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15/04/2015

Services divers à Haine-Saint-Pierre

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haine-saint-pierre,sncb,train,formation,gareIl ne reste rien, pas une brique, du bâtiment dont j'avais fait mon repaire, un coin d'août sec, il y a deux ans. J'y étais parvenu un peu par surprise, après un virage opportun par la rue de la Gare de Formation. Le chemin serpente inutilement, mais au bout j'avais trouvé une ligne directe vers la riche histoire du chemin de fer à Haine-Saint-Pierre.

Il ne reste pas une pierre, et certainement pas la première, qu'avait dû poser jadis un édile digne et pas peu fier. Il ne reste rien de mon idylle d'une heure dans l'étage aux murs pastel, de ma visite émue d'un édifice désert, vide de ses cheminots, de leurs horaires, de leurs humeurs. Tout a été aplati, effacé, remis à niveau.

Pourtant, ce n'est qu'une fois démoli que le bâti de mon souvenir a pris sa forme finie. Au détour d'une lecture récente, fortuite elle aussi, j'ai compris à quoi il avait servi, et pour qui:

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En 1947, on reconstruisit un grand bâtiment à usages divers appelé à caser les bureaux du premier adjoint, du régulateur, du contentieux, du factage, les vestiaires et réfectoires des employés et ouvriers, les toilettes et douches, l'infirmerie, les archives, la salle de conférences, la téléphonie automatique, le chauffage central, les approvisionnements, les imprimés, la radiotéléphonie, etc... Ce beau bâtiment se dresse contre le petit terril des anciens charbonnages de Ressaix et abrite en plus le système horaire de la gare mis en service en mai 1952. (1)

 

 

 

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Bien sûr, ce n'est là qu'une bribe de son histoire, datée, figée, mais déjà révélatrice de l'intense activité humaine qui avait pris place en ces murs des années durant. Aurais-je visité le bâtiment autrement si j'avais su tout ça avant? Certainement, mais le frisson aurait été autre. Ma visite, au fond, n'était pas nostalgique; elle était curieusement émerveillée.

Il ne reste pas une dalle de mon dédale, pas une plinthe de mon labyrinthe. Mais subsistent sur mon disque dur et dans mon souvenir des images émues et sublimées d'une ruine enchantée. Elle m'a parlé un été sous le soleil. J'aurais aimé la voir l'hiver, il y a longtemps, avant le carnaval de sa démolition, chauffée et décorée, industrieuse et fière de ses services divers...

 

(1) VANBELLINGEN P. - Haine-Saint-Pierre, noeud ferroviaire du Centre. - Haine-Saint-Pierre 1995 [réédition complète, p. 200]

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[ILLUSTRATIONS - Au bout de la rue de la Gare de Formation, entre Haine-Saint-Paul et Haine-Saint-Pierre, se trouvait jusqu'il y a peu la ruine d'un bâtiment ayant hébergé à partir de 1947 divers services de la formation d'Haine-Saint-Pierre. La photo du haut, prise le 6 mars 2015, montre que la ruine a été rasée. Le lieu était très photogénique, comme le suggèrent les trois autres photos, prises le 4 août 2013. Salie par le temps, déchirée par les vents balayant le rez-de-chaussée vandalisé, une affiche jaune rappelant les trains au départ de La Louvière-Sud en 1988 valait pour moi à elle seule la visite...]

13/03/2015

Réductions à Walcourt

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walcourt,sncb,gare,train,ligne 132Je ne passe à Walcourt qu'épisodiquement, trop par à-coups à mon goût. Si mon regard n'en garde que trop peu de pixels, j'ai trouvé la recette de l'histoire. Je me souviens de la première impression, il y ahuit ans, celle d'un bourg fleuri sous la pluie, catholique comme sa basilique, silencieux sous ses croix. D'une gare sans caténaire, blanche mais si pâle sous un ciel de plomb.

