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26/04/2014

Avec insistance à Forest-Midi

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Parfois, les images ne parlent que des mois plus tard... Ce jour-là, je suis reparti de Forest-Midi avec la sensation terrible d'y être passé à côté de mon sujet. Pour qui connait l'endroit, ce n'est sans doute que normal, car que pourrait-on bien raconter qui ne soit brutal? Vaste et bruyant, voire même dangereux; austère et bétonné, voire même déprimant; le point d'arrêt a tout d'un purgatoire, si Bruxelles-Midi est l'enfer.

forest-midi,vorst-zuid,train,gare,sncb,ligne 96Pourtant, en me repassant les photos, j'y trouve une insistance, celle d'un souvenir gêné qui ne veut s'éteindre... A Forest-Midi, j'ai plaint les navetteurs, les voyageurs de toujours, qui ne trouvent sur les quais étroits aucun confort. Rares seront ceux, à la voie 1, qui passeront l'attente au sec si le train a du retard. De fait, ceux qui reviennent d'ailleurs tracent, se pressent, détalent sans même traîner le regard.

Et si justement c'était là, de ce mouvement précipité, à l'heure répété, qu'il fallait extraire l'essence du lieu, son mystère, sa vérité identitaire? On pourrait en effet se contenter du déboulé gracieux des Thalys et Eurostar et se dire qu'à Forest-Midi, tout est décidément, même délicieusement, éphémère. Mais une fois les trains partis, il reste, avec insistance, des voies au vent soumises et une gare vide, taguée, colmatée.

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forest-midi,vorst-zuid,train,gare,sncb,ligne 96Du train, à pleine vitesse, on la dirait, du reste, encastrée dans l'usine à voitures. Voilà un bien cruel paradoxe pour une gare qui a connu Forest boisée. Bâtie en 1862, elle appelle au classement mais d'aucuns, après l'avoir négligée, l'ont désormais oubliée. Alors, ne reste-t-il déjà plus que ces images, ces instantanés pluvieux, pour la faire vivre encore? Du train, à pleine tristesse, on prierait presque...

Parfois, pourtant, il faut admettre la cause perdue. Et, justement, du reste, réserver aux objets du coeur une fin digne et un souvenir exalté des meilleurs moments. Ce jour-là, à Forest-Midi, je n'ai pas voulu regarder la mort en face. Le dos tourné, tout contre la gare, j'ai écouté ses râles résignés puis je me suis enfui. Aujourd'hui, je sais avec certitude que ce que je n'ai voulu y voir, c'est l'insistance avec laquelle viendra, un jour, ma propre fin.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Forest-Midi le 7 février 2013.] 

09/04/2014

Jeu de lois à Enghien/Edingen

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gare,train,sncb,enghien,ligne 94,ligne 123De l'ombre à la lumière, je suis passé en gare d'Enghien, Edingen en flamand, d'abord sous la pluie, puis au soleil. Je me suis retranché dans un abri, voie 5, pour réfléchir aux lois du lieu et m'en inspirer. C'est que ce bourg, qui ne fait jamais la une, a valeur de symbole. Lançons-nous, à grands coups de dés, dans l'inventaire de ses valeurs, jadis évidentes, nettement moins depuis trente ans.

En un, il y a le respect de l'autre. Enghien, on l'oublierait presque, est une commune à facilités, avec un régime linguistique particulier dont elle s'accommode, malgré les coûts, dont elle fière, malgré les excités. J'aurais aimé prendre, il y a longtemps, un omnibus Piéton-Gand et basculer ici, à cheval sur la frontière en pointillés, de la Wallonie à la Flandre. La gare est belge avant tout et le dit.

En deux, il y a l'abnégation. Toute propre, la gare rappelle, comme la ville, comme ses jardins d'Arenberg, qu'on ne survit pas à l'Histoire sans le sacrifice de soi. J'ai trouvé les voyageurs d'Enghien modestes, presque transparents, et ils semblaient l'assumer. Ce n'était peut-être qu'une chimère, mais dans ce monde aux selfies glorifiés, cela m'a fait du bien. Double six donc pour moi qui, comme la gare, préfère l'effacement.

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gare,train,sncb,enghien,ligne 94,ligne 123En trois, pourtant, il y a la persévérance. Qu'on aille à Mouscron ou à Grammont, sur les quais, les échanges sont fluides et les rapports détendus. Dans cette gare horizontale, le guichet reste ouvert et les trains nombreux. Certes, on ne part plus pour Saintes ou Grandchamps, ni pour aucune autre destination locale. Mais Enghien a l'effort constant, même sur longues distances. Elle saute de case en case à travers le temps...

