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30/11/2012

Rouge et vert de Rance

[Dix-neuvième volet d'un parcours en vingt-quatre articles au sujet de l'ancienne ligne 109, qui reliait autrefois Mons à Chimay. Nous avons marqué l'arrêt là où il le fallait, à savoir à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx, Merbes-Sainte-Marie, Bienne-lez-Happart, Lobbes, Thuin-Ouest, Biesme-sous-Thuin, Thuillies, Strée, Beaumont, Solre-Saint-Géry et Sivry.]

rance,gare,sncb,train,ligne 109Rance est la terre des sabotiers, des miliciens-forestiers et de tant d'autres petits métiers oubliés ou presque. Outre le bois, c'est le marbre qui a bâti son aura, puisqu'il s'est exporté par-delà ses frontières au fil des ans en suivant les chemins, les routes et les rails de campagne. Si son exploitation est devenue confidentielle, ce matériau noble reste intimement lié à l'histoire, à la vie et aux savoirs des gens du lieu. Il faut prendre le temps de s'y rendre, car Rance ne laissera de marbre que si on pense y trouver des palais de pierre rouge!

Sans y avoir révolutionné la vie des habitants autant qu'en d'autres villages de Wallonie, le chemin de fer a ouvert de nouveaux horizons et amené une certaine prospérité à Rance. Si le Rouge de Rance, comme on appelait le marbre du coin, n'a pas attendu le train pour s'en aller orner Versailles ou le Louvre, il a profité de sa vitesse et de sa puissance pur se poser plus vite partout. Le chemin de fer, dès 1882, a permis un gain de temps et de tonnage substantiel par rapport au transport hippomobile et fluvial. Mais ce mariage de raison n'a vécu qu'un temps, fort court finalement, avant que ne vrombissent les premiers camions et que ne s'éteignent les carrières de marbre, dès 1950.

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rance,gare,sncb,train,ligne 109En fait, davantage que le Rouge, c'est du vert dont le chemin de fer s'est servi à Rance. Henri Scaillet (1), qui a conduit les autorails sur la ligne dès octobre 1952, se souvenait que la gare de Rance était toujours équipée à l'époque d'une "cour à bois fort spacieuse et bien fréquentée... où subsistait un trafic marchandises assez soutenu et constitué par les grumes débitées par la scierie située à la sortie de la gare côté Chimay.". La SNCB y faisait d'ailleurs son marché de traverses, de billes de chemin de fer, avant de les emmener vers un chantier de créosotage (2).

Moins de douze années plus tard, en 1964, la gare de Rance fermait en même temps que le trafic voyageurs sur la moitié sud de la ligne 109 (Lobbes-Chimay). Ce n'était guère une surprise dans un contexte politique anti-rail, où les gouvernments successifs avaient décidé de fermer les petites lignes de chemin de fer et d'encourager l'utilisation massive de la voiture privée, de l'autobus et du camion. Le pétrole, l'essence étaient bon marché; l'or vert de Rance, son bois, s'évacuait désormais grâce à l'or noir venu d'un autre continent! Les rails de Rance, rouges de honte, ont été retirés en 1971.

Aujourd'hui, l'assiette de l'ancienne voie est devenue un RAVeL reliant Thuin à Chimay. Au départ de l'ancienne gare de Sivry, le sentier s'élance à travers bois, là où le silence est roi. Plus qu'un bois, c'est une forêt dense qui encercle le promeneur, d'autant que la nature rectiligne du tracé, implacable, intimide. A l'endroit d'un ancien passage à niveau, au milieu de nulle part, s'ouvre une petite clairière toujours habitée par la maisonnette du garde-barrières. Celle-ci, restaurée, a la modernité froide, calculée: privée des rails, elle s'est fondue dans le lieu, le milieu où elle apparut incongrue un siècle plus tôt!

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rance,gare,sncb,train,ligne 109Qu'aurait-on ressenti, enfant d'alors, errant sur les rails de Rance, en percevant la première vibration, celle qui porte la certitude d'un train approchant? Qu'aurait-on ressenti, chaperon rouge ou vert, pris dans cette forêt immense, en cherchant le premier refuge, celui qui protègerait de la machine déferlante? Qu'aurait-on ressenti, garnement démasqué, revenu à la gare penaud, en fuyant le regard des gens, ceux qui toisent, accusent et puis colportent?

Aujourd'hui, la gare n'est plus gare. Elle en gardé la forme et le volume, mais elle abrite désormais des familles dont aucune n'a connu l'apogée du rail, du Rouge ou du vert à Rance. Avec la maisonnette de l'autre côté de l'ancien passage à niveau, elle rappelle toutefois, telle un phare éteint, les passages d'antan, les vapeurs du passé et leurs petits dangers. Qu'aurait-on ressenti, dernier voyageur en gare, pris d'une nostalgie infinie, en montant dans le dernier train, celui qui, rouge de honte, vert de rage, s'en est allé à jamais?

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Commentaires

Bonjour !

Vous au moins, même endormies ou égarées, vous avez gardé quelques photographies de vos charmantes petites gares d'autrefois.

Ce n'est pas comme nous à Bordj Bou-Arréridj où les démolitions continuent après la disparition de l'ancienne petite gare de naguère.

Merci pour ce partage d'images.

Écrit par : AMAROUCHE | 12/02/2013

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