sifflet, toutes celles et ceux venus l'acclamer une fois encore.


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Rail_en_Fête_6.JPG[Illustrations, de bas en haut - L'affiche de l'événement "Le Rail en Fête" les 18 et 19 septembre 2010 à Erquelinnes. Panneaux retraçant l'histoire de la gare et vitrines abritant une collection de képis. La 6077 tractait la rame au départ d'Erquelinnes en destination de Lobbes. Passage en gare de Labuissière du train désormais tracté par la 64.169. Le convoi stationne quelques instants à Lobbes avant de redémarrer vers Erquelinnes. Le train redémarre de Lobbes sous l'oeil bienveillant de la Collégiale Saint-Ursmer. Le contrôleur a donné le départ; la rame s'ébranle.]

[Voir également les articles sur ce blog concernant les gares d'Erquelinnes et Jeumont.]

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16/09/2010

Friture d'Haversin

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Haversin1.JPG"Je vous ai vu mitrailler ma friterie", me lance d'un ton à la fois interrogateur et enjoué un homme à lunettes sur le quai. "A vrai dire,", je lui réponds, "ce n'est pas tant votre friterie que la gare que je mitraille.". Voilà en effet une heure et demie que je pointe l'objectif, de près comme de loin, vers l'ancien édifice ferroviaire. Comme à Morlanwelz, il abrite désormais une friterie. Pour étonnante, voilà une bien belge mutation!

L'homme se gratte les méninges, piquées par la colle que j'ai posée. 1984... 1988... non, avant. Il repasse les souvenirs d'une vie, remonte jusqu'à la première frite, ajuste le calcul. "Ecoutez,", dit-il enfin, "je crois que la gare a fermé en 1987.". Il dit pouvoir vérifier auprès du dernier chef de gare, qui habiterait encore Ciney. Je lui donne mes coordonnées, sait-on jamais.

Je remercie l'homme de ses efforts et de sa spontanéité. Il s'éloigne. Je mitraille encore.

J'avais donc 15 ans quand la gare d'Haversin a fermé. J'étais trop jeune pour comprendre l'enjeu, trop aveuglé par des rêves puérils, trop naïf aussi. J'aimais déjà l'histoire, mais surtout celle que je ne connaissais pas. Celle que j'aurais tout le temps d'apprendre plus tard, plus tard quand j'aurais le temps. Je n'avais pas compris que c'était moi le héros de mon histoire et qu'elle pourrait me porter un jour à Haversin.

Haversin3.JPGJe me gratte les méninges, rouillées comme l'aiguillage dans la cour là-bas. 1981... 1980... 1978 peut-être déjà. Je repasse les souvenirs d'une vie, remonte jusqu'à ma première traversée d'Haversin, bien avant ma première frite. Je revois nos voyages en train sur la ligne du Luxembourg, avec ma mère et ces boîtes de Playmobil que ma soeur et moi nous disputions. Je n'étais jamais descendu du train à Haversin mais j'y avais déjà vécu de grands conflits.

J'ai gardé certains de ces rêves puérils. J'aimerais vivre à toutes les époques, surtout celle des machines fumantes, des petits métiers et des gares partout. J'aimerais me souvenir de l'humanité entière, des petits malheurs d'antan, des rires d'enfants et de vieillards sans dents. Je me gratte les méninges en gare d'Haversin, mais rien n'y fait. Je dois bien accepter qu'en certaines matières, à Haversin comme ailleurs, il y a de la friture sur la ligne.

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[Illustrations - Toutes les photos prises en gare d'Haversin le 20 août 2010.]

 

04/09/2010

Met de trein

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Metdetrein1.JPGJusqu'au 12 septembre se tient au Lamot, à Malines, l'exposition Met de trein, qui figure au programme officiel des "festivités" organisées à l'occasion du 175ème anniversaire du train en Belgique. Si elle n'a, malheureusement, reçu que peu d'échos dans la partie francophone du pays, c'est sans doute en raison de son caractère unilingue flamand. Ce n'est pas ça qui est dommage. C'est plutôt, dans ce pays, le repli sur soi, le refus d'aller vers l'autre, dans toutes les langues. Passons.

Met de trein propose une expérience sensorielle tirée des voyages en train de nos aïeux. On est loin des habituelles concentrations de ferrovipathes et des parallèles de locomotives anciennes. Pas question non plus d'une abondance d'artifacts, d'une collection exhaustive de reliques du rail. Le parcours se réduit à une contemplative entrée en gare, les quelques instants avant l'embarquement étant magnifiés, peut-être même sublimés.

Metdetrein4.JPGDes modèles réduits des glorieuses vapeur des débuts, jadis exposés au Musée du rail à Bruxelles-Nord, annoncent, avant même d'avoir atteint les guichets, un voyage dans le temps. Plus loin, une maquette de la future gare de Malines est opposée à une toile d'époque représentant le tout premier bâtiment voyageurs, au 19ème siècle. On entre en gare en poussant la première porte, celle qui mène à la salle des guichets, où on remarque d'abord l'antique tableau annonçant les trains au départ. L'évocation est minimaliste, mais c'est bien l'empreinte laissé au voyageur occasionnel, surtout s'il est pressé, par ces quelques secondes précédant l'achat du billet et la montée à quai.

Des valises empilées sur un chariot et un mur d'anciennes affiches rappellent qu'à une certaine époque, il n'y a pas si longtemps, le train était le premier moyen d'évasion. La côte belge, les grottes de Han, la citadelle de Dinant se visitaient par le rail. C'était l'époque des gens humbles et réservés, des belles toilettes, des voitures enfumées, comme le rappellent trois compartiments aménagés avec le mobilier d'antan. Tout au fond sont Metdetrein5.JPGprojetés des films de parcours ferrés, qui ont sans doute formé une génération de machinistes aux particularités de lignes aujourd'hui électrifiées. Voilà donc la gare de Roborst, avant celle de Munkzwalm! Un bref instant, le regard est celui de Paul Delvaux, dont quatre toiles authentiques, issues de collections privées, tapissent très dignement la paroi d'un des compartiments.

Comment ne pas repartir avec un regard émerveillé sur ce parcours certes sommaire, mais ancré dans l'imaginaire populaire, des chemins de fer d'antan? Dans ce pays au surréalisme étrenné, où les trains se vident avant de franchir les frontières, il faudrait se rappeler du temps où nous étions unis et forts, l'un chez l'autre, amis et fiers, l'un de l'autre. Cinq minutes, lors d'un matin éveillé, entre la gare et le quai, suffisent pour s'en rendre compte. Cinq minutes, en train ou met de trein, au fond, c'est la même chose.

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