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24/05/2015

Le dernier printemps de Hansbeke

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hansbeke,gare,train,sncb,nmbs,stationIl y a toujours un dernier printemps, un ultime regard pour la nature en éveil, avant que ne s'abatte la grande faux. Même si d'aucunes défient le temps, les gares n'échappent guère à ce funeste destin. A Hansbeke, entre Gent et Brugge, la mise à quatre voies de la ligne 50A entraînera tout bientôt la démolition d'un bâtiment ferroviaire remarquable, tant par son esthétisme que par sa valeur patrimoniale.

Alors, au prix de quatre trains, je me suis rendu un dimanche matin au chevet de cette belle inconnue. Comme ailleurs dans les Flandres, la première gare installée par l'Etat à Hansbeke ne survécut pas aux destructions de la guerre 14-18. La bâtisse qui nous occupe, depuis longtemps délaissée par Infrabel et la SNCB, date de 1923 et de l'époque où l'Etat réimplanta des gares type là où il le fallait.

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L'architecte de l'Etat décida alors que, pour son premier printemps, la gare de Hansbeke serait l'une des trois dont la robe porterait des bandeaux horizontaux de briques jaunes. Voilà qui la distinguait de nombre de ses semblables aux toitures à pans coupés. Sans vouloir paraître conservateur à outrance, sa démolition prochaine était-elle réellement inévitable?

hansbeke,gare,train,sncb,nmbs,stationDans cette Flandre plate où tout semble décidément à sa place, la nostalgie se distille à doses homéopathiques. Un document d'Infrabel à l'écriture léchée évoque la nécessité de fournir une infrastructure en phase avec les besoins contemporains pour justifier la disparition de l'ancienne gare. Peu sont ceux qui paraissent s'en émouvoir: le tourisme côtier et le port de Zeebrugge ne sont-ils pas des arguments assez convaincants?

Au chevet de la gare de Hansbeke, sous une pluie d'avril, je l'ai immortalisée. C'était un devoir de mémoire, dicté par un sentiment d'injustice. C'était un impératif, le moins que je puisse faire vraiment. En longeant les voies à distance jusqu'à Landegem, j'ai salué pour la forme les tulipes, celles du dernier printemps de Hansbeke.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Hansbeke le 26 avril 2015.]

13/03/2015

Réductions à Walcourt

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walcourt,sncb,gare,train,ligne 132Je ne passe à Walcourt qu'épisodiquement, trop par à-coups à mon goût. Si mon regard n'en garde que trop peu de pixels, j'ai trouvé la recette de l'histoire. Je me souviens de la première impression, il y ahuit ans, celle d'un bourg fleuri sous la pluie, catholique comme sa basilique, silencieux sous ses croix. D'une gare sans caténaire, blanche mais si pâle sous un ciel de plomb.

En marchant avec le temps, j'ai ajouté à cette première réduction un peu de liant. J'ai cerné la gare comme il le faut, le jour et la nuit, en explorant ses emprises. Bouillonnant déjà, je me la suis décrite comme elle était jadis, à la belle époque, celle de la remise et des réserves de charbon, des vapeurs haletantes et des petits trains revenus de Fraire Humide ou Silenrieux.

La gare est une des plus vieilles du Royaume (1848). Une gloire du Grand Central aux volumes basiques, aux contours austères. Une place forte de l'Entre-Sambre-et-Meuse autrefois richement ferré, jamais électrifié. Une gare bercée par l'Eau d'Yves et ses remous qui lui donnent une patine sous un soleil naissant, un peu de crème dans le mélange. 

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walcourt,sncb,gare,train,ligne 132Debout au passage à niveau, accroupi sur le pont, j'ai observé l'échappée des petits autorails sur la voie unique vers Yves-Gomezée. Agenouillé sur le quai, assis par terre au pied du vieux fourgon, j'ai noté qu'ils étaient moins nombreux. C'est un effet pervers du nouveau plan de transport, une réduction mal maîtrisée de l'offre, une erreur historique pour les voyageurs attristés.

Tel un condamné en fin de permission, je suis monté dans l'autorail vers Jamioulx. Mais il m'a semblé, le soir tombé, que la gare brillait à nouveau, blanche pétant sous le feu des lampadaires. Fort de ces impressions, je suis reparti ébloui par la promesse d'un retour à Walcourt où, fouetté par le temps, je pourrai me faire de son histoire une sauce goûteuse et bien lisse. 

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28/02/2015

Bien mal à Bomal

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sncb,gare,train,bomal,ligne 43Ce n'était pas la première fois que je descendais à Bomal, et ce n'était pas non plus la dernière. Le hic, c'est que mes passages y sont toujours éphémères, soit parce qu'on m'emmène ailleurs, soit par la faute des éléments. Et donc ce lieu villageois et de villégiature m'échappe et me confond. Comme je ne contrôle ni la famille ni les éphémérides, je m'énerve vite à Bomal.

Sottement, ce jour-là, j'ai espéré que le brouillard occulterait mon impuissance à faire des silences de Bomal un air chantant. J'ai espéré naïvement que la neige des jours derniers aurait tenu, pour rendre un peu de matière aux troncs tristes balisant les torrents. Mais ni la brume ni la neige n'avaient encore prise, renvoyant l'image d'une localité désolée.

J'ai espéré que l'écume de l'Ourthe ou d'une Chouffe me retiendrait cette fois, mais j'avais déjà trop froid. De rares touristes flamands flânaient ou ronronnaient autour d'un chocolat chaud au Café Carré. Je n'ai trouvé, à l'évidence, aucun vieux combattant qui tienne à ma parler du village ou de ses gens, de leur histoire ou de leurs tourments. Bref, personne pour me parler de Bomal en bien.

