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31/03/2015

La guerre des magazines

en lignes,journal du chemin de fer,sncb,pft,trainDepuis des années, je ne rate aucune parution de deux revues consacrées à nos chemins de fer. Il y a le Journal du Chemin de Fer, édité par Meta Media Groep, qui publiait en février son 203e numéro. Et puis il y a En Lignes, édité par le PFT (Patrimoine Ferroviaire et Tourisme), dont le 126e numéro est arrivé dans ma boîte aux lettres il y a quelques jours.

en lignes,journal du chemin de fer,sncb,pft,trainLes deux magazines sont l'oeuvre des cheminots passionnés par leur métier et d'autres mordus du rail. Ils font la part belle aux photos de trains de toutes époques, "évoluant" en tous lieux. Les légendes précisent le lieu et la date des clichés; elles confèrent en grandes lettres une certaine notoriété à leurs auteurs. Alors, de numéro en numéro, on voyage. Il suffit de prendre le train en marche...

Célébrant en août 2014 sa 200e publication, le Journal du Chemin de Fer s'est laissé aller, dans son éditorial, à une curieuse attaque contre son rival En Lignes: "Chez nous, pas de pages 'familiales' annonçant l'achat de telle ou telle locomotive ou relatant un voyage de club à l'étranger...". Le Journal, cherchant à tout prix à s'ériger comme étant la référence dans l'actualité ferroviaire belge, fort de son indépendance, tire ensuite à boulets rouges contre... internet et "cette curieuse pratique qui veut qu'une photo d'un train spécial soit déjà postée sur internet avant même que le train ne soit arrivé à destination..."

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Au PFT, on hausse les épaules. C'est que le caractère familial d'En Lignes est assumé, puisqu'il est également la vitrine d'une association veillant à la préservation de notre héritage ferroviaire. C'est une belle vitrine et on se dit qu'en face, on doit bien se réjouir de savoir quelques locomotives préservées... Et puis on ne saurait nier que le Journal du Chemin de Fer a pompé plus d'une idée éditoriale à son rival, au fil du temps.

Tous deux démontrent pourtant que bien avant internet et le culture des selfies, les hommes ont immortalisé gares et locomotives pour les laisser témoigner de notre passé. Au-delà des rivalités, donc, il faut souligner leur valeur et leur utilité, et le plaisir qu'ils apportent à un lectorat fidèle. Arrivés à destination, il y aura de la place pour tout le monde, que je sache! 

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[ILLUSTRATIONS - La couverture du 200e numéro du Journal du Chemin de Fer, présentant en mosaïque les couvertures de numéros précédents, semblait calquée sur un concept semblable apparu dans En Lignes à l'occasion de son 100e numéro paru presque quatre ans plus tôt. Au demeurant, le concept est assez commun dans la presse occidentale lorsqu'il s'agit de fêter un jubilé dans les parutions...]

13/03/2015

Réductions à Walcourt

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walcourt,sncb,gare,train,ligne 132Je ne passe à Walcourt qu'épisodiquement, trop par à-coups à mon goût. Si mon regard n'en garde que trop peu de pixels, j'ai trouvé la recette de l'histoire. Je me souviens de la première impression, il y ahuit ans, celle d'un bourg fleuri sous la pluie, catholique comme sa basilique, silencieux sous ses croix. D'une gare sans caténaire, blanche mais si pâle sous un ciel de plomb.

En marchant avec le temps, j'ai ajouté à cette première réduction un peu de liant. J'ai cerné la gare comme il le faut, le jour et la nuit, en explorant ses emprises. Bouillonnant déjà, je me la suis décrite comme elle était jadis, à la belle époque, celle de la remise et des réserves de charbon, des vapeurs haletantes et des petits trains revenus de Fraire Humide ou Silenrieux.

La gare est une des plus vieilles du Royaume (1848). Une gloire du Grand Central aux volumes basiques, aux contours austères. Une place forte de l'Entre-Sambre-et-Meuse autrefois richement ferré, jamais électrifié. Une gare bercée par l'Eau d'Yves et ses remous qui lui donnent une patine sous un soleil naissant, un peu de crème dans le mélange. 

