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28/07/2016

Le temps d'un orage à Hoeilaart

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sncb,train,gare,hoeilaart,ligne 161Je suis descendu du train un autre jeudi de juin à Hoeilaart, où je ne viens jamais à dessein. Cette fois-ci, il y faisait une chaleur étouffante et de gros roulements de tonnerre annonçaient un autre orage. La pluie s’est mise à tomber, tiède mais déterminée. Alors que la dernière Desiro du convoi me dépassait, la foudre, sans crier gare, s’est abattue entre les deux voies, dans un grand craquement.

Je n’ai pas compris tout de suite. Ce n’est qu’en arrivant au sec, trempé, le cœur emballé, les doigts picotant, que j’ai accepté l’idée d’un accident tout juste évité. Parce que, non, l’éclair ne venait ni du panto, ni de la caténaire, c’est certain. Et parce que, oui, j’avais bien vu une touffe ou de vieux papiers griller, entre les rails, dans un nuage nerveux.

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sncb,train,gare,hoeilaart,ligne 161Saisi, je me suis calmé à l’abri du déluge en tirant quelques images. Derrière la lentille, j’ai remarqué qu’à Hoeilaart, tout avait changé. Qu’il ne restait rien des deux vieux quais pâles et champêtres. Que les travaux d’il y a trois ans avaient abouti, ou presque. Qu’à peu de choses près, le RER pouvait arriver ici déjà. Qu’aucun cyclotouriste ne devrait musarder, ici comme ailleurs, de part et d’autres des voies !

Alors, quel était le sens de ce coup de foudre ? Je me suis demandé si c’était une annonce, un présage. Mais, non, les directs ont défilé encore, à toute allure, vers Ottignies et Namur, comme si de rien n’était. Je me suis demandé si c’était un avertissement, une menace d’un dieu distant, à l’égard de nos édiles si frileux en matière de chemins de fer. Mais non, mais oui, mais non...

Le temps d’un orage à Hoeilaart, j’ai pesté contre ce gâchis de mobilité, contre le sursis du RER, contre le saupoudrage des ressources. De grâce, Mesdames et Messieurs les politiques, un peu de nerf ! Finissons la besogne, achevons l’ouvrage. En attendant leur éclair de génie, je suis resté assis, dans l’abri déjà démoli, à regarder passer les trains, les doigts picotant…

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Hoeilaart le 23 juin 2016, sauf celle tout en haut qui a été prise le 18 juin 2013 alors que les travaux de modernisation du point d'arrêt battaient leur plein.]

20/07/2016

Quand tout va bien...

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sncb,gare,train… les gens ne disent plus rien. Une fois encore, le train est à l’heure. Chacun trouve sa place, presqu’au même endroit qu’hier, la journée finie, la routine accomplie. Certains dorment déjà, beaucoup s’isolent ; des écouteurs poinçonnent les pavillons. Cà et là, on ouvre une canette, on lance des apps ou un nouvel épisode… Le trajet se déroule strictement comme prévu, tranquille au fond, quand tout va bien.

Je cherche, sur ce blog, à célébrer l’ordinaire. Certes, les gares dont je vous parle voient encore passer des trains que quelques détails rendent extraordinaires. Ces trains sont traqués, pour la photo, par des passionnés mordus jusqu’à la moelle. Moi je reste à quai, à relever d’autres détails, nettement moins signifiants sans doute. Et puis j’en parle avec joie, parfois longtemps après.

Les gens ne disent plus rien, jusqu’à l’annonce du premier retard. Ca y est, déjà une minute. La mécanique du temps se grippe, le tableau s’agite, les dormeurs s’éveillent, des voix s’élèvent dans le compartiment. Il y a souvent, dans le lot, un voyageur plus arrogant, la vingtaine incertaine, dans un état second ou troisième, qui crie sa haine de la société pour tout le « wagon ».

Je cherche, sur ce blog, à éviter la psychose. Je voyage pour penser à autre chose et je vous emmène avec moi. J’ai de la chance : mon horizon s’élargit. Et j’ai de la force : je veux partager. Alors, pour notre bien-être, je continuerai à vous montrer des états ferroviaires, des lieux de passage dans l’air du temps, où le premier retard se savoure, quand tout va bien.

