Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

18/04/2011

[ZA] Couchette avec vue sur mer à Mossel Bay

[Avant de repartir le long de l'ancienne ligne 109, d'Estinnes à Thuin-Ouest, que diriez-vous d'un peu d'évasion, à six mille milles d'ici, au pays des protéas et des grues de paradis...?]

MosselBay1.JPG

MosselBay3.JPGSi la routine vous tue à petit feu, si la vie vous ennuie, prenez quelques vêtements et partez, sac sur le dos, loin des lieux communs. Si vos épargnes sont bonnes, si la distance vous convient, promenez votre nez dans les terres australes, aux saisons inversées, et respirez bien fort. En Afrique du Sud, par exemple, un pays que vous aimerez, sans risque de me tromper.

Si vous pouvez faire avec quelques règles de sécurité, et sans les (ré-)animations des clubs de vacances, vous trouverez là-bas des hôtels de grand confort, qu'ils alignent les étoiles ou non. Certains sont plus insolites, mais comme la vie vous ennuie, jouez-la bohême cette fois. A Mossel Bay, par exemple, réservez au Santos Express et dormez, en deuxième classe, avec vue sur mer.

MosselBay2.JPG

La douche et la toilette sont au fond du couloir, et l'espace privé sera limité à votre compartiment, soit deux couchettes et une tablette. Mais les oreillers peuvent convenir et la vue, au réveil, est presque imbattable. Perché sur les rails, face à l'Océan indien, dites-moi, avant le café, s'il est de plus bel endroit. Dites-moi aussi, après quelques jours, quels sont au juste vos tracas.

MosselBay5.JPGEn cherchant plus loin, du côté du port, vous trouverez, entre deux palmiers, la gare un peu désolée. Vous n'arriverez pas à quai, car la volilà barrée de toutes parts. Même les rails sont biffés, c'est dire! Quant à savoir pourquoi, il vous faudra chercher plus loin, passé l'ancien dépôt d'Hartenbos, beaucoup plus loin. Alors, vu le soleil tenace, lâchez prise et prenez place en terrasse, au Santos Express.

Restez le temps qu'il faut, loin des roquets et des coups de klaxon. Restez loin de tout, à dorer le long des rails, à renaître de vos cendres. Respirez bien fort ou tout doucement, avant le café ou après, sur votre couchette de deuxième classe, et dites-moi comment la vie changera, en cet endroit, le nez en l'air, avec vue sur mer...

MosselBay4.JPG

[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Mossel Bay (Mosselbaai), en Afrique du Sud, le 27 mars 2011. Les trois photos du haut ont été prises au Santos Express, un hôtel installé dans des anciennes voitures voyageurs garées le long de la plage. Les deux dernières montrent la gare de Mossel Bay, délaissée depuis près d'un an, à l'avenir incertain. Nous comprendrons peut-être pourquoi dans un article suivant...]

31/12/2010

De Mons à Chimay, par la ligne 109

[Ceci est le premier d'une série de vingt-quatre articles concernant l'ancienne ligne 109, qui seront publiés jusqu'en octobre 2012. Il s'agit d'un parcours longue-distance, taillé sur mesure pour l'amoureux de la nature. Le lecteur devra me pardonner si, de temps à autres, au gré des voyages ou des rencontres, j'interromps la série pour poser le regard ailleurs...]

ligne109_1.JPG

L'année 2012 marquera le cinquantième anniversaire de la fermeture au trafic voyageurs de la ligne 109, qui menait, par petits monts et petits vaux, de Mons à Chimay. Je vous propose de refaire le voyage le long des rails, ou de ce qu'il en reste, près d'un demi-siècle plus tard. Nous nous arrêterons partout, dans chaque gare, et parfois entre. Nous comprendrons peut-être pourquoi la page du rail a été tournée, il y a si longtemps, dans ces régions reculées. ligne109_3.JPG

Cinquante ans, c'est long. Certains lieux ont muté. Les voitures se sont multipliées, les voiries aussi. Cà et là, des villas neuves se sont érigées face aux fermes ancestrales. Les gens ont délaissé les bistrots du coin pour se réfugier devant leurs écrans, allumés à toute heure ou presque. Les gares de la ligne 109, là où elles ont survécu, se sont transformées en habitations privées.

