Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

18/02/2012

Entre les tuiles à Thuillies

[Quatorzième volet d'une saga pédestre sur les traces de l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay) et des circulations ferroviaires d'antan. Nous arrivons à Thuillies, après nous être arrêtés à Mons, Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx, Merbes-Sainte-Marie, Bienne-lez-Happart, Lobbes, Thuin-Ouest et Biesme-sous-Thuin.]

train,gare,sncb,ligne 109,thuillies

S'il ne restait les deux anciennes maisons de gardes-barrières de part et d'autre du site, on devinerait mal qu'il hébergea autrefois une gare d'une certaine importance. Bien sûr, avec l'avènement de la voiture et de l'avion, de la téléphonie et de l'informatique, la notion d'importance ferroviaire et même géographique a beaucoup évolué. Parvenir à Thuillies n'est plus un exploit; y changer de train pour se rendre à Berzée est aujourd'hui impensable. Pourtant, on peut sourire: cet exploit, cette correspondance improbable fut sans doute le lot quotidien d'un de nos aïeux.

Les derniers rails sont partis il y a quelque temps, laissant la place à un sentier RAVeL se dédoublant au sortir de l'ancien faisceau ferré. Ce sentier occupe ce qui fut sans doute la voie 3 ou 4, où le bitume a remplacé le ballast. Il faut chercher entre les arbres, derrière les sapins, comme à Fauroeulx, pour entr'apercevoir la gare et son entrepôt. Il faudrait gratter entre les tuiles pour trouver trace des gaz du dernier autorail à avoir hanté ces lieux.

train,gare,sncb,ligne 109,thuillies

train,gare,sncb,ligne 109,thuilliesAinsi donc se croisaient autrefois, en gare de Thuillies, du temps des télégraphes, les autorails vers Chimay et ceux vers Berzée et Laneffe. Leurs conducteurs se connaissaient à peine, car ils travaillaient dans des dépôts éloignés - Haine-Saint-Pierre pour les uns, Walcourt pour les autres. Si, un demi-siècle après leur fermeture aux voyageurs, la ligne 109 s'est drapée de mystère, que dire de la courte ligne 111, qui ne faisait que griffer, tel un trait incongru, des terres vouées aux cultures? Sauf la RAVeLisation entamée, on pourrait penser cette petite plaie refermée.

En comparant les images de l'endroit à des époques différentes, on est frappé par sa profonde mutation. Le faisceau, le gril de voies bien gonflé, était jadis un espace très ouvert, vaste et plane, le regard se perdant à l'est dans un paysage sans tuiles, ou si peu, conférant à la première gare du lieu, érigée vers 1880, une stature sollenelle, fière, digne du grand chemin de fer. Aujourd'hui, une cité occupe le quart sud-est du faisceau et le reste est devenu un fouillis feuillu ou fermier. Plus loin, de l'autre côté, des villas et des voitures, imbues de modernité, semblent se moquer de l'ancienne maison du garde-barrières.

train,gare,sncb,ligne 109,thuillies

La drôle de gare qui demeure, derrière les sapins, a remplacé sa fière ancêtre au sortir de la Deuxième guerre mondiale. Bâtie suivant les plans de l'architecte N. Richard, elle est d'un style particulier, "bien peu ferroviaire" selon Henri Scaillet, "sans aucune prétention architecturale" selon Hugo De Bot (1). Mais sait-on encore qu'elle fut une des toutes dernières gares de Belgique à prévoir pour le chef de sa gare et sa famille un logement de fonction? Chef de gare qui n'était déjà plus en... fonction au début des années 1950, remplacé qu'il faut par des sous-chefs travaillant en deux pauses!

train,gare,sncb,ligne 109,thuilliesCette aberration peut s'expliquer par l'incertitude économique des lendemains de la guerre. Le volume et la diversité de l'industrie locale, plus que le trafic voyageurs, justifiant sans doute la construction d'une nouvelle gare à Thuillies, où une scierie et un atelier de constructions métalliques étaient encore raccordés au chemin de fer. On y chargeait également des boîtes à pilules imprimées et du tabac.

La suite de l'histoire est connue: la SNCB mit la ligne 109 en exploitation simplifiée en 1952, le trafic voyageurs fut supprimé en 1964 et, au rythme des faillites et de la multiplication des camions, le transport de marchandises s'étiola jusqu'au dernier train, en 1992. Le RAVeL a désormais enlevé les dernières reliques de rail à Thuillies, n'y laissant qu'un bâti de briques et de tôles, de broc et d'argile, sali par le temps. Y a-t-il ici, entre les tuiles, quelqu'un qui se souvienne encore des correspondances de nos aïeux, du visage du dernier chef de gare?

(1) DE BOT, Hugo, Architecture des gares en Belgique Tome II 1914-2003, Turnhout: Brepols, 2003.

[ILLUSTRATIONS - de haut en bas :Tout en haut: Retournons-nous pour la première fois depuis notre départ de Mons: nous voyons ici le RAVeL que nous venons d'emprunter depuis Biesme-sous-Thuin :En haut: La première gare de Thuillies vue côté rue, bardée d'un imposant mât télégraphique :Au milieu, à droite: Voici sans doute le dernier vestige de l'activité économique jadis bourdonnante en gare de Thuillies. La ruine guette l'ancien entrepôt :Ensuite: La deuxième gare de Thuillies, d'une architecture atypique, telle que photographiée côté rue le 14 mars 2010 :En bas, à gauche: En quittant le site de l'ancienne gare de Thuillies, le RAVeL se dédouble avec, à gauche, l'ancienne ligne 111 et, à droite, l'ancienne ligne 109, que nous poursuivons désormais vers Strée.]

Commentaires

Cher Monsieur,

En tant qu'historien je travaille actuellement sur le séjour des troupes australiennes en ESM au lendemain de 14-18. Ils me parlent d'un dépôt de charbon gardé par la R.A.F. en gare de Thuillies. Pouvez-vous de donner de plus amples infos sur l'importance de cette gare pour ce qui concerne ce genre de dépôt ?
Bernard LEJEUNE

Écrit par : Lejeune Bernard | 03/03/2015

Les commentaires sont fermés.