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31/05/2011

Petits malheurs d'Estinnes

[Septième volet d'une évocation en vingt-quatre articles de l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay). Pour rappel, après le départ de Mons, nous nous sommes arrêtés à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies et Vellereille-le-Sec.]

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Estinnes3.JPGDe nos jours, le passant qui s'attarde à la rue de la Station à Estinnes notera tout au plus que la vieille gare a survécu, bon gré mal gré, au temps qui passe. Pas plus que l'entrepôt qui la flanque toujours, elle n'a gardé une fonction ferroviaire. La cour à marchandises est occupée par un garagiste; la gare, comme à Hyon-Ciply, a été reconvertie en logements. Même en prenant de la hauteur, on devine à peine le sillon jadis emprunté par les trains venus de Vellereille. C'est qu'à Estinnes, pour certains, le rail était une plaie qui, depuis, s'est plutôt bien refermée.

Aujourd'hui, qui à part quelques seniors alertes se souvient encore de l'irritation générale provoquée par les autorails lorsqu'ils traversaient la chaussée Brunehault? Qui a gardé dans l'oreille leurs longs coups de klaxon au moment de franchir le passage à niveau non gardé? Qui revoit encore les poings menaçants des riverains, la mine déconfite des ménagères, l'empressement des enfants à se boucher les oreilles lorsqu'arrivait le train vers Chimay ou celui redescendant vers Mons?

Ces petits malheurs quotidiens étaient le résultat de la simplification d'exploitation imposée à la ligne 109 par la SNCB après la Deuxième guerre mondiale. Dans les faits, cela signifia que la signalisation entre Mons et Chimay fut réduite à sa plus simple expression, à l'exception de quelques points névralgiques. La majorité des agents de la ligne fut réaffecté en d'autres points du réseau. Et plusieurs passages à niveau perdirent leurs barrières et leur garde-barrière et durent être franchis au pas et en sifflant (régime SF 0,5).

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Estinnes4.JPGC'est évidemment à Henri Scaillet qu'on doit le souvenir des riverains excédés de la gare d'Estinnes. Dans son livre "J'ai conduit les autorails" (GTF, 1999), il livre en outre son intime conviction selon laquelle la SNCB aurait décidé, dès le début des années 1950, de l'abandon de la ligne 109 et de toutes les petites lignes s'y greffant. Selon lui, il ne faut voir dans la décision de simplifier l'exploitation et d'utiliser les autorails de la remise d'Haine-Saint-Pierre que "du bois de rallonge".

Estinnes7.JPGEn suivant son raisonnement, on ne s'étonnera pas de l'empressement avec lequel la SNCB mit hors service, dès fin 1962, la section de ligne entre Vellereille et Fauroeulx, condamnant définitivement les liaisons ferroviaires entre Mons d'une part et Lobbes, Binche et Erquelinnes d'autre part. L'autobus prit le relais, plus apte qu'il était à déposer des populations toujours plus pressées juste devant l'école, au pied de l'église, à même l'enceinte de l'usine - sans coups de klaxon plaintifs. A Estinnes, à n'en pas douter, cette évolution fut accueillie avec soulagement.

De nos jours, le passant sensible à l'humeur du temps devinera sans peine, aux abords de l'ancienne gare d'Estinnes, une certaine indifférence à l'histoire du lieu. Le garagiste a ajouté des hangars en travers de l'assiette de la voie, comme pour mieux biffer toute mention du rail d'antan. Des villas cossues et leurs jardins touffus se sont installés dans le prolongement de la cour à marchandises, barrant à jamais l'espoir d'un ultime retour du train. La page est tournée, les autorails se sont tus.

Estinnes6.JPGSi ce silence ne l'incommode pas, le passant pourra encore suivre la ligne par un sentier s'amorçant timidement derrière le coin, dans l'axe de la gare, face aux villas. En marchant là où le train sifflait jadis, avant le triangle de Fauroeulx, il notera peut-être toute l'ironie du destin, qui a légué au sentier, dans la pleine simplicité de son exploitation, deux maisons de gardes-barrières intactes, superbes, occupées, vivantes...

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[ILLUSTRATIONS - A l'exception de la grande photo au centre, plus sombre, prise le 21 novembre 2010, toutes les autres photos ont été prises le 2 mai 2011. On notera tout particulièrement le petit sentier qu'est devenu, entre Estinnes et Fauroeulx, l'ancienne ligne 109.]

13/05/2011

[ZA] Le Musée des Transports de George

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George2.JPGTrente heures de trajet en voiture, deux avions et trois trains: c'est ainsi que je suis rentré chez moi, de Knysna à Lobbes en passant par Le Cap, Londres, Bruxelles et Charleroi. L'arrêt en route au Musée des Transports Outeniqua de George, d'abord prévu la veille, est devenu tout un symbole de mes itinérances. Il a surtout permis de percer le mystère de ces gares fantômes - Mossel Bay, Sedgefield, Knysna - laissées derrière moi.

Le musée est une évocation sans prétention des transports d'antan, un parcours sans fil rouge entre l'antique tricycle et les premiers bus scolaires, en passant par des Studebaker blinquantes et même un corbillard aux parures sombres mais délicates que tirait jadis un attelage équestre. Mais c'est le train qui domine, rappelant la fascination qu'il a exercé autrefois jusqu'au dernier degré sud de l'Afrique.

Le musée de George n'est pas le seul du genre en Afrique du Sud. Mais ce qui le distingue peut-être des autres, c'est l'attention exclusive réservée à la traction vapeur. Pendant de nombreuses années, la vie du musée a d'ailleurs été rythmée par les sifflements langoureux d'un train touristique, l'Outeniqua Choo-Tjoe, parcourant le tracé pittoresque entre George et Knysna, une ligne en antenne se jouant des montagnes de l'Outeniqua bordant l'Océan indien.

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George5.JPGEn août 2006, cependant, des inondations catastrophiques ont à ce point endommagé l'assiette de la voie que le service a été interrompu pour une durée indéterminée. Les dégâts étant chiffrés à plus de 14 millions d'EUR, le Choo-Tjoe a alors entamé une deuxième carrière entre George et Mossel Bay. En septembre 2010, cependant, l'exploitant a préféré arrêter les frais, le service s'avérant moins rentable que lors des parcours vers Knysna.

Voilà donc qui explique pourquoi toutes les gares sur mon chemin étaient à l'abandon. L'avenir du Choo-Tjoe est incertain, même si les autorités locales estiment qu'un effort particulier doit être entrepris pour sauvegarder ce témoignage vivant du rail d'autrefois. Alors, je suis rentré chez moi, à Lobbes, le coeur un peu en berne, en me jurant de narrer ce récit pour ne jamais oublier ces trains ayant roulé jusqu'au dernier degré sud de l'Afrique.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises à George, en Afrique du Sud, le 28 mars 2011. On notera, au centre, une locomotive de type 4-6-0 des South African Railways. Il s'agit d'une Class 6J livrée par Neilson, Reid &Co en 1902 et ayant circulé pendant de nombreuses années dans la région du Cap. La dernière du genre a servi jusqu'en 1972. La locomotive figurant dans la photo dessous est une Class 19C livrée en 1935 par North British Locomotive Co ayant servi jusqu'en 1978, alors que certaines de ses congénères moins âgées circulent toujours en service régulier! Tout en bas, une réplique de la gare d'Eston, représentative du type de gares péri-urbaines que l'on trouve encore en Afrique du Sud.]