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30/01/2012

Biesme-sous-Thuin, mon bonheur éteint

[Treizième étape d'un parcours en vingt-quatre articles le long de l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay). Au départ de Mons gare latérale, nous nous sommes arrêtés, comme les trains d'autrefois, à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx, Merbes-Sainte-MarieBienne-lez-Happart, Lobbes et Thuin-Ouest.]

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C'était mon petit bonheur, mon petit coin de paradis. J'y allais parfois, quand le coeur était bas, au soir ou au matin, humer le parfum froid de la roche qui suinte. J'y ai vu mon premier renard, quelques serpents aussi. J'y étais comme seul au monde, assis entre les rails oubliés, à rêver de voyages répétés vers des gares imaginaires. J'y étais en paix, avec le monde et moi-même, le début et la fin de toute chose, jusqu'à l'oubli.

Au début, j'y allais avec les yeux d'un enfant, émerveillé mais craintif, sans savoir s'il y avait un danger. Puis j'ai vu les arbres couchés sur la voie et je me suis installé, sans pousser trop loin. J'y ai eu chaud et froid, mais jamais trop ni assez. Puis j'ai su où j'étais et j'y suis revenu encore et encore. J'ai longé la voie et pris mes quartiers, çà et là, dans l'écho des trains d'antan.

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biesme-sous-thuin,train,sncb,gare,ligne 109J'étais entre Thuin-Ouest et Biesme-sous-Thuin, sur l'ancienne ligne 109 dont je ne savais rien. Ce parcours sur les traces d'Henri Scaillet, quelque part, a commencé là, il y a dix ans. Ces rails oubliés, cette voie unique presque recouverte de mousses, m'ont ramené sur les chemins de mon enfance, ferrés ou non, et bien d'autres. C'était mon petit bonheur, mon petit coin de paradis à moi.

Puis, un jour, il n'y a pas si longtemps, un engin menaçant, à l'arrogance orange, a tout retourné, les mousses comme les arbres, le vieux ballast aussi. Avec une cruauté méthodique, imparable, il a déferré la voie de mes errances intimes. Alors, chassé, je suis sorti du bois et j'ai marché vers l'ancienne maison du garde. Avec le temps, j'ai accepté le sacrifice, en me disant que ces moments perdusbiesme-sous-thuin,train,sncb,gare,ligne 109, je pourrais les vivre, par procuration, dans les clichés que j'en avais pris. J'ai accepté la cicatrice en partageant, sans jamais leur dire, la joie des enfants du tram, pour qui mes rails furent reposés.

Aujourd'hui, dans le vieux vicinal qui m'emmène vers le prochain quai, celui de Biesme-sous-Thuin, je m'imagine, le nez collé contre la fenêtre, faire le même voyage au siècle dernier, la vapeur aidant. Je sais que, dans l'histoire du rail, la halte ne restera guère plus qu'une anecdote, "un mini quai, juste de quoi recevoir un autorail", comme l'écrivait Henri Scaillet. biesme-sous-thuin,train,sncb,gare,ligne 109Il n'y eut ici jamais de gare, jamais de recettes directes, pas même un code télégraphique. Le quai, aussi petit fût-il, a disparu. Seule est restée, figée sur l'ancienne maison du garde, la mention héraldique du lieu.

Aujourd'hui, quand je marche, avec beaucoup de nostalgie, vers Biesme-sous-Thuin, j'entends, dans le silence de la campagne, le ronronnement devenu familier du dernier autorail vers Chimay, qui me rattrape, puis me dépasse, comme chaque soir depuis toujours..

