Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

28/03/2016

Train World

train world,musée,sncb,train

train world,musée,sncb,trainLe nouveau musée national des chemins de fer, Train World, a été inauguré en novembre sur le site de la gare de Schaerbeek. Parce que je suis de très près l’actualité ferroviaire, j’avais déjà une bonne idée de ce que j’allais pouvoir y trouver, ou pas. J’attendais donc quelques surprises et de l’émotion née de la scénarisation de François Schuyten.

Pour cette première visite, je m’étais imposé un temps limite de deux heures et demie, proportionnel à la taille du musée. C’était un vendredi après-midi, quand je suis fatigué et donc plus ouvert aux émotions fortes. Avec l’audioguide, pour mieux apprécier. Après un repas, histoire de mieux digérer. Avec mon appareil photo, évidemment.

train world,musée,sncb,train

train world,musée,sncb,trainAu bout du parcours, je me suis dit que Train World était une belle expérience, un instantané joliment réfléchi de l’épopée de nos trains, qui fera passer un agréable moment aux familles et aux amateurs de belgitude. La lumière y est changeante, car des spots balaient la pénombre qui entoure vestiges et reliques. Ceux-ci semblent jaillir du néant, conférant aux récits du rail une patine stroboscopée.

Le véritable passionné de chemins de fer, je le confirme, restera sans doute sur sa faim. C’est qu’au regard de l’histoire prestigieuse du rail en nos contrées, le musée n’est pas richement fourni en matériel roulant. Il aurait fallu un site plus vaste, une autre politique patrimoniale, davantage d’ambition… Un jour peut-être, en rassemblant les collections…

Mais si, au bout du parcours, je suis ressorti avec le sourire, c’est parce que je me suis rappelé que la surprise venait de l’ordinaire. Même avec mille locos, Train World aurait pu décevoir… Alors, ne cherchons pas le plaisir dans le nombre, mais dans le souvenir ému des choses d’avant, des horloges d’antan, des vieux poinçons et des labeurs vaillants de générations de cheminots.

train world,musée,sncb,train

[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Train World le 29 janvier 2016.]

18/02/2016

Le monde riant d'Aywaille

sncb,gare,train,aywaille,ligne 42

sncb,gare,train,aywaille,ligne 42Peu de gares sont photogéniques comme l’est résolument, par tout temps et en toute perspective, celle d’Aywaille. Elle l’est tant qu’elle chasse chez l’habitant la morosité : quelle belle porte d’entrée, quelle lumineuse vitrine pour un bourg charmant ! Alors, oublions un instant les tracas du rail, le manque de volonté et d’investissement, et profitons.

Pour elle, je préfère le soleil d’hiver et ses lumières fraîches. J’aime l’instant du premier rayon posé en tête du toit, héraut d’un spectacle bienveillant, celui du jour nouveau. J’aime aussi l’halogénie de quinze heures, quand l’astre retire ce qu’il avait posé, quand la gare d’Aywaille glisse , minute après minute, dans un crépuscule froid.

sncb,gare,train,aywaille,ligne 42

sncb,gare,train,aywaille,ligne 42De près comme de loin, devant et derrière, la gare trône. De bas en haut, d’en-haut comme d’en-bas, elle semble sourire, fière de sa pierre, éprise de ses rails. La voici qui reçoit le train pour Luxembourg : en descendent des gens riants, parfois bien en chair, qui la contournent avec bonhomie et s’en vont. Amusée, elle attend maintenant l’heure des bus…

Rit-on ici depuis le tout premier départ, en janvier 1885 ? Non, assurément, car il y eut les guerres et les débords de l’Amblève… Le monde sauvage n’est jamais très loin, n’est-ce pas ? Alors, profitons encore d’Aywaille et de ses lueurs sereines, minérales, féminines ; de son commerce aussi. Trinquons à l’avenir, buvons encore pour mieux rire !

Un air morose me reviendra assez tôt. Mais déjà je sais où venir me poser pour trouver paix et réconfort, et un idéal radieux que je voudrais éternel. Je viendrai m’asseoir au pied de la vieille gare, emblème de l’Etat, construite par ces ancêtres qui nous ont tout légué. Les yeux grand ouverts, je rêverai. Et j’attendrai qu’arrivent le train et le monde riant d’Aywaille.

sncb,gare,train,aywaille,ligne 42

[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare d'Aywaille le 29 décembre 2011 et le 30 décembre 2015. En bas, la 3014 des CFL entre en gare d'Aywaille le 30 décembre 2015 en tête du train IC114 à destination de Luxembourg.]

