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30/08/2014

Souvenirs de couloir

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bruxelles-nord,gare,train,sncbCe lundi 1er septembre, une nouvelle phase s'ouvrira dans les travaux de rénovation de la gare du Nord à Bruxelles. Elle concerne un des trois couloirs sous les voies, celui situé côté sud, c'est-à-dire le plus proche de la place Rogier. Ce couloir, très fréquenté à l'heure de pointe le matin, devrait rouvrir début 2016, rhabillé et mieux éclairé, avec peut-être même des magasins.

Il n'y a, a priori, que bien peu de choses à raconter au sujet d'un couloir, a fortiori si celui-ci n'est qu'auxiliaire. C'est un lieu commun qu'a posteriori, on ne pourrait détacher de l'édifice qui l'entoure et de son histoire. C'est tellement vrai qu'il ne manquera, dans son vieil habit actuel, à personne. Son indisponibilité gênera à peine, sauf les précieux qui ne tolèrent aucun détour.

Et pourtant, il s'en est passé des choses ici, entre ses murs jaunes, un demi-siècle durant! Des choses le plus souvent oubliées, des paroles envolées, des regards morts-nés. Mais aussi, je suppose, des oublis coupables, des envolées lyriques, des ti amo et mi amor, des choux et des schatjes... Un meurtre ou même deux? Qui sait? Il faudrait un expert pour nous le dire...

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Ce couloir que je parcourais deux fois par jour, je l'ai photographié pour ne pas l'oublier. Pour la première fois en dix ans, je m'y suis vraiment arrêté quelques instants. Je l'ai regardé, en me disant qu'il a connu l'Expo 58, les douanes, les CCC et toutes ces histoires importantes dont on ne parle plus assez. Des enfants émerveillés, des migrants hébétés, des vieillards apeurés et tout ce monde qu'on voudrait ignorer!

De ce couloir jaune pâle de Bruxelles-Nord, au sud de la gare, je suis sorti à l'est et à l'ouest. Plus souvent à l'est ces derniers temps, pour frissonner en traversant ce monde fragile et marginal de la rue d'Aerschot. Ce couloir sera aseptisé, amnésique dans quelque temps. Il ne portera plus le souvenir de ces instants uniques, sombres mais magiques, de ces vies éteintes ou dépassées. 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Bruxelles-Nord le 29 août 2014.]

22/08/2014

Une gare grise pour Braine-l'Alleud

Braine-l'Alleud1.JPGgare,train,sncb,ligne 124Elles sont rares, les gares que je n'arrive pas à aimer. La plupart s'offrent à moi sans trop poser de questions. Il y en a d'autres qu'à force, je parviens à saisir et à mettre en perspective. Parmi les irréductibles, qui me laissent plutôt froid, figure la gare de Braine-l'Alleud. Ce n'est peut-être pas de sa faute, mais nous ne nous entendons décidément pas.

Bien sûr, ses abords sont un chantier permanent depuis de longs mois, en attendant trop patiemment le RER. On lui a enlevé des voies et donné de nouveaux ponts. On a bétonné la tranché d'une part, le remblai de l'autre. Mais, pour tout vous dire, j'espère que ce béton l'embellira. Car oui, avec elle, j'en suis arrivé là. On ne peut forcer l'amour, n'est-ce pas?

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gare,train,sncb,ligne 124La gare de Braine-l'Alleud est certes mal foutue. Difficile de trouver un point de vue qui l'honore dans cette forêt de piquets. C'est à croire que les caténaires ont été placées à dessein, pour m'éloigner. Il y pleut trop souvent et les trains semblent s'arrêter à contrecœur. Mais où est donc son charme si elle ne cherche qu'à se dérober? Vilaine et farouche donc?

J'ai tout essayé, même la douche froide et la grêle. J'ai espéré sous le soleil, mais je n'ai trouvé qu'une gare coincée, mal dans son quartier. L'automobile la serre de toutes parts, c'est un fait. Mais elle étouffe aussi de l'intérieur car les Brainois qui la côtoient ne l'aiment pas. Regardez bien, même le dimanche, leur démarche et leur mine renfrognée.