Ceci n'est pas une histoire de la ligne, que j'aimerais écrire un jour si le temps le permet. Il s'agit plutôt d'une évocation contemporaine des villages traversés, dans le texte et par l'image. D'un rail-movie sans autre prétention que d'arriver au bout. Il s'agit d'une quête à ciel ouvert, d'un chantier entamé mais jamais fini, d'une éprouvette fumante dans laquelle coexistent la thèse et l'antithèse.

ligne109_2.JPG

ligne109_4.JPGPour donner corps à ce long récit, je ferai référence à certains ouvrages traitant, de près ou de loin, du passé de la ligne. Le plus pertinent est sans doute le témoignage d'Henri Scaillet, un ancien machiniste du dépôt d'Haine-Saint-Pierre, consigné dans l'annexe III de son livre "J'ai conduit les autorails" (1999), publié par le GTF (1). L'annexe a pour intitulé "La ligne 109 Mons-Chimay, la mal aimée: un modèle de ligne à exploitation simplifiée desservie par autorails".

Alors, pourquoi la "mal aimée"? D'après Henri Scaillet, la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) avait abandonné, dès les lendemains de la Deuxième guerre mondiale, toute ambition à l'égard de la ligne 109. L'introduction, en 1952, d'autorails diesel modernes en remplacement des rames tractées par locomotives à vapeur réduisit le temps de parcours, mais il fallait encore au moins deux heures pour relier Mons à Chimay. Deux heures pour 79 kilomètres de ligne au profil certes ingrat, mais à l'équipement plus que sommaire.

Aurait-il pu en être autrement? Quel serait l'attrait actuel d'une ligne Mons-Chimay? Devinons les réponses en parcourant ensemble la ligne 109, presque cinquante ans après le dernier parcours d'Henri Scaillet.

ligne109_5.JPG

(1) Le GTF est le Groupement belge pour la promotion et l'exploitation touristique du transport ferroviaire. Les références complètes des ouvrages cités dans les articles concernant la ligne 109 figureront à la fin du dernier article.

[Illustrations - :tout en haut: La ligne 109 partait de la gare de Mons, dont on voit ici la voie 1, photographiée le 16 septembre 2007. :en haut, à droite: La ligne 109, du moins dans sa partie méridionale, est devenue ces deux dernières années un sentier RAVeL. :au centre: Des 79 kilomètres de voie, il ne subsiste qu'un tronçon de moins de dix kilomètres entre Mons et Harmignies, dont on distingue la gare, ici photographiée le 28 novembre 2010. :en bas, à gauche: En revanche, le tronçon de voie qui subsistait entre Thuin-Ouest et Biesme-sous-Thuin, ici photographié le 31 mai 2009, a été déferré il y a un an. Il a fait place... à une autre voie ferrée! Nous verrons laquelle. :tout en bas: La ligne 109 aboutissait en gare de Chimay, désormais réaffectée, comme le montre cette photo du 11 novembre 2009.]

20/09/2010

Le rail en fête à Erquelinnes

Rail_en_Fête_1.JPG

Rail_en_Fête_2.JPGCes 18 et 19 septembre, le Syndicat d'initiative et l'Administration communale d'Erquelinnes avaient mis sur pied "un voyage aux portes des souvenirs et aux grilles de la modernité". C'était là une occasion unique de mettre en valeur la riche histoire du chemin de fer dans la cité frontalière et à Jeumont, sa voisine et jumelle française. La voie 1, habituel point de départ des automotrices vers Charleroi, sur la ligne 130A, accueillait un cortège de véhicules anciens et nouveaux dépêchés par la SNCB et le PFT.

Dans l'ancienne halle à marchandises, les visiteurs s'arrêtaient devant des panneaux et plans retraçant l'évolution de la gare à travers les ans. Plus loin, ils pouvaient admirer une collection de képis anciens et de galons révélateurs des niveaux de hiérarchie des agents du rail d'autrefois. Leur attention se portait aussi sur la batterie de lanternes et d'éclairages anciens et sur l'outillage utilisé jadis par les agents de la voie, notamment une boulonneuse à moteur thermique qui impressionne toujours autant.

