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29/02/2012

Drève vers Strée

[Quinzième évocation de la ligne 109, qui reliait autrefois Mons à Chimay. Nous la parcourons de part en part, à la recherche des vestiges laissés par les trains des siècles derniers. Rendons-nous à présent à Strée, après nos arrêts à Mons, Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx, Merbes-Sainte-Marie, Bienne-lez-Happart, Lobbes, Thuin-Ouest, Biesme-sous-Thuin et Thuillies. Cet article remplace celui publié en février 2009 sous le titre "Strée, quarante-cinq ans après".]

ligne 109,train,gare,sncb,thuilliesLe RAVeL menant de Thuillies à Strée, un sentier stable et lisse, trompe l'oeil de celui qui s'y promène sous le soleil ou la pluie. Celui qui trace à grands coups de pédales ne devine même rien du train-train d'alors, de l'époque où locomotives et wagons griffaient de temps à autre ce petit monde fermier. Tout va trop vite aujourd'hui, les marchés comme les marcheurs, pour qu'on se préoccupe encore de ce qui a été mais ne sera plus. Ainsi, laissez-moi vous remorquer à travers le temps, le long des rails d'antan, vers Strée.

Le poste de block n°3 qui réglait la circulation des trains au départ de Thuillies, tantôt à gauche vers la ligne 111, tantôt à droite vers la ligne 109, a disparu depuis longtemps. Sans donc attendre un signal, traversons la rue des Hamoises, prenons à droite et suivons une courbe serrée qui croise encore le chemin d'Ham-sur-Heure et la rue de la Victoire. Cela parait facile aujourd'hui. Mais dans les années 1950, comme le raconte Henri Scaillet, les autorails de la ligne 109 devaient franchir ces trois passages à niveau rapprochés à faible allure - 20 km/h pour les deux premiers, (SF) 5 km/h pour le troisième, "allez savoir pourquoi...". Tête en terre, un ancien panneau STOP repose encore, entre les poules, dans un enclos herbeux, sur le côté droit du RAVeL, après le cimetière.

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Après ce départ haché, laissons-nous aller sur le sentier de bon pied. Les autorails atteignaient ici leur vitesse de référence, à savoir 70 km/h. Peu à peu, l'assiette de la voie se borde d'arbres et le clocher se voile. En cet endroit précis, au kilomètre quarante-et-un, le panorama est sympa et semble immuable. A gauche, deux chevaux amaigris paissent comme hier, comme demain. Des nuées d'oiseaux balaient le ciel, comme pouvaient déjà le remarquer les voyageurs vers Chimay. Ce sentiment d'éternité n'est qu'illusion car, plus loin dans la drève, d'autres mutations nous attendent.

Poursuivons notre chemin sans trop tarder, car les gares s'espacent et les distances s'allongent. Un croisement bombé avec une voirie asphaltée perpendiculaire à la rue de Donstiennes prévient d'une nouvelle métamorphose. Ici, on a bidouillé avec le relief pour aménager un petit zoning, un "technoparc" comme ils l'ont appelé; un parking propret accueille les travailleurs de QNT et leur indispensable voiture. Des étages de leurs locaux modernes, peuvent-ils se représenter le spectacle d'une Type 16 descendue de Chimay en nappant la flore de ses vapeurs noirâtres?

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ligne 109,train,gare,sncb,strée,donstiennesLongeons le parc d'entreprises jusqu'à ce qu'il soit masqué par le haut mur d'un entrepôt, puis d'un vieux bâtiment industriel. La bande de terrain entre le RAVeL et la paroi, de par sa physionomie, ne peut être qu'un ancien raccordement ferré. Dans le prolongement, deux rails dans le béton et une double ouverture dans une extension en saillie de l'édifice désaffecté trahissent le passage lent et répété, ici, autrefois, de wagons-tombereaux. Ce sont là parmi les derniers vestiges de la sucrerie de Donstiennes, fermée en décembre 1988. A quoi ressemblait vraiment la gare privée, la gare sucrée, qui tint ouverte à elle seule des années durant, la ligne 109 au sud de Lobbes?

Filons tout droit, entre les arbres revenus, dans ces lieux jadis animés par des cheminées, des cuves, des caboteurs au trafic diffus. Ne nous arrêtons plus que pour saluer les ultimes bornes hectométriques du vieux chemin de fer. Filons seuls, tels ces trains éteints, dans la drève délaissée. Au bout du chemin, sur la droite, voilà l'ancienne gare de Strée, sereine et paisible, qui déploie un charme familial. Chanceux sont ceux qui l'habitent désormais, s'ils n'ignorent l'écho, lointain certes, des grands voyages entamés naguère en ses murs...

[Remerciements amicaux à Georgy Lejeune pour la transmission de photos des dernières années d'activité de la ligne 109.]

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 [ILLUSTRATIONS - ::de haut en bas:: en haut, à droite: Voici le RAVeL occupant aujourd'hui l'assiette de l'ancienne ligne 109, vu ici, le 18 janvier 2012, peu avant le croisement avec la rue de la Victoire et le cimetière de Thuillies :au centre: La gare de Strée de nos jours, ici photographiée le 27 janvier 2012 :au centre, un peu plus bas: La locomotive 7356 passe à hauteur de la sucrerie de Donstiennes le 31 octobre 1983, en tête d'un long train de marchandises, quelques semaines avant la fermeture de la section de ligne entre Donstiennes et Strée :en bas, à gauche: Voici les tout derniers rails de l'ancienne gare privée et, à peu de choses près, les derniers vestiges de la sucrerie de Donstiennes, pris en photo le 18 janvier 2012 :tout en bas: Une locomotive diesel de type 73 manoeuvre à hauteur de la gare de Strée le 12 novembre 1983, dans cette photo prise par Georgy Lejeune.]

Commentaires

Vers 1951,mon père a organisé le transport d'une troupe de Patronnés et leurs parents en autorail depuis Thuin Ouest vers Gedinne par Thuillies Chimay Mariembourg Doische Hastière Dinant et après rebroussement jusqu'à Gedinne, là en tram jusque Orchimont et le retour plus direct par Namur lobbes rt Thuin Ouest. Quelle expédition! J'avais 10 ans et je m'en souviens encore très bien car j'étais derrière le conducteur.On était une bonne centaine.
En 1960,j'allais à l'Université de Liège de Thuin Ouest départ à 6 h 10,changement à Lobbes et puis jusque Liège dans le même train, arrivée à 8h10. C'était quand même facile et rapide.
Félicitations pour votre site de mémoire ferroviaire lachement abandonnée par toutes les autorités.

Joseph Dauphin

Écrit par : dauphin | 12/03/2012

Vers 1951,mon père a organisé le transport d'une troupe de Patronnés et leurs parents en autorail depuis Thuin Ouest vers Gedinne par Thuillies Chimay Mariembourg Doische Hastière Dinant et après rebroussement jusqu'à Gedinne, là en tram jusque Orchimont et le retour plus direct par Namur lobbes rt Thuin Ouest. Quelle expédition! J'avais 10 ans et je m'en souviens encore très bien car j'étais derrière le conducteur.On était une bonne centaine.
En 1960,j'allais à l'Université de Liège de Thuin Ouest départ à 6 h 10,changement à Lobbes et puis jusque Liège dans le même train, arrivée à 8h10. C'était quand même facile et rapide.
Félicitations pour votre site de mémoire ferroviaire lachement abandonnée par toutes les autorités.

Joseph Dauphin

Écrit par : dauphin | 12/03/2012

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