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29/05/2018

Cortège funèbre à Stockem

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Il était temps que je débarque à Stockem, un petit mais grand point d’arrêt en bordure d’Arlon sur la ligne du Luxembourg. Du strict point de vue de l’amateur de chemin de fer, il présente toujours un intérêt certain, dès lors qu’il témoigne fraichement de l’inexorable déclin d’une exploitation « à l’ancienne ». Aujourd’hui, encore plus « rationalisé » et informatisé, notre réseau ferré doit laisser à l’abandon certaines de ses anciennes places fortes.

stockem,gare,sncb,train,ligne 162Dont Stockem, dont le joli édifice de gare, presque pittoresque, prouve encore qu’un buisson bien touffu peut masquer toute une forêt. Bien entendu, cela fait longtemps qu’il n’y a plus ni chef de gare ni guichet. Les quais, neufs et même impeccables, pourraient nous faire croire à une vraie modernité… sauf qu’il n’y a pas d’automate à billets. Eric veille bien, certes. Mais Stockem n’est pas la seule gare dont il assure l’entretien.

La forêt en question, c’est tout ce qui se trouve raillé de part et d’autre du couloir sous voies, lequel vient de remplacer un passage à niveau naguère fort actif. Car la gare de Stockem s’évase fortement de part et d’autre du bâtiment voyageurs, qui n’est finalement qu’anecdotique malgré son état de préservation. Les voies s’aiguillent encore, ici et là, à perte de vue, en faisceaux généreux trahis par l’histoire.

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[L'ancien poste de signalisation qui bordait le faisceau de l'ancienne gare de formation de Stockem est aujourd'hui abandonné.]

En arrivant en train de Marbehan, j’ai relevé que le cortège funèbre des vieilles série 11 bordait toujours Stockem. Et à bord de la Desiro, j’ai senti l’envie de les immortaliser une fois pour toutes, mais pas de trop près. Quand après le quai je suis sorti à gauche, j’ai emprunté la rue Henri Elsen jusqu’à ce qu’elle vire à travers champs. C’est que je tenais à m’arrêter au pied de l’ancien block 94, éteint et aux baies déjà «planchées». Une stèle de l’ancien chemin de fer !

En repartant voir le ruban de série 11, j’ai pris mon temps sur les rails abandonnés, à observer et chercher à comprendre. Passé la bosse, j’ai saisi ce ruban de plusieurs angles, pour mieux rendre cet accouplage généralisé. Mesdames, je me suis souvenu de vous, qui croisiez mon train tous les matins, il y a quelques années, quand j’arrivais à Bruxelles-Nord. C’est étrange : vous auriez dû mourir au nord, passées Anvers-Central, mais pas ici au sud !  

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[Le 11 mai 2018, j'ai photographié de loin le cortège funèbre des anciennes locomotives électriques de la série 11, toujours stockées à Stockem en attendant une hypothétique revente à un acheteur étranger. Les 1186, 1192, 1181, 1188, 1190, 1185, 1191, 1184, 1189, 1183 et 1182 sont dans cet ordre accouplées et largement oubliées.]

28/02/2018

Les limites de Welkenraedt

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sncb,gare,train,welkenraedt,ligne 37Si la frontière avec l'Allemagne semble aujourd'hui fermement établie, elle a glissé plusieurs fois vers l'ouest lors du siècle dernier, du fait des guerres et des annexions et compensations qu'elles ont entraînées. Sur la ligne 37 (Liège-Aachen), les gares de Welkenraedt, Herbesthal et Hergenrath ont rempli, à tour de rôle, les fonctions de gare-frontière belge.

C'est en 1965 que Welkenraedt s'est affirmée, l'électrification de la ligne ayant entraîné la fermeture de la prestigieuse gare d'Herbesthal, située à de très petites encablures. La gare d'Hergenrath, elle, ne renaîtra que sous la forme d'un point d'arrêt en 2007. Si aujourd'hui on ne forme plus les trains aux frontières, aux limites du réseau, c'est bien à Welkenraedt que l'esprit demeure.

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sncb,gare,train,welkenraedt,ligne 37Quand je suis descendu du train, le 28 décembre, une bonne pellicule de neige recouvrait ses voies. Mais le soleil est sorti, et on avait prédit de meilleures températures. J'ai contourné la gare de Welkenraedt, au plus près, sans trop la lâcher de vue. Je l'ai guettée sous tous les angles, pour m'approprier son volume, ses couleurs, son ambiance, ses éclats de voix.

