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30/09/2015

Le Vauban

(ou A vitesse humaine de Namur à Mulhouse)

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A l’ère du train à grande vitesse, il ne reste plus guère, dans la Belgique de nos jours, de trains internationaux à moindre vitesse. Les rames « traditionnelles » qui relient toujours Bruxelles-Midi à Amsterdam avec multiples arrêts en Belgique et aux Pays-Bas ne subsistent qu’en raison de la débâcle du Fyra, souvenons-nous en. Hormis elles, seuls l’Iris et le Vauban offrent encore une réplique, certes dérisoire, aux TGV, Thalys, Eurostar et autres ICE. Leur avenir à court terme est menacé, et c’est regrettable à plus d’un titre.

L’Iris et le Vauban circulent tous deux de jour entre Bruxelles-Midi et Basel (Bâle) en Suisse. A l’époque de leur création, en 1988, ces trains alors EuroCity poussaient jusqu’à Milano (Milan). Avec le temps, leur itinéraire a été raccourci vers Zurich. Jusqu’en 2014, ils roulaient jusqu’à Chur (Coire), toujours en Suisse. Il y a quelques années, la SNCB a néanmoins décidé d’intégrer les deux trains dans les tableaux horaires des liaisons entre Bruxelles et Luxembourg et de leur imposer des arrêts supplémentaires à Ottignies, Gembloux, Ciney, Marloie, Jemelle, Libramont et même Marbehan, les rendant nettement moins attrayants aux yeux de nombreux voyageurs et entraînant leur déclassement de la catégorie EuroCity.

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A Luxembourg, la 1352 a achevé sa mission. Elle a été décrochée et s’est éloignée sereinement tandis qu’à l’autre extrémité du train est venue s’accrocher une Sybic française (série BB26000). Après le le changement de front, devenu rare de nos jours, celle-ci a emmené nos voitures belges sur les rails grands-ducaux puis par-delà la frontière française. Entre Thionville et Metz-Ville s’étendent les très larges faisceaux ferrés de la sidérurgie lorraine, qui semblent ne jamais rétrécir d’Uckange à Woippy-Triage. Au-delà de Metz, en longeant les contreforts des Vosges, la ligne à nouveau verte et rocheuse m’a porté dans des paysages inédits, paisibles au possible, où j’aurais aimé me poser pour regarder les trains passer…

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A 13h04 précises, le Vauban est entré sous la halle de la gare de Strasbourg, cette autre capitale de l’Europe qu’il me faudra explorer un jour. Etonnamment peut-être, c’est la gare de Sélestat, atteinte à 13h27, qui m’a séduit le plus : à sa mesure, avec ses couleurs propres et son étendue désormais révolue, elle m’a rappelé Luttre… Mais l’objectif se rapprochait. Malgré le nez collé à la fenêtre, j’ai presque oublié de jeter un œil insistant sur Colmar et sa gare. C’est que la Sybic, roulant à tombeau ouvert (200km/h), semblait elle aussi pressée d’atteindre Mulhouse. Après 6 heures et 22 minutes, je suis descendu à quai, très fier de mon beau voyage à vitesse humaine.

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Moins de 48 heures plus tard, j’ai effectué le chemin inverse, toujours dans le Vauban, de Mulhouse à Namur.

Une fois encore, je ne me rallierai pas à l’invérifiable majorité de voyageurs qui exigeraient des TGV pour tout trajet dépassant 200 kilomètres. C’est qu’on voudrait remplacer, dès 2016, l’Iris et le Vauban par une liaison scindée à entamer par un nouveau TGV Bruxelles-Strasbourg, pour le bénéfice unique d’europarlementaires et d’eurocrates grassement rémunérés et toujours si pressés. Voilà qui n’arrangera guère les gens de Libramont ou même de Marbehan qui, à l'influence, ne comptent que pour des plumes face au plomb des eurobidules !

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Et donc, sur les quais de Mulhouse, alors que le Vauban s’éloignait vers Saint-Louis, j’aurais aimé m’élever tel l’oiseau pour le suivre de là-haut, vers la Suisse et ses alpages, comme du temps de l’Edelweiss…

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[ILLUSTRATIONS - Parmi les photos, de bas en haut, on peut apercevoir la 1352 de la SNCB lors de son découplage du Vauban à Luxembourg le 26 août 2015; une vue des quais de la gare de Sélestat, où stationne une rame TER Alsace, prise par la fenêtre du train; l'intérieur un peu vieillot de la voiture I10 (n°12179) dans laquelle j'ai fait le trajet de Namur à Mulhouse le 26 août 2015; et enfin le Vauban entrant en gare de Mulhouse le 28 août 2015, avec la Sybic 26167 en tête, lors de mon voyage retour vers la Belgique.] 

