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06/06/2010

(ZA) Muizenberg, une occasion ratée

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Muizenberg2.JPGA l'occasion d'un déplacement professionnel, je me trouvais au Cap, en Afrique du Sud, début février. Comme souvent dans ces cas-là, l'essentiel du mouvement se situe entre hôtels et salles de réunion. L'envie d'explorer s'en trouve brimée, jusqu'à l'embarquement pour le retour aux pénates. Une fois la tête en l'air, tout est rage et regret. N'y avait-il pas une petite heure pour une petite gare?

Cette fois-ci, pourtant, nos agents sur place avaient ménagé dans le programme compact une Muizenberg3.JPGdemi-journée pour moi, avec la visite d'une gare ou deux. Une autorisation préalable avait même été obtenue. Quelle heureuse surprise, quelle joyeuse perspective! Le soleil brillait de mille feux quand nous sommes partis, ce vendredi-là, par-delà la Montagne de la Table, dans la péninsule du Cap.

Mais rien ne s'est déroulé comme prévu. C'est en gare de Muizenberg que mon Nikon, après quatre ans de loyaux et intensifs services, a choisi de rendre l'âme. Comme j'avais laissé le Canon à Muizenberg4.JPGl'hôtel de peur d'une confiscation, j'ai dû emprunter le mini Pentax du collègue. Ensuite, haut lieu ou pas, l'autorisation obtenue n'a impressionné ni le personnel de sécurité, ni la chef de gare. Interdiction de prendre des photos sur les quais!

Si un coup de file au chef de district et quelques menues monnaies ont eu raison de la résistance locale, le coeur n'y était plus. Epié, sans viseur et sans visée, j'ai déclenché plus par réflexe que par goût. La gare était plutôt mignonne et le vieux poste de block pittoresque. Dommage, une autre fois peut-être. Dois-je vous décrire la scène quand un touriste est arrivé, m'a vu photographier le train et a sorti son appareil sous le nez du même vigile mal luné?

Alors, puisque d'ici peu la planète entière vivra au son des stades de l'Afrique du Sud, je vous dis en passant que j'ai aimé cette ville du Cap. N'y régnait-il pas un fol optimisme, à la croisée des peuples et des océans? Il y avait donc bien une petite heure pour une petite gare. Mais, à Muizenberg, ce jour-là, le sort en a voulu autrement. Le coeur n'était pas en gare, il était sur la plage. Une autre fois peut-être, l'année prochaine sans doute.

Muizenberg6.JPG

[Illustrations - Toutes les photos prises le 12 février 2010. De haut en bas: Muizenberg est une station balnéaire dans la banlieue du Cap située sur la courbe est de la péninsule. La gare, inaugurée est d'architecture edwardienne. Vue intérieure de la gare, dans la direction de Simonstown. Un train de banlieue de la MetroRail s'apprête à redémarrer, alors que l'ancien poste de block surplombe toujours les voies. La plage de Muizenberg est célèbre pour ses cabines colorées, certaines affichant un panneau 'No surfing'!]

 

 

29/05/2010

(F) Jeumont et je rentre

[Treizième et dernier article d'un parcours le long de la Sambre, le long de la ligne 130A, avec arrêts à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes, Thuin, Lobbes, Fontaine-Valmont, Labuissière, Solre-sur-Sambre, Erquelinnes Village et Erquelinnes. Mais parfois, les automotrices de la SNCB franchissent la frontière, juste un peu.]

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Jeumont2.JPGIl est étrange, le court parcours qui mène huit trains par jour d'Erquelinnes à Jeumont. Deux kilomètres de voies usées par les lourds convois de frêt, égrénées à faible allure par de rares voyageurs aux billets "Trampoline". Il est étrange, ce no man's land frontalier, macabre dans son silence et son abandon, qui fait hésiter. Deux kilomètres de voies au ballast noirci par le temps, la négligence des uns, l'indifférence des autres.

Un homme à moustache, au képi différent, m'interpelle en gare de Jeumont. Je décline mon objectif, lui ses consignes. Je pointe donc là où je peux, sur la première voie, où la vieille automotrice stationne encore, avant son retour chez nous.Jeumont3.JPG Je rêve d'un uniforme et d'un laisser-passer, dans cette ancienne gare frontière au faisceau rouillé. Je rêve d'une fenêtre sur le passé et d'une visite guidée de la douane et des guichets.

