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31/10/2017

[F] Problème à Combourg

[Ma visite euphorique de la gare de Dol-de-Bretagne était le point d’orgue d’un périple de cinq jours dans le nord de la France, où j’ai combiné, en prenant seize trains, les visites de lignes, de villes et de gares. Pas de parasol ou de mer turquoise cet été ; juste un rail trip en solitaire, sac sur le dos, sans répit, pour le plaisir des yeux et des orteils...] 

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combourg,sncf,gare,trainL’entrée en scène tardive du soleil à Dol m’avait contraint de rajuster le planning de la journée. En débarquant à Combourg, le dilemme était clair : si j’y prenais tout mon temps, je ne verrais rien de l’exposition Bretagne Express à Rennes, dont les portes fermaient à 19 heures. Mais comment demander à une gare inconnue de se révéler en une heure chrono ?

La gare de Combourg (Komborn en breton) est située à 42 kilomètres au nord de Rennes, à mi-chemin entre cette dernière et Saint-Malo, sur une ligne qui n’a été électrifiée qu’en 2005. Elle accueille un quart de million de voyageurs annuels, un chiffre plus que respectable lorsqu’on sait qu’elle dessert une commune de 5800 habitants. Le bourg et le château, que Chateaubriand a rendus célèbres, sont à vingt minutes de marche de la gare.

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combourg,sncf,gare,trainEt donc à Combourg, comme souvent, le problème était le temps. Voilà ce que c’est d’être trop gourmand ! Je n’ai vu ni le bourg, ni le château, mais j’ai mesuré les vastes espaces de part et d’autre de la gare, qui peuvent accueillir des automobiles par centaines. Des emprises généreuses donc, alors même que le bâtiment voyageurs, tel un petit bloc Lego, n’occupe qu’une place très modeste dans son propre domaine.

Ce qui retient l’attention, c’est son accessoire remarquable : cette passerelle au-dessus des deux voies, équipée d’ascenseurs, toute propre, fort sûre, bien respectée. A-t-on jamais vu pareil luxe chez nous dans nos gares de Wallonie ? A Combourg, comme tout est bien en place, il ne m’a fallu que vingt-quatre minutes pour saisir la gare. Admiratif, j’aurais voulu rester, et savourer tant le lieu que le moment.

Mais à Combourg, comme toujours, le problème était le temps. Ce temps que je n’ai jamais vraiment, ce temps qui file et se défile, qui bride la contemplation, que toute l’histoire des chemins de fer de Bretagne, exposée aux Champs Libres à Rennes, ne m’aurait jamais permis de rattraper. Dans ce TER Bretagne qui m’emmenait vers l’instant suivant, en noir et blanc, j’ai fermé les yeux un bon moment, en pensant à Chateaubriand.

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20/09/2017

[F] Un air de cocagne à Dol-de-Bretagne

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sncf,gare,train,dol-de-bretagneJ’ai dû errer un bon moment dans les rues de Dol, au pied de Saint-Samson, et jusque dans le Super U, à maudire les cieux. Où se terrait donc le soleil promis, celui qui devait couronner mon échappée folle, si loin de chez moi, après des heures de train ? Assis sur un banc dans un parc que je ne reverrai jamais, j’ai tenu bon avant que ne jaillissent les premiers rayons.

Dol-de-Bretagne, bourg breton de 5500 âmes vivant dans l’ombre du Mont-Saint-Michel, peut être fière de sa gare abondamment fleurie. Inaugurée en mai 1864 par la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, elle reçoit avec insistance des TER reliant Rennes à Saint-Malo et même, depuis peu, des TGV-Atlantique venus de Paris-Montparnasse. Egalement située sur la ligne Lison-Lamballe, elle accueille par ailleurs, mais moins souvent, des trains venus de Caen et de Dinan.

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sncf,gare,train,dol-de-bretagneJe ne l’avais pas choisie par hasard. Peut-on même parler de choix quand il s’agit d’un coup de foudre, un amour au premier regard, irrémédiable, par la vitre d’un train ? C’était il y a quatre ans, au retour d’un congrès à Saint-Malo. Qu’il me tardait, de mois en mois, de la retrouver, d’y poser le pied et, si elle voulait bien de moi, de la caresser du regard !

