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15/01/2017

Espoir et silence

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Voilà près de dix années que je vous balade de gare en gare, de Belgique et d’ailleurs, là où la vie me porte. J’impose souvent une vision contemplative – certains diront même angélique – de nos chemins de fer, sans vraiment utiliser ma tribune pour critiquer ce qui doit l’être, sans relever les dysfonctionnements. C’est vrai ; ce n’est que rarement mon propos.

A ma façon, je lutte contre ce misérabilisme qui est tellement à la mode. La ponctualité des trains régresse encore ? Et alors ? Selon quel principe faudrait-il qu’ils soient nécessairement plus souvent à l’heure que les automobiles engluées dans les bouchons et ralentissements ? On peut certes exiger plus d’efficacité, mais sans colère ni lamentation.

On trouvera toujours la statistique qui prouvera que rien ne va. Or, étudiée de près, l’histoire du rail belge montre, avec une clarté surprenante, que l’incompétence en gestion ferroviaire dont on aime accuser les décideurs n’est en fait que le prolongement imparable et impersonnel de problèmes structurels ou sociétaux très anciens. Saviez-vous, par exemple, qu’on volait déjà des métaux le long des voies il y a un siècle ?

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Après tout ce temps, vous le savez : je ne suis ni cheminot, ni photographe, ni écrivain… Plutôt que critiquer, je préfère espérer en silence, au fil de mes quinze heures de train hebdomadaires. Pour le reste, j’aime les gares, et l’instantané, et le chant de la vie, qui est parfois gai, parfois triste. Suis-je un voyageur professionnel ? C’est bien possible. Je sais parfois les choses avant le chef de gare…

Alors, puisque je veux poursuivre mon constat admiratif, je vais vous balader encore le long des rails, réels ou imaginaires. En vous souhaitant une saine et heureuse année 2017, je vous promets de ne jamais vraiment boucler la boucle. Ne me souhaitez rien d’autre que de bons voyages ; nous sommes à l’aube d’un nouvel âge d’or pour le transport en commun.

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Et donc, pour continuer, je vais vous emmener enfin tout au bout de l’ancienne ligne 109, à Froidchapelle, à Robechies et à Chimay, en sondant les silences ancestraux de la forêt domaniale, à la recherche de l’écho des trains d’antan… Mais avant ça, passons par un lieu bien étrange.

[ILLUSTRATIONS - (tout en haut:) Le 26 juin 2016, la 1319 redescend la ligne 130a en début de soirée et passe en gare de Lobbes en début de soirée. (au milieu:) On ne verra sans doute plus jamais de voitures couchettes I6 Bc à Charleroi-Sud, ici photographiées en début de soirée le 15 juillet 2016: les tout derniers trains de pèlerins vers Lourdes [F] ont circulé en 2016. (ci-dessus:) D'ici quelques semaines, vous pourrez lire la fin du périple le long de l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay). (ci-dessous:) Mais faisons d'abord un crochet par un lieu en perdition...]

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30/12/2016

Une journée en train

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train,billet shopping,liège-guillemins,spa-géronstère,spa,pepinster,dolhain-gileppe,gare,ligne 37,ligne 44Cela a commencé comme une chanson d'enfant. Un seul voyageur dans le bus, deux dans le train, trois sur le quai, quatre dans la librairie... Il gelait à pierre fendre ce matin, l'avant-dernier de l'année, la nuit n'ayant que mieux nappé les campagnes d'un film givré. En glissant vers Lobbes, le pantographe craquait de mille étincelles argentées avant de m'emmener au loin.

L'accompagnateur a raillé. "Eh ben, vous, vous ne serez pas vite arrivé!" Ben non, aurais-je dû dire. Mais c'est devenu comme un rituel, entre les fêtes, de m'envoyer, au prix d'un billet Shopping, à l'autre bout du pays! Et cela commence toujours, tel un polar, en sentant la Sambre glacée et noire serpenter sous le train avant Marchienne-Zône.

A Charleroi, d'abord, j'ai souhaité un bon réveillon à Thibaut et à Sergio en leur prenant un café. Après, les kilomètres se sont enchaînés, dès le soleil sur Tamines levé et au-delà des brouillards mosans de Bas-Oha. Aux Guillemins, puis à Pepinster, il m'a fallu changer de train pour partir encore, avant de toucher terre à Spa-Géronstère.

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train,billet shopping,liège-guillemins,spa-géronstère,spa,pepinster,dolhain-gileppe,gare,ligne 37,ligne 44Au dégel, j'ai traversé Spa en m'arrêtant aux abords de chaque monument, signe d'une ancienne Belgique. J'y ai trouvé une lumière franche, démentant décembre, peignant au pastel les pierres et leurs tourments. Et puis j'ai fui! J'ai découvert Dolhain-Gileppe et sa courbe moderne, avant de prendre quelques clichés de Pepinster et son triangle.