Les gens ne disent plus rien. On est déjà demain et le train est à l’heure. L’arrogant a repris l’automobile ; les écouteurs diffusent à nouveau ; les dormeurs sont à gauche ce jour. Tiens, une mamie embrasse son petit-fils à Nivelles. Une brigade de Sécurail rigole à pleines dents sur les quais de Luttre, alors qu’un autorail de mesure traverse la gare. Il faut le savoir : quand tout va bien, les bonnes gens ne voient plus rien.

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01:15 Publié dans caténerfs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sncb, gare, train

20/06/2016

Pour la petite histoire

orient-express,charleroi-sud,marcheinne-zône,ligne 130a,gare,trainAprès la grève, je voulais revoir les trains. Je suis parti un dimanche après-midi comme souvent. Jamais très loin de la ligne 130a, ma ligne. Souvent de Marchienne-Zône à Charleroi-Sud, selon un de mes itinéraires parmi une multitude. Et donc, à Marchienne-Zône, vers 15h45, après que je dois descendu du train, a été annoncé un train en passage. Je me suis acroupi et la 1354 est passée, remontant vers Jeumont, seule.

On était le 5 juin 2016, aujourd'hui. Avec cette photo de la 1354, banale au départ, j'ai entamé ma promenade. Il faisait lourd, même sans un vrai soleil. J'ai pris par le canal, pour avoir de l'air. J'ai marché vite, sans trop savoir pourquoi. A 16h59, je me suis installé voie 11 à Charleroi-Sud. Il ne me restait plus qu'à passer le temps, absentément, en attendant le train de 18h14.

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orient-express,charleroi-sud,marcheinne-zône,ligne 130a,gare,trainEt puis voie 11 a été annoncé un train en passage. En scrutant le lointain d'où j'étais, il m'a semblé que la 1354 revenait déjà de la frontière. Mais que tirait-elle donc, car on aurait dit, d'aussi loin, des voitures voyageurs? Tout de même pas des M4? Et puis stupeur (et tremblement), alors que la 1354 longeait déjà le quai, à 17h27: ne voilà pas qu'elle tractait ni plus ni moins que l'Orient-Express!

Le hasard donnant lieu à l'improvisation, j'ai tenté d'en saisir une image qui vaille. Le prestigieux convoi s'est arrêté un très court instant, me laissant photographier sa plaque. Le Venice-Simplon-Orient-Express! Et puis il est reparti, me laissant plein de regrets. Ah! Si j'avais su! Je me serais posté voie 10, ou mieux encore à La Buissière, voie 1, collé aux arbres, piaffant avant l'instant de grâce.

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J’ai aperçu, du mauvais côté des fenêtres, les intérieurs précieux des compartiments. Les boiseries d’un autre temps, les cuivres blinquant et, furtivement, le personnel ressemblant à autant de majordomes… Il n’y avait à bord, semble-t-il, aucun voyageur, personne prenant le thé, attablé devant de vieilles porcelaines et des cuillères en argent. Non, l’Orient-Express est reparti anonymement, comme il était venu, pour la petite histoire.

Car la grande histoire, celle que l’on retiendra à jamais de ce 5 juin 2016, c’était cinq heures plus tard, à 23h03 précises, quand est survenue cette collision fatale dans le brouillard d’Hermalle, quand le train de Liège s’est encastré dans des wagons Ermewa, ôtant la vie à un conducteur et deux voyageurs.

17/06/2016

Petits mirages à Forrières

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forrières,ligne 162,gare,sncbUne vieille gare de pierres baignant sous le soleil, à peine drapée de nuages, dans un vallon de l’Ardenne. Elle se dresse, digne et sereine, le long des rails d’un village très sage, qui parait éternel. Elle respire, imperméable au temps qui coule et la lisse, et me promet une idylle tout en lumière, tout en sourire.

Ébloui en descendant du train, je n’ai pas de suite compris que je répétais la même erreur. Celle d’arriver dans l’après-midi, au moment où, je ne sais par quel mystère, les correspondances faiblissent déjà et menacent mon retour aux pénates. Chaque fois, donc, les minutes s’égrènent vite et je ne peux saisir, avec amnésie, que les mêmes images timides.

