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30/04/2011

[ZA] Sous les étoiles à Knysna

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Knysna5.JPGCe soir-là, couché dans l'herbe humide, j'avais les yeux tournés vers un ciel de nuit peuplé d'étoiles inconnues - la Croix du Sud, Sirius et la Couronne australe. A Liesel, qui m'accompagnait, j'ai expliqué qu'en Belgique, les trains étaient remplis de voyageurs déconfits par les retards d'une dizaine de minutes. "Mon Dieu,", a-t-elle dit, "mais que feraient-ils ici, où les retards sont parfois de plusieurs heures?". J'ai souri et un silence s'est établi.

Alors, mes pensées sont retournées en gare de Knysna, qu'elle m'avait montré plus tôt, en début de soirée. Knysna, là-même où les Bleus n'ont pas voulu descendre du car lors du Mondial 2010. Une station balnéaire proprette et paisible neuf mois plus tard, en ce début d'automne austral. Un front de mer animé, où l'air du large se mêle à l'odeur des poissons grillés.

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"Parfois,", a-t-elle ajouté, "le train prend un jour de retard, surtout quand il faut refaire la voie devant la loco.". "Incroyable!", ai-je murmuré. Y avait-il là une explication au silence des voies en gare de Knysna où, comme à Mossel Bay, les rails rouillent et les guichets n'aguichent plus? Puisque le mystère restait entier, j'ai souri un peu niaisement et j'ai repris la voie lactée.

Knysna3.JPGCette nuit-là, j'ai dormi d'un sommeil impatient, sans l'Etoile Polaire pour me guider. Des rêves hachurés m'ont ramené en gare de Knysna, soudain peuplée de voyageurs noirs et blancs. C'était un jour de fête, à en voir les toilettes de ces dames sur les quais décorés. Des trains arrivaient de toute part. Les locos, bardées de rosettes, virevoltaient telles des toupies sur la plaque tournante, crachant de la vapeur à tout-va.

Au jour levant, de Knysna en voiture nous sommes repartis. Rasé mais mal éveillé, j'avais la tête d'un étranger bougon, d'une loco maussade devant laquelle il faut refaire la voie. Encore eût-il fallu qu'il y ait une loco à Knysna, où les Bleus n'ont pas voulu descendre, mais où moi j'aurais aimé monter, dans un train vers George et au-delà. A Liesel, qui m'accompagnait, j'ai demandé si trente jours de train vers chez moi, retards compris, l'ennuieraient. Elle a souri et m'a répondu que, puisque les étoiles avaient disparu, le mystère serait bientôt percé.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Knysna, en Afrique du Sud, le 27 mars 2011.]

 

18/04/2011

[ZA] Couchette avec vue sur mer à Mossel Bay

[Avant de repartir le long de l'ancienne ligne 109, d'Estinnes à Thuin-Ouest, que diriez-vous d'un peu d'évasion, à six mille milles d'ici, au pays des protéas et des grues de paradis...?]

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MosselBay3.JPGSi la routine vous tue à petit feu, si la vie vous ennuie, prenez quelques vêtements et partez, sac sur le dos, loin des lieux communs. Si vos épargnes sont bonnes, si la distance vous convient, promenez votre nez dans les terres australes, aux saisons inversées, et respirez bien fort. En Afrique du Sud, par exemple, un pays que vous aimerez, sans risque de me tromper.

Si vous pouvez faire avec quelques règles de sécurité, et sans les (ré-)animations des clubs de vacances, vous trouverez là-bas des hôtels de grand confort, qu'ils alignent les étoiles ou non. Certains sont plus insolites, mais comme la vie vous ennuie, jouez-la bohême cette fois. A Mossel Bay, par exemple, réservez au Santos Express et dormez, en deuxième classe, avec vue sur mer.

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La douche et la toilette sont au fond du couloir, et l'espace privé sera limité à votre compartiment, soit deux couchettes et une tablette. Mais les oreillers peuvent convenir et la vue, au réveil, est presque imbattable. Perché sur les rails, face à l'Océan indien, dites-moi, avant le café, s'il est de plus bel endroit. Dites-moi aussi, après quelques jours, quels sont au juste vos tracas.