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[ILLUSTRATIONS (de haut en bas) :: (tout en haut) : En mai 2009, voilà à quoi ressemblait encore mon coin de paradis, mes rails oubliés entre Thuin-Ouest et Biesme-sous-Thuin :: (en haut) : Le 22 avril 2005, le printemps avait commencé à recouvrir la voie abandonnée :: (en petit, à droite) : Le 31 mai 2009, un engin menaçant pointait le bout du nez :: (en petit, à gauche) : Le 14 mars 2010, voilà à quoi ressemblait le lieu, élargi par endroits pour laisser passer le RAVeL et la ligne de l'ASVi :: (en petit, à droite) : Le 7 juin 2009, l'ancienne maison du garde à Biesme-sous-Thuin arbore encore la plaque héraldique du point d'arrêt, à l'orthographe originale (Biesmes avec s) :: (tout en bas) : Le 30 octobre 2011, je repasse dans un lieu qui m'est cher, entre Thuin-Ouest et Biesme-sous-Thuin, mais cette fois à bord d'un ancien tram vicinal à vapeur de l'ASVi.]

16/01/2012

Courbes rentrantes à Thuin-Ouest

[Douzième article d'une série de vingt-quatre à propos de l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay), fermée au trafic voyageurs depuis près d'un demi-siècle. A la recherche des vestiges laissés par les trains d'antan, nous nous sommes arrêtés à Mons, Cuesmes-Etat,Hyon-Ciply,Harmignies,Vellereille-le-Sec,Estinnes,Fauroeulx,Merbes-Sainte-MarieBienne-lez-Happart et Lobbes.]

ligne 109,thuin-ouest,gare,sncb,trainLa petite ville de Thuin doit à la Sambre sa quasi-verticalité. Sur son versan perché, fier comme un paon, le beffroi gratte les nuages et toise, un peu moqueur, ces petites créatures qui dévalent les remparts ou filent à travers les jardins suspendus. En cherchant l'ouest à leur suite, on aboutit, en contrebas, au bord de la Biesmelle, un affluent de la Sambre, qu'enjambait jadis la ligne 109. De là, quel que soit l'angle d'attaque ou la courbe rentrante, on pense revoir l'ancien bâtiment voyageurs de la gare de Thuin-Ouest, qui hélas s'est évanoui, victime du temps et de ses aléas.

Venez donc par la ville basse, en bas du viaduc, le long de la Sambre, dans la rue 't Serstevens. En passant l'Eglise Notre Dame d'el Vaux, scrutez la butte dans l'axe de la voirie. Par-delà le vieux mur devant vous trônait la gare disparue. Il y a un siècle, vous l'auriez peut-être trouvée bruyante, alors qu'on y chargeait, dans des claquements sourds, des poêles dans les wagons garés dans la cour à marchandises. Avancez, allez voir... Mais ne demandez en aucun cas qu'on vous indique la gare, car on vous enverrait gentiment paître à Thuin-Nord!  

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C'est qu'à une époque dont seuls les plus anciens se souviennent désormais, il y avait deux gares à Thuin, sises sur des lignes différentes. Thuin-Nord, sur l'autre rive de la Sambre, devait son appellation cardinale à la Compagnie des chemins de fer du Nord-Belge, qui a exploité la ligne (130a) entre Charleroi et la frontière française jusqu'à la Deuxième guerre mondiale. Cette gare, devenue Thuin par défaut quand Thuin-Ouest a succombé, la dessert aujourd'hui encore; elle vient d'être splendidement rénovée. Comprenez donc que pour aller alors de Thuin-Ouest à Thuin-Nord, mieux valait marcher car le train ne reliait ces gares qu'au prix d'un rebroussement à Lobbes...

ligne 109,thuin-ouest,gare,sncb,trainAdmettons maintenant que vous preniez demain le train de Lobbes à Thuin. Après le pont sur la Sambre, vous devinerez une ouverture entre les arbres sur la droite. Ce sillon timide, que la nature a déjà presque reboisé, était la ligne 109 qui se débranchait là de la 130a. Une ancienne maisonnette du chemin de fer garde d'ailleurs toujours l'endroit, de façon tout à fait civile. Si la simple voie qui menait à Chimay a vu son dernier service voyageurs le 31 mai 1964. le trafic de marchandises a subsisté un temps au départ des cours de Thuin-Ouest, de Thuillies, de Strée. Puis la ligne 109 dans sa moitié sud n'a plus survécu qu'au gré des dessertes de la sucrerie de Donstiennes, avec un train le mardi, le mercredi et le vendredi jusqu'en 1991. La SNCB a déclassé la ligne en cet endroit en février 1993.