En marchant avec le temps, j'ai ajouté à cette première réduction un peu de liant. J'ai cerné la gare comme il le faut, le jour et la nuit, en explorant ses emprises. Bouillonnant déjà, je me la suis décrite comme elle était jadis, à la belle époque, celle de la remise et des réserves de charbon, des vapeurs haletantes et des petits trains revenus de Fraire Humide ou Silenrieux.

La gare est une des plus vieilles du Royaume (1848). Une gloire du Grand Central aux volumes basiques, aux contours austères. Une place forte de l'Entre-Sambre-et-Meuse autrefois richement ferré, jamais électrifié. Une gare bercée par l'Eau d'Yves et ses remous qui lui donnent une patine sous un soleil naissant, un peu de crème dans le mélange. 

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walcourt,sncb,gare,train,ligne 132Debout au passage à niveau, accroupi sur le pont, j'ai observé l'échappée des petits autorails sur la voie unique vers Yves-Gomezée. Agenouillé sur le quai, assis par terre au pied du vieux fourgon, j'ai noté qu'ils étaient moins nombreux. C'est un effet pervers du nouveau plan de transport, une réduction mal maîtrisée de l'offre, une erreur historique pour les voyageurs attristés.

Tel un condamné en fin de permission, je suis monté dans l'autorail vers Jamioulx. Mais il m'a semblé, le soir tombé, que la gare brillait à nouveau, blanche pétant sous le feu des lampadaires. Fort de ces impressions, je suis reparti ébloui par la promesse d'un retour à Walcourt où, fouetté par le temps, je pourrai me faire de son histoire une sauce goûteuse et bien lisse. 

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28/02/2015

Bien mal à Bomal

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sncb,gare,train,bomal,ligne 43Ce n'était pas la première fois que je descendais à Bomal, et ce n'était pas non plus la dernière. Le hic, c'est que mes passages y sont toujours éphémères, soit parce qu'on m'emmène ailleurs, soit par la faute des éléments. Et donc ce lieu villageois et de villégiature m'échappe et me confond. Comme je ne contrôle ni la famille ni les éphémérides, je m'énerve vite à Bomal.

Sottement, ce jour-là, j'ai espéré que le brouillard occulterait mon impuissance à faire des silences de Bomal un air chantant. J'ai espéré naïvement que la neige des jours derniers aurait tenu, pour rendre un peu de matière aux troncs tristes balisant les torrents. Mais ni la brume ni la neige n'avaient encore prise, renvoyant l'image d'une localité désolée.

J'ai espéré que l'écume de l'Ourthe ou d'une Chouffe me retiendrait cette fois, mais j'avais déjà trop froid. De rares touristes flamands flânaient ou ronronnaient autour d'un chocolat chaud au Café Carré. Je n'ai trouvé, à l'évidence, aucun vieux combattant qui tienne à ma parler du village ou de ses gens, de leur histoire ou de leurs tourments. Bref, personne pour me parler de Bomal en bien.

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sncb,gare,train,bomal,ligne 43J'ai espéré, en repartant vers la gare moins d'une heure plus tard, qu'elle suffirait à me consoler. Après tout, elle parait marrante, elle qui fait penser à un gros bloc Lego posé, un peu négligemment, au milieu du paysage. Une gare à trois voies, en pierre, au sang froid, avec un guichet et des agents qui, vus de loin, vêtus de jaune, ressemblent à des Playmobil.

Mais c'était en vain. La gare, beaucoup trop jeune, ne m'a été d'aucun secours. Avec l'énergie du désespoir, je l'ai photographiée encore, en priant pour que mes clichés me forcent à revenir bien vite pour conjurer le sort. Histoire de me prouver qu'être bien mal à Bomal n'est pas une fatalité, et que viendra bien le jour calme et ensoleillé où nous serons enfin en phase.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Bomal le 11 août 2012, le 12 août 2012 et le 30 décembre 2014] 

26/01/2015

L'échafaud d'Engis

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sncb,gare,engis,ligne 125,trainLe vent d'ouest qui balayait la Meuse était chargé, comme souvent à Engis sous un ciel bas. Il y a, du pont surplombant les flots déterminés, un plaisir visuel assuré quand les vapeurs de Prayon disputent aux nuages l'horizon. Vivifié, comblé, j'ai remonté le cours un temps pour mieux contourner la gare, dont on a une vue plongeante, là-haut, quand on flanque la roche.