MosselBay5.JPGEn cherchant plus loin, du côté du port, vous trouverez, entre deux palmiers, la gare un peu désolée. Vous n'arriverez pas à quai, car la volilà barrée de toutes parts. Même les rails sont biffés, c'est dire! Quant à savoir pourquoi, il vous faudra chercher plus loin, passé l'ancien dépôt d'Hartenbos, beaucoup plus loin. Alors, vu le soleil tenace, lâchez prise et prenez place en terrasse, au Santos Express.

Restez le temps qu'il faut, loin des roquets et des coups de klaxon. Restez loin de tout, à dorer le long des rails, à renaître de vos cendres. Respirez bien fort ou tout doucement, avant le café ou après, sur votre couchette de deuxième classe, et dites-moi comment la vie changera, en cet endroit, le nez en l'air, avec vue sur mer...

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Mossel Bay (Mosselbaai), en Afrique du Sud, le 27 mars 2011. Les trois photos du haut ont été prises au Santos Express, un hôtel installé dans des anciennes voitures voyageurs garées le long de la plage. Les deux dernières montrent la gare de Mossel Bay, délaissée depuis près d'un an, à l'avenir incertain. Nous comprendrons peut-être pourquoi dans un article suivant...]

31/12/2010

De Mons à Chimay, par la ligne 109

[Ceci est le premier d'une série de vingt-quatre articles concernant l'ancienne ligne 109, qui seront publiés jusqu'en octobre 2012. Il s'agit d'un parcours longue-distance, taillé sur mesure pour l'amoureux de la nature. Le lecteur devra me pardonner si, de temps à autres, au gré des voyages ou des rencontres, j'interromps la série pour poser le regard ailleurs...]

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L'année 2012 marquera le cinquantième anniversaire de la fermeture au trafic voyageurs de la ligne 109, qui menait, par petits monts et petits vaux, de Mons à Chimay. Je vous propose de refaire le voyage le long des rails, ou de ce qu'il en reste, près d'un demi-siècle plus tard. Nous nous arrêterons partout, dans chaque gare, et parfois entre. Nous comprendrons peut-être pourquoi la page du rail a été tournée, il y a si longtemps, dans ces régions reculées. ligne109_3.JPG

Cinquante ans, c'est long. Certains lieux ont muté. Les voitures se sont multipliées, les voiries aussi. Cà et là, des villas neuves se sont érigées face aux fermes ancestrales. Les gens ont délaissé les bistrots du coin pour se réfugier devant leurs écrans, allumés à toute heure ou presque. Les gares de la ligne 109, là où elles ont survécu, se sont transformées en habitations privées.

Ceci n'est pas une histoire de la ligne, que j'aimerais écrire un jour si le temps le permet. Il s'agit plutôt d'une évocation contemporaine des villages traversés, dans le texte et par l'image. D'un rail-movie sans autre prétention que d'arriver au bout. Il s'agit d'une quête à ciel ouvert, d'un chantier entamé mais jamais fini, d'une éprouvette fumante dans laquelle coexistent la thèse et l'antithèse.

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ligne109_4.JPGPour donner corps à ce long récit, je ferai référence à certains ouvrages traitant, de près ou de loin, du passé de la ligne. Le plus pertinent est sans doute le témoignage d'Henri Scaillet, un ancien machiniste du dépôt d'Haine-Saint-Pierre, consigné dans l'annexe III de son livre "J'ai conduit les autorails" (1999), publié par le GTF (1). L'annexe a pour intitulé "La ligne 109 Mons-Chimay, la mal aimée: un modèle de ligne à exploitation simplifiée desservie par autorails".

Alors, pourquoi la "mal aimée"? D'après Henri Scaillet, la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) avait abandonné, dès les lendemains de la Deuxième guerre mondiale, toute ambition à l'égard de la ligne 109. L'introduction, en 1952, d'autorails diesel modernes en remplacement des rames tractées par locomotives à vapeur réduisit le temps de parcours, mais il fallait encore au moins deux heures pour relier Mons à Chimay. Deux heures pour 79 kilomètres de ligne au profil certes ingrat, mais à l'équipement plus que sommaire.