ligne 109,thuin-ouest,gare,sncb,trainSi enfin vous avez la chance d'admirer le panorama des terrasses du Château Beauregard, qui évoque le prestige d'antan de la cité thudinienne, vous noterez sans doute en contrebas ces rails bien vivants qui occupent l'ancienne gare de Thuin-Ouest et strient les rues avoisinantes. Ces rails bien chantants mais à écart métrique véhiculent aujourd'hui le rêve et la passion des nostalgiques du vicinal. Ce n'est pas une hérésie, car trains et trams se côtoyaient encore, là en bas, loin des grands centres, il y a soixante ans, avant que tout foute le camp.

Ainsi donc, à Thuin-Ouest, entre trains et trams, l'histoire et les hommes qui la font ont choisi ces derniers. Même si la gare s'est comme évaporée par mauvais vent, on la devine encore, la brique un peu sale. Quel que soit l'angle d'attaque, quelle que soit la courbe rentrante, on la devine encore, qui lâche des voyageurs, de par les remparts, de par les jardins suspendus, à l'assaut du beffroi, il y a trop longtemps...ligne 109,thuin-ouest,gare,sncb,train

[Voir également l'article consacré à l'actuelle gare de Thuin, jadis appelée Thuin-Nord, lors de l'évocation de la ligne 130a: Les fleurs du mal à Thuin.]

20/08/2011

Happé à Bienne-lez-Happart

[Dixième étape d'un périple de 78 kilomètres en 24 articles au sujet de l'ancienne ligne 109 (Mons-Lobbes-Chimay). Partis de Mons, les voyageurs que nous sommes auront marqué l'arrêt à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx et Merbes-Sainte-Marie.]

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ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-HappartNombreux sont ceux qui confondent encore les anciennes gares de Buvrinnes et de Bienne-lez-Happart. L'erreur est à moitié pardonnée au regard de la signalétique environnante. Mais qu'ils se souviennent alors que la plupart des gares égarées ou non, portent encore leur nom, dans un cartouche ou sur le pignon.

Quelque quatre cent mètres après la vieille gare de Merbes-Sainte-Marie sur le RAVeL 109/1 se tient, il est vrai, un panneau annonçant l'entrée dans l'ancienne commune de Buvrinnes. A cet endroit, on voit, de part et d'autre, que la ligne 109 s'étalait en une longue ligne droite partagée entre bois et champs. Est-ce le tracé si droit qui force à penser que la prochaine gare sera nécessairement celle de Buvrinnes? Ou est-ce plutôt le grand panneau planté face à cette gare annonçant toujours qu'elle hébergea pendant un temps "Le Relais de Buvrinnes"?

ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-HappartC'est oublier la plaque posée au-dessus de ce qui fut l'entrée. "Bienne-lez-Happart". Là, voilà, le doute n'est plus permis, même si quelqu'un démontre, vieilles cartes à l'appui, que la gare est bien sise sur le territoire de Buvrinnes. Mais pour saisissant que soit le paradoxe, ce n'est que les prémices d'un mystère bien plus grand encore, enveloppant la bâtisse tel un voile noir et opaque. Soyez avertis: plus longtemps vous resterez, moins vous y verrez clair!

Ainsi donc, nul ne sait vraiment quand le bâtiment voyageurs a été érigé. Dans l'excellent ouvrage qu'il a consacré à l'architecture des gares belges, Hugo De Bot relève qu'un document de 1912 faisait état d'une adjudication toujours en cours pour un bâtiment ferroviaire à Bienne-lez-Happart. Il est donc permis de croire que sa construction soit postérieure à la Grande Guerre.