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sncb,gare,train,bomal,ligne 43J'ai espéré, en repartant vers la gare moins d'une heure plus tard, qu'elle suffirait à me consoler. Après tout, elle parait marrante, elle qui fait penser à un gros bloc Lego posé, un peu négligemment, au milieu du paysage. Une gare à trois voies, en pierre, au sang froid, avec un guichet et des agents qui, vus de loin, vêtus de jaune, ressemblent à des Playmobil.

Mais c'était en vain. La gare, beaucoup trop jeune, ne m'a été d'aucun secours. Avec l'énergie du désespoir, je l'ai photographiée encore, en priant pour que mes clichés me forcent à revenir bien vite pour conjurer le sort. Histoire de me prouver qu'être bien mal à Bomal n'est pas une fatalité, et que viendra bien le jour calme et ensoleillé où nous serons enfin en phase.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Bomal le 11 août 2012, le 12 août 2012 et le 30 décembre 2014] 

26/01/2015

L'échafaud d'Engis

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sncb,gare,engis,ligne 125,trainLe vent d'ouest qui balayait la Meuse était chargé, comme souvent à Engis sous un ciel bas. Il y a, du pont surplombant les flots déterminés, un plaisir visuel assuré quand les vapeurs de Prayon disputent aux nuages l'horizon. Vivifié, comblé, j'ai remonté le cours un temps pour mieux contourner la gare, dont on a une vue plongeante, là-haut, quand on flanque la roche.

A Engis, entre Flémalle et Huy, on prend tout son temps pour transformer l'ancien bâtiment des recettes en maison de quartier. Les échafaudages s'éternisent; le chantier a pris un retard considérable. Et on n'est pas près de revoir le long des rails un édifice qui les honore. Trois ans de retard: derrière le grillage, derrière la ferraille, chercherait-on à trop bien faire?

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sncb,gare,engis,ligne 125,trainTant pis. Il doit y avoir une raison aux retards; les voyageurs le savent bien. Avec indulgence, on soutiendra même que l'échafaud lui sied. Mieux vaut le gros appareillage que de grosses caries, n'est-ce pas? Et puis la gare retrouvera, tôt ou tard, un habitant qui, on l'espère, aura l'âme d'un chef de gare...

C'est qu'en humant cet air humide, en revenant vers la gare appareillée, on voit comment, d'ouest en est, le fleuve et le rail ont creusé un double sillon pour le voyage et l'industrie. Par-delà les toits des quartiers ouvriers, on comprend que tout était lié: les hommes et la pierre, les bateaux et les trains, les cheminées et les chimères. Et donc, à en croire l'échafaud, les retards de la gare ne sont dus qu'à sa mue profonde, froide, calculée.

En traversant le passage sous les voies, désormais richement graffé de superhéros, j'ai relevé les anachronismes. Et je me suis demandé, l'air aidant, si les embruns d'Engis n'endormaient pas les gens. Si à force de charrier les tourments des générations d'ouest en est, la Meuse ne cherchait plus qu'à embrumer les volontés, dont celle de rendre aux rails d'Engis une gare rassurée...

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[ILLUSTRATIONS - Les deux photos en haut de page ont été prises en gare d'Engis le 30 décembre 2014. Les trois suivantes ont été prises le 29 décembre 2013. Le bâtiment sera-t-il achevé si je retourne le 31 décembre 2015?] 

23/11/2014

Croisements à Baulers

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ligne 124,sncb,gare,train,baulers,ligne 141L'ancienne gare de Baulers poursuit son agonie vingt ans après l'arrêt du dernier train. Elle demeure le long des rails, impuissante devant le passage insistant des convois quittant Nivelles pour Bruxelles, ou se destinant à Charleroi. Ils ne la frôlent même pas. Lents mais déterminés, ils la saluent de loin, ignorants de son prestige et des croisements d'autrefois.

Autrefois donc, croisait ici la ligne 141 qui reliait Court-Saint-Etienne à Manage, une ligne regrettée. Les gens d'Arquennes remontaient vers Baulers pour se rendre à la capitale... Et les locomotives blinquantes de La Brugeoise et Nivelles s'en allaient rejoindre leurs consœurs dans un rodage émouvant aiguillé par Baulers... 

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Baulers, commune agricole, distribuait les trains vers Nivelles et ses deux gares. L'ancien block 10, démoli en 2012, rappelait par sa seule stature l'importance ferroviaire du lieu. Il veillait à sa façon sur les voyages de Genappe à Seneffe par Nivelles-Nord, de Braine-l'Alleud à Luttre par Nivelles-Est. Dans l'ancien bâtiment des recettes, aujourd'hui, les seules impressions sont artisanales.

ligne 124,sncb,gare,train,baulers,ligne 141A Baulers, en fait, les seules impressions sur les rails sont celles d'engins trop modernes, trop lisses. Sous les voies, dans le couloir désormais hanté, coule un filet d'eau noire. On n'y croise plus guère qu'une âme apeurée, éloignée de tout clocher, et la mort qui rôde. Alors, sauvons-nous encore le long des vieux ateliers, vers l'est et ses rails regrettés, humer l'air des champs.

Et revenons à Baulers et sa gare dépassée, avec l'espoir d'un renouveau. Non loin s'est ouvert un chantier démesuré, où l'on bâtit des villas à tours de bras. Il y aura de quoi alimenter le RER, ici, s'il arrive jamais. Et relier à nouveau Nivelles à Ottignies par le rail? Et assister un jour, sur le quai fraîchement repavé, à de nouveaux échanges de voyageurs, en croisement à Baulers?

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Baulers le 20 août 2012 et le 30 octobre 2014, sauf évidemment la grande photo au centre qui a été prise le 17 février 2007, alors que l'imposant block 10 dominait encore les lieux...]