Aurait-il pu en être autrement? Quel serait l'attrait actuel d'une ligne Mons-Chimay? Devinons les réponses en parcourant ensemble la ligne 109, presque cinquante ans après le dernier parcours d'Henri Scaillet.

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(1) Le GTF est le Groupement belge pour la promotion et l'exploitation touristique du transport ferroviaire. Les références complètes des ouvrages cités dans les articles concernant la ligne 109 figureront à la fin du dernier article.

[Illustrations - :tout en haut: La ligne 109 partait de la gare de Mons, dont on voit ici la voie 1, photographiée le 16 septembre 2007. :en haut, à droite: La ligne 109, du moins dans sa partie méridionale, est devenue ces deux dernières années un sentier RAVeL. :au centre: Des 79 kilomètres de voie, il ne subsiste qu'un tronçon de moins de dix kilomètres entre Mons et Harmignies, dont on distingue la gare, ici photographiée le 28 novembre 2010. :en bas, à gauche: En revanche, le tronçon de voie qui subsistait entre Thuin-Ouest et Biesme-sous-Thuin, ici photographié le 31 mai 2009, a été déferré il y a un an. Il a fait place... à une autre voie ferrée! Nous verrons laquelle. :tout en bas: La ligne 109 aboutissait en gare de Chimay, désormais réaffectée, comme le montre cette photo du 11 novembre 2009.]

20/09/2010

Le rail en fête à Erquelinnes

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Rail_en_Fête_2.JPGCes 18 et 19 septembre, le Syndicat d'initiative et l'Administration communale d'Erquelinnes avaient mis sur pied "un voyage aux portes des souvenirs et aux grilles de la modernité". C'était là une occasion unique de mettre en valeur la riche histoire du chemin de fer dans la cité frontalière et à Jeumont, sa voisine et jumelle française. La voie 1, habituel point de départ des automotrices vers Charleroi, sur la ligne 130A, accueillait un cortège de véhicules anciens et nouveaux dépêchés par la SNCB et le PFT.

Dans l'ancienne halle à marchandises, les visiteurs s'arrêtaient devant des panneaux et plans retraçant l'évolution de la gare à travers les ans. Plus loin, ils pouvaient admirer une collection de képis anciens et de galons révélateurs des niveaux de hiérarchie des agents du rail d'autrefois. Leur attention se portait aussi sur la batterie de lanternes et d'éclairages anciens et sur l'outillage utilisé jadis par les agents de la voie, notamment une boulonneuse à moteur thermique qui impressionne toujours autant.

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Mais la vedette incontestée de ces deux journées de fête, c'était bien la locmotive à vapeur 64.169 du PFT. Sous la marquise, à la voie 1, de nombreuses familles de la commune ou d'ailleurs attendaient leur tour pour visiter la cabine. Difficile de dire qui, du bambin émerveillé ou du grand-père aux yeux embués, était le plus ému! Petit à petit, les voyageurs s'installaient dans les antiques voitures de première classe, au confort inégalé, en changeant de places cinq fois pour être certains d'en garder un souvenir éternel.

Rail_en_Fête_4.JPGDiesel en tête, vapeur en queue, le départ était donné. A Solre-sur-Sambre, à Fontaine Valmont, les bonnes gens étaient sur le chemin ou au fond du jardin pour voir passer le vieux train. Il semblait même que certaines, mues par un impératif nostalgique, étaient présentes à chaque passage! Ainsi donc, le long des rails à Labuissière, un vieil habitant racontait aux dames du coin qu'au luxe bien rustique d'un trajet assis, il préférait le plaisir des vibrations du quai lors des folles traversées à toute vapeur.

Dans le convoi d'un autre âge, le contrôleur, vêtu d'un uniforme des années 1950, partageait la joie et l'enthousiasme des voyageurs aux tenues bien modernes. Avant le rebroussement à Lobbes, il soulignait la ponctualité de la 6077, notant que, décidément, il n'y avait rien de plus fiable que la matériel d'antan. Et de fait, lors du retour à Erquelinnes, la vieille 64 tenait son horaire, en saluant, à grands coups de sifflet, toutes celles et ceux venus l'acclamer une fois encore.