Dans l'abri, voie 5, j'ai médité puis j'ai décidé. Décidé d'écrire la joie du lieu et décrire son jeu de lois. Respect, abnégation, persévérance... Des valeurs ancestrales pour une cité médiévale dont la gare transpire la fierté. Ici, à Enghien, les dés ne sont pas pipés, et l'oie n'est pas celle qu'on croit. On va de l'avant, toujours de l'avant. Mais pour le savoir, il fallait basculer, reculer de plusieurs cases et rêver du temps des Piéton-Gand...

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare d'Enghien le 6 février 2014 et le 27 mars 2014.] 

31/03/2014

Lettre à Jo Cornu

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Cher Monsieur,

Je n'ai pas la prétention de vous apprendre votre métier. Non, et d'abord je devrais vous féliciter pour votre nomination à la tête de la SNCB. Ce n'est pas une mince affaire mais ça, vous le savez déjà. Puisque à votre façon vous voilà installé dans l'histoire de notre pays, permettez-moi de manifester ici une opinion citoyenne et quelques souhaits à votre encontre.

Depuis douze ans, je suis un navetteur, bien abonné chez vous, doublé d'un voyageur vorace et curieux. Lors de mes parcours quotidiens entre Lobbes et Bruxelles, j'examine l'histoire de nos chemins de fer; je lis les rapports annuels et les revues internes de votre société. Je sais donc, et je veux l'affirmer, que le voyageur n'a JAMAIS été le plus grand souci de la SNCB. Cela peut sembler paradoxal, surtout dans ce monde de services, mais il en va ainsi. Cela me rend moins naïf et à la fois plus tolérant. Tout bien considéré, je comprends les retards et, même si je les regrette, j'avoue les accepter.

Je décèle chez vous à l'instant une volonté de bien faire. L'idée de rendre nos gares et nos trains mieux connectés démontre une certaine préoccupation des gens qui animent votre réseau du matin au soir. Oui, nous les voyageurs qui par nos humeurs orageuses vous forçons à tenter de nous proposer un service public répondant aux meilleures exigences d'un modèle économique favorisant outrancièrement le privé. Sur ces bonnes intentions, je vous demande d'envisager ce qui suit.

Pour commencer, soutenez la cause d'une plus grande justice fiscale. Il n'est plus concevable, aujourd'hui, que nos états, nos services au public et donc nos chemins de fer soient spoliés de milliards d'euros par de grands groupes privés maquillant leurs revenus et profits. Ajoutez donc votre voix à celles qui disent que ça ne peut plus continuer de la sorte. Pour vous, pour nous, c'est du win-win.

Ensuite, veillez à organiser le travail de vos collaborateurs de telle sorte à ce qu'ils soient fiers d'oeuvrer à vos côtés. Montrez-vous décisif mais surtout très humain. C'est à celle seule condition que vous vous ménagerez le temps, indispensable selon moi, de partir de temps à autres sur le terrain à l'écoute de vos employés et à la rencontre des voyageurs et de leurs représentants. A bien y regarder, tous veulent vous aider dans votre tâche, et il faut le souligner.

Surtout, méfiez-vous des rouages salis de la politique, des luttes d'influence, des copinages malsains, et ne faites confiance qu'en vos idées propres. Soyez vous-même, ne lâchez rien. Méfiez-vous des media et des mielleux. Faites pour le mieux du plus grand nombre et même des autres. Et surtout, souvenez-vous, je suis là, nous sommes là, pour vous dire comment sont les choses réellement.

Cher Monsieur, je ne vous enverrai pas cette lettre car je crains bien qu'elle ne vous parvienne jamais. Il en va ainsi aujourd'hui. Alors, je la laisserai ici le temps qu'il faudra, dans le domaine public, devant vous qui serez jugé, trop tôt déjà, sur le succès ou l'échec du nouveau plan de transport. En vous exhortant à écouter vos clients, je vous prie d'agréer, cher Monsieur, mes salutations les plus cordiales.

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23:46 Publié dans caténerfs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sncb, gare, train, cornu

16/03/2014

A l'abri du doute

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Il y a quelques mois, je me suis engagé sur un terrain accidenté et un peu glissant menant dans les abîmes de notre société. Dans les gares des villes, ce chemin ténébreux n'est, pour l'immense majorité des voyageurs, qu'un entrebâillement malodorant, une porte taguée, ignorée, à passer. Au bout, là où on ne veut les voir, vivent celles et ceux qui n'ont rien ou presque et qui, pour trop de gens, ne font rien , ne sont rien.