Je m'attarde encore dans la gare et ses alentours. Ce n'est pas l'heure du TER; les lieux sont donc déserts. Depuis 2007, la salle des pas perdus, dans laquelle on ne se perd plus, fait partie d'un centre artistique dédié au numérique. Je m'attarde encore dans la gare, la gorge nouée. Ce n'est pas l'heure du souper, mais il me faut rentrer. Un jour, c'est certain, à Jeumont en transit je viendrai, pour de nouvelles aventures vers le Nord et Calais.

Je m'éloigne, dans un mélange de rires et de larmes. De Charleroi-Sud à Jeumont en train je suis venu, pour vous montrer ce que j'y ai vu.Jeumont4.JPG J'en suis heureux, mais le train n'ira pas plus loin. Alors, c'est le long de la Sambre que je rentrerai, sans laisser-passer ni visite guidée. Il est étrange, ce chemin de fer et d'eau qui mène les hommes de pont en pont, de val en val, de ville en ville, par-delà l'horizon.

Je rentre à la maison en mesurant ce qui a changé le long des rails depuis mon passage. Les hommes bâtissent un hall omnisports à Erquelinnes. Ils rénovent enfin la vieille gare de Labuissière. Ils élaguent à Lobbes. Toujours rien à Thuin, mais ils reposent la voie côté nord dans le tunnel de Leernes. Ils ferraillent les 22 déclassées de la Zone à Marchienne. Je rentre à la maison en longeant les rails, de jour comme de nuit, par-delà l'horizon.

Labuissière5.JPG

[Illustrations - :tout en haut: Vue de la gare côté place, prise le 30 avril 2010. A gauche de l'image, on distingue l'entrée vers les guichets SNCF, qui se situaient jadis dans l'aile désormais garnie d'une superstructure en aluminium et en plexiglas. :en haut, à droite: Vue de l'autre côté de la place, le même jour. La partie de la gare à l'avant-plan accueille la Plateforme des arts et technologies numériques. Détonnante reconversion! :au centre, à gauche: A peine trois minutes après son arrivée en gare de Jeumont, le 30 avril 2010, l'automotrice 753 de la SNCB se prépare déjà à repartir vers Charleroi. :en bas, à droite: Vue latérale de la gare de Jeumont, toujours le 30 avril 2010. Le style de cartouche, dans lequel est inscrit le nom de la gare, est typique de l'architecture des gares de l'ancienne Compagnie du Nord (Français ou Belge). N'y a-t-il pas une soudaine ressemblance avec la face latérale de la gare de Quévy? :tout en bas: en rentrant chez moi, à l'issue de ces treize articles sur la ligne 130A, je constate, le 24 avril 2010, que l'ancienne gare de Labuissière est en travaux, sans doute en vue d'en faire une habitation privée salubre.]

20/05/2010

Le vendredi, à Erquelinnes

[Douzième article d'une série de treize concernant la ligne 130A qu'empruntent de vieilles automotrices en toisant la Sambre, avec arrêts à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes, Thuin, Lobbes, Fontaine-Valmont, Labuissière, Solre-sur-Sambre et Erquelinnes Village.]

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Erquelinnes2.JPGLe vendredi, à Erquelinnes, n'est pas un jour comme les autres. La rue Albert Ier, centre névralgique de la cité, se gonfle d'une centaine d'étals à l'occasion du marché hebdomadaire. On vient parfois de loin pour flâner, chiner et dépenser un peu. La bière et le café coulent à flots; les friteries ne désemplissent pas. On y vient même en train, car il n'y a pas dix pas du quai au marché. A Erquelinnes, le vendredi, la gare s'anime et s'emballe, comme au bon vieux temps.

Les gens d'Erquelinnes, le vendredi, oublient un peu qu'ils sont à la limite, au bout du chemin. C'est qu'ils préfèrent de loin la saveur des légumes du marché à l'amertume des salades du Marché commun, de cette Europe sans frontières qu'on leur a vendu à prix fort. Où commence la France, où s'achève la Belgique? Au milieu du passage à niveau, vous répondra-t-on, un peu las, au Roi du Matelas!Erquelinnes3.JPG

Avec un pied dans chaque pays, je m'engage sur la frontière invisible et contourne la gare. Je rejoins la Sambre, dont l'onde paisible n'a que faire de ces chimères, puis le port de plaisance, où personne ne plaisante à c't' heure. A distance, je longe les rails, ceux qui restent, en sentant sous mes pas l'écho lointain de trains d'antan, ceux venus, sur la 108, de Binche et d'ailleurs.