En fin de compte, ce sont ses couleurs qui me dérangent le plus. Elles me démangent parce qu'elles ne sont en rien assorties. Le bleu agressif plombe plus qu'il ne souligne ce rose infiniment pâle, qui n'est qu'un blanc mal cassé. La gare de Braine-l'Alleud, où rien ne tranche après la tranchée, attend sa dalle et plus de béton. Ce sera tellement mieux ainsi. Une gare grise qu'on pourra fleurir à foison...

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[ILLUSTRATIONS - Un mélange de photos prises le 2 septembre 2008 et le 11 août 2014. Les trois photos du centre illustrent l'importance du chantier RER à Braine-l'Alleud. C'est l'occasion de rappeler qu'il est en cours depuis avril 2007 et qu'il n'est pas encore achevé. Ceux qui connaissent l'endroit noteront sur la grande photo au centre, prise depuis le pont de la rue Saint-Sébastien, à quel point il a déjà changé: un mur planté remplace désormais à droite la voie de garage et le vieil édicule qu'elle bordait, tandis qu'une nouvelle voirie a fait son apparition à gauche.]

30/07/2014

Mon amie en tête

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pft,train,hle2005,gare,adieuIl était presque 8h15, un samedi, à Bruxelles-Midi, lorsqu'est arrivée à la voie 10, à grands coups d'avertisseur, celle qu'attendaient deux cent pèlerins, venus de la Belgique entière et des pays voisins. Sous les flashes déjà crépitants, elle s'est avancée, superbe, repeinte dans sa livrée verte d'origine, tirant quatre vieilles voitures M2. Elle, c'était la locomotive 2005, une amie désormais déclassée, nous offrant un voyage d'adieu.

Douze heures durant, elle nous a baladés de Bruxelles à Bruxelles via Gembloux, Floreffe, Marloie, Statte, Aiseau, Thuin... Elle n'a jamais fléchi, puissante, robuste, fiable. Elle ne nous a jamais déçus; je ne me suis jamais lassé d'elle. C'était elle la vedette du jour, déroulant facile, fière, sereine. Malgré son âge, ce n'était au fond rien d'étonnant pour une machine jadis parmi les plus puissantes d'Europe.

Et belge. Fabriquée chez nous à une époque, finalement pas si lointaine, où l'industrie brillait encore, où l'on fabriquait nos propres locomotives. Alors, on lui a confié les tâches lourdes qu'elle méritait, les profils de ligne les plus ingrats et - heureusement - le prestige de mener la danse en tête vers Luxembourg, au jour le jour. A Ciney, à Jemelle, à Marbehan, elle m'a toujours séduit, élégante et déterminée.

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pft,train,hle2005,gare,adieuEtais-je le seul voyageur parmi les trainspotters ce jour-là? J'ai appris des rituels en descendant avec eux pour les poses, ces arrêts-photos où, avec l'objectif qu'on a, on immortalise le train immobile, un peu contre nature. J'ai aussi appris que mon amie ne finirait pas au musée, qu'on lui préférerait une autre. Alors, chaque photo a compté. Et le voyage m'a soudain paru trop court.

Quelques fois, lors de cette journée un peu folle, la 2005 a rugi comme une lionne. Car il ne faut pas l'oublier: le vacarme en gare était son plus grand charme. Au soir, je l'ai laissée à Dieu. Merci au PFT pour ces instants magiques où, douze heures durant, je me suis revu enfant, tenant la main de ma mère, montant dans le train pour Luxembourg, mon amie en tête.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises le 24 mai 2014. Tout en haut, la 2005 et son petit convoi de voitures M2 posent à la sortie du tunnel d'Onoz. Ensuite, à gauche, le cortège de trainspotters se presse afin d'aller se mettre en place pour la photo à Chastre. Au milieu, nouvel arrêt-photo, cette fois entre Haversin et Hogne, sur la ligne du Luxembourg. A droite, une vue de la plaque commémorative réalisée par le PFT. Tout en bas, enfin, la 2005, toujours vaillante, stationne dans le faisceau de la gare d'Erquelinnes avant son ultime changement de front.]

