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23/11/2010

Fenêtre sur Cour

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Cour-sur-Heure2.JPGSur la ligne 132 (Charleroi-Mariembourg), la gare de Cour-sur-Heure court après l'éternité. Etrange ambition de la pierre, qui n'a cure des chiffres ou de la raison. Car Cour est une gare de village, en zone rurale, où pierres et terres font encore la fierté des habitants. Revenez dans cent ans: elle se tiendra toujours, même sans rails, en puisant, dans l'Eau d'Heure qui coule, son aura.

Ceci n'est qu'une fenêtre sur Cour, pas un panorama. Il faut y vivre pour prétendre à plus, et la voir, à toute heure, sous des éclairages différents. Le passant étranger, passager du temps, n'y verra qu'une seule image, un instantané trompeur sous le soleil ou sous le vent. Le chasseur d'images, qui croyait prendre, est pris. Chaque cliché est à refaire, hier comme demain.

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Ceci n'est qu'une fenêtre sur Cour, une lucarne sur un présent si ténu. Insaisissable bâtisse, cette gare de Cour a la pierre qui change, au fil de l'Heure, tel un caméléon. Telle est l'oeuvre des sarments, tantôt verts, tantôt rouges, qui l'habillent et lui font chanter l'air des saisons, qui grimpent et se tortillent au rythme des lendemains. La gare de Cour a la pierre qui file à travers le temps.

Cour-sur-Heure4.JPGSur la ligne 132, les gares de Cour-sur-Heure, de Walcourt et de Mariembourg sont uniques et dignes de l'éternité. Parce qu'elle prend moins de place, Cour cèdera moins vite face aux programmes aveugles de l'homme. Parce qu'elle vit parmi les vivaces, Cour pâtira moins vite de l'étranglement. Revenez dans cent ans et dites-moi si la nature a gardé ses droits.

Il faudrait la classer, vite, avant que la bête n'écrase ce qu'elle a semé. Etrange ambition de l'homme, qui passe sa vie à reconstruire. Car Cour est un édifice précieux, un souvenir d'époque auquel on ne devrait toucher sans doigté. Il faudrait le classer, vite, avant que les machines n'en aient raison. Habitants, tenez bon! Et puisez abondamment, dans l'Eau d'Heure qui coule et les tiges qui grimpent, la force de résister.

Ceci n'était qu'une fenêtre sur Cour, une lucarne, un tout petit oculus sur un lieu étonnant...

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[Illustrations - Cinq vues de la gare de Cour-sur-Heure, sur la ligne 132 (Charleroi-Mariembourg). Les deux premières photos ont été prises le 25 septembre 2009, les deux suivantes le 24 juillet 2010 et la dernière le 6 novembre 2010.]

13/11/2010

Lévitons ensemble

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Puisque les feuilles tombent, le moment est venu de vous remercier de vos passages répétés sur ce blog. Plus un jour ne passe sans que je pense à vous et aux pensées qu'il peut vous inspirer. Le plus dingue dans l'histoire, c'est que nous nous sommes sans doute déjà croisés, au hasard des chemins, des gares et des trains, sans se connaître, sans se parler. Je vous inviterais bien en gare; nous regarderions les trains glisser.

Puisque les feuilles tombent et que les trains glissent, le moment est venu de vous inviter à rebondir. Plus un jour ne passe sans que je pense aux témoignages que vous pourriez livrer ici. Il y a dans chaque trajet en train, dans chaque pas perdu en gare, une histoire, des sentiments, des rêves éteints ou éveillés, de petits drames ou de grandes extases. Je voudrais que vous me les contiez; nous regarderions la nuit tomber.

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Puisque les feuilles tombent, que les trains glissent et que la nuit tombe, le moment est venu de vous promettre d'autres voyages. Plus un jour ne passe sans que je pense aux destinations à combler. Si je tarde à partir de Mons à Chimay, c'est qu'il me faut du temps pour extraire l'essence d'une histoire enfouie depuis un demi-siècle. J'aimerais vous compter parmi les témoins; nous regarderions les reliques chanter.

Puisque les feuilles tombent et que les trains glissent, que la nuit tombe et que les reliques chantent, nous irons à Jemappes, à Namèche et à Uccle, à Aywaille, à Bertrix et à Diest. Nous oublierons le temps, les angelures et les grands tracas. Il faudra marcher d'un bon pas, à l'eau claire, entre deux trains, entre deux averses, à la recherche d'un angle distinct. J'aimerais vous reconnaître sur les quais; nous regarderions les gens débarquer.

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Alors, puisque les feuilles tombent et que les trains glissent, que la nuit tombe et que les reliques chantent, que les gens débarquent et embarquent à l'est comme à l'ouest, avec leurs histoires éveillées, leurs rêves éteints et leurs petites extases, au hasard des rues, des gares et des trains, alors lévitons ensemble, ici, là-bas, à en perdre la raison, jusqu'au prochain départ, sous les étoiles, vers la gare suivante, où nous regarderions la vie passer.

 

[C'était là ma façon de vous remercier pour vos nombreux passages sur ce blog ;-) Les mois à venir seront éprouvants sur le plan professionnel, et les escapades seront forcément moins nombreuses. Mais j'ai un grand stock de gares et de sujets en réserve! D'autre part, j'essaie, quand j'ai du temps ou moins d'inspiration, de réécrire ce blog par l'arrière, en rééditant certaines anciennes notes dans le format actuel. Plusieurs articles d'intérêt moindre seront supprimés. Je ne sais pas quoi faire avec l'article sur les retards de la SNCB (septembre 2007) qui reste un des plus lus mais mériterait une mise à jour et un changement de ton. Ah, encore une chose, mon appel à témoins de septembre 2009 tient toujours!]

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[Illustrations, de haut en bas - Nous irons en gare de Namèche, ici photographiée le 18 mars 2010. Nous n'irons sans doute pas en gare d'Heverlee, ici photographiée le 2 mars 2008, mais qui sait? Nous n'irons certainement pas en gare d'Esneux, ici photographiée le 1er novembre 2007, et pourtant il faudrait. Nous irons certainement en gare de Dave-Saint-Martin, ici photographiée le 28 janvier 2008, pour raisons d'Etat.]