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walcourt,sncb,gare,train,ligne 132Debout au passage à niveau, accroupi sur le pont, j'ai observé l'échappée des petits autorails sur la voie unique vers Yves-Gomezée. Agenouillé sur le quai, assis par terre au pied du vieux fourgon, j'ai noté qu'ils étaient moins nombreux. C'est un effet pervers du nouveau plan de transport, une réduction mal maîtrisée de l'offre, une erreur historique pour les voyageurs attristés.

Tel un condamné en fin de permission, je suis monté dans l'autorail vers Jamioulx. Mais il m'a semblé, le soir tombé, que la gare brillait à nouveau, blanche pétant sous le feu des lampadaires. Fort de ces impressions, je suis reparti ébloui par la promesse d'un retour à Walcourt où, fouetté par le temps, je pourrai me faire de son histoire une sauce goûteuse et bien lisse. 

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28/02/2015

Bien mal à Bomal

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sncb,gare,train,bomal,ligne 43Ce n'était pas la première fois que je descendais à Bomal, et ce n'était pas non plus la dernière. Le hic, c'est que mes passages y sont toujours éphémères, soit parce qu'on m'emmène ailleurs, soit par la faute des éléments. Et donc ce lieu villageois et de villégiature m'échappe et me confond. Comme je ne contrôle ni la famille ni les éphémérides, je m'énerve vite à Bomal.

Sottement, ce jour-là, j'ai espéré que le brouillard occulterait mon impuissance à faire des silences de Bomal un air chantant. J'ai espéré naïvement que la neige des jours derniers aurait tenu, pour rendre un peu de matière aux troncs tristes balisant les torrents. Mais ni la brume ni la neige n'avaient encore prise, renvoyant l'image d'une localité désolée.

J'ai espéré que l'écume de l'Ourthe ou d'une Chouffe me retiendrait cette fois, mais j'avais déjà trop froid. De rares touristes flamands flânaient ou ronronnaient autour d'un chocolat chaud au Café Carré. Je n'ai trouvé, à l'évidence, aucun vieux combattant qui tienne à ma parler du village ou de ses gens, de leur histoire ou de leurs tourments. Bref, personne pour me parler de Bomal en bien.

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sncb,gare,train,bomal,ligne 43J'ai espéré, en repartant vers la gare moins d'une heure plus tard, qu'elle suffirait à me consoler. Après tout, elle parait marrante, elle qui fait penser à un gros bloc Lego posé, un peu négligemment, au milieu du paysage. Une gare à trois voies, en pierre, au sang froid, avec un guichet et des agents qui, vus de loin, vêtus de jaune, ressemblent à des Playmobil.

Mais c'était en vain. La gare, beaucoup trop jeune, ne m'a été d'aucun secours. Avec l'énergie du désespoir, je l'ai photographiée encore, en priant pour que mes clichés me forcent à revenir bien vite pour conjurer le sort. Histoire de me prouver qu'être bien mal à Bomal n'est pas une fatalité, et que viendra bien le jour calme et ensoleillé où nous serons enfin en phase.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Bomal le 11 août 2012, le 12 août 2012 et le 30 décembre 2014] 

06/02/2015

Balle au centre SVP!

La saga politico-ferroviaire de ces derniers jours pourrait paraître comique si elle ne touchait pas aussi profondément la vie de milliers d’usagers. Divers sondages menés par la presse, les associations d’usagers et Test-Achats ces dernières semaines ont en effet produit des pourcentages presque staliniens de voyageurs mécontents tantôt du nouveau plan de transport, tantôt du service global proposé par la SNCB. Depuis, tout le monde s’en mêle. Je n’ose imaginer le défouloir que doit être Facebook à ce sujet pour l’instant…

Les patrons du rail ont osé affirmer en commission parlementaire que la déontologie de Test-Achats tenait sur un timbre-poste. Du coup, l’association de consommateurs souhaite les trainer en justice pour calomnie. Ces mêmes patrons se seraient encore dédouanés en suggérant que ce soient les écoles qui s’adaptent aux horaires des trains et non l’inverse. Voilà la classe politique en émoi devant ces énormités, prête à saisir l’occasion offerte par une quasi-unanimité populaire. Quel sera le prochain épisode ?