Décembre démentant, le crépuscule est trop vite arrivé. De retour aux Guillemins, j'ai salué le machiniste de la 7766 manoeuvrant pour la changer de front, ronronnante comme moi au bout de ma journée. Cela s'est terminé comme une autre comptine: il y eut neuf trains, six gares et trois billets, de Lobbes à Lobbes, entre deux méandres de la Sambre endormie... 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises le 30 décembre 2016. ::de haut en bas:: Le billet Shopping m'ayant permis de couvrir le plus grand nombre de kilomètres : La gare de Liège-Guillemins accueille pendant les fêtes une animation d'automates de Noël, sous chapiteau : Le terminus de Spa-Géronstère, sur la ligne 44, où l'automotrice 647 s'apprête à repartir vers Aachen [D] : Le nouveau point d'arrêt de Dolhain-Gileppe, sur la ligne 37 : Départ de Pepinster à destination de Liège-Guillemins à bord de l'IC438, assuré par la 1867 et un long convoi de voitures M6 aptes à circuler à 200km/h.]

28/11/2016

[MDG] Antananarivo, la gare oubliée

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Dans le Café de la Gare, Fanja a vite remarqué mon manège. « Vous aimez les trains ? ». J’ai acquiescé, en précisant que j’aimais peut-être plus les gares que les trains. Avec un sourire et beaucoup de douceur, comme si elle avait peur de me décevoir, elle m’a expliqué que le dernier train voyageurs était passé il y a plus de quarante ans. « C’est dommage, », a-t-elle ajouté, « car moi aussi j’aime les trains. ».

madagascar,antananarivo,gare,trainLa gare d’Antananarivo, capitale de Madagascar, est située au bout de l’avenue de l’Indépendance dont elle est assurément le plus bel édifice. Dans un pays qui ne cesse de s’appauvrir, où le service public finit de disparaître, les seuls trains qui roulent encore ici sont ceux qui acheminent marchandises et carburants vers Antsirabe, au sud, ou le rivage nord-est.

Avant de m’attabler, j’ai inspecté le Café de la Gare, sur les murs duquel figurent plusieurs représentations des trains d’antan. Sur la terrasse, tout près des voies, un très vieux wagon accueille désormais les toilettes, aménagées avec élégance. Sur sa droite, au-delà de la barrière, de petits accouplements de wagons citernes ne semblent plus attendre le départ.

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madagascar,antananarivo,gare,trainA la nuit tombée, on m’a servi un steak de zébu et des frites. Un vrombissement certain m’a détourné de la conversation que j’avais avec un collègue burkinabé. Je ne me suis pas levé et je n’ai rien vu, sinon le phare très brillant d’une locomotive inconnue défilant lentement derrière une fenêtre et puis l’autre dans le fond de la salle. Pour moi, l’espace d’un court instant, la gare a vécu.

Fanja m’a encore appris qu’on avait fait rouler une micheline pour les touristes jusqu’il y a quelques années. Mais ça aussi, c’est fini. En sortant de la gare, en prenant la mesure de ces hordes de jeunes Malgaches au visage grave vivant du commerce à la sauvette, je me suis dit qu’ils n’avaient sans doute jamais connu le train et que, pour eux, Antananarivo était une gare oubliée…

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises aux alentours de la gare d'Antananarivo (Madagascar) les 15 et 17 novembre 2016.]

30/10/2016

Buses et boulets à Obaix-Buzet

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Le point d’arrêt d’Obaix-Buzet, entre Nivelles et Luttre sur la ligne 124 (Bruxelles-Charleroi), mérite cet instant d’attention. Concédons d’emblée qu’il n’est pas le champion de l’esthétique : deux longs quais en béton, modernes et relevés, ponctuent à peine une longue ligne droite menant, par-delà le canal, aux vastes emprises du chemin de fer à Luttre-Pont-à-Celles. Froid mais fonctionnel, il permet à tout un lieu à la démographie explosive d’éviter, en semaine seulement, l’usage de la voiture.

ligne 124,obaix-buzet,gare,train,sncbLe quartier de la gare présente un habitat vieilli. Un couloir sous les voies, tagué et mal éclairé, a fait oublier le passage à niveau qui les coupait jadis, à cet endroit, bien perpendiculairement. Du côté est, la petite place qui borde la rue Del Bore rappelle que s’y dressait autrefois un bâtiment des recettes, une gare de l’Etat. A l’ouest, un petit sentier jouxte le quai de la voie 2, puis bifurque et grimpe à travers champ pour rejoindre la rue du Moulin à vent.

