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30/06/2017

Six heures moins une à Piéton

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Il est six heures moins une à Piéton, hier et aujourd’hui, et je regarde la gare se morfondre. Comment endiguer l’hémorragie du temps qui l’amoindrit chaque année un peu plus ? Cette étrange gare de Piéton, pas très loin de chez moi, où je viens depuis longtemps et de plus en plus souvent. Cette gare à l’importance passée qu’on semble avoir oublié, ce nœud ferroviaire très largement défait…

piéton,gare,sncb,train,ligne 112Le guichet et la salle d’attente sont fermés depuis un temps, victimes du rationalisme puis du vandalisme. Le bâtiment voyageurs relativement récent, puisqu’érigé en 1982, abritait également jusqu’il y a peu un poste de signalisation, un mirador à présent déchu, fermé pour cause de modernisme. Et donc, l’édifice, par faute de présence humaine, doit admettre, tel un gruyère, qu’on le perfore à répétition en quête de sa substance…

Il n’y a plus ni voie 1 ni voie 4, signe d’une étonnante décadence. Il y en a bien des restes, des vestiges, mais quel souvenir reste-t-il, sinon dans des mémoires fléchissantes, de leur vie d’avant ? Celle d’une gare tête de multiples lignes, aussi menues fussent-elles, d’une gare aux correspondances aussi locales que variées, d’une gare charbonnière, industrielle et industrieuse, bien centrale. Celle d’une courroie de bifurcation historique…

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piéton,gare,sncb,train,ligne 112Les trains ne stationnent plus guère à Piéton. La plupart filent sans s’arrêter, sans même regarder, vers Charleroi ou La Louvière. Les autres marquent une courte halte puis détalent. De l’autre côté des voies, la sous-station électrique bourdonne absentément, relayant son voltage avec désinvolture. Plus loin, dans les fourrés, se dressent, comme autant de stèles, une douzaine de vieilles armoires électriques, décédées, éviscérées, abandonnées.

Il est six heures moins une à Piéton, aujourd’hui et demain. Je reviens parfois, intimidé mais criant gare, prendre la mesure du déclin et m’inquiéter de son avenir. J’y embarque rarement, car cela n’a plus aucun sens. Je n’y débarque jamais, car il n’y a plus un chat. Seul, sur le quai tiède, je compatis en silence, drogué par cette agonie étrange. Et puis l’amertume fait place au bonheur, si simple et donc si intime, d’avoir connu cette gare un jour encore.

#jesuispieton et je le reste.

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30/10/2016

Buses et boulets à Obaix-Buzet

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Le point d’arrêt d’Obaix-Buzet, entre Nivelles et Luttre sur la ligne 124 (Bruxelles-Charleroi), mérite cet instant d’attention. Concédons d’emblée qu’il n’est pas le champion de l’esthétique : deux longs quais en béton, modernes et relevés, ponctuent à peine une longue ligne droite menant, par-delà le canal, aux vastes emprises du chemin de fer à Luttre-Pont-à-Celles. Froid mais fonctionnel, il permet à tout un lieu à la démographie explosive d’éviter, en semaine seulement, l’usage de la voiture.

ligne 124,obaix-buzet,gare,train,sncbLe quartier de la gare présente un habitat vieilli. Un couloir sous les voies, tagué et mal éclairé, a fait oublier le passage à niveau qui les coupait jadis, à cet endroit, bien perpendiculairement. Du côté est, la petite place qui borde la rue Del Bore rappelle que s’y dressait autrefois un bâtiment des recettes, une gare de l’Etat. A l’ouest, un petit sentier jouxte le quai de la voie 2, puis bifurque et grimpe à travers champ pour rejoindre la rue du Moulin à vent.

Lors de mes passages à la belle saison en 2016, un singulier salon avait été installé, sans doute par de jeunes riverains, dans un abri, voie 2. Je ne me suis jamais assis sur les vieilles chaises qui le composaient; je n’étais pas invité et c’était trop de luxe pour mon entreprise. J’étais venu observer, à Obaix-Buzet, la nouvelle cadence des trains. C’est que, jusqu’il y a peu, l’offre journalière de transport se limitait à une poignée de trains aux heures de pointes matinale et vespérale...