18/01/2016

Scandale à Vielsalm

sncb,train,gare,vielsalm,ligne 42

sncb,train,gare,vielsalm,ligne 42Le petit pont qui franchit la ligne de l'Amblève à la sortie de Vielsalm chante sous les bourrasques. Oui, il chante! Le vent l'amuse en secouant les câbles, en faisant siffler les liens. Avec cet air en tête, de ce point de vue, la gare semble menue. La météo m'avait prévenu qu'au sud-est les nuages bas seraient tenaces, que le soleil ne viendrait peut-être pas. Et de fait il n'est pas venu, et il n'a pas donné au lieu un éclat qui ne lui sied plus.

Le guichet de Vielsalm a fermé en octobre et c'est très regrettable. On dit l'avenir de la ligne menacé, et c'est un scandale. Sans être bondés, les trains vers Luxembourg au départ de Liers et Liège sont bien fréquentés, même lors des congés. Le chemin de fer, prouesse du génie humain, joue toujours ici un rôle social important. Regardez autour de vous: Vielsalm est une petite ville, certes éloignée des grands centres.

sncb,train,gare,vielsalm,ligne 42

sncb,train,gare,vielsalm,ligne 42Vielsalm est un beau bourg où la gare occupe une place de choix, historique et fondamentale. Regardez encore: le panorama vaut le détour et certains touristes viennent en hiver. Vielsalm, malgré sa taille, est capitale: on y vient des villages voisins, si esseulés, vite enneigés. Regardez donc honnêtement, et dites-moi en quel nom on priverait ces bonnes gens de leurs trains?

Le petit pont chante, mais il déchante. Lorsque le guichet ferme, lorsqu'on prive une gare de son âme, c'est l'idée même de la mobilité pour tous dont on se moque. Sous ses bâtières, la gare de Vielsalm est même un rare vestige, la rare itération d'une architecture ferroviaire mineure qu'il faudrait préserver. Bientôt, pour parler à la SNCB dans les yeux, l'usager - le client, bordel! - devra prendre le train jusqu'à Bruxelles...

Le soleil d'hiver n'est jamais venu. La lumière froide d'un ciel chargé n'a rendu de la gare que des blancs cassés. Sur le quai, avant que ne s'écoule une autre année, j'ai attendu avec d'autres gens, pour qui le train compte, une petite rame hétéroclite, héritière à sa façon du Guillaume-Luxembourg. En partant vers Aywaille, j'ai craché avec énergie sur cette politique qui voudrait faire de la gare de Vielsalm un autre scandale du laisser-aller.

sncb,train,gare,vielsalm,ligne 42

[ILLUSTRATIONS - Photos prises autour et en gare de Vielsalm le 30 décembre 2015.] 

31/12/2015

Les tiroirs de mon histoire

sncb,blog,train,gare,rails

Une autre année s'achève; l'actualité ferroviaire bouillonne dans tous les sens... De mon côté, j'émerge de longs mois très chargés sur le plan professionnel. C'est cyclique, c'est tous les quatre ans, c'est comme ça et ça use. On ne rajeunit décidément pas. Mais avec le temps vient une certaine profondeur et - hélas - une certaine contemplation du déclin. Adieu, les cabines centenaires? Au chalumeau, les vieilles caisses?

La vieille caisse d'automotrice aujourd'hui éventrée sur un chantier de démolition, ne l'ai-je pas vue un jour à Franière ou à Roux, en tête de rame, glissant au vent? Les photos de ces instants ont survécu. Encore faut-il pouvoir les ranimer, à la force du souvenir... Se remettre dans l'instant, à ce moment-là précisément, et rendre aux cabines leurs volumes, et aux caisses la musique des roues avalant les rails du Royaume.

sncb,blog,train,gare,rails

En vous promettant ici de repartir serein, de gare en gare, je tiens à illustrer ce billet de cinq instantanés vieillis, tirés des tiroirs de mon histoire. Cinq moments le long des rails, presqu'oubliés, mais qui me parlent à nouveau et me poussent à retourner sur les lieux, seul, parce que je n'ai jamais trouvé celui qui voudrait m'accompagner.