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ligne 109,gare,train,sncb, Bienne-lez-HappartVoilà de surcroît une gare qui ne ressemble pas à une gare! C'est qu'elle n'épouse ni les lignes ni les volumes d'un édifice du type Etat belge tel qu'observé ailleurs sur la ligne. D'autre part, on semble lui avoir greffé a posteriori un corps et une aile supplémentaires. A l'évidence, elle connut d'autres affectations après sa courte existence au service du rail. En fait, le seul élément évoquant sa vocation ferroviaire passée est le box window au premier niveau, une protubérance vitrée ayant permis au personnel des chemins de fer d'avoir une vue d'ensemble sur les voies et les installations de la gare.

Et dire qu'il s'agissait aussi d'une gare de correspondance! Comme à Fauroeulx, on a peine à y croire tant la nature a repris le dessus. Pourtant, des voyageurs venus d'Estinnes descendaient bien à Bienne-lez-Happart pour grimper dans l'autorail les menant vers les commerces d'Anderlues par la ligne 110 (Piéton/Bienne-lez-Happart), une "autre ligne oubliée" comme la qualifie Henri Scaillet. Il reste encore quelques vestiges intéressants de cette petite ligne de liaison, mais on ne les trouvera que plus loin, en redescendant vers Piéton.

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Si ne vous voilà pas encore happé par l'étrange histoire de l'ancienne gare de Bienne-lez-Happart, passez la porte et entrez, en évitant soigneusement les débris de verre qui jonchent le sol. Le bâtiment, qui a servi d'hébergement pour la jeunesse jusqu'il y a une petite dizaine d'années, se délabre par négligence coupable des autorités. Les planchers pourrissent, les plafonds s'effritent. Les sanitaires sont un cloaque; les rats ont laissé leurs déjections jusque dans les chambres sous le toit, où les miroirs souillés ne reflètent plus que l'abandon.

Mieux vaut sans doute reprendre le RAVeL en laissant la vue se reposer dans la flore sauvage, bercée par le bon vent. Mieux vaut sans doute ne pas se retourner vers la vieille gare de Bienne-lez-Happart, qui ne fut pas gare longtemps mais qui pourrit à présent au milieu des champs, à Bienne ou à Buvrinnes.

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[Illustrations - Photos prises autour et dans l'ancienne gare de Bienne-lez-Happart le 3 juillet et le 6 août 2011.]

01/08/2011

Vers la verte Merbes-Sainte-Marie

[Neuvième d'une série de vingt-quatre articles concernant l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay). La série a commencé à Mons gare latérale et a marqué des haltes là où le train s'arrêtait, c'est-à-dire à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes et Fauroeulx.]

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Un peu moins de six kilomètres séparaient les gares de Fauroeulx et de Merbes-Sainte-Marie, sur la ligne 109, dans un paysage assurément rural qui a peu évolué. On peut même affirmer, à peu de choses près, qu'à cet endroit, la seule altération topographique majeure du siècle dernier a été l'arrêt de l'exploitation ferroviaire en 1962. La nature a depuis repris son dû, débarrassée des tonnes de métal et autres matériaux nécessaires à la circulation des trains.

Comme souligné précédemment, il reste très peu de traces du glorieux passé de l'ancienne gare de Fauroeulx, gare de correpondance entre les lignes 108 (Haine-St-Pierre/Erquelinnes) et 109 (Mons/Chimay), de sa cour à marchandises ou de ses deux postes de block. En reprenant la marche vers le sud, il faut traverser la rue Charles Gantois, jadis barrée par le passage à niveau n°42 marquant la sortie de Fauroeulx. Moins de cent mètres plus loin se trouvait l'aiguillage envoyant le trafic vers Lobbes et Chimay, à gauche, ou vers Erquelinnes, à droite. Aujourd'hui, ce point marque le départ d'un nouveau sentier du Réseau Autonome des Voies Lentes (RAVeL), le 109/1, ayant conservé le numéro de l'ancienne ligne de chemin de fer dont il occupe désormais l'assiette.

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Celui qui connait un peu l'histoire de la ligne sera ainsi frappé par l'ironie de son destin. Car le comble de l'histoire n'est-il pas de voir les cyclistes d'aujourd'hui rallier Merbes par la 109 plus vite que les trains d'autrefois? Pour comprendre, il faut rappeler la vitesse particulièrement faible des trains arpentant la ligne, surtout après 1945, en raison de son exploitation simplifiée. Au moins un des deux passages à niveau situés dans le kilomètre suivant la gare de Fauroeulx devait être franchi à très faible allure, voire même au pas.

