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29/08/2015

[CA] Ottawa pour rien

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ottawa,viarail,gare,trainJe n'ai rien de bien à raconter d'une heure épuisée, les yeux à moitié fermés, devant la gare d'Ottawa. Je m'y suis rendu par compulsion, parce que c'est que j'aime faire, au terme de dix jours d'un dur labeur canadien, juste avant de rentrer au pays. Je n'avais rien à y faire, pas de train à prendre, personne à déposer ou rencontrer. Je voulais juste voir la gare et la sentir vivre un peu.

A sa décharge, l'endroit est un vrai chantier. C'est que la capitale canadienne réfléchit à une autre mobilité. Rue Slater, j'ai attendu qu'un 96 se dégage de l'impressionnant cortège de bus rouges et blancs d'OC Transpo. Assis, transpirant, j'ai observé les circulations de l'Amérique du Nord, où l'automobile reste décidément souveraine, où le SUV est une norme dans un tissu urbain assez dilaté.

La gare d'Ottawa, inaugurée en 1966, a la forme et l'apparence d'un terminal aéroportuaire. Deux parkings flanquent le bâtiment voyageurs, dont l'aménagement est purement fonctionnel et aseptisé. On n'accède aux quais qu'en possession d'un titre de transport, à présenter suite à l'annonce de l'arrivée du train concerné, comme chez nous il y a une vingtaine d'années.

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Frustré par cette expérience tronquée, j'ai attrapé une brochure vantant les itinéraires de Via Rail. J'ai appris qu'au Canada, les trains avaient tous un nom. J'ai compris qu'ici, au regard des distances, je ne pourrais jamais marcher d'une gare à l'autre. J'aurais aimé avoir le temps d'un petit aller-retour vers Smiths Falls, voire d'un long trajet vers Churchill et les forêts boréales.

Je m'en suis allé en longeant l'improbable rangée de taxis attendant des voyageurs absents. Masquée par une végétation navrée, la boîte de béton et d'acier m'a laissé indifférent. Et dire qu'on a primé son architecture! Alors, en repartant vers le centre-ville, je me suis figuré l'ancienne gare de l'Union dans les années cinquante, lorsque les trains hurlants longeaient encore le canal Rideau, s'arrêtaient, puis repartaient en traversant le pont Alexandra vers Gatineau et au-delà.

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[ILLUSTRATIONS - Les trois photos ont été prises à Ottawa le 27 juillet 2015. Tout en haut, la gare d'Ottawa telle qu'on peut la voir aujourd'hui. La tranchée bordée d'abris rouges est destinée à accueillir, à partir de 2017, une nouvelle ligne de train-tram. Sur la photo du milieu, on reconnait à gauche un côté de l'ancienne gare de l'Union (1912-1966) bordant le canal Rideau. Tout en bas, enfin, on distingue sur la droite le pont Alexandra qu'empruntaient, jusqu'en 1966, les trains vers Gatineau, ville québécoise située sur la rive opposée de la rivière des Outaouais, qui héberge notamment le Musée canadien de l'histoire dont on aperçoit les bâtiments à la gauche du pont.] 

30/06/2015

[MA] Ce qui ressort de Casa-Port

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gare,train,casablanca-port,casa-port,oncfAnita comprend. J'accompagnais cette jeune retraitée suédoise à la carrière remarquable pour une mission d'enquête de soixante heures à Casablanca. Bien entendu, il m'a fallu connaitre la gare et cela prend toujours un peu de temps. Mais Anita comprend, car ce n'est pas la première fois qu'elle suit un fou des gares. Alors, nous sommes arrivés tôt à Casa-Port un jeudi de mai, bien avant la navette pour l'aéroport. Elle s'est assise sur un banc, sur le quai, et m'a dit de faire ce que j'avais à faire. 

Casablanca est la capitale économique du Maroc. Une ville cent fois sortie de sa medina, au bord de l'Atlantique. Sept millions d'âmes fières de leurs traditions, accueillantes et méfiantes à la fois, car le péril vient toujours d'en haut, n'est-ce pas? Inch'Allah! Des trams très modernes qui filent vers Aïn Diab, des trains très français qui filent vers Salé Ville. Et donc des gares qui encaissent des flux croissants de navetteurs. Malgré l'infrastructure parfois précaire, le rail marocain commence à briller.

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gare,train,casablanca-port,casa-port,oncfAbdellah aussi comprend. J'ai croisé devant la gare ce jeune Berbère, étudiant en arts, photographe des plateaux, qui voulait me montrer l'Art nouveau. Il m'a bien dit qu'il lui paraissait étrange qu'on veuille photographier les gares, mais que ça pouvait se comprendre. Faut dire: il n'y a pas de trains à Ourzazate, aux portes du désert! Alors, poussé par Anita et par Abdellah, j'ai repris ce que j'avais entamé il y a cinq ans, à Casa-Voyageurs.