Le vendredi, à Erquelinnes, la gare s'anime et s'emballe, de sons et d'étoffes. Mais le soir venu, elle broie du noir et replonge en enfer, hantée sans honte par les dealers et les paumés. Erquelinnes4.JPGElle était bien plus heureuse au temps des douaniers et des wagons chargés, au temps des gares frontières, des laminoirs et ateliers. Fière et majestueuse, elle incarnait un monde déjà ancien où les frontières qu'on impose sont celles qui protègent.

Les gens d'Erquelinnes, le lundi, savent qu'ils vivent au Far West, à la frontière, au centre de trafics malsains. Où commence la France, où s'achève la Belgique? Il n'y a de limite qu'en rêve pour les gredins, recherchés dans l'une, libres dans l'autre. Où commence le mal, où s'achève le bien? Au milieu du passage à niveau, peut-être, vous répondra-t-on le jour du marché...

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[Illustrations - :tout en haut: Intérieur de la gare d'Erquelinnes, ici photographié le 30 avril 2010. :en haut, à gauche: Le passage à niveau marquant la frontière entre la Belgique et la France, saisi le 4 janvier 2010. :au centre, à droite: La voie 1 à Erquelinnes, photographiée dans le sens vers la France le 24 décembre 2008. :en bas, à gauche: Vue extérieure de la gare d'Erquelinnes, prise le 24 décembre 2008. :en bas: Une automotrice attend le départ vers Charleroi-Sud le 30 avril 2010 dans l'après-midi.]

27/04/2010

Le vrai visage d'Erquelinnes Village

[Voici déjà le onzième arrêt de notre parcours en treize articles le long de la ligne 130A, le long de la Sambre. Au départ de Charleroi-Sud, nous avons mis pied à terre à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes, Thuin, Lobbes, Fontaine-Valmont, Labuissière et Solre-sur-Sambre. La frontière est en vue!]

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Soyons francs, soyons justes! La poésie est absente des lieux; Erquelinnes Village est un point d'arrêt sans âme. On y prend le train par besoin, parce que c'est près. Et parce qu'il faut bien étudier, travailler et, à l'occasion, papillonner. A Erquelinnes Village, il n'y a point d'arrêt sans but. C'est bingo chaque fois: ça vient et ça monte, ou ça descend et ça s'en va! On ne reste pas à Erquelinnes Village. On dégage.

ErquelinnesVillage3.JPGExaminons le bout des quais, côté Erquelinnes, là où jamais on n'embarque. Le temps y a fait son oeuvre, lentement. La nature y a repris son dû, certainement. C'est l'abandon, comme deux tiges mortes le long des rails. C'est l'anti-gare, là où jamais on ne débarque. Le bout des quais, à Erquelinnes Village, a fait son temps; il est hors d'âge.

Mais voilà l'heure du train. On vient. Deux casquettes et puis deux permanentes. Deux trainings et deux tailleurs du dimanche. Ca vient et ça monte, je vous le disais. L'automotrice repart, laissant à Erquelinnes Village, une moustache et une capuche, qui sortent des quais, le pas pressé. Ca descend et ça s'en va, je vous le disais. C'est comme ça, à Erquelinnes Village: sans objectif, jamais on ne s'engage.

Examinons les abris défraîchis, côté rue, là où souvent on s'assied. Canettes, mégots, vieux papiers: vient-on jamais nettoyer? La paroi, le banc, le béton sont griffonnés à la lame ou au stylo. Tant de mots vulgaires, de noms et de numéros: vient-on jamais s'en inspirer? Les abris défraîchis, à Erquelinnes Village, sentent l'ennui et le manque d'ouvrage.ErquelinnesVillage4.JPG

Mais voilà l'heure du train. On vient. Deux têtes grises et une vieille fille, remplis de café, sur le chemin de la ville. Ca vient et ça monte, je le répète. L'automotrice repart, ayant rendu à Erquelinnes Village, une donzelle et son galant, qui s'éloignent en se bécotant. Ca descend et ça s'en va, ça ne rate jamais. C'est comme ça, à Erquelinnes Village: on presse le pas, on abrège le passage.

Soyons francs, soyons justes! La seule beauté d'Erquelinnes Village est mécanique, celle du temps qui passe, d'une courte séquence qui se répète à l'infini, heure après heure, jusque dans la nuit. Une beauté finie, sans hasard, imparable, sans remède. Ca vient et ça s'en va, hier et demain, ailleurs mais pas ici. C'est ça, le vrai visage d'Erquelinnes Village!