J’avais gardé le souvenir, finalement exact, d’une station de corpulence moyenne, assez carrée dans ses formes, aplatie, dégageant une grande sincérité. Celui d’un édifice sans fard, fier de ses couleurs intactes, sans souillures, respirant un air marin. Celui d’une gare parfaite qui s’ignore, à six cents kilomètres de chez moi.

Et donc, quand enfin le soleil a percé, mes jambes ont avalé l’asphalte de l’avenue Aristide Briand. Assis devant elle, je l’ai admirée comme dans mon souvenir, longtemps, sans bouger, le cœur emballé, comme dans un rêve. Le cœur déballé, je lui ai dit mon amour. Et, défiant toute raison, en partant vers Combourg, je lui ai promis qu’un jour, je reviendrai trouver un air de cocagne à Dol-de-Bretagne.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Dol-de-Bretagne, France, le 22 août 2017.]

30/06/2017

Six heures moins une à Piéton

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Il est six heures moins une à Piéton, hier et aujourd’hui, et je regarde la gare se morfondre. Comment endiguer l’hémorragie du temps qui l’amoindrit chaque année un peu plus ? Cette étrange gare de Piéton, pas très loin de chez moi, où je viens depuis longtemps et de plus en plus souvent. Cette gare à l’importance passée qu’on semble avoir oublié, ce nœud ferroviaire très largement défait…

piéton,gare,sncb,train,ligne 112Le guichet et la salle d’attente sont fermés depuis un temps, victimes du rationalisme puis du vandalisme. Le bâtiment voyageurs relativement récent, puisqu’érigé en 1982, abritait également jusqu’il y a peu un poste de signalisation, un mirador à présent déchu, fermé pour cause de modernisme. Et donc, l’édifice, par faute de présence humaine, doit admettre, tel un gruyère, qu’on le perfore à répétition en quête de sa substance…

Il n’y a plus ni voie 1 ni voie 4, signe d’une étonnante décadence. Il y en a bien des restes, des vestiges, mais quel souvenir reste-t-il, sinon dans des mémoires fléchissantes, de leur vie d’avant ? Celle d’une gare tête de multiples lignes, aussi menues fussent-elles, d’une gare aux correspondances aussi locales que variées, d’une gare charbonnière, industrielle et industrieuse, bien centrale. Celle d’une courroie de bifurcation historique…

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piéton,gare,sncb,train,ligne 112Les trains ne stationnent plus guère à Piéton. La plupart filent sans s’arrêter, sans même regarder, vers Charleroi ou La Louvière. Les autres marquent une courte halte puis détalent. De l’autre côté des voies, la sous-station électrique bourdonne absentément, relayant son voltage avec désinvolture. Plus loin, dans les fourrés, se dressent, comme autant de stèles, une douzaine de vieilles armoires électriques, décédées, éviscérées, abandonnées.

Il est six heures moins une à Piéton, aujourd’hui et demain. Je reviens parfois, intimidé mais criant gare, prendre la mesure du déclin et m’inquiéter de son avenir. J’y embarque rarement, car cela n’a plus aucun sens. Je n’y débarque jamais, car il n’y a plus un chat. Seul, sur le quai tiède, je compatis en silence, drogué par cette agonie étrange. Et puis l’amertume fait place au bonheur, si simple et donc si intime, d’avoir connu cette gare un jour encore.

#jesuispieton et je le reste.

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30/10/2016

Buses et boulets à Obaix-Buzet

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Le point d’arrêt d’Obaix-Buzet, entre Nivelles et Luttre sur la ligne 124 (Bruxelles-Charleroi), mérite cet instant d’attention. Concédons d’emblée qu’il n’est pas le champion de l’esthétique : deux longs quais en béton, modernes et relevés, ponctuent à peine une longue ligne droite menant, par-delà le canal, aux vastes emprises du chemin de fer à Luttre-Pont-à-Celles. Froid mais fonctionnel, il permet à tout un lieu à la démographie explosive d’éviter, en semaine seulement, l’usage de la voiture.

ligne 124,obaix-buzet,gare,train,sncbLe quartier de la gare présente un habitat vieilli. Un couloir sous les voies, tagué et mal éclairé, a fait oublier le passage à niveau qui les coupait jadis, à cet endroit, bien perpendiculairement. Du côté est, la petite place qui borde la rue Del Bore rappelle que s’y dressait autrefois un bâtiment des recettes, une gare de l’Etat. A l’ouest, un petit sentier jouxte le quai de la voie 2, puis bifurque et grimpe à travers champ pour rejoindre la rue du Moulin à vent.