C'est qu'il y a deux grandes gares là-bas: Casa-Port en impasse, Casa-Voyageurs en transit. L'une moderne, lumineuse, fière vitrine pour la finance et le tourisme. L'autre austère, organisée, populaire, qui témoigne tellement plus des réalités du pays. Un autre royaume où l'on craint les islamistes, où le chômage des jeunes tempère l'espoir d'un avenir flatteur. A Casablanca, comme ailleurs, les gares reflètent l'âme d'un peuple, ses idées, ses tourments...

Alors, j'espère que vous comprendrez. En invité surveillé, je n'ai pris que quelques clichés à Casa-Port. Je n'ai pas voulu exciter militaires ou vigiles. J'ai déjoué, préférant saisir le lieu, le comprendre, l'observer. Un jour peut-être, je reviendrai pour prendre - qui sait? - un train vers Kenitra ou Salé. Mais en attendant, ce qui ressort de Casa-Port, ce sont des trains oranges pas très vifs mais prometteurs, qui en appellent d'autres, venus de la côte.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Casa-Port le 28 mai 2015, sauf la photo prise devant la gare de Casa-Voyageurs le 25 mai 2010.]

10/06/2015

Un parapluie pour Landegem

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sncb,gare,train,landegem,ligne 50a,nmbs,stationEt lorsque je suis arrivé à Landegem, il s'est mis à pleuvoir. Juste un peu, rien qui pourrait tremper. Mais les gouttes, innocemment, ont magnifié le décor de la bourgade assoupie, bordée par le canal de Schipdonk, parcourue par des rues prospères et proprettes. L'une d'entre elles mène à la gare, un endroit morne et étrange qui se prête néanmoins à la photographie.

Ici, la ligne 50A est à quatre voies depuis longtemps. Elle forme une autoroute ferroviaire qu'empruntent près de 300 trains par beau temps les jours d'été. Au trafic naturellement nourri de directs vers Brugge et la côte, ou vers Gent, s'ajoutent les circulations d'omnibus s'arrêtant à Drongen, Hansbeke et Aalter, entre autres. A Landegem, la 50A et la E40 sont presque parallèles.

De fait, les quatre voies surplombent la Stationsstraat et font de cette station une gare-parapluie, dont le bâtiment est une construction moderne, modeste et maladroite, ni franchement terrestre, ni franchement sous-terraine, écrasée par les trains en tout cas. Fermée ce dimanche, autant l'éviter et se laisser habiter par le vent qui vient avec la pluie. 

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sncb,gare,train,landegem,ligne 50a,nmbs,stationAvant de monter à quai, j'ai été - dirais-je séduit - par le thème jaune et brun des accès aux voies. S'agit-il d'une manifestation d'une certaine identité flamande, ou ne doit-on y voir que deux couleurs comme d'autres, comme le rouge et le vert des quais de Denderleeuw par exemple? Mais déjà un autre courant d'air m'a porté vers les voies...

Une nouvelle rame de M6 a fendu l'air. Sur cette passerelle paysagère, où il faut rester prudent, deux Desiro se sont croisées. Alors que la pluie redoublait, j'ai marché sur la toile du parapluie à Landegem. La tête rafraîchie, j'ai pris quelques clichés avant de me remettre au sec. En repartant vers Gent, je me suis méfié des parapluies à quatre voies, ceux qui menacent, avec le temps, nos vieilles gares bien aimées.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Landegem le 26 avril 2015]

24/05/2015

Le dernier printemps de Hansbeke

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hansbeke,gare,train,sncb,nmbs,stationIl y a toujours un dernier printemps, un ultime regard pour la nature en éveil, avant que ne s'abatte la grande faux. Même si d'aucunes défient le temps, les gares n'échappent guère à ce funeste destin. A Hansbeke, entre Gent et Brugge, la mise à quatre voies de la ligne 50A entraînera tout bientôt la démolition d'un bâtiment ferroviaire remarquable, tant par son esthétisme que par sa valeur patrimoniale.

Alors, au prix de quatre trains, je me suis rendu un dimanche matin au chevet de cette belle inconnue. Comme ailleurs dans les Flandres, la première gare installée par l'Etat à Hansbeke ne survécut pas aux destructions de la guerre 14-18. La bâtisse qui nous occupe, depuis longtemps délaissée par Infrabel et la SNCB, date de 1923 et de l'époque où l'Etat réimplanta des gares type là où il le fallait.

