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20/08/2011

Happé à Bienne-lez-Happart

[Dixième étape d'un périple de 78 kilomètres en 24 articles au sujet de l'ancienne ligne 109 (Mons-Lobbes-Chimay). Partis de Mons, les voyageurs que nous sommes auront marqué l'arrêt à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx et Merbes-Sainte-Marie.]

ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-Happart

ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-HappartNombreux sont ceux qui confondent encore les anciennes gares de Buvrinnes et de Bienne-lez-Happart. L'erreur est à moitié pardonnée au regard de la signalétique environnante. Mais qu'ils se souviennent alors que la plupart des gares égarées ou non, portent encore leur nom, dans un cartouche ou sur le pignon.

Quelque quatre cent mètres après la vieille gare de Merbes-Sainte-Marie sur le RAVeL 109/1 se tient, il est vrai, un panneau annonçant l'entrée dans l'ancienne commune de Buvrinnes. A cet endroit, on voit, de part et d'autre, que la ligne 109 s'étalait en une longue ligne droite partagée entre bois et champs. Est-ce le tracé si droit qui force à penser que la prochaine gare sera nécessairement celle de Buvrinnes? Ou est-ce plutôt le grand panneau planté face à cette gare annonçant toujours qu'elle hébergea pendant un temps "Le Relais de Buvrinnes"?

ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-HappartC'est oublier la plaque posée au-dessus de ce qui fut l'entrée. "Bienne-lez-Happart". Là, voilà, le doute n'est plus permis, même si quelqu'un démontre, vieilles cartes à l'appui, que la gare est bien sise sur le territoire de Buvrinnes. Mais pour saisissant que soit le paradoxe, ce n'est que les prémices d'un mystère bien plus grand encore, enveloppant la bâtisse tel un voile noir et opaque. Soyez avertis: plus longtemps vous resterez, moins vous y verrez clair!

Ainsi donc, nul ne sait vraiment quand le bâtiment voyageurs a été érigé. Dans l'excellent ouvrage qu'il a consacré à l'architecture des gares belges, Hugo De Bot relève qu'un document de 1912 faisait état d'une adjudication toujours en cours pour un bâtiment ferroviaire à Bienne-lez-Happart. Il est donc permis de croire que sa construction soit postérieure à la Grande Guerre.

ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-Happart

ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-HappartVoilà de surcroît une gare qui ne ressemble pas à une gare! C'est qu'elle n'épouse ni les lignes ni les volumes d'un édifice du type Etat belge tel qu'observé ailleurs sur la ligne. D'autre part, on semble lui avoir greffé a posteriori un corps et une aile supplémentaires. A l'évidence, elle connut d'autres affectations après sa courte existence au service du rail. En fait, le seul élément évoquant sa vocation ferroviaire passée est le box window au premier niveau, une protubérance vitrée ayant permis au personnel des chemins de fer d'avoir une vue d'ensemble sur les voies et les installations de la gare.

Et dire qu'il s'agissait aussi d'une gare de correspondance! Comme à Fauroeulx, on a peine à y croire tant la nature a repris le dessus. Pourtant, des voyageurs venus d'Estinnes descendaient bien à Bienne-lez-Happart pour grimper dans l'autorail les menant vers les commerces d'Anderlues par la ligne 110 (Piéton/Bienne-lez-Happart), une "autre ligne oubliée" comme la qualifie Henri Scaillet. Il reste encore quelques vestiges intéressants de cette petite ligne de liaison, mais on ne les trouvera que plus loin, en redescendant vers Piéton.

ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-Happart

Si ne vous voilà pas encore happé par l'étrange histoire de l'ancienne gare de Bienne-lez-Happart, passez la porte et entrez, en évitant soigneusement les débris de verre qui jonchent le sol. Le bâtiment, qui a servi d'hébergement pour la jeunesse jusqu'il y a une petite dizaine d'années, se délabre par négligence coupable des autorités. Les planchers pourrissent, les plafonds s'effritent. Les sanitaires sont un cloaque; les rats ont laissé leurs déjections jusque dans les chambres sous le toit, où les miroirs souillés ne reflètent plus que l'abandon.

Mieux vaut sans doute reprendre le RAVeL en laissant la vue se reposer dans la flore sauvage, bercée par le bon vent. Mieux vaut sans doute ne pas se retourner vers la vieille gare de Bienne-lez-Happart, qui ne fut pas gare longtemps mais qui pourrit à présent au milieu des champs, à Bienne ou à Buvrinnes.

ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-Happart

[Illustrations - Photos prises autour et dans l'ancienne gare de Bienne-lez-Happart le 3 juillet et le 6 août 2011.]