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A moins de changer de méthode, le débat pourrait rester stérile longtemps, avec ses incompréhensions et ses amalgames, entre SNCB-bashing et déontoclashing. Jo Cornu, l’administrateur délégué de la SNCB, semble complètement dépassé par sa tâche, jusqu’à en oublier la nature même de la société qu’il dirige, sans parler de sa valeur sociale. A sa décharge, il faut reconnaître que l’Europe impose une vision du rail qui tranche radicalement de la tradition belge. Car de tous temps,  les chemins de fer belges ont été un état dans l’état, hiérarchisé à outrance, une « grande muette » qui communique bien mal et découvre seulement, après tant de temps, qu’un voyageur est un client. Et préfère le punir collectivement, semble-t-il, que de le remercier de sa fidélité, individuellement.

Une fois l’excitation retombée, il faudra trouver le trait d’union, celle ou celui qui pourra rassembler au-delà des clivages et des frontières. Idéalement, cette personne sera un usager fréquent du rail, un Commissaire spécial pouvant présider, avec sérénité et transparence, des assises nationales du chemin de fer regroupant, autour de la même table, d’égal à égal, tous les acteurs du monde des train. Une partie à quatre – les voyageurs, les autorités compétentes, les sociétés ferroviaires et les travailleurs du chemin de fer – avec assez de respect et d’empathie pour arriver à des compromis et discuter valablement de la mobilité belge de demain. A défaut, c’est l’Europe qui, d’une façon ou d’une autre, choisira pour nous. 

Alors, pots de terre contre pots de fer, il est temps de siffler la fin de la récré. Balle au centre SVP ! 

26/01/2015

L'échafaud d'Engis

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sncb,gare,engis,ligne 125,trainLe vent d'ouest qui balayait la Meuse était chargé, comme souvent à Engis sous un ciel bas. Il y a, du pont surplombant les flots déterminés, un plaisir visuel assuré quand les vapeurs de Prayon disputent aux nuages l'horizon. Vivifié, comblé, j'ai remonté le cours un temps pour mieux contourner la gare, dont on a une vue plongeante, là-haut, quand on flanque la roche.

A Engis, entre Flémalle et Huy, on prend tout son temps pour transformer l'ancien bâtiment des recettes en maison de quartier. Les échafaudages s'éternisent; le chantier a pris un retard considérable. Et on n'est pas près de revoir le long des rails un édifice qui les honore. Trois ans de retard: derrière le grillage, derrière la ferraille, chercherait-on à trop bien faire?

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sncb,gare,engis,ligne 125,trainTant pis. Il doit y avoir une raison aux retards; les voyageurs le savent bien. Avec indulgence, on soutiendra même que l'échafaud lui sied. Mieux vaut le gros appareillage que de grosses caries, n'est-ce pas? Et puis la gare retrouvera, tôt ou tard, un habitant qui, on l'espère, aura l'âme d'un chef de gare...

C'est qu'en humant cet air humide, en revenant vers la gare appareillée, on voit comment, d'ouest en est, le fleuve et le rail ont creusé un double sillon pour le voyage et l'industrie. Par-delà les toits des quartiers ouvriers, on comprend que tout était lié: les hommes et la pierre, les bateaux et les trains, les cheminées et les chimères. Et donc, à en croire l'échafaud, les retards de la gare ne sont dus qu'à sa mue profonde, froide, calculée.

En traversant le passage sous les voies, désormais richement graffé de superhéros, j'ai relevé les anachronismes. Et je me suis demandé, l'air aidant, si les embruns d'Engis n'endormaient pas les gens. Si à force de charrier les tourments des générations d'ouest en est, la Meuse ne cherchait plus qu'à embrumer les volontés, dont celle de rendre aux rails d'Engis une gare rassurée...

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[ILLUSTRATIONS - Les deux photos en haut de page ont été prises en gare d'Engis le 30 décembre 2014. Les trois suivantes ont été prises le 29 décembre 2013. Le bâtiment sera-t-il achevé si je retourne le 31 décembre 2015?]