23:53 Publié dans railleries | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pft, train, hle2005, gare, adieu

09/07/2014

Après les bombes, les briques à Berlin-Nordbahnhof [D]

[Sept années ont passé depuis le lancement de ce blog. Je me souviens que c'est à Berlin-Hauptbahnhof [D] que j'ai puisé l'envie de parler des gares. Puisque l'occasion m'était donnée d'y retourner, je suis revenu sur mes pas et j'ai poursuivi, deux heures durant, ma petite exploration ferroviaire d'une ville à l'histoire dense, où la mémoire est un chantier permanent, sous terre et à ciel ouvert...]

train,gare,berlin-nordbahnhofCette fois-ci, je suis sorti de Hauptbahnhof, la gare centrale de Berlin, du côté nord. Avant de me lancer sur Invalidenstrasse, j'ai examiné les panneaux à l'infographie élaborée présentant aux passants l'énorme chantier, situé en contrebas à l'est. Là, bientôt, rouleront sous terre les rames de la nouvelle ligne S21. Hauptbahnhof, inaugurée en 2006, n'en finit pas de grandir. S-Bahn, trains régionaux, grandes lignes: la gare envoie du monde sur toutes les distances.

J'ai traversé devant la gare et pris à droite. En franchissant le canal, j'ai jeté un oeil sur Hamburger Bahnhof, une gare désormais égarée, sans voies, statufiée. Une gare-monument, jolie même si elle se cache, mais qui ne souvient plus du temps où y embarquaient les voyageurs pour Hambourg. train,gare,berlin-nordbahnhofSerait-il déjà question de fantômes, de marques laissées par des âmes évaporées? Un peu plus loin, il est apparu, entre deux bulldozers, qu'on posait de nouveaux rails sur Invalidenstrasse. Les pieds dans la poussière, je me suis dit que les trams à venir la rendraient sans doute moins... invalidante!

Puis je suis arrivé à Berlin-Nordbahnhof, que j'avais choisie trop légèrement, juste parce que c'était, sur la carte, une autre bahnhof. J'y ai trouvé beaucoup de matière, énormément d'histoire à fleur de peau, et puis des sentiments forts. Résumer ma visite est un exercice injuste, alors je n'essaierai pas. A Berlin-Nordbahnhof, l'histoire des vies passées dépasse l'Histoire et ses débordements: aux dates, aux faits, aux actes de guerre je préfère le récit des vies d'alors, avec train,gare,berlin-nordbahnhofleurs valeurs et leurs motivations.

C'est que le Mur est passé par ici, non pas pendant le guerre mais après. Après les bombes, les briques. Après le sang, la dictature. Sous terre, des stations ferment d'un jour à l'autre: celles reliant Berlin-Ouest à Berlin-Ouest mais en passant par l'Est. Par l'Est, où l'on équipe les quais de bunkers, où trois soldats armés guettent dans la pénombre le premier mouvement interdit. Pour que les soldats eux-mêmes ne fuient pas à l'Ouest, on les enferme dans le bunker. Il y a des pièges et l'ordre de tirer à vue. Dans ces stations fantômes, les métros passent au ralenti. Rares sont les voyageurs qui, derrière la fenêtre du compartiment, cherchent le regard d'un soldat ennemi, même en cage. Ce n'était au fond pas nécessaire; la liberté était déjà du côté de la lumière.

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Imaginez-vous la scène la prochaine fois que vous passez par Bruxelles-Congrès en train, le week-end, en regardant par la fenêtre. Imaginez sur les quais faiblement éclairés trois hommes sombres et sévères, patrouillant, fusils-mitrailleurs aux abois, capturant votre regard...