Rail_en_Fête_3.JPG

Mais la vedette incontestée de ces deux journées de fête, c'était bien la locmotive à vapeur 64.169 du PFT. Sous la marquise, à la voie 1, de nombreuses familles de la commune ou d'ailleurs attendaient leur tour pour visiter la cabine. Difficile de dire qui, du bambin émerveillé ou du grand-père aux yeux embués, était le plus ému! Petit à petit, les voyageurs s'installaient dans les antiques voitures de première classe, au confort inégalé, en changeant de places cinq fois pour être certains d'en garder un souvenir éternel.

Rail_en_Fête_4.JPGDiesel en tête, vapeur en queue, le départ était donné. A Solre-sur-Sambre, à Fontaine Valmont, les bonnes gens étaient sur le chemin ou au fond du jardin pour voir passer le vieux train. Il semblait même que certaines, mues par un impératif nostalgique, étaient présentes à chaque passage! Ainsi donc, le long des rails à Labuissière, un vieil habitant racontait aux dames du coin qu'au luxe bien rustique d'un trajet assis, il préférait le plaisir des vibrations du quai lors des folles traversées à toute vapeur.

Dans le convoi d'un autre âge, le contrôleur, vêtu d'un uniforme des années 1950, partageait la joie et l'enthousiasme des voyageurs aux tenues bien modernes. Avant le rebroussement à Lobbes, il soulignait la ponctualité de la 6077, notant que, décidément, il n'y avait rien de plus fiable que la matériel d'antan. Et de fait, lors du retour à Erquelinnes, la vieille 64 tenait son horaire, en saluant, à grands coups de sifflet, toutes celles et ceux venus l'acclamer une fois encore.


Rail_en_Fête_5.JPG

Rail_en_Fête_6.JPG[Illustrations, de bas en haut - L'affiche de l'événement "Le Rail en Fête" les 18 et 19 septembre 2010 à Erquelinnes. Panneaux retraçant l'histoire de la gare et vitrines abritant une collection de képis. La 6077 tractait la rame au départ d'Erquelinnes en destination de Lobbes. Passage en gare de Labuissière du train désormais tracté par la 64.169. Le convoi stationne quelques instants à Lobbes avant de redémarrer vers Erquelinnes. Le train redémarre de Lobbes sous l'oeil bienveillant de la Collégiale Saint-Ursmer. Le contrôleur a donné le départ; la rame s'ébranle.]

[Voir également les articles sur ce blog concernant les gares d'Erquelinnes et Jeumont.]

Rail_en_Fête_7.JPG

 

04/09/2010

Met de trein

Metdetrein2.JPG

Metdetrein1.JPGJusqu'au 12 septembre se tient au Lamot, à Malines, l'exposition Met de trein, qui figure au programme officiel des "festivités" organisées à l'occasion du 175ème anniversaire du train en Belgique. Si elle n'a, malheureusement, reçu que peu d'échos dans la partie francophone du pays, c'est sans doute en raison de son caractère unilingue flamand. Ce n'est pas ça qui est dommage. C'est plutôt, dans ce pays, le repli sur soi, le refus d'aller vers l'autre, dans toutes les langues. Passons.

Met de trein propose une expérience sensorielle tirée des voyages en train de nos aïeux. On est loin des habituelles concentrations de ferrovipathes et des parallèles de locomotives anciennes. Pas question non plus d'une abondance d'artifacts, d'une collection exhaustive de reliques du rail. Le parcours se réduit à une contemplative entrée en gare, les quelques instants avant l'embarquement étant magnifiés, peut-être même sublimés.

Metdetrein4.JPGDes modèles réduits des glorieuses vapeur des débuts, jadis exposés au Musée du rail à Bruxelles-Nord, annoncent, avant même d'avoir atteint les guichets, un voyage dans le temps. Plus loin, une maquette de la future gare de Malines est opposée à une toile d'époque représentant le tout premier bâtiment voyageurs, au 19ème siècle. On entre en gare en poussant la première porte, celle qui mène à la salle des guichets, où on remarque d'abord l'antique tableau annonçant les trains au départ. L'évocation est minimaliste, mais c'est bien l'empreinte laissé au voyageur occasionnel, surtout s'il est pressé, par ces quelques secondes précédant l'achat du billet et la montée à quai.

