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05/08/2009

Saint-Cergue (CH), petite gare alpine

Revenons encore un instant sur mes découvertes ferroviaires de l'été 2008. Si j'aurais pu vous proposer un regard sur les gares de Chamonix (F) ou de Saint Gervais-Le Fayet (F°, qui ne manquent pas de charme, je préfère relater ici la magie des petits trains de montagne et plus particulièrement celui qui mène de Nyon, petite ville à portée de Genève, sur le lac Léman, à Saint-Cergue et La Cure, deux localités suisses à proximité de la frontière française. Jusque 1958, il circulait encore jusqu'à Morez, en France.

On embarque dans le Nyon-Saint-Cergue-La Cure (NStCM), qui a circulé jusqu'à Morez, en France, jusqu'en 1958, à partir d'une annexe en sous-terrain à la gare de Nyon. Le matériel roulant, tout de rouge vêtu, se distingue évidemment des convois de grands lignes. C'est que la pente qu'on lui demande de gravir sur une distance relativement courte est si forte (60à certains endroits) que des locomotives classiques n'y parviendraient pas. La voie est métrique et le NStCM ressemble davantage à un gros tram emmitouflé pour les rudes hivers alpins. En ce sens, il me rappelle un peu les trams T de la Green Line à Boston, qui, eux, sont verts et opèrent en milieu urbain et péri-urbain, loin des reliefs.

StCergue1.JPG

Le départ est donné et le NStCM émerge rapidement du sous-terrain pour se faufiler entre les vignes de l'arrière-pays genevois. Après quelques arrêts de banlieue, on quitte la plaine et l'escalade commence, souvent à flanc de colline. Puis, ce jour-là, elle s'interromp, le temps d'une rupture de charge à Genolier, en raison de travaux sur la voie, et deux arrêts couverts par une navette de bus. Avec l'altitude vient l'insolite. Une mère et deux enfants débarqués lors d'un arrêt programmé en contrebas d'une seule habitation! J'exagère un rien, mais voilà un très suisse point d'arrêt! Et ces randonneurs qui longeaient absentément la voie, à dix centimètres d'épaule du train, sans que cela ne semble émouvoir le personnel roulant. Voilà qui donnerait le tournis aux agents d'Infrabel et de B-Security! Mais c'est le paysage que cherche avant tout le regard. Majestueuse flaque dans l'immensité de verdure, le lac Léman respire au loin, là plus bas.StCergue2.JPG

A Saint-Cergue, l'air est pur. La petite gare allie modernité et tradition, et occupe une place de choix, synonyme de son importance, entre les chalets et le clocher. Elle abrite également une remise; une antique automotrice pointe le bout du nez. Mais, pour dire vrai, c'est encore le panorama qui interpelle. Des sentiers de promenades mènent rapidement aux plus beaux points de vue. Dans ce vaste théâtre alpin, Nyon apparait au loin comme une anecdote paysagère. C'est du moins ce que prétendaient, un rien vaniteux, les criquets, stridulant en solo...

Revenu à la gare, j'ai photographié puis attendu le train revenu de La Cure. En redescendant vers Nyon, j'ai mieux encore mesuré l'importance du NStCM dans la vie des habitants de ce coin du Jura. Quoique rouges, ses automotrices prétendent redonner à la verdure alpestre un bonne couche de vert, même quand elle blanche de neige. Mais qui mieux que Christophe (Le monde ferroviaire de Christophe), un confrère du coin, pour vous conter cette tranche de vie et d'histoire?   

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25/07/2009

Bully-Grenay (F), un sombre lieu bien charmant

Je ne quitterai pas la Belgique cet été. Comme j'ai acheté une maison l'été dernier et qu'il me reste à dompter un jardin à la végétation plus que luxuriante, je passerai mes congés à domicile, en prenant soin toutefois de m'évader un jour ou cinq. Je me vois bien aller à Spa, à Virton, à Lier. A Tilff, à Paliseul, à Amay aussi...

Mais que cela ne m'empêche de vous parler de mes vacances de l'année dernière. Mes étranges vacances, à suivre des fans de Céline Dion la pourchassant d'Arras à Genève. Heureusement qu'il y avait des gares! N'ayant effectué aucune recherche préalable, je ne savais exactement laquelle choisir, au départ d'Arras, pour assouvir ma passion d'ambiances ferroviaires. Avec seulement une poignée d'heures à disposition, j'espérais taper juste et éviter les points d'arrêt les plus quelconques. D'autant plus que de gros nuages noirs plombaient l'horizon.