Cela vous surprendra peut-être: j'estime que son bâtiment voyageurs, inauguré en décembre 1998, est une des plus belles réussites architecturales des chemins de fer contemporains. Loin de la démesure des nouvelles gares de Liège-Guillemins et Mons, il allie modernité et sobriété et se fond dans son décor avec une élégance plus que fonctionnelle.

C'est un jeudi d'hiver que je me suis présenté à Welkenraedt en voulant profiter du moment. J'y ai trouvé une gare noble, consciente de ses frontières, très digne dans son chagrin des douanes oubliées. Une gare d'un aplomb certain, fière de sa largeur, forte de sa hauteur. Une gare à revoir de temps en temps, quand me reviendra le besoin d'en vérifier les limites.

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17/01/2018

Raison faite à Anseremme

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Plus de dix ans après mon dernier passage, je suis revenu visiter la gare d’Anseremme. J’avais pris la peine, au préalable, de relire l’article tout au début de ce blog, où je l’avais qualifiée de « havre de paix ». Avec le recul, je me dis que c’était exagéré et que le seul havre d’alors, c’était d’avoir trouvé ma voie, celle qu’éclairent aujourd’hui des centaines de stations de Belgique et d’ailleurs.

J’écrivais alors :

« Je m'installerais volontiers dans une chaise longue sur le quai opposé pendant des heures, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. »

C’en est bien la preuve ! Car cette chaise longue, vous le savez bien, je pourrais l’installer sur n’importe quel quai de gare ! Mais je me souviens avoir été particulièrement fasciné par le bâtiment voyageurs (BV) d’Anseremme qui, à l’époque, n’était déjà plus qu’une ruine vouée à une démolition certaine :

« Après tout, elle n'est pas encore aussi vilaine que les gares de Thuin ou d'Assesse, qui sont de véritables hontes nationales. Elle est juste vieille et très fatiguée. »

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[La gare d'Anseremme du temps où le bâtiment voyageurs, certes délabré, bordait encore le quai. Photo prise le 30 juin 2006.]

Ha ha ! Et pourtant, des trois, c’est elle qui a disparu la première. Le BV de Thuin, entre-temps, a été splendidement réhabilité pour devenir, en 2012, la nouvelle Maison de l’Emploi. Même le BV d’Assesse a survécu un temps, sans plus jamais se bonifier, et n’a succombé devant la pelleteuse que le 10 février 2017 (1). Ainsi va l’histoire…

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[Il manque un bâtiment sur la gauche de l'image, là où stationnent aujourd'hui la voiture et sa remorque...]

Je me souviens aussi de ce moment de déchirement il y a quelques années, à travers la vitre d’un train vers Bertrix, quand j’ai relevé que la vieille bâtisse trouée et pâlie s’était comme évaporée. Que cette gare d’Anseremme, que j’avais naïvement réduite à cette seule même bâtisse, allait désormais devoir exister sans. Et que je devrais m’en faire une raison.

« La gare, si elle ne permet pas d'en finir avec la décadence, offre toutefois un répit. Lorsqu'au printemps on s'y trouve seul, c'est-à-dire sans les nuées néfastes de louveteaux boutonneux, c'est même un havre de paix, qu'entretient fidèlement un cerisier du Japon tout en fleurs... »

anseremme,gare,sncb,train,ligne 166Quand je suis revenu dix ans plus tard, donc, c’était la fin des classes et la saison des descentes de la Lesse par des nuées bruyantes d’étudiants flamands en excursion. Le cerisier du Japon avait fleuri il y a un temps déjà, et la voie 1, celle-là même où se dressait naguère la ruine bien-aimée, était inaccessible car en travaux. Oh, et les trains n’étaient plus les mêmes…

En dix ans, certaines choses avaient changé, d’autres pas. En restant suffisamment longtemps en gare d’Anseremme, ce havre dépassé, je me suis souvenu de ce temps où, béat, j’admirais encore les ruines avec un espoir infini.

 

 

(1) Voir En Lignes n°139, juin 2017, p. 18. 

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[Le 23 juin 2017, l'automotrice Desiro 08529 marque l'arrêt en gare d'Anseremme. Stationnant en face de l'ancienne halle à marchandises, elle s'apprête à redémarrer à contre-voie et poursuivre son parcours vers Libramont.]

30/11/2017

[F] Perché sur une branche à Sotteville

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sotteville-les-rouen,sncf,train,gareAvant de revenir en nos contrées, je vous dirai encore de mon été qu’il s’est achevé du côté de Rouen. J’avais très arbitrairement choisi deux gares de sa proche banlieue comme dernières cibles. Florian, avec qui je travaille et qui est originaire du coin, en rigole encore. « Mais qu’as-tu bien pu trouver à Oissel et à Sotteville ? ». Je n’ai pas trop osé lui répondre : « Le dépaysement ! ».

