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24/09/2016

La mathématique du retard

Je quitte le bureau, situé non loin de Bruxelles-Nord, à 17h47. Le train IC2039 de 18h02, que je compte prendre, est annoncé sur www.belgianrail.be comme ayant 6 minutes de retard. Je me presse tout de même, parce qu’un retard peut vite être ‘refait’. Me voici voie 12 et le voilà annoncé avec 14 minutes de retard. En consultant l’app de la SNCB, je comprends qu’à hauteur de Mechelen, mon train, à cause de son retard, n'a pu redémarrer qu'après d’autres trains, eux bien à l'heure, le précédant désormais vers Bruxelles.

De fait, sur les panneaux électroniques du quai, le retard de mon train passe à 16, puis 18, puis 19, puis finalement 22 minutes quand on démarre de Bruxelles-Nord. Naturellement, le train S1 1989 de 18h12 à destination de Nivelles est parti depuis longtemps et, vu notre retard, je doute qu’on le retienne à Bruxelles-Midi pour laisser passer mon IC. Puisque les jours du RER sur cette ligne 124 sont encore loins, on restera coincé derrière le S1 et on prendra un retard supplémentaire de 8 à 10 minutes.

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A ce moment, connaissant les circulations sur la ligne, je me demande si, à Linkebeek, on laissera également passer le train IC4039 qui provient de Brussels Airport-Zaventem et, d'après l'app, circule lui-même avec un gros quart d’heure de retard... Je scrute à travers la vitre, me retourne sur la gauche au moment voulu, et je la vois, derrière les buissons, la doublette de Desiros qui attend que nous passions. Nous avons déjà 26 minutes de retard à ce stade, tout de même.

Nous avons 34 minutes dans la vue à Braine-l’Alleud. Ca doit bouchonner sur la voie derrière nous, car en plus de l’IC4039, l’IC4539 aurait dû, lui aussi, arriver à Braine cinq minutes plus tôt… Et donc après Braine, comme c’est souvent le cas, le train a enfin pu cavaler, pour tenter de sauver les meubles. Les arrêts à Nivelles, Luttre et Marchienne auront rarement été aussi brefs.

Peu importe. A l’arrivée à Charleroi-Sud, la mathématique du retard est apparue dans toute sa clarté. Après découplage des demi-rames, le train dans lequel j'étais est reparti vers Bruxelles avec une vingtaine de minutes de retard (IC4519). De même, les Desiro ayant assuré l’IC4039 ont redémarré vers Brussels Airport-Zaventem (IC4019) avec le quart d’heure dans la vue… Qu'il soit démontré, ici, que le petit retard d’un seul train au départ, sur notre réseau, peut avoir un effet domino.

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Et donc, rien que pour l'exercice, je me suis demandé combien de personnes, dans tous ces trains mais aussi dans les suivants, avaient été impactées ? Combien auraient-eu à souffrir de cette cascade de retards, à en rater un rendez-vous, une réunion de parents, le badminton des enfants ? Quel pourcentage sera allé au lit fâché? Et puis, pour mieux condamner sans doute, certains demanderont: et quel coût pour l'économie tout ça? 

On n'interdira jamais le retard. C'est la vie. CQFD. Et donc, puisque pour moi le temps était sans conséquence, il m’a semblé que je devais écrire ce billet, non pour critiquer, mais pour constater, selon la mathématique du retard, qu’il en faut décidément bien peu, dans notre monde devenu si exigeant, pour modifier les plans sacrés de notre petite existence…

23:34 Publié dans caténerfs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sncb, train, infrabel, retards

29/08/2016

Sous le soleil à Tilff

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tilff,gare,sncb,train,ligne 43La Grande Compagnie du Luxembourg établit, en 1866, à Tilff, une station de chemin de fer. A l'époque déjà, le joli village, comme déposé au pied de l'Ourthe par une main céleste, offrait une villégiature aux notables de la cité liégeoise. On lui affecta donc une gare, garante d'une certaine civilité, alors que l'automobile de masse n'était encore, au mieux, qu'une utopie.

Un siècle et demi plus tard, cette même gare de Tilff, privée de sa marquise mais toujours bien adossée à la roche, conserve plus qu'elle n'entretient, une vocation touristique. En remontant du halage, on remarque vite ces nouveaux touristes un peu formatés, qui tirent de petites valises en débarquant du train. Au moins ils pourront se reposer ici car, sous le soleil, tout baigne vraiment.

