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15/07/2015

Au revoir à l'infini

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Dans toutes mes gares, on se dit bonjour et on se dit au revoir. Des baisers sur le quai, des larmes avant d’embarquer, des high fives entre potes, une exclamation pour l’homme du rail. C’est parfois bonjour le soir et bonsoir le matin, car il n’y a plus d’heure et au diable les moyennes ! Demain, ce petit monde se réarrangera le long des voies ; il y aura peut-être un nouveau visage, naïf, hilare peut-être.

Au-delà de l’océan, je ne ferai plus le nombre. Si je reviens vite, le manège reprendra, de train en train, jusqu’à la fin des horaires, et les gares se rallumeront. Si j’y reste, malgré moi, alors tout s’éteindra, de relais en relais, du premier signal au dernier. Non ! La fin du tunnel est proche. Je le sais, je le sens. Exécutons et revenons, excusé…

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Puisque je m’en vais un peu, loin de mes gares, je vous en laisse le soin. A Lobbes, chez moi, Philippe parlera de pastis et de courses cyclistes. A Hourpes, chez moi aussi, il y aura toujours moins de voyageurs que de trains. A Charleroi, chez toi, les navetteurs iront et viendront plus rares. A Bruxelles-Nord, chez vous, il y aura des trains T et des trolleys par milliers.

Au-delà, partout ailleurs, il pleuvra sans doute assez. A Hamont comme à Leval, le barbecue vivra. Des bambins en sandales verront leur premier train à Herne comme à Ampsin. Il y aura des jardins de sable à Blankenberge, des plages de foin à Beauraing. Les chantiers cesseront, les tondeuses vrombiront – absentément, je vous le dis.

Là-bas, où je serai, ce monde s’éteindra treize jours durant. J’espère qu’on me laissera le temps d’aimer une étrangère. Mais je sais déjà que la seule thérapie viendra sur l’oreiller, lors de voyages les yeux grand fermés. Ceci n’est pas un adieu, juste un au revoir à l’infini, amplifié par ces trains interdits dans lesquels nous ne monterons pas.

Et puisque voilà le soir venu, je vous dis bonjour et à bientôt.

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30/06/2015

[MA] Ce qui ressort de Casa-Port

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gare,train,casablanca-port,casa-port,oncfAnita comprend. J'accompagnais cette jeune retraitée suédoise à la carrière remarquable pour une mission d'enquête de soixante heures à Casablanca. Bien entendu, il m'a fallu connaitre la gare et cela prend toujours un peu de temps. Mais Anita comprend, car ce n'est pas la première fois qu'elle suit un fou des gares. Alors, nous sommes arrivés tôt à Casa-Port un jeudi de mai, bien avant la navette pour l'aéroport. Elle s'est assise sur un banc, sur le quai, et m'a dit de faire ce que j'avais à faire. 

Casablanca est la capitale économique du Maroc. Une ville cent fois sortie de sa medina, au bord de l'Atlantique. Sept millions d'âmes fières de leurs traditions, accueillantes et méfiantes à la fois, car le péril vient toujours d'en haut, n'est-ce pas? Inch'Allah! Des trams très modernes qui filent vers Aïn Diab, des trains très français qui filent vers Salé Ville. Et donc des gares qui encaissent des flux croissants de navetteurs. Malgré l'infrastructure parfois précaire, le rail marocain commence à briller.

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gare,train,casablanca-port,casa-port,oncfAbdellah aussi comprend. J'ai croisé devant la gare ce jeune Berbère, étudiant en arts, photographe des plateaux, qui voulait me montrer l'Art nouveau. Il m'a bien dit qu'il lui paraissait étrange qu'on veuille photographier les gares, mais que ça pouvait se comprendre. Faut dire: il n'y a pas de trains à Ourzazate, aux portes du désert! Alors, poussé par Anita et par Abdellah, j'ai repris ce que j'avais entamé il y a cinq ans, à Casa-Voyageurs.