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C'est ainsi que je me suis retrouvé à Bully-Grenay, une ancienne cité minière située entre Lens et Béthune, en plein pays ch'ti. Mais Bully-Grenay n'est que le nom de la gare, qui chevauche les tBully2.JPGerritoires de Bully et de Grenay. Ou plutôt de Bully-les-Mines et de Grenay - soyons précis, car l'histoire de l'appellation des lieux fut pour le moins tumultueuse, comme nous le renseigne le site Histoires de Ch'tis - La vie au pays des mines.

Pendant près de trois heures, j'ai marché dans Grenay et dans Bully, empruntant la passerelle surplombant les voies pour passer de l'une à l'autre. Des terrils derrière Grenay plantent le décor; nous sommes dans le pays noir du Pas-de-Calais. Ici aussi, l'économie semble ne jamais s'être relevée après la fermeture des mines. Des cités sans âme ont remplacé les vieux corons. Les gens vivent de petits bonheurs. Le temps a terni les façades des petits commerces. On passe le temps en rêvant de nouveaux achats, plus grands et plus beaux, dans les quelques grandes surfaces en bordure de ville.

La gare est coquette et, à quelques détails près, a traversé les âges sans perdre de son âme ou de son identité. Debout sous un arbre face à la gare, j'ai laissé passer une grosse averse. En laissant la pluie me glacer un peu, je me suis imaginé les hordes de mineurs débarquant du train un matin gris de l'entre-deux-guerres. Déjà fatigués, souillés, désabusés mais tellement courageux.

Bully3.JPGCe n'est que récemment que j'ai appris que des convois de produits chimiques reliaient chaque semaine la ville de Tessenderlo, dans notre Limbourg belge, et Bully-Grenay. De fait, ce 7 juillet 2008, quelques wagons-citernes et une vieille loco diesel de manoeuvre reposaient dans le faisceau du côté de Grenay. Mais les seuls mouvements auxquels j'ai eu droit concernaient de tristes TER à double étage doublement vétustes.

Peu importe. Quand j'ai repris le chemin d'Arras, je me suis dit que ce micro-séjour de trois heures, sous la pluie, en des lieux bien sombres mais chargés de tant d'histoire, m'avait fait le plus grand bien. De bien étranges vacances m'amenant, par un bien curieux hasard, dans de sombres lieux bien charmants! 

04/07/2009

A Philippeville, sans apéro

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J'aime la légèreté de juin. Pour peu que le soleil soit de la partie, c'est tout un été de plaisirs qui s'annonce. L'année scolaire s'achève, les mamans lèvent le pied, les manches se font plus courtes et colorées, on parle moins de foot et, solstice n'étant pas supplice, les barbecues crépitent et les hommes trinquent jusque tard. Plus près du sol, fleurs et feuillages s'étendent et se pavanent: les monts et vaux ainsi verdis invitent à des moites rêveries. Ravissantes et radieuses, les vieilles gares ronronnent d'aise au soleil couchant. La nuit sera courte et on remettra ça demain!

Philippeville2.JPGJuin dessèche aussi. Au loin, un clocher échaudé sonne distraitement l'heure du bain et de l'apéro. Mais pas de pastis ou de rosé pour moi ce soir-là. Située au sud-ouest de la ville, la gare de Philippeville ne figure pas à proximité immédiate des terrasses et des commerces. Excentrée et un peu excentrique, elle présente trois partciluarités qui font son charme. D'abord, c'est une des rares gares, peut-être même bien la seule, à avoir changé de ligne au cours de son histoire. Balisant aujourd'hui la ligne 132 (Charleroi-Mariembourg), elle était située sur la ligne 136B jusqu'à sa fermeture en 1962. La construction des barrages de l'Eau d'Heure, en 1970, rendit nécessaire une déviation du tracé existant de la ligne 132 de sorte que la gare de Philippeville, après huit années de fermeture, reprit le service voyageurs.