A Engis, entre Flémalle et Huy, on prend tout son temps pour transformer l'ancien bâtiment des recettes en maison de quartier. Les échafaudages s'éternisent; le chantier a pris un retard considérable. Et on n'est pas près de revoir le long des rails un édifice qui les honore. Trois ans de retard: derrière le grillage, derrière la ferraille, chercherait-on à trop bien faire?

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sncb,gare,engis,ligne 125,trainTant pis. Il doit y avoir une raison aux retards; les voyageurs le savent bien. Avec indulgence, on soutiendra même que l'échafaud lui sied. Mieux vaut le gros appareillage que de grosses caries, n'est-ce pas? Et puis la gare retrouvera, tôt ou tard, un habitant qui, on l'espère, aura l'âme d'un chef de gare...

C'est qu'en humant cet air humide, en revenant vers la gare appareillée, on voit comment, d'ouest en est, le fleuve et le rail ont creusé un double sillon pour le voyage et l'industrie. Par-delà les toits des quartiers ouvriers, on comprend que tout était lié: les hommes et la pierre, les bateaux et les trains, les cheminées et les chimères. Et donc, à en croire l'échafaud, les retards de la gare ne sont dus qu'à sa mue profonde, froide, calculée.

En traversant le passage sous les voies, désormais richement graffé de superhéros, j'ai relevé les anachronismes. Et je me suis demandé, l'air aidant, si les embruns d'Engis n'endormaient pas les gens. Si à force de charrier les tourments des générations d'ouest en est, la Meuse ne cherchait plus qu'à embrumer les volontés, dont celle de rendre aux rails d'Engis une gare rassurée...

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[ILLUSTRATIONS - Les deux photos en haut de page ont été prises en gare d'Engis le 30 décembre 2014. Les trois suivantes ont été prises le 29 décembre 2013. Le bâtiment sera-t-il achevé si je retourne le 31 décembre 2015?] 

30/12/2014

Le temps de Botrange-Dépôt

[Ce qui suit est une fiction. Toute ressemblance avec des faits s’étant produits n’est donc que purement fortuite. En attendant, si vous avez lu Notre beau Royaume raillé, vous saurez déjà qu’en Belgique, la vérité n’est jamais très loin…]

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Le Conseil des Ministres surprit la nation entière en déclarant qu’il fallait réinvestir massivement dans les chemins de fer. Plus surprenant encore était ce paragraphe, dans les préambules, affirmant que la colère de ses usagers n’avait pour cause que la présence massive de tags et de graffiti sur les parois des trains. Des études le prouvaient, semble-t-il, et en bon père de famille, le gouvernement devait s’atteler au problème.

On pensa faire surveiller les trains la nuit. Seulement voilà, ceux-ci passaient pour la plupart la nuit dehors et les syndicats menaçaient déjà des pires actions si on demandait aux travailleurs de faire le pion par temps de gel. On pensa pelliculer tous les trains ; on demanda même à l’industrie chimique de développer une substance, dont on enduirait voitures et locomotives, absorbant la peinture. Dans un communiqué laconique, Solvay refusa, stigmatisant au passage le caractère irrationnel de la demande.

Son inséparable béret vissé sur la tête, Monsieur le Premier Ministre annonça enfin, devant une forêt de micros, la construction d’un hangar géant sous le Signal de Botrange. Une fois leurs services du jour terminés, tous les trains prendraient la direction de Botrange-Dépôt pour passer la nuit à l’abri. La mesure générerait de l’emploi dans la région et au-delà, car la réalisation d’une telle infrastructure impliquerait le déploiement de moyens inouïs.