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tilff,gare,sncb,train,ligne 43La gare, elle, est désormais habitée. Si voilà qui la tiendra tiède lors des hivers les plus froids, ce n'est rien qui l'animera comme pouvaient le faire jadis le chef de sa gare et sa petite famille. Cette époque-là est révolu puisqu'il faut désormais qu'un lieu soit rentable avant d'être agréable. La vente de billets, l'information aux voyageurs, la sécurité des circulations: aujourd'hui, tout se robotise...

Tout se robotise, sauf le confort du voyageur qui, voie 1 surtout, subira les éléments lorsqu'ils se déchaînent et que le train a du retard. J'ai testé l'affaire sous le soleil, qui était de plomb, en pleine canicule: pas d'ombre l'après-midi, pas de répit, on cuit! Une salle d'attente, un abri à l'ombre, serait dans ce cas-ci un minimum exigible. S'il n'est plus exigé aujourd'hui, à Tilff comme ailleurs, c'est de guerre lasse.

Mais à vrai dire, il serait sot de laisser ces tracas éphémères nous détourner du cadre charmant offert par la gare et ses environs. C'est la porte des vacances, pardi! pour des générations en quête de calme, de sport ou d'air pur. Très vite, sous le soleil, la sonnerie du passage à niveau retentira et un autre train viendra. Avant de repartir, il lâchera sur le quai des mômes, des mamans et des grands-pères au regard pétillant... 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Tilff ou ses environs le 26 août 2016.]

28/07/2016

Le temps d'un orage à Hoeilaart

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sncb,train,gare,hoeilaart,ligne 161Je suis descendu du train un autre jeudi de juin à Hoeilaart, où je ne viens jamais à dessein. Cette fois-ci, il y faisait une chaleur étouffante et de gros roulements de tonnerre annonçaient un autre orage. La pluie s’est mise à tomber, tiède mais déterminée. Alors que la dernière Desiro du convoi me dépassait, la foudre, sans crier gare, s’est abattue entre les deux voies, dans un grand craquement.

Je n’ai pas compris tout de suite. Ce n’est qu’en arrivant au sec, trempé, le cœur emballé, les doigts picotant, que j’ai accepté l’idée d’un accident tout juste évité. Parce que, non, l’éclair ne venait ni du panto, ni de la caténaire, c’est certain. Et parce que, oui, j’avais bien vu une touffe ou de vieux papiers griller, entre les rails, dans un nuage nerveux.

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sncb,train,gare,hoeilaart,ligne 161Saisi, je me suis calmé à l’abri du déluge en tirant quelques images. Derrière la lentille, j’ai remarqué qu’à Hoeilaart, tout avait changé. Qu’il ne restait rien des deux vieux quais pâles et champêtres. Que les travaux d’il y a trois ans avaient abouti, ou presque. Qu’à peu de choses près, le RER pouvait arriver ici déjà. Qu’aucun cyclotouriste ne devrait musarder, ici comme ailleurs, de part et d’autres des voies !

Alors, quel était le sens de ce coup de foudre ? Je me suis demandé si c’était une annonce, un présage. Mais, non, les directs ont défilé encore, à toute allure, vers Ottignies et Namur, comme si de rien n’était. Je me suis demandé si c’était un avertissement, une menace d’un dieu distant, à l’égard de nos édiles si frileux en matière de chemins de fer. Mais non, mais oui, mais non...

Le temps d’un orage à Hoeilaart, j’ai pesté contre ce gâchis de mobilité, contre le sursis du RER, contre le saupoudrage des ressources. De grâce, Mesdames et Messieurs les politiques, un peu de nerf ! Finissons la besogne, achevons l’ouvrage. En attendant leur éclair de génie, je suis resté assis, dans l’abri déjà démoli, à regarder passer les trains, les doigts picotant…

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Hoeilaart le 23 juin 2016, sauf celle tout en haut qui a été prise le 18 juin 2013 alors que les travaux de modernisation du point d'arrêt battaient leur plein.]

20/07/2016

Quand tout va bien...

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sncb,gare,train… les gens ne disent plus rien. Une fois encore, le train est à l’heure. Chacun trouve sa place, presqu’au même endroit qu’hier, la journée finie, la routine accomplie. Certains dorment déjà, beaucoup s’isolent ; des écouteurs poinçonnent les pavillons. Cà et là, on ouvre une canette, on lance des apps ou un nouvel épisode… Le trajet se déroule strictement comme prévu, tranquille au fond, quand tout va bien.