Merbes-Ste-Marie_2.JPGLa ligne 109 s'enfonçait ensuite dans le Bois de Pincemaille. S'il ne pédale pas trop vite à travers bois, le cycliste pourra remarquer sur la droite, à environ deux kilomètres de la gare de Fauroeulx, la pile d'un ancien pont sur laquelle s'est affalée une longue ferraille rouillée. Il s'agit là sans doute du dernier vestige du Decauville qui reliait jadis les sablières de Peissant à la ligne 109. Dans le chapitre qu'il concerne à la ligne 109, Henri Scaillet explique que "le Decauville [surplombant] la voie du raccordement, [...] le transvasement des wagonnets de sable [s'effectuait] par simple gravité dans les wagons de la SNCB, placés sur le raccordement qui longeait la voie principale.".

Au fil de la ballade sylvestre si paisible, on oublie un peu l'histoire du rail. Le silence n'est que rarement interrompu par le sifflement sourd des vélos filant vers Merbes ou Fauroeulx. Au bout d'une demi-heure, cependant, le bruit de la circulation automobile, d'abord distant, avertit de l'approche d'un lieu davantage habité. L'artère bruyante est la route provinciale (Nationale 55) reliant Binche à Erquelinnes, que coupe perpendiculairement, non sans danger, le RAVeL 109/1. De l'autre côté de ce carrefour, autrefois passage à niveau, se dresse sans fard l'ancienne gare de Merbes-Sainte-Marie.

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Merbes-Ste-Marie_6.JPGAujourd'hui habitée par un commerçant en mobilier de jardin, la gare semble s'être affaissée un peu. Est-ce là l'effet du lierre grimpant qui l'habille à moitié ou le signe du temps qui court en ignorant l'empreinte trop discrète qu'elle a laissée dans l'histoire du rail? Henri Scaillet nous apprend en tout cas que, dès les années 1950, Merbes-Sainte-Marie n'était plus guère qu'une halte, et non plus une gare, où seule la garde-barrière était toujours en poste, ajoutant à sa fonction première la vente de billets et d'abonnements.

Dans cette région rurale au charme indéniable, si la gare de Merbes-Sainte-Marie parait verte encore, c'est moins une marque de jeunesse qu'une preuve de sa capitulation face aux forces lentes de la nature qui, été après été, au rythme du lierre et de la mousse, la ramènent à la terre un peu plus encore.

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[Illustrations - Photos prises le 3 juillet et le 31 juillet 2011.]

30/06/2011

Fauroeulx et sa gare enchantée

[Huitième évocation de l'ancienne ligne 109 qui reliait jadis, de façon parfois folklorique, Mons à Chimay. Ce parcours en vingt-quatre articles a commencé à Mons gare latérale, avec des haltes à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec et Estinnes.]

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A plus d'un titre, l'histoire de l'ancienne gare de Fauroeulx épouse celle de la ligne 109 qu'elle desservait. Une histoire hachée, parfois joyeuse mais rarement sereine, dans une région tantôt minière, tantôt agricole, où le rail ne connut qu'un éphémère succès. Une histoire peuplée de petites gens au courage sans borne et de petits trains sans ambitions hors norme.

Fauroeulx2.JPGComme souligné précédemment, le premier segment de la ligne 109 ouvert à la circulation ferroviaire fut, en 1868, celui reliant Mons à Bonne-Espérance, d'où les convois pouvaient poursuivre leur parcours vers Haine-St-Pierre via la ligne 108. Relier par le rail les bassins houillers du Borinage et du Centre était en effet, comme son nom l'indiquait, l'objectif premier de la Compagnie du chemin de fer des bassins houillers du Hainaut. Dans une conjoncture financière difficile, la société privée avait entamé la réalisation des tronçons entre Bonne-Espérance et Chimay, mais sans y investir les sommes nécessaires. Si l'Etat racheta, en 1871, la concession et le segment déjà construit, ses propres ennuis financiers et un relatif manque d'intérêt pour ce qui ne serait jamais qu'une ligne secondaire retardèrent l'avancée des travaux ailleurs sur le tracé.