Des valises empilées sur un chariot et un mur d'anciennes affiches rappellent qu'à une certaine époque, il n'y a pas si longtemps, le train était le premier moyen d'évasion. La côte belge, les grottes de Han, la citadelle de Dinant se visitaient par le rail. C'était l'époque des gens humbles et réservés, des belles toilettes, des voitures enfumées, comme le rappellent trois compartiments aménagés avec le mobilier d'antan. Tout au fond sont Metdetrein5.JPGprojetés des films de parcours ferrés, qui ont sans doute formé une génération de machinistes aux particularités de lignes aujourd'hui électrifiées. Voilà donc la gare de Roborst, avant celle de Munkzwalm! Un bref instant, le regard est celui de Paul Delvaux, dont quatre toiles authentiques, issues de collections privées, tapissent très dignement la paroi d'un des compartiments.

Comment ne pas repartir avec un regard émerveillé sur ce parcours certes sommaire, mais ancré dans l'imaginaire populaire, des chemins de fer d'antan? Dans ce pays au surréalisme étrenné, où les trains se vident avant de franchir les frontières, il faudrait se rappeler du temps où nous étions unis et forts, l'un chez l'autre, amis et fiers, l'un de l'autre. Cinq minutes, lors d'un matin éveillé, entre la gare et le quai, suffisent pour s'en rendre compte. Cinq minutes, en train ou met de trein, au fond, c'est la même chose.

Metdetrein3.JPG

 

25/08/2010

Un tour de Belgique en train

Tour_Belgique_3.JPGIl y a bien longtemps, avant les maisons-musées et les jeux vidéo, des hommes en quête de petits exploits s'amusaient à parcourir, vingt-quatre heures durant, le plus grand nombre de kilomètres en train. C'était avant le démantèlement du réseau, avant les liaisons cadencées, quand le rail lui-même était encore vécu comme un exploit. C'était avant la vie tambour battant, avant l'impatience générale, avant les arythmies chroniques.

Ce sont ces hommes-là que j'ai voulu saluer bien bas, à travers le temps, en m'aventurant, ce mardi 17 août, pour un tour d'horloge, à travers la Belgique. Je n'ai cherché ni l'exploit, ni les maxima, mais juste une expérience. Celle de voir défiler heure après heure, de gare en gare, son pays fracturé. J'aimerais le faire chaque année, pour mieux me soigner et pouvoir raconter un jour qui étaient les Belges.

Ceci est le carnet de route, le carnet de rail, de ce carré belge en un tour de montre, de ces 488 kilomètres en douze heures et deux minutes, de ces huit trains, tous à l'heure, par-delà la Sambre, l'Escaut, le Démer. Ceci est le détail de ce voyage à 35 euros et 90 centimes, le regard posé sur tout ce qui a filé et défilé.

Tour_Belgique_2.JPGPROLOGUE - Lobbes - Charleroi-Sud (train L 4776 assuré par l'AM classique 733, départ 06h31, arrivée 06h53)

Une légère bande de bleu dans la grisaille des cieux laisse espérer une journée moins humide. Je rentre dans la gare et salue l'assemblée (c'est une tradition à Lobbes!). Le sous-chef de gare ouvre la porte et j'emmène la longue procession de voyageurs vers le quai. L'automotrice déroule doucement, avant d'absorber la foule pressée. Le trajet est sans surprise; personne ne monte à Hourpes. Avec toute cette pluie, les barrages de la Sambre sont ouverts. Ca aussi, c'est la gestion des flux. On arrive à Marchienne-Zone; les navetteurs somnolant ouvrent un oeil. Cette ambiance, que je connais bien, éveille ma faim. Je déjeunerai à Charleroi.