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Assis sur un bloc en béton, deux heures durant, j’ai regardé passer les trains. Un InterCity, puis un autre, ont fendu l’air sans même voir l’arrêt ; ces buses, lancées à 140 à l’heure, semblaient pressées d’arriver à Luttre ou à Nivelles. Puis il y eut, sur chaque voie, le freinage élégant d’une doublette ou triplette de Desiros, chargeant et déchargeant quelques villageois, assurant de curieux InterCity omnibus entre Charleroi et Brussels Airport-Zaventem, tels des boulets cabotant.

J’aurais aimé converser avec l’un ou l’autre navetteur y habitant, histoire de savoir pourquoi certains furent mécontents lorsqu’on passa à la desserte horaire. En parlant, on aurait regardé les InterCity cisailler l’air en se croisant. Dans le singulier salon, on aurait attendu les trains suivants en arrêtant le temps, avec abandon, en appréciant plus que de raison l’alternance entre buses et boulets à Obaix-Buzet…

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29/08/2016

Sous le soleil à Tilff

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tilff,gare,sncb,train,ligne 43La Grande Compagnie du Luxembourg établit, en 1866, à Tilff, une station de chemin de fer. A l'époque déjà, le joli village, comme déposé au pied de l'Ourthe par une main céleste, offrait une villégiature aux notables de la cité liégeoise. On lui affecta donc une gare, garante d'une certaine civilité, alors que l'automobile de masse n'était encore, au mieux, qu'une utopie.

Un siècle et demi plus tard, cette même gare de Tilff, privée de sa marquise mais toujours bien adossée à la roche, conserve plus qu'elle n'entretient, une vocation touristique. En remontant du halage, on remarque vite ces nouveaux touristes un peu formatés, qui tirent de petites valises en débarquant du train. Au moins ils pourront se reposer ici car, sous le soleil, tout baigne vraiment.

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tilff,gare,sncb,train,ligne 43La gare, elle, est désormais habitée. Si voilà qui la tiendra tiède lors des hivers les plus froids, ce n'est rien qui l'animera comme pouvaient le faire jadis le chef de sa gare et sa petite famille. Cette époque-là est révolu puisqu'il faut désormais qu'un lieu soit rentable avant d'être agréable. La vente de billets, l'information aux voyageurs, la sécurité des circulations: aujourd'hui, tout se robotise...

Tout se robotise, sauf le confort du voyageur qui, voie 1 surtout, subira les éléments lorsqu'ils se déchaînent et que le train a du retard. J'ai testé l'affaire sous le soleil, qui était de plomb, en pleine canicule: pas d'ombre l'après-midi, pas de répit, on cuit! Une salle d'attente, un abri à l'ombre, serait dans ce cas-ci un minimum exigible. S'il n'est plus exigé aujourd'hui, à Tilff comme ailleurs, c'est de guerre lasse.

Mais à vrai dire, il serait sot de laisser ces tracas éphémères nous détourner du cadre charmant offert par la gare et ses environs. C'est la porte des vacances, pardi! pour des générations en quête de calme, de sport ou d'air pur. Très vite, sous le soleil, la sonnerie du passage à niveau retentira et un autre train viendra. Avant de repartir, il lâchera sur le quai des mômes, des mamans et des grands-pères au regard pétillant... 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Tilff ou ses environs le 26 août 2016.]

28/07/2016

Le temps d'un orage à Hoeilaart

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sncb,train,gare,hoeilaart,ligne 161Je suis descendu du train un autre jeudi de juin à Hoeilaart, où je ne viens jamais à dessein. Cette fois-ci, il y faisait une chaleur étouffante et de gros roulements de tonnerre annonçaient un autre orage. La pluie s’est mise à tomber, tiède mais déterminée. Alors que la dernière Desiro du convoi me dépassait, la foudre, sans crier gare, s’est abattue entre les deux voies, dans un grand craquement.