Ce n'est qu'en mars 1882 que fut inaugurée une nouvelle courbe reliant Estinnes à Fauroeulx, devant permettre aux trains de poursuivre leur trajet vers Lobbes et au-delà. Ainsi fut donc formé le triangle de Fauroeulx, dont il ne reste presque plus rien aujourd'hui sinon des sentiers feuillus et un RAVeL assez peu fréquenté. Peu nombreux seraient les passants qui pourraient y reconnaître un ancien maillon important du rail minier belge...

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C'est en suivant le sentier tapissant mollement la branche sud du triangle, donc la courbe de 1882, qu'on arrive, sans que cela saute aux yeux, sur le site de l'ancienne gare de Fauroeulx. Deux allées bitumées parallèles séparées par un petit talus, l'une étant le RAVeL, l'autre une voirie privée, longent, à quelque distance et derrière un rideau arboré, les habitations de la rue Albert Ier. Parmi elles se cache, sans crier... gare, l'ancien bâtiment voyageurs devenu maison unifamiliale. On a peine à croire qu'il y avait ici, en ces lieux si sereins, il y a un demi-siècle, une gare de troisième catégorie avec quatre voies à quai, deux postes de block et une cour à marchandises remplie de bois, de sable, de charbon!

Fauroeulx5.JPGIl y avait ici une vie qu'il n'y a plus, une "gare bon enfant... [où] tout le monde s'entendait et s'appréciait", comme la décrit Henri Scaillet. "Fauroeulx et sa mentalité 'vieux chemin de fer'", où il n'y avait "du chef de gare au chargeur [qu'] une seule consigne: faire marcher la boutique.". Entre deux correspondances, voyageurs et cheminots en pause tuaient le temps au café de la gare, chez le "grand Narcisse", qui leur servait avec chaleur la bière ou le café. Et puis, assez brusquement, en trois ans de temps, au début des années 1960, les lignes 108 et 109 ont cessé d'alimenter la gare, la cour, le café, et tout ce petit monde a disparu, emportant au loin le souvenir de toute une vie ferrée.

Il y avait ici une vie qu'il n'y a plus, une "gare importante au milieu des champs... sur laquelle il y aurait tant à dire.". Mais voilà, il ne reste plus grand monde pour en parler et en laisser une trace, une toute petite trace, pour la postérité. A l'heure des cadences infernales et des flux tendus, à l'heure du TGV et du nouveau chemin de fer, il ne reste à Fauroeulx, au milieu des champs, qu'un timide écho des petits trains sans ambition qui roulaient autrefois du triangle ferré à la gare enchantée.

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[ILLUSTRATIONS - Tout en haut, en grand, une vue de la gare de Fauroeulx du temps de sa splendeur. :: En haut, à droite, voici l'amorce du triangle de Fauroeulx aujourd'hui. Le sentier qui se glisse derrière les arbres à gauche était la courbe nord vers Bonne-Espérance, posée en 1868 et déposée en 1940. Le sentier à droite était la courbe sud vers la gare de Fauroeulx, posée en 1882 et déposée en 1962. :: Au milieu, une vue du fond de la rue Albert Ier à Fauroeulx prise le 1er novembre 2010, dans laquelle on reconnait, sur la droite, malgré quelques transformations architecturales, l'ancienne gare et, plus loin, quelques vestiges de l'ancienne cour à marchandises. :: En bas, à gauche, on reconnaît le RAVeL de la ligne 108 et une voirie privée qui occupent aujourd'hui l'emplacement des voies extérieures (4 et 5?) de l'ancienne gare de Fauroeulx. :: Tout en bas, l'ancienne gare, ici photographiée le 2 mai 2011, est désormais une habitation privée cachée derrière une végétation abondante.]