14/09/2015

Une gare de tranchée à Weerde

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weerde,sncb,nmbs,gare,station,train,ligne 25,ligne 27,ligne 27bOn trouve à Weerde, dans le Brabant flamand, une gare étrangement disposée, rare en son genre, dont on dira qu'elle est brutale et paisible à la fois. On ne l'aborde que prêt et paré aux déferlements, aux hordes insolentes de trains vifs et moins vifs qui passent et dépassent, parfois avec fracas, leurs compagnons d'armes. A bien y voir, pourtant, on la sent rompue aux manoeuvres, sereine dans le devoir.

Ces circulations à vitesses variable mènent les voyageurs de Bruxelles à Mechelen (Malines), ou l'inverse. Avant Weerde, en venant de la capitale, les lignes 25 et 27 jusqu'ici collées s'écartent, s'évasent sur leur remblai respectif, laissant entre elles une large tranchée dans laquelle on trouve, blottie comme à Eppegem, une vieiile gare jaunie. Une gare de tranchée, une vraie, une brave ayant survécu aux guerres et aux clans.

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weerde,sncb,nmbs,gare,station,train,ligne 25,ligne 27,ligne 27bEn semaine, les trains s'arrêtent voies 3 et 4, sur la ligne 27 donc. Le samedi et le dimanche, on embarque et débarque voies 1 et 2 sur la ligne 25. Prêt et paré qu'il faut être, vous disais-je... Il pourrait même un jour y avoir des voies 5 et 6 si on bardait de quais, comme cela a été envisagé, la ligne 27B qui déboîte vers Leuven (Louvain), juste avant le quai de la voie 4, derrière les arbres.

Pour le reste, on pourrait étudier l'ampleur exacte des tiraillements entre les communes de Weerde et de Zemst, depuis fusionnées sous cette dernière, lorsqu'il fallut, il y a un siècle et demi, donner à a gare son nom. Aujourd'hui, le tissu urbain s'est épaissi et les querelles de clochers se sont éteintes. Mais il y a bien dû y avoir des mayeurs agacés, des échevins remontés, prêts à en découdre pour l'identité ferroviaire.

De nos jours, la tranchée est occupée par l'automobile. On en compte des dizaines, parquées, silencieuses, attendant en contrebas des voies le retour de leurs propriétaires. Chez Mie van Bart, le restaurant à la douce thématique ferroviaire occupant l'ancienne gare, la seule rivalité qui subsiste est celle qui oppose, à distance, dans les assiettes, les tranches de boeuf aux tranches de saumon...

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Weerde le 30 juillet 2015.] 

15/07/2015

Au revoir à l'infini

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Dans toutes mes gares, on se dit bonjour et on se dit au revoir. Des baisers sur le quai, des larmes avant d’embarquer, des high fives entre potes, une exclamation pour l’homme du rail. C’est parfois bonjour le soir et bonsoir le matin, car il n’y a plus d’heure et au diable les moyennes ! Demain, ce petit monde se réarrangera le long des voies ; il y aura peut-être un nouveau visage, naïf, hilare peut-être.

Au-delà de l’océan, je ne ferai plus le nombre. Si je reviens vite, le manège reprendra, de train en train, jusqu’à la fin des horaires, et les gares se rallumeront. Si j’y reste, malgré moi, alors tout s’éteindra, de relais en relais, du premier signal au dernier. Non ! La fin du tunnel est proche. Je le sais, je le sens. Exécutons et revenons, excusé…

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Puisque je m’en vais un peu, loin de mes gares, je vous en laisse le soin. A Lobbes, chez moi, Philippe parlera de pastis et de courses cyclistes. A Hourpes, chez moi aussi, il y aura toujours moins de voyageurs que de trains. A Charleroi, chez toi, les navetteurs iront et viendront plus rares. A Bruxelles-Nord, chez vous, il y aura des trains T et des trolleys par milliers.

Au-delà, partout ailleurs, il pleuvra sans doute assez. A Hamont comme à Leval, le barbecue vivra. Des bambins en sandales verront leur premier train à Herne comme à Ampsin. Il y aura des jardins de sable à Blankenberge, des plages de foin à Beauraing. Les chantiers cesseront, les tondeuses vrombiront – absentément, je vous le dis.

Là-bas, où je serai, ce monde s’éteindra treize jours durant. J’espère qu’on me laissera le temps d’aimer une étrangère. Mais je sais déjà que la seule thérapie viendra sur l’oreiller, lors de voyages les yeux grand fermés. Ceci n’est pas un adieu, juste un au revoir à l’infini, amplifié par ces trains interdits dans lesquels nous ne monterons pas.