Tour_Belgique_4.JPGPREMIERE ETAPE - Charleroi-Sud - Kortrijk (Courtrai) (train T6904 assuré par une triplette d'AM classiques 709+974+?, départ 08h03, arrivée 09h39)

Le vieux convoi s'élance, à l'heure et presque vide, dans le sillage de l'IC D, qu'il semble vouloir rattraper. Entre Carnières et Morlanwelz, mon regard se perd dans la Wallonie profonde, entre les terrils et les toitures usées. A La Louvière et Mons embarquent de petites familles, sacs de plage en bandouillère, puisque ce train aura De Panne (La Panne) pour destination finale. En attendant, les lignes s'enchaînent. Après la 112, la 118 et la 97, voilà la 78 et les points d'arrêt blafards de Ville-Pommeroeul et Callenelle, traversés avec mépris. De petits animaux, lapins en tête, fuient les voies au dernier instant. A plein tube, par la fenêtre, je découvre Péruwelz et Antoing, puis Tournai et Mouscron, plus belles que dans mon souvenir, où l'on charge encore pelles et rateaux. Le pays s'est aplati et les éoliennes plantées avant Kortrijk (Courtrai) me donnent le mal de mer. C'est dans la cité des éperons d'or que je délaisse les vacanciers d'un jour, médusés par le retour de la pluie.

Tour_Belgique_6.JPGDEUXIEME ETAPE - Kortrijk (Courtrai) - Antwerpen Centraal (Anvers Central) (train IC C 731 assuré par un binôme d'AM96 485+475, départ 10h43, arrivée 11h55)

Après un café et une courte marche autour de la gare, je repars à travers les Flandres par les lignes 75 et 59. Entre Waregem et Deinze, je m'étonne de la minceur du sillon ferré. Depuis longtemps, sans doute, les cours à marchandises ont cédé devant l'appétit de l'habitat urbain aux contours formatés. C'est moins frappant à De Pinte, où serres horticoles et villas cossues donnent aux rails un peu d'air. Mais voilà déjà Gent St. Pieters (Gand St. Pierre), la "crénelée", et Gent-Dampoort (Gand-Dampoort) avec son faisceau gonflé lié au port. Peu avant Lokeren, un vieux moulin à vent, majestueuse relique, trône le long des voies. De jeunes Flamands bien fringués, à l'abondante chevelure, montent à bord, les plaisirs de la ville en vue. A Sinaai et à Zwijndrecht s'érigent encore d'anciennes gares que je viendrai admirer le moment venu. Le train ralentit et on approche de Berchem, avec ses niveaux et cloisons. C'est que mon impatience grandit: me revoici enfin à Antwerpen Centraal (Anvers Central), la mère de toutes les gares belges.

Tour_Belgique_1.JPG

Tour_Belgique_7.JPG

TROISIEME ETAPE - Antwerpen Centraal (Anvers Central) - Aarschot (train L 2862 sous l'impulsion de l'automotrice Break 387, départ 12h51, arrivée 13h40)

La merveille anversoise laisse un souvenir ébloui, garant de plusieurs retours et d'un travail sans fin. Un autre voyage, une autre destibnation m'attend alors que l'omnibus vers Louvain se faufile déjà dans la timide banlieue. A petit train, petits voyageurs. Ca monte de partout, ça descend vite. La place de la gare à Boechout est plus jolie que la station elle-même, toute cognée par le temps. Après Lier se succèdent des points d'arrêt aux quais de rouge et de noir zébrés. A Heist-op-den-Berg, une gare moderne a réussi le défi de l'harmonie sur une place aux jolies façades bourgeoises. A Booischot, lorsque le train ralentit, je vois les emprises du chemin de fer s'élargir. Je pressens, j'espère une gare ancestrale, mais elle a disparu, laissant un vide jamais comblé. A Aarschot, au moins, l'édifice ferroviaire, quoique austère, tient son rang. Sorti du train, je temporise et cherche à le saisir, de prise en prise, par l'image.