A Charleroi-Sud, comme ailleurs, errent des sans-abris et d'autres dont l'abri est un enfer. La galère, ils ne l'ont pas voulue, ou alors seulement parce qu'elle valait mieux que l'abus, la violence, l'humiliation. Certains ont choisi la rue pour que leur compagne et leur enfant soient mieux assistés. D'autres sont en attente d'un logement social qui ne les sortira jamais trop vite du néant.

Ils ont faim, fuient le froid et l'ennui. Ils demandent une pièce, parfois avec humour, parfois sous un prétexte bidon. Ce qu'on sait moins, c'est qu'il existe des règles de communauté entre compagnons d'infortune. Ainsi, là où la confiance s'est installée, il arrive que la menue moisson soit mise en commun et redivisée. Et puis vient la nuit redoutée, où il faut trouver un gîte à l'abri du vent et des crapules.

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Une entente tacite régit leur présence dans la gare. C'est que pour les agents de Sécurail et de la police des chemins de fer, il faut trouver un équilibre entre la gestion de cette communauté mal-aimée et d'autres tâches de surveillance. Cette tolérance, née du dialogue et du respect entre personnes de bonne volonté, reste néanmoins précaire. Tout écart de l'un peut avoir des conséquences pour les autres.

A Charleroi, les services sociaux de la ville ont beaucoup travaillé, ces derniers mois, au reclassement des sans-abris. Du coup, leur population en gare a diminué. Faut-il également y voir le résultat du règlement mendicité adopté par le conseil communal en septembre dernier? Je me demande ce que certains d'entre eux sont devenus; j'espère qu'ils me le diront un jour...

N'y voyons toutefois pas une sortie de crise, car le réservoir de la misère est sans fond. Pire, il s'élargit encore et dans tous les sens. Autour de la gare traînent aussi désormais de parfois très jeunes adolescents livrés à eux-mêmes. Ils disent que l'école ne les intéresse plus; certains avouent voler pour se nourrir. Ils demandent une pièce ou n'osent même pas.

Alors, que faire? Chacun aura son opinion, qui sera nécessairement meilleure que l'indifférence. En ce qui me concerne, rien ne m'empêchera de continuer à leur donner une pièce, même quand ils n'osent pas, et de leur prêter une oreille. Car je sais que ce qui nous unit, eux et moi, c'est l'impérative nécessité de garder l'espoir et de se mettre à l'abri du doute.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Charleroi-Sud début mars 2014, avec l'autorisation des intéressés.]

 

23:48 Publié dans railleries | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gare, sncb, train, sdf

23/02/2014

Tamines la rouge

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sncb,gare,train,ligne 130Des travaux de modernisation achevés en 2011 ont donné à la gare de Tamines un éclat surprenant. La couleur n'est vraiment ni rouge ni orange - et certainement pas rose. A vrai dire, tout dépend des rayons du jour ou des projecteurs la nuit. Ce qui est certain, c'est qu'elle rallume un peu un quartier vieilli où l'on ne compte plus les maisons en vente, ni les commerces qui se remettent mal.

La passerelle qui surplombe les quatre voies à quai est fort empruntée tant par les voyageurs que par les riverains, et cela se voit. Des passants descendent vers la Sambre; parmi eux des jeunes jouant aux durs pour se rassurer. Ici surtout, il faut sourire devant tant d'insouciance. Car ont-ils ne fût-ce qu'un peu conscience de leur bonheur, près d'un siècle après le Massacre de Tamines?

Pas très loin de la gare, la girouette de l'église Saint-Martin rappelle à sa façon que le danger peut venir de toute part. Les fusillés du 22 août 1914 n'ont jamais connu le luxe de l'insouciance, ou est-ce justement ce qui les a perdus? La Sambre, par temps maussade, se charge de charrier leur mémoire au loin. C'est qu'il faut insister: notre liberté doit au sang qu'ils ont versé alors!

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sncb,gare,train,ligne 130Parce qu'on n'avait pas bien compris, il y eut une autre guerre et d'autres morts à Tamines, autour de sa gare. Alors, on saisit mieux l'engouement pour le moteur à essence dans les années cinquante: la voiture, ce transport privé, ne promettait-elle pas de pouvoir prendre son sort en main et de fuir tout danger avec célérité? La gare, jusque là un bel épi ferroviaire, perdit ses lignes vers Landen et Yvoir...

Aujourd'hui, la gare de Tamines, désormais sise à Sambreville, accueille sur ses quatre voies courbes de puissantes automotrices. Elles ne rappellent en rien les locomotives à vapeur d'antan. Mais, un peu comme elles, elles invitent au voyage dans l'insouciance et la liberté chèrement gagnées. En fait, à bien y voir, au nom du sang versé, la gare de Tamines est rouge cardinal.

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