01/08/2011

Vers la verte Merbes-Sainte-Marie

[Neuvième d'une série de vingt-quatre articles concernant l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay). La série a commencé à Mons gare latérale et a marqué des haltes là où le train s'arrêtait, c'est-à-dire à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes et Fauroeulx.]

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Un peu moins de six kilomètres séparaient les gares de Fauroeulx et de Merbes-Sainte-Marie, sur la ligne 109, dans un paysage assurément rural qui a peu évolué. On peut même affirmer, à peu de choses près, qu'à cet endroit, la seule altération topographique majeure du siècle dernier a été l'arrêt de l'exploitation ferroviaire en 1962. La nature a depuis repris son dû, débarrassée des tonnes de métal et autres matériaux nécessaires à la circulation des trains.

Comme souligné précédemment, il reste très peu de traces du glorieux passé de l'ancienne gare de Fauroeulx, gare de correpondance entre les lignes 108 (Haine-St-Pierre/Erquelinnes) et 109 (Mons/Chimay), de sa cour à marchandises ou de ses deux postes de block. En reprenant la marche vers le sud, il faut traverser la rue Charles Gantois, jadis barrée par le passage à niveau n°42 marquant la sortie de Fauroeulx. Moins de cent mètres plus loin se trouvait l'aiguillage envoyant le trafic vers Lobbes et Chimay, à gauche, ou vers Erquelinnes, à droite. Aujourd'hui, ce point marque le départ d'un nouveau sentier du Réseau Autonome des Voies Lentes (RAVeL), le 109/1, ayant conservé le numéro de l'ancienne ligne de chemin de fer dont il occupe désormais l'assiette.

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Celui qui connait un peu l'histoire de la ligne sera ainsi frappé par l'ironie de son destin. Car le comble de l'histoire n'est-il pas de voir les cyclistes d'aujourd'hui rallier Merbes par la 109 plus vite que les trains d'autrefois? Pour comprendre, il faut rappeler la vitesse particulièrement faible des trains arpentant la ligne, surtout après 1945, en raison de son exploitation simplifiée. Au moins un des deux passages à niveau situés dans le kilomètre suivant la gare de Fauroeulx devait être franchi à très faible allure, voire même au pas.

Merbes-Ste-Marie_2.JPGLa ligne 109 s'enfonçait ensuite dans le Bois de Pincemaille. S'il ne pédale pas trop vite à travers bois, le cycliste pourra remarquer sur la droite, à environ deux kilomètres de la gare de Fauroeulx, la pile d'un ancien pont sur laquelle s'est affalée une longue ferraille rouillée. Il s'agit là sans doute du dernier vestige du Decauville qui reliait jadis les sablières de Peissant à la ligne 109. Dans le chapitre qu'il concerne à la ligne 109, Henri Scaillet explique que "le Decauville [surplombant] la voie du raccordement, [...] le transvasement des wagonnets de sable [s'effectuait] par simple gravité dans les wagons de la SNCB, placés sur le raccordement qui longeait la voie principale.".

Au fil de la ballade sylvestre si paisible, on oublie un peu l'histoire du rail. Le silence n'est que rarement interrompu par le sifflement sourd des vélos filant vers Merbes ou Fauroeulx. Au bout d'une demi-heure, cependant, le bruit de la circulation automobile, d'abord distant, avertit de l'approche d'un lieu davantage habité. L'artère bruyante est la route provinciale (Nationale 55) reliant Binche à Erquelinnes, que coupe perpendiculairement, non sans danger, le RAVeL 109/1. De l'autre côté de ce carrefour, autrefois passage à niveau, se dresse sans fard l'ancienne gare de Merbes-Sainte-Marie.

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Merbes-Ste-Marie_6.JPGAujourd'hui habitée par un commerçant en mobilier de jardin, la gare semble s'être affaissée un peu. Est-ce là l'effet du lierre grimpant qui l'habille à moitié ou le signe du temps qui court en ignorant l'empreinte trop discrète qu'elle a laissée dans l'histoire du rail? Henri Scaillet nous apprend en tout cas que, dès les années 1950, Merbes-Sainte-Marie n'était plus guère qu'une halte, et non plus une gare, où seule la garde-barrière était toujours en poste, ajoutant à sa fonction première la vente de billets et d'abonnements.

Dans cette région rurale au charme indéniable, si la gare de Merbes-Sainte-Marie parait verte encore, c'est moins une marque de jeunesse qu'une preuve de sa capitulation face aux forces lentes de la nature qui, été après été, au rythme du lierre et de la mousse, la ramènent à la terre un peu plus encore.

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[Illustrations - Photos prises le 3 juillet et le 31 juillet 2011.]