Je n’ai pas compris tout de suite. Ce n’est qu’en arrivant au sec, trempé, le cœur emballé, les doigts picotant, que j’ai accepté l’idée d’un accident tout juste évité. Parce que, non, l’éclair ne venait ni du panto, ni de la caténaire, c’est certain. Et parce que, oui, j’avais bien vu une touffe ou de vieux papiers griller, entre les rails, dans un nuage nerveux.

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sncb,train,gare,hoeilaart,ligne 161Saisi, je me suis calmé à l’abri du déluge en tirant quelques images. Derrière la lentille, j’ai remarqué qu’à Hoeilaart, tout avait changé. Qu’il ne restait rien des deux vieux quais pâles et champêtres. Que les travaux d’il y a trois ans avaient abouti, ou presque. Qu’à peu de choses près, le RER pouvait arriver ici déjà. Qu’aucun cyclotouriste ne devrait musarder, ici comme ailleurs, de part et d’autres des voies !

Alors, quel était le sens de ce coup de foudre ? Je me suis demandé si c’était une annonce, un présage. Mais, non, les directs ont défilé encore, à toute allure, vers Ottignies et Namur, comme si de rien n’était. Je me suis demandé si c’était un avertissement, une menace d’un dieu distant, à l’égard de nos édiles si frileux en matière de chemins de fer. Mais non, mais oui, mais non...

Le temps d’un orage à Hoeilaart, j’ai pesté contre ce gâchis de mobilité, contre le sursis du RER, contre le saupoudrage des ressources. De grâce, Mesdames et Messieurs les politiques, un peu de nerf ! Finissons la besogne, achevons l’ouvrage. En attendant leur éclair de génie, je suis resté assis, dans l’abri déjà démoli, à regarder passer les trains, les doigts picotant…

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Hoeilaart le 23 juin 2016, sauf celle tout en haut qui a été prise le 18 juin 2013 alors que les travaux de modernisation du point d'arrêt battaient leur plein.]

17/06/2016

Petits mirages à Forrières

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forrières,ligne 162,gare,sncbUne vieille gare de pierres baignant sous le soleil, à peine drapée de nuages, dans un vallon de l’Ardenne. Elle se dresse, digne et sereine, le long des rails d’un village très sage, qui parait éternel. Elle respire, imperméable au temps qui coule et la lisse, et me promet une idylle tout en lumière, tout en sourire.

Ébloui en descendant du train, je n’ai pas de suite compris que je répétais la même erreur. Celle d’arriver dans l’après-midi, au moment où, je ne sais par quel mystère, les correspondances faiblissent déjà et menacent mon retour aux pénates. Chaque fois, donc, les minutes s’égrènent vite et je ne peux saisir, avec amnésie, que les mêmes images timides.

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forrières,ligne 162,gare,sncbLe soir, je me dis avec regret, mais aussi avec admiration, que Forrières doit avoir ses façons, ses secrets ancestraux qui la protègent et la dérobent aux regards indiscrets. Facétieuse, la gare sait se cacher derrière une forêt de piquets, dans la profondeur du champ caténaire, pour bloquer les angles. Et elle joue avec le temps, que je n’ai pas, pour me remballer chez moi.

Tenez, je n’ai jamais pu y photographier le moindre train... Le seul qui vient est celui qui m’emmène déjà vers Jemelle et sa grande gare, qui donnait naguère un emploi abondant. Je ne peux donc que rêver, en noir et blanc, des scènes d’antan, des retours chaque soir à Forrières d’une petite foule de cheminots bâillant, saluant bien bas Monsieur le Chef de gare au grade bienveillant mais sévère.

Un jour, si tout va bien, je viendrai au matin. Je la cueillerai à froid, sous la brume peut-être. Je me soumettrai, si elle l’accepte, aux devoirs de la mémoire. Me laissera-t-elle parler à ses habitants autour d’un thé, en regardant passer les trains ? Impossible à dire. Peut-être serai-je condamné, une fois encore, à revivre de petits mirages à Forrières…

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Forrières le 5 août 2009 (1-2-3) et le 21 avril 2016 (4-5). On notera, en comparant les deux époques, que l'annexe située à gauche du bâtiment voyageurs côté rue a disparu...]