sncb,blog,train,gare,rails

J'ai tant de gares à découvrir, tant de paysages à arpenter encore. Tant de ruines à aimer, tant de trains à écouter. Tant de choses à vous montrer, tant de lieux et d'instants à distiller, de Bertrix à Froidchapelle et au-delà. Des luttes à mener pour que nos chemins de fer brillent à nouveau. Des autorails à emprunter sur des lignes électrifiées... 

sncb,blog,train,gare,rails

Une nouvelle année commence. On pourra souhaiter aux usagers du train, qu'ils soient navetteurs ou simple voyageurs, d'être un peu mieux entendus en haut lieu. Que le gouvernement s'engage dans un vrai dialogue social avec les syndicats, et que ceux-ci comprennent enfin qu'ils n'auront le soutien du plus grand nombre d'usagers qu'en expliquant leur position de façon un peu plus moderne. Et - on peut toujours espérer! - qu'un large débat sur la mobilité de demain s'engage et qu'il aboutisse à une vision ambitieuse des transports en commun...

Repartons ensemble sur nos chemins de fer belges. Notre intérêt est commun. Ce sont des images émues de gares heureuses que j'aimerais sortir des tiroirs de mon histoire, d'ici quelques années...

A toutes et tous, je vous souhaite une saine et heureuse année 2016!

sncb,blog,train,gare,rails

[ILLUSTRATIONS, de haut en bas - Le 23 septembre 2011, une automotrice quadruple file vers la gare de Châtelet en longeant la Sambre et ses décors charbonniers. - Le 1er novembre 2007, lendemain d'Halloween, un fantôme fait plâner la menace en gare d'Esneux. - Le 17 août 2011, la nouvelle gare de Gembloux baigne au soleil. Ressemble-t-elle tant à celle d'Ottignies? - Le 30 décembre 2014, l'automotrice 742 assurant un train à destination de Marloie, marque l'arrêt en gare de Hamoir. - La gare d'Assesse, que nous avons visitée il y a peu, n'est pas la seule en détresse sur la ligne du Luxembourg. La gare d'Habay, photographiée ici le 23 août 2012, mérite elle aussi un meilleur sort.] 

 

16/12/2015

Château de Seilles, ministère austère

sncb,train,gare,seilles,château de seilles,ligne 125

sncb,train,gare,seilles,château de seilles,ligne 125Il y a bien un château à Seilles, un très vieux château même. Mais on ne peut l'apercevoir du long quai central séparant les voies de la ligne 125 (Namur-Liège). Et pour ce qui est de la vie de château, on repassera... tant l'équipement du point d'arrêt est spartiate. S'il n'y avait eu ce beau soleil de novembre, je n'y serais resté que quelques instants.

A l'approche du sillon ferré, la rue François Jassogne s'élève et franchit les rails en un pont étroit. Les voyageurs descendent par un seul escalier, au milieu du pont, côté est, et aboutissent à l'extrémité d'un quai encore bas qui n'est plus que saupoudré de gravier. Ils peuvent se munir d'un billet pour ailleurs à l'aide de l'automate, ce nouveau luxe qui peuple désormais nos petites haltes.

sncb,train,gare,seilles,château de seilles,ligne 125

sncb,train,gare,seilles,château de seilles,ligne 125Mieux vaut d'ailleurs ne pas avoir à s'éterniser sur le quai car il n'offre aucun siège, et seuls l'automate et la valve des horaires semblent promettre un départ à plus ou moins court terme. Les deux abris, désossés, n'abritent plus de rien et certainement pas des intempéries. A ce tableau de désolation s'ajoutent deux voies abandonnées, où l'on refoulait jadis les wagons de Carmeuse...

A ce moment-là, donc, je me crois seul en gare. Mais une radio grésille de derrière l'escalier et apparait aussitôt un homme du rail, d'orange vêtu, émergeant de son poste éphémère, actionnant un appareil de voie. Il me demande l'heure mais nous ne causons pas. Objectif en main, je comprends que les trains rouleront précautionneusement de part et d'autre du quai.

Je photographie des automotrices inquiètes et les coils logés sur un long train de marchandises. Entre deux messages radio, j'arpente le quai en espérant qu'on l'élèvera bientôt, comme à Andenne. Et en attendant, en tant que voyageur unique, je me suis senti tel un châtelain déplumé prêchant, à Château de Seilles, pour la fin de son ministère austère. 

sncb,train,gare,seilles,château de seilles,ligne 125

[ILLUSTRATIONS: Photos prises en gare de Château de Seilles le 2 novembre 2015 dans l'après-midi.]