Autre curiosité, les autorails de la série 41, qui bourdonnent au-dessus des rails, s'arrêtent en des zones différentes, séparées d'une grosse centaine de mètres le long de l'unique quai, selon qu'ils descendent vers Charleroi ou remontent vers Couvin. A cet endroit, la ligne 132 est à voie unique, mais la gare dispose d'une voie d'évitement, peu utilisée. Enfin, la petite salle d'attente joyeusement peinturlurée occupe une annexe en briques collée au bâtiment, lequel abrite également une habitation privée.Philippeville3.JPG

Pas d'apéro donc. Mais qu'à cela ne tienne! Ce soir-là était tiède et l'herbe chantante. J'avais arrêté le temps avant que lui ne m'arrête. Seul sur le quai déserté, j'attendais un impossible départ vers Florennes-Central. Douce euphorie, folle utopie, moite rêverie que cette passion d'un passé pas si lointain, que je n'ai pas connu mais déjà tant regretté!

(Photos prises à Philippeville le 13 juin 2009)

20/06/2009

Holleken - parfois, parfois pas

Holleken2.JPGPour ceux qui ne connaissent pas la ligne 124 (Bruxelles-Charleroi), le point d'arrêt d'Holleken n'évoque sans doute pas grand-chose. A raison d'ailleurs, car il n'est en rien remarquable! Mais voilà. Je me suis donné pour mission de baliser tout le réseau, en veillant tout particulièrement à ces endroits évasés qui le bornent et le ponctuent, où s'arrêtent les trains parfois, parfois pas. Comme je ne sais pas toujours où je vais, je m'en remets aux éléments. Qu'il pleuve, qu'il vente, j'arpente et contemple ces longs quais de terre ou de pierre, à la recherche d'une ombre, d'une onde, d'un parfum.

Holleken donc. Hameau situé entre Linkebeek et Rhode St. Genèse, mais dépendant de la première, dans cette étroite bande de Flandre séparant le sud de Bruxelles de la Wallonie, Holleken a tous les charmes d'une banlieue aux accents champêtres. Seuls deux longs quais en brique pilée et quelques cahutes bétonnées servant d'abris aux voyageurs rappellent l'arrêt de rares trains L. Point d'arrêt donc, mais point de bâtiment. Tant pis! Un soleil radieux invite à des compositions d'images dont les couleurs vives donneront le tournis aux formes et aux reliefs. Je suis seul sur les quais. Tant mieux! L'été m'abreuve d'une d'une brise tiède et tendre, vapeur fertile pour mes sens apaisés.Holleken1.JPG

Mais déjà je me demande ce qu'il adviendra de cette banlieue boisée lorsqu'arriveront les pelleteuses du RER. Quatre voies et deux quais bétonnés à n'en pas douter. PLus froid, moins vert peut-être. Et, avec le temps, de nouveaux quartiers peuplés de francophones Flamands...

Holleken3.JPG(Photos prises à Holleken le 6 juillet 2008)

16/05/2009

Un Vendredi saint à Beauraing

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J'étais à Beauraing ce Vendredi saint, et il me tardait de la voir. Elle? Oh, la ville bien entendu. Combien de nos aïeux ne s'y sont attardés, le coeur gonflé et l'estomac un peu creux? Ici, le terroir wallon se fait pieux. Il y a même de la chrétienté dans les brumes du matin. On peut y revivre sa Passion.

Aux carrefours, les panneaux de signalisation interpellent. Ils vous envoient à Wancennes ou, si la ville vous manque, vous mènent à Mons. Mais c'est loin. L'autoroute, c'est loin aussi. Et Wancennes, c'est dans les champs, par-delà une colline.

Quand on n'a que trois heures sur place, la gare et les champs, c'est déjà pas trop mal. Du fer et de l'air, en somme, ou des trains et du... purin. Rendons grâce à Dieu pour les merveilles de la création et pour le cycle des saisons! Sur le chemin de Wancennes, le printemps illuminait les champs. De premiers bourdons griffaient de tendres bourgeons.Beauraing2.jpg

Et la gare? Paisible et prospère, mais pudique. Le soleil de midi obligeait au contre-jour, ce qui n'arrangeait qu'elle et les rares voyageurs vers Dinant. J'aimerais la revoir au lever du jour, quand les premiers rayons la portent au cieux telle l'offrande d'une âme exaltée.

Ebloui, je pose mon objectif dans la profondeur des quais décentrés. Je bourre mes prises d'instruments de voie, bornes et signaux. Et je rêve déjà d'un prochain pélerinage à Gedinne ou à Graide...Beauraing3.jpg

 

(Ici l'autorail 4163, assurant le train L 6062 à destination de Libramont, attend le départ à Beauraing.)