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12/05/2012

Une histoire qui ne s'écrit plus

gares,trains,sncb

Que restera-t-il dans les manuels d'histoire, dans cent ans, de ces drôles d'années que nous vivons? Que sauront de nous, de nos vies d'aujourd'hui, les gens de la cinquième génération à venir? S'y intéresseront-ils? Ou cette tradition essentielle à l'homme qu'est la transmission du vécu, d'une génération à l'autre, aura-t-elle cédé pour de bon devant la colonisation, sans cesse plus forte, de nos gestes quotidiens par la machine, avec ses giga ceci et téra cela?

Je ne me suis jamais vraiment présenté. Je suis un voyageur ordinaire, sombrement vêtu, qui marche d'une gare à l'autre, à la conquête de temps perdus. Je hante certains quais le matin, le soir, pour gagner ma vie. J'observe mes alentours, les inconnus qui m'entourent, pour un jour les décrire, par l'image ou le mot. Je n'ai besoin de rien d'autre pour exister ou comprendre ce que je fais sur terre.

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Que restera-t-il, dans cent ans, de nos données, de nos fichiers, de nos existences digitales? Quelle reliques, quelles survivances, quelles bribes d'histoire donneront à nos descendants l'impression de nous connaître un peu? Ou le seul intérêt sera-t-il celui pour le trésor enfoui, les milliards qui dorment ou ceux que le marketing engrange en créant des buzz à tout-va et des modes rétro?

Je suis un jeune voyageur à l'ancienne, percé mais pas tatoué, qui use de l'encre et du clavier pour chasser l'oubli. J'aime tout le monde mais ne connais personne, donc je suis naïf. J'ai pour seul réseau social ces inconnus que je croise dans les trains du lendemain, ces âmes dont je n'ose lever le voile, de peur de les froisser. Je serais plus sage si je restais en gare, à forcer le trait, à ne décrire qu'un seul drapeau planté.

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Que restera-t-il, dans cent ans, de la liberté de penser et de refuser? Qu'adviendra-t-il de nos voyages en train, de ces minutes fécondes, où l'on risque l'imprévu? Se souviendra-t-on de nos errances et de nos errements, de nos monologues décousus, de nos espérances frivoles? Ou le seul voyage des gens d'alors sera-t-il celui qui mène le regard d'un écran à l'autre, d'une tâche à l'autre, selon le Programme, pour "vivre" un jour encore?

Je ne suis qu'un voyageur soucieux, sous son bonnet rayé, des flux et reflux, des vases communiquant d'une ère à l'autre. Je redoute le jour qui viendra sans doute, où l'on ne saura des brumes du passé que trois dates, deux guerres et un anniversaire. Alors, les yeux bleus d'amour, je pars de gare en gare, par l'image ou par le mot, pour exister encore et constater les menus détails d'une histoire qui ne s'écrit plus.

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[ILLUSTRATIONS - (de haut en bas:) La 6213 est au repos à Saint-Ghislain le 12 septembre 2009; Détail de la façade de la gare de Jette, le 14 mai 2010; Le soleil tarde à s'élever au-dessus de la gare d'Aywaille le 29 décembre 2011; L'automotrice 819 marque l'arrêt en gare d'Uccle-Caelevoet le 23 mars 2012.]

00:47 Publié dans caténerfs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gares, trains, sncb

13/07/2010

1835-2010 et la question d'Etat

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Il y a 175 ans circulait en Belgique, entre Bruxelles et Malines, le tout premier train d'Europe continentale. C'était en mai 1835, cinq années seulement après l'indépendance du pays. A peu de choses près, il n'y a jamais eu de Belgique sans trains. Les historiens vous le diront bien: à travers le temps, la prospérité du pays a pu se mesurer à la santé de ses chemins de fer, et vice versa. Ce qui est à peu près normal compte tenu du rôle joué par l'état dans le développement et l'exploitation des services ferroviaires.