Tour_Belgique_9.JPGQUATRIEME ETAPE - Aarschot - Liers (train IR c 2913 assuré par l'automotrice Break 358, départ 14h13, arrivée 15h19)

Je suis en terrain inconnu, force est de le reconnaître. Les sentiments sont aux aguets et je passe de l'extase au désespoir lors de ce trajet, qui relie quelques gros bourgs limbourgeois à Hasselt puis, assez maladroitement, à la pâle banlieue liégeoise. Diest et sa campagne sauvage, sur les berges du Démer, m'envoutent un peu, c'est vrai. Deux ados à vélo, enjoués sur le fietspad, saluent le train. Je souris encore, avant la gare d'Hasselt, à la vue d'un vieux locotracteur de la série 91. Mais ensuite je peste, quand j'aperçois, à travers la vitre du train, une énième station où les voitures, rangées de façon maniaque, ont remplacé les bâtiments voyageurs. A Tongeren (Tongres), les derniers Flamands descendent; personne sauf moi ne franchira la frontière régionale. Si je me rends à Liers, c'est par curiosité et pour comprendre pourquoi tant de trains y viennent garer. Mais c'est un trou mal famé où rien ne se voit vraiment. L'étape suivante se fait attendre; j'aurais dû poursuivre sans retenue vers les Guillemins.

Tour_Belgique_10.JPGCINQUIEME ETAPE - Liers - Liège-Guillemins (train IR m 4016 limité à Gouvy, assuré par l'AM96 481, départ 15h54, arrivée 16h16)

C'est l'étape la plus courte mais c'est loin d'être un contre-la-montre, car il s'agit d'un trajet de banlieue, à vitesse réduite, sans ambition si ce n'est la destination elle-même. Le marasme prime encore jusqu'à Herstal, que je n'ai jamais vue que sous la pluie. A Liège-Palais, on attend toujours la nouvelle gare parce que, là, on est loin du palace! Le voyage est morose; les quais disparaissent comme autant de passerelles vers l'ennui. Mais Jonfosse passée, je me sens aspiré vers la lumière. Le soleil a réussi une percée, de sorte que Liège-Guillemins brille littéralement lorsque l'automotrice m'y arrête. Après tant de pluie, les voyageurs ont le sourire facile. Je me poste devant la gare, à laquelle on n'accédait encore, il y a quelques mois, que par une structure temporaire en préfabriqué. Ne dirait-on pas désormais que la gare, de ses lèvres pulpeuses, vous embrasse lorsque vous y venez? Anvers-Central et les Guillemins sur la même journée: je suis comblé. Mais quel contraste!

Tour_Belgique_12.JPG

Tour_Belgique_11.JPGSIXIEME ETAPE - Liège-Guillemins - Charleroi-Sud (train IC D 939, assuré par les AM96 471+445, départ 16h47, arrivée 18h00)

Dix heures que je suis le long des rails. Le tour se boucle par un parcours classique dont je ne me lasse pourtant jamais. Il y a tant à voir, tant à aimer, entre les quartiers sales de Sclessin et Seraing et le repère des postainiers, entre les carrières et les vieux chantiers, à Namèche, à Floreffe, à Auvelais. La voie 1 à Tamines a été déposée: il faudra que j'y vienne encore. Peu à peu, le train s'est empli de visages connus, de voyageurs familiers que je croise souvent à la fin de mes journées de travail. Mon extraordinaire parcours en arrive à ses derniers kilomètres. Voilà quand même Aiseau, Farciennes, Châtelet: des lieux à remettre au calendrier. L'automotrice déroule déjà. Je me prépare à un énième transit par le Pays Noir.

Tour_Belgique_13.JPGEPILOGUE - Charleroi-Sud - Lobbes (train L 4768 assuré par l'AM classique 768, départ 18h12, arrivée 18h33)

Un tour d'horloge, un tour en train plus tard, je reviens aux pénates, des images plein la tête. Ce dernier trajet, qui est mon quotidien, je n'en suis jamais blasé. La ligne vit; on y travaille. Ce soir, la 6262 d'Infrabel est garée dans le faisceau à Marchienne-Zone. Dans peu de temps, toute la circulation basculera sur l'autre voie du tunnel de Landelies. A Thuin, des grillages annoncent enfin la réfection de la gare. Et, entre tous ces lieux, à gauche, à droite, il y a la Sambre, éternellement paisible, et sa petite faune sauvage. La nuit sera bonne, à refaire, dans le train de l'imaginaire, ce tour de Belgique, dans l'autre sens...