Cette image forte viendra à quiconque prend le temps de parcourir les couloirs de Nordbahnhof, celle qui de nom n'est plus aujourd'hui qu'une station de métro sur les lignes S1, S2 et S25. Sur les murs aussi sont décrites et richement illustrées les tentatives, réussies ou non, de ces Allemands de l'Est ayant cherché l'air libre à tout prix. Et il faut s'émouvoir du nettoyage des consciences, de l'amnésie orchestrée par la dictature, du cynisme de ceux qui ont voulu faire du souvenir de la liberté un crime.

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train,gare,berlin-nordbahnhofÉbranlé, je ne suis pas resté sous terre. En surface, avec à peine plus d'oxygène, je me suis dirigé à l'instinct. J'ai franchi la grille d'un parc, sachant que je pourrais y sentir le murmure d'un passé plus lointain, avant le Mur, avant les guerres, avec moins de sang. J'ai marché là où jadis s'élançaient les trains vers Szceczin. Il y avait ici une grande gare, avec des grands trains, avant les bombes. C'était Stettiner Bahnhof. Quand Stettin l'allemande est devenue Szceczin la polonaise, la gare - ou ce qu'il en restait - est devenue Nordbahnhof. 

J'ai marché un peu trop longtemps. Mais de chaque seconde qui me rapprochait de mon retour à Hauptbahnhof, j'ai voulu bâtir une éternité, une paix sans frontières, pour moi et pour tout le monde. Je me suis promis, en rentrant sous terre, de ne jamais prendre le train de l'oubli. A Berlin-Nordbahnhof, chaque vie a compté. Chaque vie était une brique dans le mur du souvenir, celui que j'ai longé en rentrant chez moi. 

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Berlin-Nordbahnhof le 23 mai 2014.]

24/06/2014

Deux cents mètres à Godinne

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godinne,sncb,gare,train,ligne 154A Godinne, sur la ligne 154, comme ailleurs en Belgique, les trains roulent normalement à gauche. Ceux qui remontent le cours de la Meuse vers Yvoir et Dinant caressent la roche. Ceux qui redescendent vers Namur viennent se coller contre l'ancienne gare, une jolie relique du Nord-Belge, un peu surannée. A priori, à deux cents mètres près, cette gare semble paisible, si verte, si minérale.

Ce serait là oublier l'accident du 11 mai 2012, lorsqu'un train de marchandises en a embouti un autre, pas très loin, dans la courbe du côté du viaduc. Personne n'est mort, heureusement, et le wagon chargé de disulfure de carbone n'a pas fui. Mais la signalisation a failli, tout comme certaines procédures l'entourant. Arrêt ou marche à vue, laissez les cheminots vous expliquer...

Ce serait oublier aussi les drames quotidiens en puissance. Ce jour-là, un Vendredi Saint, deux jeunes filles ont traversé sur les voies devant la gare, l'une après l'autre, à douze minutes d'intervalle, sans se presser, sans vraie raison m'a-t-il semblé. Au loin, à contre-voie, un feu vert clignotait... Il viendra bientôt le jour d'une fatale imprudence à Godinne, un signal pourri, mal compris...

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godinne,sncb,gare,train,ligne 154Il y a dans notre société trop d'hédonisme, trop d'insouciance. A Godinne, tout au bout des quais, se trouve un passage protégé, juste pour les piétons, avec barrières et signal sonore. Il est certes à deux cents mètres de la gare. Mais marchez, jeunes filles! Mais marchez, bonnes gens, car il sert de courir un peu pour se garder sauf. Partez juste à temps et jamais trop tard.

Puisque ce jour-là, les Saints nous gardaient, j'ai cherché à oublier morales et destins, et prendre en image ce lieu funeste mais délicieux. Une fois encore, c'est quand il n'y a eu personne que je l'ai aimée, ma gare minérale. Mais je dois bien reconnaître que de mauvais spectres ne m'ont jamais vraiment quitté, et qu'il me faudra y retourner, prêt à marcher le coeur un peu plus léger.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Godinne le 18 avril 2014.]