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L'architecte de l'Etat décida alors que, pour son premier printemps, la gare de Hansbeke serait l'une des trois dont la robe porterait des bandeaux horizontaux de briques jaunes. Voilà qui la distinguait de nombre de ses semblables aux toitures à pans coupés. Sans vouloir paraître conservateur à outrance, sa démolition prochaine était-elle réellement inévitable?

hansbeke,gare,train,sncb,nmbs,stationDans cette Flandre plate où tout semble décidément à sa place, la nostalgie se distille à doses homéopathiques. Un document d'Infrabel à l'écriture léchée évoque la nécessité de fournir une infrastructure en phase avec les besoins contemporains pour justifier la disparition de l'ancienne gare. Peu sont ceux qui paraissent s'en émouvoir: le tourisme côtier et le port de Zeebrugge ne sont-ils pas des arguments assez convaincants?

Au chevet de la gare de Hansbeke, sous une pluie d'avril, je l'ai immortalisée. C'était un devoir de mémoire, dicté par un sentiment d'injustice. C'était un impératif, le moins que je puisse faire vraiment. En longeant les voies à distance jusqu'à Landegem, j'ai salué pour la forme les tulipes, celles du dernier printemps de Hansbeke.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Hansbeke le 26 avril 2015.]

15/04/2015

Services divers à Haine-Saint-Pierre

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haine-saint-pierre,sncb,train,formation,gareIl ne reste rien, pas une brique, du bâtiment dont j'avais fait mon repaire, un coin d'août sec, il y a deux ans. J'y étais parvenu un peu par surprise, après un virage opportun par la rue de la Gare de Formation. Le chemin serpente inutilement, mais au bout j'avais trouvé une ligne directe vers la riche histoire du chemin de fer à Haine-Saint-Pierre.

Il ne reste pas une pierre, et certainement pas la première, qu'avait dû poser jadis un édile digne et pas peu fier. Il ne reste rien de mon idylle d'une heure dans l'étage aux murs pastel, de ma visite émue d'un édifice désert, vide de ses cheminots, de leurs horaires, de leurs humeurs. Tout a été aplati, effacé, remis à niveau.

Pourtant, ce n'est qu'une fois démoli que le bâti de mon souvenir a pris sa forme finie. Au détour d'une lecture récente, fortuite elle aussi, j'ai compris à quoi il avait servi, et pour qui:

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En 1947, on reconstruisit un grand bâtiment à usages divers appelé à caser les bureaux du premier adjoint, du régulateur, du contentieux, du factage, les vestiaires et réfectoires des employés et ouvriers, les toilettes et douches, l'infirmerie, les archives, la salle de conférences, la téléphonie automatique, le chauffage central, les approvisionnements, les imprimés, la radiotéléphonie, etc... Ce beau bâtiment se dresse contre le petit terril des anciens charbonnages de Ressaix et abrite en plus le système horaire de la gare mis en service en mai 1952. (1)

 

 

 

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Bien sûr, ce n'est là qu'une bribe de son histoire, datée, figée, mais déjà révélatrice de l'intense activité humaine qui avait pris place en ces murs des années durant. Aurais-je visité le bâtiment autrement si j'avais su tout ça avant? Certainement, mais le frisson aurait été autre. Ma visite, au fond, n'était pas nostalgique; elle était curieusement émerveillée.

Il ne reste pas une dalle de mon dédale, pas une plinthe de mon labyrinthe. Mais subsistent sur mon disque dur et dans mon souvenir des images émues et sublimées d'une ruine enchantée. Elle m'a parlé un été sous le soleil. J'aurais aimé la voir l'hiver, il y a longtemps, avant le carnaval de sa démolition, chauffée et décorée, industrieuse et fière de ses services divers...

 

(1) VANBELLINGEN P. - Haine-Saint-Pierre, noeud ferroviaire du Centre. - Haine-Saint-Pierre 1995 [réédition complète, p. 200]

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[ILLUSTRATIONS - Au bout de la rue de la Gare de Formation, entre Haine-Saint-Paul et Haine-Saint-Pierre, se trouvait jusqu'il y a peu la ruine d'un bâtiment ayant hébergé à partir de 1947 divers services de la formation d'Haine-Saint-Pierre. La photo du haut, prise le 6 mars 2015, montre que la ruine a été rasée. Le lieu était très photogénique, comme le suggèrent les trois autres photos, prises le 4 août 2013. Salie par le temps, déchirée par les vents balayant le rez-de-chaussée vandalisé, une affiche jaune rappelant les trains au départ de La Louvière-Sud en 1988 valait pour moi à elle seule la visite...]