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Rail_en_Fête_6.JPG[Illustrations, de bas en haut - L'affiche de l'événement "Le Rail en Fête" les 18 et 19 septembre 2010 à Erquelinnes. Panneaux retraçant l'histoire de la gare et vitrines abritant une collection de képis. La 6077 tractait la rame au départ d'Erquelinnes en destination de Lobbes. Passage en gare de Labuissière du train désormais tracté par la 64.169. Le convoi stationne quelques instants à Lobbes avant de redémarrer vers Erquelinnes. Le train redémarre de Lobbes sous l'oeil bienveillant de la Collégiale Saint-Ursmer. Le contrôleur a donné le départ; la rame s'ébranle.]

[Voir également les articles sur ce blog concernant les gares d'Erquelinnes et Jeumont.]

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04/09/2010

Met de trein

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Metdetrein1.JPGJusqu'au 12 septembre se tient au Lamot, à Malines, l'exposition Met de trein, qui figure au programme officiel des "festivités" organisées à l'occasion du 175ème anniversaire du train en Belgique. Si elle n'a, malheureusement, reçu que peu d'échos dans la partie francophone du pays, c'est sans doute en raison de son caractère unilingue flamand. Ce n'est pas ça qui est dommage. C'est plutôt, dans ce pays, le repli sur soi, le refus d'aller vers l'autre, dans toutes les langues. Passons.

Met de trein propose une expérience sensorielle tirée des voyages en train de nos aïeux. On est loin des habituelles concentrations de ferrovipathes et des parallèles de locomotives anciennes. Pas question non plus d'une abondance d'artifacts, d'une collection exhaustive de reliques du rail. Le parcours se réduit à une contemplative entrée en gare, les quelques instants avant l'embarquement étant magnifiés, peut-être même sublimés.

Metdetrein4.JPGDes modèles réduits des glorieuses vapeur des débuts, jadis exposés au Musée du rail à Bruxelles-Nord, annoncent, avant même d'avoir atteint les guichets, un voyage dans le temps. Plus loin, une maquette de la future gare de Malines est opposée à une toile d'époque représentant le tout premier bâtiment voyageurs, au 19ème siècle. On entre en gare en poussant la première porte, celle qui mène à la salle des guichets, où on remarque d'abord l'antique tableau annonçant les trains au départ. L'évocation est minimaliste, mais c'est bien l'empreinte laissé au voyageur occasionnel, surtout s'il est pressé, par ces quelques secondes précédant l'achat du billet et la montée à quai.

Des valises empilées sur un chariot et un mur d'anciennes affiches rappellent qu'à une certaine époque, il n'y a pas si longtemps, le train était le premier moyen d'évasion. La côte belge, les grottes de Han, la citadelle de Dinant se visitaient par le rail. C'était l'époque des gens humbles et réservés, des belles toilettes, des voitures enfumées, comme le rappellent trois compartiments aménagés avec le mobilier d'antan. Tout au fond sont Metdetrein5.JPGprojetés des films de parcours ferrés, qui ont sans doute formé une génération de machinistes aux particularités de lignes aujourd'hui électrifiées. Voilà donc la gare de Roborst, avant celle de Munkzwalm! Un bref instant, le regard est celui de Paul Delvaux, dont quatre toiles authentiques, issues de collections privées, tapissent très dignement la paroi d'un des compartiments.

Comment ne pas repartir avec un regard émerveillé sur ce parcours certes sommaire, mais ancré dans l'imaginaire populaire, des chemins de fer d'antan? Dans ce pays au surréalisme étrenné, où les trains se vident avant de franchir les frontières, il faudrait se rappeler du temps où nous étions unis et forts, l'un chez l'autre, amis et fiers, l'un de l'autre. Cinq minutes, lors d'un matin éveillé, entre la gare et le quai, suffisent pour s'en rendre compte. Cinq minutes, en train ou met de trein, au fond, c'est la même chose.

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