Dépaysé le long des rails, j’ai pensé que tout, dans cette France si proche, invite à la comparaison – et elle fait mal. Pauvres petites gares wallonnes, aux guichets disparus, où le voyageur attend mais n’est plus accueilli, ni même vraiment attendu ! Où disparaissent donc les budgets ? Il y a chez nous, j’en suis intimement convaincu, quelque chose qui ne tourne pas rond…

Pour le voyageur, Sotteville-les-Rouen n’est qu’un point d’arrêt, un peu comme le sont chez nous Ronet ou Forest-Midi, en bordure d’un grand centre d’activité ferroviaire. Les amateurs du rail connaitront Sotteville et son cimetière de locomotives qui attirent, souvent la nuit, de curieux photographes. Moi, ce jour-là, je me suis contenté de quelques becquées, au grand soleil, sans vraiment quitter mon perchoir.

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sotteville-les-rouen,sncf,train,gareC’est qu’une longue passerelle surplombe un faisceau de voies bien vaste, qui s’étend même loin au-delà. Elle offre une vue aérienne, dominante, généreuse, des circulations venant de Rouen-Rive Droite ou s’y rendant. En heure de pointe vespérale, les allées et venues étaient nombreuses et variées, et j’ai salué plusieurs fois une locomotive de manœuvre s’affairant à remiser les rames ayant achevé leur journée.

Là, j’étais comme l’oiseau prenant sa pause après un long vol, toisant des trains petits et grands venus de l’inconnu. Bleus pour la plupart, ils venaient vite ou un peu moins ; certains posaient puis s’arrêtaient en dégorgeant quelques travailleurs hébétés. Ça, ce sont des vacances ! Celles où, dépaysé, je peux arrêter le temps et admirer les rails, en paix, perché sur une branche à Sotteville.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Sotteville-les-Rouen le 24 août 2017.]

31/10/2017

[F] Problème à Combourg

[Ma visite euphorique de la gare de Dol-de-Bretagne était le point d’orgue d’un périple de cinq jours dans le nord de la France, où j’ai combiné, en prenant seize trains, les visites de lignes, de villes et de gares. Pas de parasol ou de mer turquoise cet été ; juste un rail trip en solitaire, sac sur le dos, sans répit, pour le plaisir des yeux et des orteils...] 

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combourg,sncf,gare,trainL’entrée en scène tardive du soleil à Dol m’avait contraint de rajuster le planning de la journée. En débarquant à Combourg, le dilemme était clair : si j’y prenais tout mon temps, je ne verrais rien de l’exposition Bretagne Express à Rennes, dont les portes fermaient à 19 heures. Mais comment demander à une gare inconnue de se révéler en une heure chrono ?

La gare de Combourg (Komborn en breton) est située à 42 kilomètres au nord de Rennes, à mi-chemin entre cette dernière et Saint-Malo, sur une ligne qui n’a été électrifiée qu’en 2005. Elle accueille un quart de million de voyageurs annuels, un chiffre plus que respectable lorsqu’on sait qu’elle dessert une commune de 5800 habitants. Le bourg et le château, que Chateaubriand a rendus célèbres, sont à vingt minutes de marche de la gare.

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combourg,sncf,gare,trainEt donc à Combourg, comme souvent, le problème était le temps. Voilà ce que c’est d’être trop gourmand ! Je n’ai vu ni le bourg, ni le château, mais j’ai mesuré les vastes espaces de part et d’autre de la gare, qui peuvent accueillir des automobiles par centaines. Des emprises généreuses donc, alors même que le bâtiment voyageurs, tel un petit bloc Lego, n’occupe qu’une place très modeste dans son propre domaine.

Ce qui retient l’attention, c’est son accessoire remarquable : cette passerelle au-dessus des deux voies, équipée d’ascenseurs, toute propre, fort sûre, bien respectée. A-t-on jamais vu pareil luxe chez nous dans nos gares de Wallonie ? A Combourg, comme tout est bien en place, il ne m’a fallu que vingt-quatre minutes pour saisir la gare. Admiratif, j’aurais voulu rester, et savourer tant le lieu que le moment.

Mais à Combourg, comme toujours, le problème était le temps. Ce temps que je n’ai jamais vraiment, ce temps qui file et se défile, qui bride la contemplation, que toute l’histoire des chemins de fer de Bretagne, exposée aux Champs Libres à Rennes, ne m’aurait jamais permis de rattraper. Dans ce TER Bretagne qui m’emmenait vers l’instant suivant, en noir et blanc, j’ai fermé les yeux un bon moment, en pensant à Chateaubriand.

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