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16/03/2014

A l'abri du doute

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Il y a quelques mois, je me suis engagé sur un terrain accidenté et un peu glissant menant dans les abîmes de notre société. Dans les gares des villes, ce chemin ténébreux n'est, pour l'immense majorité des voyageurs, qu'un entrebâillement malodorant, une porte taguée, ignorée, à passer. Au bout, là où on ne veut les voir, vivent celles et ceux qui n'ont rien ou presque et qui, pour trop de gens, ne font rien , ne sont rien.

A Charleroi-Sud, comme ailleurs, errent des sans-abris et d'autres dont l'abri est un enfer. La galère, ils ne l'ont pas voulue, ou alors seulement parce qu'elle valait mieux que l'abus, la violence, l'humiliation. Certains ont choisi la rue pour que leur compagne et leur enfant soient mieux assistés. D'autres sont en attente d'un logement social qui ne les sortira jamais trop vite du néant.

Ils ont faim, fuient le froid et l'ennui. Ils demandent une pièce, parfois avec humour, parfois sous un prétexte bidon. Ce qu'on sait moins, c'est qu'il existe des règles de communauté entre compagnons d'infortune. Ainsi, là où la confiance s'est installée, il arrive que la menue moisson soit mise en commun et redivisée. Et puis vient la nuit redoutée, où il faut trouver un gîte à l'abri du vent et des crapules.

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Une entente tacite régit leur présence dans la gare. C'est que pour les agents de Sécurail et de la police des chemins de fer, il faut trouver un équilibre entre la gestion de cette communauté mal-aimée et d'autres tâches de surveillance. Cette tolérance, née du dialogue et du respect entre personnes de bonne volonté, reste néanmoins précaire. Tout écart de l'un peut avoir des conséquences pour les autres.

A Charleroi, les services sociaux de la ville ont beaucoup travaillé, ces derniers mois, au reclassement des sans-abris. Du coup, leur population en gare a diminué. Faut-il également y voir le résultat du règlement mendicité adopté par le conseil communal en septembre dernier? Je me demande ce que certains d'entre eux sont devenus; j'espère qu'ils me le diront un jour...

N'y voyons toutefois pas une sortie de crise, car le réservoir de la misère est sans fond. Pire, il s'élargit encore et dans tous les sens. Autour de la gare traînent aussi désormais de parfois très jeunes adolescents livrés à eux-mêmes. Ils disent que l'école ne les intéresse plus; certains avouent voler pour se nourrir. Ils demandent une pièce ou n'osent même pas.

Alors, que faire? Chacun aura son opinion, qui sera nécessairement meilleure que l'indifférence. En ce qui me concerne, rien ne m'empêchera de continuer à leur donner une pièce, même quand ils n'osent pas, et de leur prêter une oreille. Car je sais que ce qui nous unit, eux et moi, c'est l'impérative nécessité de garder l'espoir et de se mettre à l'abri du doute.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Charleroi-Sud début mars 2014, avec l'autorisation des intéressés.]

 

23:48 Publié dans railleries | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gare, sncb, train, sdf

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