C'est qu'il y a deux grandes gares là-bas: Casa-Port en impasse, Casa-Voyageurs en transit. L'une moderne, lumineuse, fière vitrine pour la finance et le tourisme. L'autre austère, organisée, populaire, qui témoigne tellement plus des réalités du pays. Un autre royaume où l'on craint les islamistes, où le chômage des jeunes tempère l'espoir d'un avenir flatteur. A Casablanca, comme ailleurs, les gares reflètent l'âme d'un peuple, ses idées, ses tourments...

Alors, j'espère que vous comprendrez. En invité surveillé, je n'ai pris que quelques clichés à Casa-Port. Je n'ai pas voulu exciter militaires ou vigiles. J'ai déjoué, préférant saisir le lieu, le comprendre, l'observer. Un jour peut-être, je reviendrai pour prendre - qui sait? - un train vers Kenitra ou Salé. Mais en attendant, ce qui ressort de Casa-Port, ce sont des trains oranges pas très vifs mais prometteurs, qui en appellent d'autres, venus de la côte.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Casa-Port le 28 mai 2015, sauf la photo prise devant la gare de Casa-Voyageurs le 25 mai 2010.]

10/06/2015

Un parapluie pour Landegem

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sncb,gare,train,landegem,ligne 50a,nmbs,stationEt lorsque je suis arrivé à Landegem, il s'est mis à pleuvoir. Juste un peu, rien qui pourrait tremper. Mais les gouttes, innocemment, ont magnifié le décor de la bourgade assoupie, bordée par le canal de Schipdonk, parcourue par des rues prospères et proprettes. L'une d'entre elles mène à la gare, un endroit morne et étrange qui se prête néanmoins à la photographie.

Ici, la ligne 50A est à quatre voies depuis longtemps. Elle forme une autoroute ferroviaire qu'empruntent près de 300 trains par beau temps les jours d'été. Au trafic naturellement nourri de directs vers Brugge et la côte, ou vers Gent, s'ajoutent les circulations d'omnibus s'arrêtant à Drongen, Hansbeke et Aalter, entre autres. A Landegem, la 50A et la E40 sont presque parallèles.

De fait, les quatre voies surplombent la Stationsstraat et font de cette station une gare-parapluie, dont le bâtiment est une construction moderne, modeste et maladroite, ni franchement terrestre, ni franchement sous-terraine, écrasée par les trains en tout cas. Fermée ce dimanche, autant l'éviter et se laisser habiter par le vent qui vient avec la pluie. 

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sncb,gare,train,landegem,ligne 50a,nmbs,stationAvant de monter à quai, j'ai été - dirais-je séduit - par le thème jaune et brun des accès aux voies. S'agit-il d'une manifestation d'une certaine identité flamande, ou ne doit-on y voir que deux couleurs comme d'autres, comme le rouge et le vert des quais de Denderleeuw par exemple? Mais déjà un autre courant d'air m'a porté vers les voies...

Une nouvelle rame de M6 a fendu l'air. Sur cette passerelle paysagère, où il faut rester prudent, deux Desiro se sont croisées. Alors que la pluie redoublait, j'ai marché sur la toile du parapluie à Landegem. La tête rafraîchie, j'ai pris quelques clichés avant de me remettre au sec. En repartant vers Gent, je me suis méfié des parapluies à quatre voies, ceux qui menacent, avec le temps, nos vieilles gares bien aimées.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Landegem le 26 avril 2015]

24/05/2015

Le dernier printemps de Hansbeke

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hansbeke,gare,train,sncb,nmbs,stationIl y a toujours un dernier printemps, un ultime regard pour la nature en éveil, avant que ne s'abatte la grande faux. Même si d'aucunes défient le temps, les gares n'échappent guère à ce funeste destin. A Hansbeke, entre Gent et Brugge, la mise à quatre voies de la ligne 50A entraînera tout bientôt la démolition d'un bâtiment ferroviaire remarquable, tant par son esthétisme que par sa valeur patrimoniale.