175ème_anniversaire1.JPGAlors, quelle lecture donner à l'annulation des festivités prévues à l'occasion de cet anniversaire du rail? Pourquoi n'y a-t-il pas cette année de grande fête du chemin de fer, pas de trains sur la Place Royale, pas de communion solennelle entre la SNCB et ses usagers? Le gouvernement d'Yves Leterme a évoqué la catastrophe de Buizingen pour justifier la décision, là où d'autres parlent de la crise économique, du manque de préparatifs à la SNCB ou de son déficit d'exploitation. Et s'il fallait chercher la raison ailleurs, plus loin, plus haut?

Les chemins de fer, à travers la SNCB Holding, demeurent le plus grand employeur du pays, avec près de 39000 travailleurs. Toutes les sphères dirigeantes de ce monolithe des services publics fédéraux sont politisées et peuplées de gestionnaires estampillés aux couleurs des grandes familles politiques du Nord et du Sud selon de savantes clés de répartition. Les chemins de fer n'échappent donc pas aux préceptes du compromis à la belge.

175ème_anniversaire2.JPGOr, voilà de longs mois que, tensions communautaires obligent, ce compromis est mis à mal au niveau de l'Etat. Peut-on imaginer que ces mêmes tensions freinent la prise de décisions au sein du groupe SNCB, surtout lorsqu'une initiative ne figure pas clairement au plan d'action quinquennal? Si certains veulent la fin de la Belgique, veulent-ils également la fin de la SNCB, après 84 années d'existence?

Il faudra sans doute attendre plusieurs années et la suite des événements dans la politique du pays pour bien comprendre pourquoi on n'a pas fêté le 175ème anniversaire du train. Mais que cela ne m'empêche de lever mon verre à la santé de tous les travailleurs du rail belge et de leur souhaiter, malgré la conjecture, de nombreuses années de prospérité au service de la population. Et d'en lever un autre à la santé de tous les voyageurs, d'un jour et de toujours, et de leur souhaiter d'arriver à bon port, sains et saufs, et à l'heure!

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16/02/2010

Un hiver si blanc, une neige si noire

On ne meurt normalement pas dans un train. Ailleurs oui, mais pas chez nous. Le train, c'est un peu ringard, mais c'est safe.

NeigeNoire2.jpgC'est ce qu'on se disait hier. Avant. Certains se souvenaient bien de la catastrophe de Pécrot, mais c'était bien avant. Celle du Pont de Luttre, c'était il y a plus de trente ans. Des morts aux passages à niveau, des suicides devant le train, cela arrive hélas de temps en temps. Mourir à Hal hier, comme ça, était impensable.

Avant tout, il faut s'incliner devant la mémoire des disparus et offrir ses plus sincères condoléances aux parents, aux enfants, aux proches. Il faut souhaiter la plus complète guérison aux blessés qui jamais n'oublieront cet hiver si blanc, cette neige si noire du 15 février. Il faut se sentir proche de tous ceux qui ont vécu le drame de près, qui ont sauvé ou secouru. Il faut offrir une oreille à tous ceux qui se sentent concernés.

Ensuite, peut-être, il faut digérer le drame, chacun à sa façon. Certains choisiront d'oublier vite et reprendront la voiture demain. D'autres ne prendront plus le train de la même façon - il n'y avait presque personne à l'avant du train ce matin. D'autres, encore, s'abreuveront des récits voyeuristes qu'on leur servira. A terme, on digèrera. Mais, qu'on le veuille ou non, il restera toujours, pour chacun, une cicatrice dans l'âme. On ne meurt normalement pas dans un train.

Il faudra donc, enfin, comprendre et expliquer. On parle d'une collision latérale et d'un dépassement de signal. Et l'aiguillage? Il faudra en tout cas se souvenir, avant de juger et de jeter l'opprobre, de l'infinie complexité des systèmes ferroviaires. Il y aura la faute et il y aura la responsabilité. La première sera individuelle, la seconde collective. Car c'est bien une catastrophe nationale, une tragédie publique.NeigeNoire3.jpg

Rentrer ce soir fut épique. Mais comment donner tort à ces milliers de cheminots qui, depuis des plombes, craignent pour leur sécurité et pour la nôtre? Il faudrait accélérer la modernisation du réseau, mais cela a un coût. Et en ces temps de crise, les caisses de l'état sont au plus bas. Pour plus de sécurité, il faudra donc trinquer, tous ensemble, solidairement, en se disant que déjà trop de vies ont été reprises. Et espérer qu'il se trouve quelqu'un à la SNCB prêt à assumer la responsabilité et relever le défi d'un rail plus sûr dans les délais les plus courts.