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Dans son bureau, à deux pas de la gare de Flémalle-Haute, le président d’une association d’usagers, Aldo, bondit, fou de rage, manquant de faire valser l’écran calé sur une chaîne publique. Il composa le numéro de son trésorier. « Dis, Robby, tu as vu ? Ils se foutent de nous ; c’est pas possible… ». Puis, plus loin : « Tu as quel temps à Blaton ? »

Les médias firent leurs choux gras de l’affaire. A l’écran, une petite dame d’un certain âge fit le buzz en expliquant que son mari avait demandé le divorce, n’en pouvant plus des retards quotidiens de ses trains. Mais de puissants lobbies, notamment de la construction, firent en sorte de contenir l’orage médiatique en poussant devant les caméras des chômeurs et entrepreneurs excités par le projet.

Drillée aux micros après avoir écumé de nombreux maroquins, Madame la Ministre de l’Infrastructure et des Entreprises publiques, bardée d’un sac Delvaux, posa la première pierre, très symbolique, de Botrange-Dépôt. A l’arrière-plan, près de quatre mille ouvriers aux chasubles jaunes s’apprêtaient à creuser le plateau, avec tout un arsenal d’engins à l’appui. La fine fleur du génie civil se réunit à Spa ce soir-là autour d’une caisse de Chasse-Spleen.

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Mois après mois, année après année, l’énorme dépôt à dix niveaux prit forme sous le Signal. Aldo et Robby, ne décolérant pas, multiplièrent les actions sur le terrain avec un certain succès. Dénonçant « une magouille à l’échelle planétaire », on les vit en tête de longs cortèges de voyageurs manifestant dans toutes les villes du Royaume. Anonymes parmi la foule, tagueurs et graffeurs se rallièrent même aux actions.

Il y eut des batailles de chiffres et des combats de coqs. Suffisant, le Premier Ministre osa demander qu’on « laisse son gouvernement travailler dans la sérénité ». Il y eut des attaques pâtissières et des conflits d’experts. Rien n’y fit : Botrange-Dépôt, avec ses 160 voies superposées disparaissant sous le Signal, fut inauguré en grande pompe un mardi de mai. La cérémonie, retransmise et regardée par 44% de la population, débuta par un sons-lumières au cours duquel deux Eurostars encadrant l’Orient-Express sortirent solennellement de l’imposante remise, véritable gratte-terre.

Et donc toutes les nuits, à minuit quarante tapantes, 160 volets se refermèrent derrière la totalité des voitures et locomotives du Royaume, les autorails et les automotrices, même celles revenues dare-dare de La Panne ou Eeklo. Certaines n’y passèrent qu’une heure ou deux, mais qu’importe. Repeint dans de nouvelles livrées vintage, le matériel roulant ne fut plus jamais tagué. Le train belge rayonnait à nouveau !

Et donc tous les matins, à trois heures moins dix, les 160 volets s’ouvrirent à nouveau, lançant vers Ostende ou Virton des trains blinquants. Au lever du jour, dans sa cuisine à Blaton, Robby sirota son café en attendant le passage du train vers Tournai, chronomètre en main. Il appela Aldo : « Encore seize minutes de retard aujourd’hui… Ils se foutent de nous ! A quoi servent les horaires ? ».

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Devant son clavier, à Flémalle, Aldo consigna le chiffre seize dans son tableau. Bientôt, il y aurait un communiqué de presse avec pour titre « Botrange-Dépôt : entre illusion et fiction ». Des articles dans la presse, des échanges musclés, des ministres offusqués malgré les évidences. Des voyageurs résignés sur les rails et dans l’isoloir. Des cheminots dépités…

L’esprit déjà occupé à préparer la prochaine lutte, Aldo n’entendit même pas Robby lui demander encore : « Tu as quel temps à Flémalle ? ».

Il en allait ainsi dans notre beau Royaume raillé où, malgré les retards et les hoquets de l’Histoire, nous étions heureux. Un peu résignés, mais heureux…

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00:30 Publié dans railleries | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sncb, train, gare, graffiti, tags