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30/12/2011

Retour à Lobbes

[Onzième article d'une série de vingt-quatre consacrés à l'ancienne ligne 109, qui longeait jadis la frontière française, de Mons à Chimay. Nous la parcourons au fil des souvenirs d'Henri Scaillet, un machiniste de la SNCB décédé en 2006, qui a raconté, à sa façon, l'histoire du chemin de fer et son vécu professionnel. Nous sommes partis de Mons gare latérale et nous sommes arrêtés à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx, Merbes-Sainte-Marie et Bienne-lez-Happart. L'arrêt suivant est Lobbes, où, comme le sauront les plus fidèles, je joue à domicile!]

[Voir également sur ce blog, lors de l'évocation de la ligne 130A: Lobbes est ma gare rare]

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La forte pente ne se remarque pas immédiatement. En délaissant le site un peu étrange de l'ancienne gare de Bienne-lez-Happart, on semble marcher en terrain plat. "On", c'est vous, c'est moi et toute personne se balladant de nos jours, par un après-midi ensoleillé, sur le sentier boisé occupant l'assiette de l'ancienne ligne 109. Or, après quelques centaines de mètres, commence ce qui, pour le pied non initié, paraîtra une faible descente, mais qui, pour le machiniste avéré de l'époque, s'assimilait à un plongeon vers Lobbes. En termes ferroviaires, une pente de dix-neuf pour mille se respecte, surtout au retour, quand il faudra la grimper pour rentrer à Mons.

lobbes,sncb,gare,train,ligne 109,ligne 130aSi l'après-midi est pluvieuse, on patauge un peu, surtout après la fin du RAVeL 109/1, à hauteur de la rue du pont Jaupart. A cet endroit-même, on devine que le niveau des lieux a évolué avec le temps. Impossible d'imaginer que le train franchissait la route à cet endroit autrefois! Il y a un demi-siècle pourtant, on aurait pu y voir Henri Scaillet menant son autorail et quelques voyageurs vers la Sambre, Lobbes, Thuin et au-delà. Un détail de l'histoire pour certains, une douce nostalgie pour d'autres...

De l'autre côté de la rue, une étroite bande de terre vierge de végétation dévale entre les arbres. Ici, le petit sentier griffant l'assiette de l'ancienne voie traverse la réserve ornithologique du Spamboux. Les pieds dans la boue, on rencontre encore çà et là l'un ou l'autre vestige de signalisation ferroviaire. Avec les années qui passent, des arbres se sont couchés en travers du chemin, comme pour barrer l'accès vers Lobbes. Alors, le sentier se tord et évite les obstacles. En cet endroit précis du tracé, Henri Scaillet avait déjà freiné. C'est qu'à l'époque, le pont de la Planchette portait déjà bien son nom...

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De fait, aujourd'hui plus encore qu'hier, la structure métallique enjambant un joli méandre de la Sambre est un passage à risque: certaines plaques sont trouées, d'autres manquent carrément. Avec un pied assuré, préservé du vertige, on passe outre, en comprenant pourquoi le RAVeL est scindé. Il faudra des fonds si l'on veut s'assurer que les randonneurs ne voient le fond - de la Sambre s'entend! La ligne 109 garde en ces lieux son caractère sauvage. Vous lirez plus loin pourquoi j'en suis tombé amoureux, il y a dix ans déjà.

lobbes,sncb,gare,train,ligne 109,ligne 130aMais avançons. Comme par enchantement, le sentier au-delà du pont s'éclairicit et s'élargit. L'arrivée, le retour à Lobbes sera boisé. Dans le silence des arbres, on perçoit un courant frais qui susurre à mi-mot un air ancien, venu des temps ancestraux où l'abbaye de Lobbes illuminait ces lieux, et bien d'autres au-delà, de sa piété, de son savoir, de son aura. Sur ce sentier serein, il y eut jadis des moines et des trains. L'Histoire se vit, pour celui qui veut y croire, en se rappelant les exploits des uns et les déboires des autres.

Un roulement un peu cahotant nous sort de la rêverie. Des rails soudés, une caténère même et, cerise sur le gâteau, une automotrice revenue d'Erquelinnes: notre sentier longe désormais la ligne 130A. La gare est en vue, solide et fière de servir encore, elle où coexistèrent pendant longtemps les chemins de fer du Nord-Belge et ceux de l'Etat.

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Après avoir franchi une deuxième fois la Sambre, juste avant la gare, on aperçoit de suite les butoirs barrant à jamais les voies 3 et 4, qui accueillaient jadis le trafic de la ligne 109. La vieille pompe à eau, qui alimentait les réservoirs des locomotives à vapeur, a disparu depuis longtemps. Avant même l'époque des autorails, cette pompe n'était pas sans importance, car elle était la seule sur un long tronçon de la ligne 109. Il est arrivé qu'une locomotive engagée vers Chimay doive rebrousser vers Lobbes pour faire le plein d'eau ou risquer de tomber en détresse en rase campagne!

lobbes,sncb,gare,train,ligne 109,ligne 130aDe par sa situation centrale tant sur la ligne 109 que sur la ligne 130A, la gare de Lobbes a été pendant longtemps une plaque tournante des circulations ferroviaires régionales. La correspondance vers Charleroi concernait souvent un grand nombre des voyageurs en provenance de Chimay. A partir de la reprise par l'Etat de l'exploitation des lignes du Nord-Belge, dès 1940, des trajets directs entre Charleroi et Chimay figuraient même à l'horaire, avec rebroussement à Lobbes.

Nombreux étaient donc à l'époque les voyages en ces contrées ancestrales qui impliquaient un retour à Lobbes. Aujourd'hui, la gare abrite le seul guichet de la ligne 130A, lui-même menacé par une lecture trop littérale des statistiques de rentabilité. Mais il doit survivre et survivra sans doute un temps, animé par des cheminots qui ont connu la fin de la ligne 109 et qui, la nuit venue, semblent veiller à son souvenir. Quant à moi, le voyageur, chaque aventure s'achève ici, par un retour à Lobbes.

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[ILLUSTRATIONS - Outre les deux cartes postales anciennes, photos prises le 6 août 2011 le long du tracé décrit dans cet article. La voie ferrée apparaissant à l'avant-plan de l'antépénultième photo est un ultime vestige de la ligne 109 en gare de Lobbes. Sur cette même photo, alors que la gare est en vue,on reconnaît, perchée à gauche, la collégiale Saint-Ursmer et, sur la droite, une aile de la clinique Saint-Joseph.]

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