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forrières,ligne 162,gare,sncbLe soir, je me dis avec regret, mais aussi avec admiration, que Forrières doit avoir ses façons, ses secrets ancestraux qui la protègent et la dérobent aux regards indiscrets. Facétieuse, la gare sait se cacher derrière une forêt de piquets, dans la profondeur du champ caténaire, pour bloquer les angles. Et elle joue avec le temps, que je n’ai pas, pour me remballer chez moi.

Tenez, je n’ai jamais pu y photographier le moindre train... Le seul qui vient est celui qui m’emmène déjà vers Jemelle et sa grande gare, qui donnait naguère un emploi abondant. Je ne peux donc que rêver, en noir et blanc, des scènes d’antan, des retours chaque soir à Forrières d’une petite foule de cheminots bâillant, saluant bien bas Monsieur le Chef de gare au grade bienveillant mais sévère.

Un jour, si tout va bien, je viendrai au matin. Je la cueillerai à froid, sous la brume peut-être. Je me soumettrai, si elle l’accepte, aux devoirs de la mémoire. Me laissera-t-elle parler à ses habitants autour d’un thé, en regardant passer les trains ? Impossible à dire. Peut-être serai-je condamné, une fois encore, à revivre de petits mirages à Forrières…

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Forrières le 5 août 2009 (1-2-3) et le 21 avril 2016 (4-5). On notera, en comparant les deux époques, que l'annexe située à gauche du bâtiment voyageurs côté rue a disparu...]

31/05/2016

Rebroussements à Bertrix

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sncb,gare,train,bertrix,ligne 165,ligne 166D'après les anciens, les chemins de fer de l'Etat ont toujours eu une sainte aversion pour les rebroussements. Il est vrai qu'avant l'apparition des rames réversibles, un temps fou s'écoulait avant qu'on ait changé la machine de front. Si de nos jours l'occasion reste rare, ne boudons pas le plaisir de la marche d'abord vers l'avant, puis vers l'arrière.

A Bertrix, le rebroussement est régulier. Toutes les deux heures, un train local quitte Namur à destination de Dinant et Libramont. Arrivé presque en fin de parcours, au bout de la ligne 166, il stationne un instant en gare de Bertrix avant de repartir en sens inverse par la ligne 165. Mais j'ai profité de cet instant pour descendre à quai et revoir un endroit où il avait neigé lors de mon dernier passage.

 

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En avril, garde ton fil, dit en somme le dicton. Une brise du nord, du nord-est peut-être, balayait le marché du jeudi, Place de la Gare, assez pour hérisser le poil. Mais un soleil généreux, printanier, brillait, promettant à mi-mot à qui en ferait un sage usage des images sublimées. Juste un voile de cirrus cherchait à affecter la gare d'une ombre anodine.

sncb,gare,train,bertrix,ligne 165,ligne 166J'ai assisté aux manœuvres intéressantes, plus loin dans le faisceau, de deux 62 d'Infrabel qui sont allées et venues dans d'incessants rebroussements, pour refouler là où il fallait une rame de travaux. Cà et là, des hommes de jaune vêtus manipulaient les aiguillages. Ma seule manœuvre à moi fut d'essayer de comprendre et de capturer le moment.

J'ai bien dû repartir vers Libramont, pour faire le triangle. Avant d'embarquer, toutefois, je me suis laissé aller à quelques pensées sur le quai. Derrière la Desiro et sa voisine, le vent frais s'est remis à souffler. C'est donc à rebrousse-poil que j'ai laissé l'automotrice me refouler, me rebrousser à Bertrix, vers Libramont, Forrières et au-delà... 

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[ILLUSTRATIONS - La photo 1 fut prise le 3 janvier 2008, les photos 2 à 5 le 21 avril 2016. 1- Lors de mon tout premier passage à Bertrix, alors que tombait la neige, la gare m'a paru d'une horizontalité violente. 2- L'intérieur de la gare vue de la voie 2, en attendant un train. 3- La tranquillité de la Place est trompeuse le jeudi, car dans mon dos grouillait le marché hebdomadaire. 4- La 6246 et la 6261, à l'arrière du faisceau, entamaient leur dernier mouvement après moult rebroussements. 5- Les Desiro 08580 et 08556 prennent la pose et une pause, avant de repartir, l'une vers Namur après rebroussement, l'autre vers Virton et Arlon.]