02/09/2009

L'été s'achève

Ete_2009_1.JPGSeptembre est arrivé. Le bel été s'achève et les récoltes de maïs vont commencer. Les mômes achètent de nouveaux plumiers, les papas reprennent les réunions, les navetteurs retrouvent leurs trains P. Au collège, au lycée, à l'athénée, des jeunes fraîchement réveillés tentent de sauver leur année. A la radio, Rudy Demotte fait sa rentrée. Les gazettes clôturent leurs rubriques estivales. On parle moins de festivals musicaux que de football. Et les soirées en terrasse raccourcissent.Ete_2009_2.JPG

Sur le quai, je me repasse le film de mon été ferroviaire. Pas de plages ni de piscines, mais des milliers de regards furtifs échangés avec autant d'inconnus, des centaines de photos de villages illuminés, des dizaines de trajets paresseux en automotrice. La Sambre, la Lhomme, la Biesmelle. Les guèpes à Grupont, les chevaux à Forrières, les lézards à Marche-les-Dames. Froidchapelle, Theux, Landelies, et partout le soleil. Des blocs-notes remplis de flashes furtifs, de rêveries insolites, de détails de l'histoire. Sivry, Spontin, Spa-Géronstère, et partout cette histoire.

Le bel été s'achève, mais avec la promesse d'autres belles saisons. Laissons les feuilles jaunir et les frimas venir. L'automne, quand il est sec, habille des plus belles parures les vieilles gares de l'arrière-pays. Reverrai-je Esneux? Reviendrai-je à Florée? Où serai-je demain? Si je le savais, je ne serais pas ici...

 

23:56 Publié dans caténerfs | Lien permanent | Commentaires (1)

05/06/2009

Aux portes de l'enfer

Ceci est un clin d'oeil à des amis inconnus. Si ce blog concerne le monde du rail, il porte davantage sur les bâtiments ferroviaires que sur le matériel roulant. En ce sens, je me démarque de la toute grande majorité des ferrovipathes, comme on dénomme les mordus de chemins de fer. Je ne suis donc pas, stricto sensu, un trainspotter. Je reste en marge. Comme toujours, diront certains.

Si je reviendrai ultérieurement sur le trainspotting, je voudrais dire ici que je considère ceux qui le pratiquent comme des amis. Des amis inconnus certes, car ma passion est hélas restée, à ce jour, solitaire. Mais je comprends pleinement leur passion. Et je partage presque leur attirance incontrôlable, hypnotique même, pour ce moment où surgira, au détour d'une courbe ou à la sortie d'un tunnel, le train tant attendu.

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Alors, à ces amis inconnus, je tiens à offrir une photo de la HLE 2512 aux portes de l'enfer. Calés qu'ils sont, ils sauront déjà qu'elle fut mise en parc fin 2004, comme six de ses consoeurs de la série 25, après 44 années au service de la SNCB. Malgré des tentatives de revente à des opérateurs étrangers, c'est finalement au ferrailleur Keyser, à Courcelles, qu'elle fut revendue en mars de cette année. Il y a quelques semaines, elle fut acheminée sur la voie réservée à Keyser, voie à l'issue trop certaine. Son purgatoire.AuxPortes2512_3.JPG

Je l'ai photographiée le jeudi 28 mai. Ce soir, en rentrant chez moi, je l'ai revue, qui attend la mort. Elle n'en a plus pour longtemps: ses consoeurs, qui encombraient la voie derrière les portes de l'enfer, semblent toutes avoir été découpées. Il lui reste peut-être un week-end, seule au soleil, à ressasser le souvenir de jours glorieux où elle tirait voitures et wagons, dans la neige et dans la brume, du nord au sud et d'est en ouest. Il lui reste peut-être un week-end, seule et résignée, aux portes de l'enfer.