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11/02/2011

Poussières de craie à Harmignies

[Cinquième article d'une série de vingt-quatre à la découverte de l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay). Après un départ de Mons, nous nous sommes arrêtés à Cuesmes-Etat et à Hyon-Ciply. Pousuivons le parcours...]

Harmignies1.JPGAprès la gare d'Hyon-Ciply, la ligne 109 se donne un peu d'air. Deux rails, deux droites jumelles aux reflets orangés s'échappent de Mons et de sa ceinture charbonnière et s'enfoncent dans le paysage à perte de vue. L'habitat se fait plus rural, plus paisible, moins gazogène. C'est tant mieux car, sous l'arborescence, se cachent des lieux ancestraux, fréquentés depuis des millénaires par l'homme en mal de pierre.

La voie se courbe un peu avant Spiennes. Dans cette nature figée par l'hiver, elle s'enfonce même parfois dans le sol, sous l'herbe humide, ou disparait sous un buisson affalé par le vent. Le train, ici, ne passe plus et ne passerait plus. Le parcours est donc une symphonie nostalgique et minérale, une berceuse séculairetout en bémols sur les rails d'autrefois. C'est tant mieux car le pont sur la Trouille doit être franchi avec prudence.

Harmignies2.JPG

Harmignies3.JPGUn jour, en creusant un peu plus loin, l'homme a trouvé de la craie dans les profondeurs du sol. Une craie si pure, si blanche qu'il ne tarda pas à l'en extraire à grande échelle. En 1900, la carrière d'Harmignies était déjà reliée au rail, raccordée à la ligne 109 qui, pendant plus d'un siècle, emporta par milliers les tonnes de craie ou de ciment. Ce trafic, le tout dernier qui subsista sur la ligne, prit fin en 2004. L'histoire dira peut-être un jour que la SNCB et la cimenterie ne s'entendirent plus sur le partage des coûts pour maintenir la ligne en état...

Après avoir franchi le passage à niveau sur la chaussée de Beaumont, on peut observer les vestiges remarquables de ce raccordement fraîchement délaissé. Le train pourrait-il revenir un jour? Une forêt d'arbustes commence à recouvrir le faisceau des voies et la dizaine d'aiguillages à commande manuelle blanchis par les poussières de craie. Les dernières illusions s'envolent à la vue du nouveau bitume qui sectionne les voies, accotements à l'appui, et les recouvre sans ménage, sans apitoiement.

Si les rails reprennent au-delà de cette nouvelle route, c'est donc en vain. Sur la droite, fière de son histoire, voilà l'ancienne gare d'Harmignies désormais coupée du réseau. Elle survivra longtemps sans doute sur son île ferrée, habitée par un privé. Sait-il seulement qu'elle fut jadis une gare de 2ème catégorie? Sent-il parfois ses murs suinter du souvenir et de la sueur des hommes qui y ont oeuvré?

Harmignies4.JPG

Une bourrasque claque et secoue les branches nues poussant à l'ombre de la cimenterie. Elle recouvre à peine le ronronnement sourd des moteurs de camions qui attendent derrière l'enceinte. Un autre bahut bruyant franchit l'ancienne voie devant la gare et va les rejoindre, comme pour mieux la narguer.C'est peut-être ici, dans cette aberration, qu'on comprend que, face au profit, l'écologisme part souvent perdant.

Le quai de la gare a survécu à un demi-siècle d'abandon. En regardant vers la droite, on devine le lieu fatidique où la voie, déjà abandonnée, interrompue et par endroits ensevelie, disparait pour de bon. Le lieu à partir duquel la ligne 109 n'est plus qu'une éraflure dans la verdure, où les gares se sont peu à peu égarées. Pour aller plus loin, sur ce quai déserté depuis longtemps, il faut attendre un improbable autorail ressurgi du passé...

Harmignies5.JPG

[ILLUSTRATIONS - Photos prises le 8 et le 15 janvier 2011. Les deux premières, prises peu après la gare d'Hyon-Ciply, montrent les ravages du temps depuis l'arrêt des circulations. Le faisceau de voies le long de la cimenterie apparait sur la troisième photo. Les deux dernières photos montrent à quel point l'ancienne gare d'Harmignies, sans être particulièrement jolie, a gardé sa superbe et tient toujours tête à l'industrie d'en-face.]

 

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