Lors de mes passages à la belle saison en 2016, un singulier salon avait été installé, sans doute par de jeunes riverains, dans un abri, voie 2. Je ne me suis jamais assis sur les vieilles chaises qui le composaient; je n’étais pas invité et c’était trop de luxe pour mon entreprise. J’étais venu observer, à Obaix-Buzet, la nouvelle cadence des trains. C’est que, jusqu’il y a peu, l’offre journalière de transport se limitait à une poignée de trains aux heures de pointes matinale et vespérale...

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Assis sur un bloc en béton, deux heures durant, j’ai regardé passer les trains. Un InterCity, puis un autre, ont fendu l’air sans même voir l’arrêt ; ces buses, lancées à 140 à l’heure, semblaient pressées d’arriver à Luttre ou à Nivelles. Puis il y eut, sur chaque voie, le freinage élégant d’une doublette ou triplette de Desiros, chargeant et déchargeant quelques villageois, assurant de curieux InterCity omnibus entre Charleroi et Brussels Airport-Zaventem, tels des boulets cabotant.

J’aurais aimé converser avec l’un ou l’autre navetteur y habitant, histoire de savoir pourquoi certains furent mécontents lorsqu’on passa à la desserte horaire. En parlant, on aurait regardé les InterCity cisailler l’air en se croisant. Dans le singulier salon, on aurait attendu les trains suivants en arrêtant le temps, avec abandon, en appréciant plus que de raison l’alternance entre buses et boulets à Obaix-Buzet…

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29/08/2016

Sous le soleil à Tilff

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tilff,gare,sncb,train,ligne 43La Grande Compagnie du Luxembourg établit, en 1866, à Tilff, une station de chemin de fer. A l'époque déjà, le joli village, comme déposé au pied de l'Ourthe par une main céleste, offrait une villégiature aux notables de la cité liégeoise. On lui affecta donc une gare, garante d'une certaine civilité, alors que l'automobile de masse n'était encore, au mieux, qu'une utopie.

Un siècle et demi plus tard, cette même gare de Tilff, privée de sa marquise mais toujours bien adossée à la roche, conserve plus qu'elle n'entretient, une vocation touristique. En remontant du halage, on remarque vite ces nouveaux touristes un peu formatés, qui tirent de petites valises en débarquant du train. Au moins ils pourront se reposer ici car, sous le soleil, tout baigne vraiment.

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tilff,gare,sncb,train,ligne 43La gare, elle, est désormais habitée. Si voilà qui la tiendra tiède lors des hivers les plus froids, ce n'est rien qui l'animera comme pouvaient le faire jadis le chef de sa gare et sa petite famille. Cette époque-là est révolu puisqu'il faut désormais qu'un lieu soit rentable avant d'être agréable. La vente de billets, l'information aux voyageurs, la sécurité des circulations: aujourd'hui, tout se robotise...

Tout se robotise, sauf le confort du voyageur qui, voie 1 surtout, subira les éléments lorsqu'ils se déchaînent et que le train a du retard. J'ai testé l'affaire sous le soleil, qui était de plomb, en pleine canicule: pas d'ombre l'après-midi, pas de répit, on cuit! Une salle d'attente, un abri à l'ombre, serait dans ce cas-ci un minimum exigible. S'il n'est plus exigé aujourd'hui, à Tilff comme ailleurs, c'est de guerre lasse.

Mais à vrai dire, il serait sot de laisser ces tracas éphémères nous détourner du cadre charmant offert par la gare et ses environs. C'est la porte des vacances, pardi! pour des générations en quête de calme, de sport ou d'air pur. Très vite, sous le soleil, la sonnerie du passage à niveau retentira et un autre train viendra. Avant de repartir, il lâchera sur le quai des mômes, des mamans et des grands-pères au regard pétillant... 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Tilff ou ses environs le 26 août 2016.]