Et puisque voilà le soir venu, je vous dis bonjour et à bientôt.

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10/06/2015

Un parapluie pour Landegem

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sncb,gare,train,landegem,ligne 50a,nmbs,stationEt lorsque je suis arrivé à Landegem, il s'est mis à pleuvoir. Juste un peu, rien qui pourrait tremper. Mais les gouttes, innocemment, ont magnifié le décor de la bourgade assoupie, bordée par le canal de Schipdonk, parcourue par des rues prospères et proprettes. L'une d'entre elles mène à la gare, un endroit morne et étrange qui se prête néanmoins à la photographie.

Ici, la ligne 50A est à quatre voies depuis longtemps. Elle forme une autoroute ferroviaire qu'empruntent près de 300 trains par beau temps les jours d'été. Au trafic naturellement nourri de directs vers Brugge et la côte, ou vers Gent, s'ajoutent les circulations d'omnibus s'arrêtant à Drongen, Hansbeke et Aalter, entre autres. A Landegem, la 50A et la E40 sont presque parallèles.

De fait, les quatre voies surplombent la Stationsstraat et font de cette station une gare-parapluie, dont le bâtiment est une construction moderne, modeste et maladroite, ni franchement terrestre, ni franchement sous-terraine, écrasée par les trains en tout cas. Fermée ce dimanche, autant l'éviter et se laisser habiter par le vent qui vient avec la pluie. 

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sncb,gare,train,landegem,ligne 50a,nmbs,stationAvant de monter à quai, j'ai été - dirais-je séduit - par le thème jaune et brun des accès aux voies. S'agit-il d'une manifestation d'une certaine identité flamande, ou ne doit-on y voir que deux couleurs comme d'autres, comme le rouge et le vert des quais de Denderleeuw par exemple? Mais déjà un autre courant d'air m'a porté vers les voies...

Une nouvelle rame de M6 a fendu l'air. Sur cette passerelle paysagère, où il faut rester prudent, deux Desiro se sont croisées. Alors que la pluie redoublait, j'ai marché sur la toile du parapluie à Landegem. La tête rafraîchie, j'ai pris quelques clichés avant de me remettre au sec. En repartant vers Gent, je me suis méfié des parapluies à quatre voies, ceux qui menacent, avec le temps, nos vieilles gares bien aimées.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Landegem le 26 avril 2015]

24/05/2015

Le dernier printemps de Hansbeke

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hansbeke,gare,train,sncb,nmbs,stationIl y a toujours un dernier printemps, un ultime regard pour la nature en éveil, avant que ne s'abatte la grande faux. Même si d'aucunes défient le temps, les gares n'échappent guère à ce funeste destin. A Hansbeke, entre Gent et Brugge, la mise à quatre voies de la ligne 50A entraînera tout bientôt la démolition d'un bâtiment ferroviaire remarquable, tant par son esthétisme que par sa valeur patrimoniale.

Alors, au prix de quatre trains, je me suis rendu un dimanche matin au chevet de cette belle inconnue. Comme ailleurs dans les Flandres, la première gare installée par l'Etat à Hansbeke ne survécut pas aux destructions de la guerre 14-18. La bâtisse qui nous occupe, depuis longtemps délaissée par Infrabel et la SNCB, date de 1923 et de l'époque où l'Etat réimplanta des gares type là où il le fallait.

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L'architecte de l'Etat décida alors que, pour son premier printemps, la gare de Hansbeke serait l'une des trois dont la robe porterait des bandeaux horizontaux de briques jaunes. Voilà qui la distinguait de nombre de ses semblables aux toitures à pans coupés. Sans vouloir paraître conservateur à outrance, sa démolition prochaine était-elle réellement inévitable?

hansbeke,gare,train,sncb,nmbs,stationDans cette Flandre plate où tout semble décidément à sa place, la nostalgie se distille à doses homéopathiques. Un document d'Infrabel à l'écriture léchée évoque la nécessité de fournir une infrastructure en phase avec les besoins contemporains pour justifier la disparition de l'ancienne gare. Peu sont ceux qui paraissent s'en émouvoir: le tourisme côtier et le port de Zeebrugge ne sont-ils pas des arguments assez convaincants?

Au chevet de la gare de Hansbeke, sous une pluie d'avril, je l'ai immortalisée. C'était un devoir de mémoire, dicté par un sentiment d'injustice. C'était un impératif, le moins que je puisse faire vraiment. En longeant les voies à distance jusqu'à Landegem, j'ai salué pour la forme les tulipes, celles du dernier printemps de Hansbeke.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Hansbeke le 26 avril 2015.]