Lors de mes passages à la belle saison en 2016, un singulier salon avait été installé, sans doute par de jeunes riverains, dans un abri, voie 2. Je ne me suis jamais assis sur les vieilles chaises qui le composaient; je n’étais pas invité et c’était trop de luxe pour mon entreprise. J’étais venu observer, à Obaix-Buzet, la nouvelle cadence des trains. C’est que, jusqu’il y a peu, l’offre journalière de transport se limitait à une poignée de trains aux heures de pointes matinale et vespérale...

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Assis sur un bloc en béton, deux heures durant, j’ai regardé passer les trains. Un InterCity, puis un autre, ont fendu l’air sans même voir l’arrêt ; ces buses, lancées à 140 à l’heure, semblaient pressées d’arriver à Luttre ou à Nivelles. Puis il y eut, sur chaque voie, le freinage élégant d’une doublette ou triplette de Desiros, chargeant et déchargeant quelques villageois, assurant de curieux InterCity omnibus entre Charleroi et Brussels Airport-Zaventem, tels des boulets cabotant.

J’aurais aimé converser avec l’un ou l’autre navetteur y habitant, histoire de savoir pourquoi certains furent mécontents lorsqu’on passa à la desserte horaire. En parlant, on aurait regardé les InterCity cisailler l’air en se croisant. Dans le singulier salon, on aurait attendu les trains suivants en arrêtant le temps, avec abandon, en appréciant plus que de raison l’alternance entre buses et boulets à Obaix-Buzet…

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24/09/2016

La mathématique du retard

Je quitte le bureau, situé non loin de Bruxelles-Nord, à 17h47. Le train IC2039 de 18h02, que je compte prendre, est annoncé sur www.belgianrail.be comme ayant 6 minutes de retard. Je me presse tout de même, parce qu’un retard peut vite être ‘refait’. Me voici voie 12 et le voilà annoncé avec 14 minutes de retard. En consultant l’app de la SNCB, je comprends qu’à hauteur de Mechelen, mon train, à cause de son retard, n'a pu redémarrer qu'après d’autres trains, eux bien à l'heure, le précédant désormais vers Bruxelles.

De fait, sur les panneaux électroniques du quai, le retard de mon train passe à 16, puis 18, puis 19, puis finalement 22 minutes quand on démarre de Bruxelles-Nord. Naturellement, le train S1 1989 de 18h12 à destination de Nivelles est parti depuis longtemps et, vu notre retard, je doute qu’on le retienne à Bruxelles-Midi pour laisser passer mon IC. Puisque les jours du RER sur cette ligne 124 sont encore loins, on restera coincé derrière le S1 et on prendra un retard supplémentaire de 8 à 10 minutes.

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A ce moment, connaissant les circulations sur la ligne, je me demande si, à Linkebeek, on laissera également passer le train IC4039 qui provient de Brussels Airport-Zaventem et, d'après l'app, circule lui-même avec un gros quart d’heure de retard... Je scrute à travers la vitre, me retourne sur la gauche au moment voulu, et je la vois, derrière les buissons, la doublette de Desiros qui attend que nous passions. Nous avons déjà 26 minutes de retard à ce stade, tout de même.

Nous avons 34 minutes dans la vue à Braine-l’Alleud. Ca doit bouchonner sur la voie derrière nous, car en plus de l’IC4039, l’IC4539 aurait dû, lui aussi, arriver à Braine cinq minutes plus tôt… Et donc après Braine, comme c’est souvent le cas, le train a enfin pu cavaler, pour tenter de sauver les meubles. Les arrêts à Nivelles, Luttre et Marchienne auront rarement été aussi brefs.

Peu importe. A l’arrivée à Charleroi-Sud, la mathématique du retard est apparue dans toute sa clarté. Après découplage des demi-rames, le train dans lequel j'étais est reparti vers Bruxelles avec une vingtaine de minutes de retard (IC4519). De même, les Desiro ayant assuré l’IC4039 ont redémarré vers Brussels Airport-Zaventem (IC4019) avec le quart d’heure dans la vue… Qu'il soit démontré, ici, que le petit retard d’un seul train au départ, sur notre réseau, peut avoir un effet domino.

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Et donc, rien que pour l'exercice, je me suis demandé combien de personnes, dans tous ces trains mais aussi dans les suivants, avaient été impactées ? Combien auraient-eu à souffrir de cette cascade de retards, à en rater un rendez-vous, une réunion de parents, le badminton des enfants ? Quel pourcentage sera allé au lit fâché? Et puis, pour mieux condamner sans doute, certains demanderont: et quel coût pour l'économie tout ça? 

On n'interdira jamais le retard. C'est la vie. CQFD. Et donc, puisque pour moi le temps était sans conséquence, il m’a semblé que je devais écrire ce billet, non pour critiquer, mais pour constater, selon la mathématique du retard, qu’il en faut décidément bien peu, dans notre monde devenu si exigeant, pour modifier les plans sacrés de notre petite existence…

23:34 Publié dans caténerfs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sncb, train, infrabel, retards