Je cherche, sur ce blog, à célébrer l’ordinaire. Certes, les gares dont je vous parle voient encore passer des trains que quelques détails rendent extraordinaires. Ces trains sont traqués, pour la photo, par des passionnés mordus jusqu’à la moelle. Moi je reste à quai, à relever d’autres détails, nettement moins signifiants sans doute. Et puis j’en parle avec joie, parfois longtemps après.

Les gens ne disent plus rien, jusqu’à l’annonce du premier retard. Ca y est, déjà une minute. La mécanique du temps se grippe, le tableau s’agite, les dormeurs s’éveillent, des voix s’élèvent dans le compartiment. Il y a souvent, dans le lot, un voyageur plus arrogant, la vingtaine incertaine, dans un état second ou troisième, qui crie sa haine de la société pour tout le « wagon ».

Je cherche, sur ce blog, à éviter la psychose. Je voyage pour penser à autre chose et je vous emmène avec moi. J’ai de la chance : mon horizon s’élargit. Et j’ai de la force : je veux partager. Alors, pour notre bien-être, je continuerai à vous montrer des états ferroviaires, des lieux de passage dans l’air du temps, où le premier retard se savoure, quand tout va bien.

Les gens ne disent plus rien. On est déjà demain et le train est à l’heure. L’arrogant a repris l’automobile ; les écouteurs diffusent à nouveau ; les dormeurs sont à gauche ce jour. Tiens, une mamie embrasse son petit-fils à Nivelles. Une brigade de Sécurail rigole à pleines dents sur les quais de Luttre, alors qu’un autorail de mesure traverse la gare. Il faut le savoir : quand tout va bien, les bonnes gens ne voient plus rien.

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20/06/2016

Pour la petite histoire

orient-express,charleroi-sud,marcheinne-zône,ligne 130a,gare,trainAprès la grève, je voulais revoir les trains. Je suis parti un dimanche après-midi comme souvent. Jamais très loin de la ligne 130a, ma ligne. Souvent de Marchienne-Zône à Charleroi-Sud, selon un de mes itinéraires parmi une multitude. Et donc, à Marchienne-Zône, vers 15h45, après que je dois descendu du train, a été annoncé un train en passage. Je me suis acroupi et la 1354 est passée, remontant vers Jeumont, seule.

On était le 5 juin 2016, aujourd'hui. Avec cette photo de la 1354, banale au départ, j'ai entamé ma promenade. Il faisait lourd, même sans un vrai soleil. J'ai pris par le canal, pour avoir de l'air. J'ai marché vite, sans trop savoir pourquoi. A 16h59, je me suis installé voie 11 à Charleroi-Sud. Il ne me restait plus qu'à passer le temps, absentément, en attendant le train de 18h14.

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orient-express,charleroi-sud,marcheinne-zône,ligne 130a,gare,trainEt puis voie 11 a été annoncé un train en passage. En scrutant le lointain d'où j'étais, il m'a semblé que la 1354 revenait déjà de la frontière. Mais que tirait-elle donc, car on aurait dit, d'aussi loin, des voitures voyageurs? Tout de même pas des M4? Et puis stupeur (et tremblement), alors que la 1354 longeait déjà le quai, à 17h27: ne voilà pas qu'elle tractait ni plus ni moins que l'Orient-Express!

Le hasard donnant lieu à l'improvisation, j'ai tenté d'en saisir une image qui vaille. Le prestigieux convoi s'est arrêté un très court instant, me laissant photographier sa plaque. Le Venice-Simplon-Orient-Express! Et puis il est reparti, me laissant plein de regrets. Ah! Si j'avais su! Je me serais posté voie 10, ou mieux encore à La Buissière, voie 1, collé aux arbres, piaffant avant l'instant de grâce.

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J’ai aperçu, du mauvais côté des fenêtres, les intérieurs précieux des compartiments. Les boiseries d’un autre temps, les cuivres blinquant et, furtivement, le personnel ressemblant à autant de majordomes… Il n’y avait à bord, semble-t-il, aucun voyageur, personne prenant le thé, attablé devant de vieilles porcelaines et des cuillères en argent. Non, l’Orient-Express est reparti anonymement, comme il était venu, pour la petite histoire.

Car la grande histoire, celle que l’on retiendra à jamais de ce 5 juin 2016, c’était cinq heures plus tard, à 23h03 précises, quand est survenue cette collision fatale dans le brouillard d’Hermalle, quand le train de Liège s’est encastré dans des wagons Ermewa, ôtant la vie à un conducteur et deux voyageurs.