Alors, au prix de quatre trains, je me suis rendu un dimanche matin au chevet de cette belle inconnue. Comme ailleurs dans les Flandres, la première gare installée par l'Etat à Hansbeke ne survécut pas aux destructions de la guerre 14-18. La bâtisse qui nous occupe, depuis longtemps délaissée par Infrabel et la SNCB, date de 1923 et de l'époque où l'Etat réimplanta des gares type là où il le fallait.

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L'architecte de l'Etat décida alors que, pour son premier printemps, la gare de Hansbeke serait l'une des trois dont la robe porterait des bandeaux horizontaux de briques jaunes. Voilà qui la distinguait de nombre de ses semblables aux toitures à pans coupés. Sans vouloir paraître conservateur à outrance, sa démolition prochaine était-elle réellement inévitable?

hansbeke,gare,train,sncb,nmbs,stationDans cette Flandre plate où tout semble décidément à sa place, la nostalgie se distille à doses homéopathiques. Un document d'Infrabel à l'écriture léchée évoque la nécessité de fournir une infrastructure en phase avec les besoins contemporains pour justifier la disparition de l'ancienne gare. Peu sont ceux qui paraissent s'en émouvoir: le tourisme côtier et le port de Zeebrugge ne sont-ils pas des arguments assez convaincants?

Au chevet de la gare de Hansbeke, sous une pluie d'avril, je l'ai immortalisée. C'était un devoir de mémoire, dicté par un sentiment d'injustice. C'était un impératif, le moins que je puisse faire vraiment. En longeant les voies à distance jusqu'à Landegem, j'ai salué pour la forme les tulipes, celles du dernier printemps de Hansbeke.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Hansbeke le 26 avril 2015.]

30/04/2015

Quand s'amorce la grève

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Une nouvelle grève a paralysé le rail belge ce mercredi 22 avril. Comme souvent, elle a débuté à 22 heures la veille pour s'achever à 22 heures le jour-même. J'ai voulu me rendre compte de l'entrée en grève sur le terrain, à Bruxelles-Nord, et observer la façon dont la paralysie s'installe. J'ai donc pris place voie 12 à 22 heures précises, les sens en alerte.

Premier constat: à l'exception d'un homme modérément agité et d'une jeune femme très maquillée arpentant la voie 11, les usagers semblaient avoir assimilé l'idée qu'une fois l'heure fatidique arrivée, rien ne roulerait. En vérité, seuls les tableaux électroniques annonçant les départs ont entretenu l'illusion, vingt minutes durant, d'une normalité organisée en "trains au départ" et "trains en approche".

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sncb,grève,train,bruxelles-nordEntre-temps, l'automotrice 804 est arrivée voie 12, prétendant assurer l’IC 2043 vers Nivelles et Charleroi-Sud, par ailleurs annoncé au départ. Mais j'ai vu le conducteur s'assurer de l'absence de voyageurs dans chaque compartiment avant d'éteindre les feux et de tout simplement quitter son train. L'automotrice, rouge de confusion, est restée inerte, sans doute garée jusqu'au lendemain.

A 22h07, une doublette de Desiro, avec une douzaine d'usagers à bord, est entrée voie 10. Il s'agissait du train L 1993 de 22h13 à destination de Nivelles. Puis, à 22h15, est arrivé voie 11, à contre-voie, l'IC 3443 vers La Louvière et Binche. Un coup de sifflet a fendu l'air de la gare assoupie, et ce dernier train est reparti, de façon un peu surprenante. Mais où est-il parti mourir?

A 22h20, aucun des trains en approche depuis de longues minutes n'avait approché, et plus aucun des trains au départ n'est parti. A 22h23, les trains annoncés sur les tableaux électroniques ont disparu en bloc. Alors je suis reparti, croisant encore dans le couloir sous les voies la douzaine de voyageurs frustrés de l'omnibus de Nivelles. La grève était lancée, et la gare est restée fermée le lendemain.

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