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[Illustrations - En haut: l'automotrice 159 marque l'arrêt à Erquelinnes Village avant de démarrer vers Charleroi en début de soirée le 24 avril 2010. Au centre, à gauche: En préparant cet article, je me suis aperçu que toutes les photos que j'avais prises à Erquelinnes Village en huit ans l'avaient été sous la pluie ou la neige! J'y suis donc retourné en catastrophe. Au centre, à droite: Sous la neige, le point d'arrêt est carrément macabre, comme le suggère cette photo du 4 janvier 2010. En bas: Vue des quais d'Erquelinnes Village, en début de soirée, le 24 avril 2010. L'alignement des habitations, de part et d'autre des quais, rappelle que jadis un passage à niveau permettait aux usagers de la route de relier la rue du 11 novembre à la rue de la Sambre.]

 

 

11/04/2010

Solre-sur-Sambre, voilà huit ans

[Voici le dixième article d'une série de treize concernant la ligne 130A, qui relie Charleroi-Sud à la frontière française. Nous avons évolué le long de la Sambre, avec arrêts à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes, Thuin, Lobbes, Fontaine-Valmont et Labuissière, et une pause technique ici.]

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Solre2.JPGJ'aurais aimé m'asseoir dans la jolie gare de Solre-sur-Sambre et prendre ma plus belle plume. J'aurais aimé vous la décrire sans en rater un angle et conter sans histoire sans fard ni fiel. J'aurais aimé son passé et son présent, sa grâce et son aplomb, son style Nord-Belge si près du Nord français. J'aurais aimé vous dire à quel point je l'aimais, le jour comme la nuit, hier comme aujourd'hui.

Solre3.JPGVoilà déjà huit ans que je reviens, au gré du temps, en gare de Solre-sur-Sambre. Déjà huit ans que je cherche la jolie gare au long nom, son parvis, son pignon. Huit ans que j'interroge les arbres et le vent, au passé comme au présent, sur cette absence. Que j'accuse, à tort ou à raison, la voiture de tous les maux. Que j'en veux aux cieux, aux dieux, pour cette indélicatesse, cette injustice, cette indécence.

Mais je sais, au fond, que je suis arrivé trop tard, en gare de Solre-sur-Sambre. Je sais, pardi, qu'il fallait naître plus tôt pour sauver la gare engloutie. Que j'ai raté la correspondance avec l'époque du rail riant et des gares aux cent printemps. Qu'à Solre, comme à Waulsort, on s'est dit un jour, au fond, que le train arrive toujours trop tard pour les gens pressés.Solre4.JPG

Voilà déjà huit ans que je repars, triste et déçu, de la gare de Solre-sur-Sambre. Déjà huit ans que je noie mon chagrin dans les douves du château. Huit ans que je l'interroge, lui qui sait, sur les errances du temps. Que j'accuse, à tort ou à raison, Saint-Médard, sa nef et son clocher, d'avoir manqué de prévoyance. Que j'en veux à tous ceux qui ont péché par indifférence. 

J'aurais aimé m'asseoir dans la jolie gare de Solre-sur-Sambre et vous dire à quel point je l'aimais, le jour comme la nuit. Mais voilà huit ans déjà que je sais, au fond, que je ne la trouverai jamais. Qu'il fallait naître plus tôt pour la voir fleurir au printemps, pour la sentir vibrer, pour l'aimer tout simplement. Mais je sais aussi, à tort ou à raison, que demain encore, je la chercherai, pour qu'elle m'apparaisse, riante au bout du quai.

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[Illustrations: de haut en bas - De nos jours, la gare de Solre-du-Sambre n'est plus qu'un point d'arrêt non gardé à l'équipement spartiate, saisi ici le 3 avril 2010. :: Le Café de la gare rappelle à sa manière que le quartier de la gare était jadis fort fréquenté, grâce aussi au tramway vicinal qui passait non loin. :: Le magnifique château de Solre-sur-Sambre, datant du XIVème siècle, ne se visite malheureusement pas. :: La cabine du passage à niveau 107, à hauteur de la gare, ici photographiée le 4 janvier 2010. :: Si la jolie gare de style Nord-Belge a disparu, il reste l'ancien entrepôt, dont un mur est encore barré du nom de la gare, ici photographié le 3 avril 2010.]