Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

16/02/2010

Un hiver si blanc, une neige si noire

On ne meurt normalement pas dans un train. Ailleurs oui, mais pas chez nous. Le train, c'est un peu ringard, mais c'est safe.

NeigeNoire2.jpgC'est ce qu'on se disait hier. Avant. Certains se souvenaient bien de la catastrophe de Pécrot, mais c'était bien avant. Celle du Pont de Luttre, c'était il y a plus de trente ans. Des morts aux passages à niveau, des suicides devant le train, cela arrive hélas de temps en temps. Mourir à Hal hier, comme ça, était impensable.

Avant tout, il faut s'incliner devant la mémoire des disparus et offrir ses plus sincères condoléances aux parents, aux enfants, aux proches. Il faut souhaiter la plus complète guérison aux blessés qui jamais n'oublieront cet hiver si blanc, cette neige si noire du 15 février. Il faut se sentir proche de tous ceux qui ont vécu le drame de près, qui ont sauvé ou secouru. Il faut offrir une oreille à tous ceux qui se sentent concernés.

Ensuite, peut-être, il faut digérer le drame, chacun à sa façon. Certains choisiront d'oublier vite et reprendront la voiture demain. D'autres ne prendront plus le train de la même façon - il n'y avait presque personne à l'avant du train ce matin. D'autres, encore, s'abreuveront des récits voyeuristes qu'on leur servira. A terme, on digèrera. Mais, qu'on le veuille ou non, il restera toujours, pour chacun, une cicatrice dans l'âme. On ne meurt normalement pas dans un train.

Il faudra donc, enfin, comprendre et expliquer. On parle d'une collision latérale et d'un dépassement de signal. Et l'aiguillage? Il faudra en tout cas se souvenir, avant de juger et de jeter l'opprobre, de l'infinie complexité des systèmes ferroviaires. Il y aura la faute et il y aura la responsabilité. La première sera individuelle, la seconde collective. Car c'est bien une catastrophe nationale, une tragédie publique.NeigeNoire3.jpg

Rentrer ce soir fut épique. Mais comment donner tort à ces milliers de cheminots qui, depuis des plombes, craignent pour leur sécurité et pour la nôtre? Il faudrait accélérer la modernisation du réseau, mais cela a un coût. Et en ces temps de crise, les caisses de l'état sont au plus bas. Pour plus de sécurité, il faudra donc trinquer, tous ensemble, solidairement, en se disant que déjà trop de vies ont été reprises. Et espérer qu'il se trouve quelqu'un à la SNCB prêt à assumer la responsabilité et relever le défi d'un rail plus sûr dans les délais les plus courts.

27/05/2009

Zone grise

L'effroyable incident en gare de Dinant samedi dernier a provoqué l'émoi, fait couler beaucoup d'encre et suscité bien des questions. Comment un accompagnateur de la SNCB a-t-il pu se retrouver avec les deux jambes sectionnées par le train dans lequel il devait se trouver? Comment le train a-t-il pu démarrer alors que l'accompagnateur en décousait avec un irascible septuagénaire sur le marche-pied de la dernière porte ouverte? Comment empêcher que de tels débordements s'achèvent dans le sang?

Par la voie des médias, la SNCB a tenu à rappeler les procédures d'embarquement dans les trains et l'existence d'une "zone grise" comprise, grosso modo, entre le coup de sifflet par lequel l'accompagnateur (chef de train) demande la fermeture des portes et le départ du convoi. Si vous ne prenez que rarement le train ou que vous n'avez jamais prêté attention aux procédures en question, cette zone grise peut paraître incompréhensible. Et pourtant, il vous faudra comprendre qu'un train peut déjà être parti alors qu'il est toujours à quai...

Expliquons. Par son coup de sifflet, l'accompagnateur avertit les passagers, mais aussi le conducteur, que le débarquement et l'embarquement sont achevés. Les portent du train se referment alors, à l'exception d'une seule: celle par laquelle l'accompagnateur, dont c'est la responsabilité, s'assure que le convoi est prêt à démarrer. Rappelons ici que le conducteur du train ne dispose généralement pas d'un rétroviseur et est donc dans l'incapacité de vérifier que l'embarquement est bien terminé. C'est donc bien l'accompagnateur qui donne le départ, et il le fait en donnant un tour de clé dans un des boîtiers prévus à cet effet et aménagés à intervalles réguliers le long du quai.ZoneGrise1.JPG

C'est à la suite de ce tour de clé que commence la zone grise. Elle dure une petite dizaine de secondes, qui peut varier légèrement entre petites et grandes gares. Elle doit permettre à l'accompagnateur de regagner le train avant qu'il ne démarre. Dès le tour de clé donné, il est absolument interdit d'embarquer ou de débarquer. Ce n'est pas pour emmerder les gens, mais pour éviter, précisément, qu'ils ne se blessent en tentant d'embarquer dans un train déjà en mouvement. C'est ce que le vieillard violent de samedi n'a pas voulu comprendre.

Dix secondes, c'est court mais c'est aussi très long. Pour le voyageur déjà installé dans le compartiment, MP3 sur les oreilles, un journal devant lui, ces dix secondes sont une tranche infinement courte et tout à fait anodine du voyage. Pour l'accompagnateur, en revanche, ces dix secondes peuvent se transformer en une épreuve stressante, surtout lorsque des voyageurs attardés cherchent à tout prix à embarquer. Dix secondes au cours desquelles il faut pouvoir interdire l'accès avec la plus grande fermeté tout en restant courtois. C'est ce que le vieillard violent de samedi n'a pas voulu respecter.

Alors, concrètement, quand on court pour attraper son train, comment savoir si l'accompagnateur a déjà donné son coup de clé? Vous verrez en hauteur le long de la voie de petits signaux lumineux à sept ampoules disposées en forme de marquerite. Quand ce signal est éteint, l'accompagnateur n'a pas encore donné le départ. Quand l'ampoule au centre de la marguerite est allumée (couleur rouge), il est déjà trop tard pour vous, car la zone grise a commencé. Vous verrez d'ailleurs l'accompagnateur remonter à bord, et il vous en interdira l'accès. Quand la marguerite elle-même est allumée (couleur blanche/jaune), c'est que la zone grise s'est achevée et que le train va se mettre en branle. ZoneGrise2.JPG

Dans les jours et semaines à venir, il y a fort à parier que la SNCB réexaminera la procédure de départ des trains afin d'éviter que de pareils drames se reproduisent et que la zone grise se transforme en zone noire. En attendant, il faut souhaiter à l'accompagnateur victime un bon rétablissement et beaucoup de courage pour surmonter ce qui sera sans doute une terrible épreuve. En espérant qu'avec les miracles de la médecine moderne, il puisse un jour remarcher...