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19/03/2011

Anagrammes d'Amay

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Amay3.JPGC'était un jour d'été en gare d'Amay, après une flânerie raccourcie et une bière éphémère. J'étais assis à même le quai sous un soleil de plomb, la tête à l'air, de la sueur sur les paupières. Sous une chaleur écrasante, trois jeunes fumaient des joints un peu plus loin. Mon regard s'est perdu dans le nom du lieu, écrit blanc sur bleu face à moi, de l'autre côté des voies. L'étourdissement venant, j'ai beaucoup voyagé avant que ne survienne un train, avant que ne revienne l'ombre.

Amay. A.M.A.Y. A l'envers, Y.A.M.A. Mais aussi M.A.A.Y. Et A.Y.A.M. Et puis M.A.Y.A. Que se passe-t-il? Le soleil tape. Où suis-je encore?

Yama donc? Avec ces chaleurs, je ne sais plus. Mais si c'était Yama, ce serait un point d'arrêt dans les montagnes irradiées du Japon ou dans le désert du Niger. Or, si je vois toujours bien, entre les perles de sueur, il y a ici une gare en brique rouge et un feuillage bien vert. Yama ce n'est pas, mais à vrai dire, avec les méninges torchées, tout est relatif.

Amay2.JPGMaay peut-être? Je ne crois pas. J'y verrais une gare de style colonial, au Transvaal ou près du Cap. Mais la flore serait autre, plus vive et peuplée de babouins. Or, ici, le cap, je le perds et il n'y a d'autres colonies que celles des enfants rôtis qui chantent et crient un peu plus loin. Mais bon, s'il n'y a que Maay qui m'aille, alors je prendrai celle-là.

Gare d'Ayam alors? Le parfum de la pierre du quai n'évoque ni l'Inde ni le Yémen et leurs gares pâles comme la terre, ridées par le soleil et la poussière. Y a pas d'Ayam ici, même si Ayam happy. Mais vite de l'eau ou un coca car la syncope menace. A se demander comment les jeunes un peu plus loin tiennent debout encore.

Amay4.JPGMaya, c'est ça? Non, je ne pense pas. L'air y serait rare, dans cette petite gare des hauts plateaux andins, où le train ne vient qu'un matin sur vingt. Tiens, voilà des abeilles, manquait plus que ça. Je les chasse d'un geste sec. Il fait trop chaud, et comme Willy je deviens fou. Au fait, il vient quand le train? J'attends depuis si longtemps déjà.

Les mots cèdent, les sons fondent, la mémoire - l'Amaymoire - flanche en gare damée. Des roues grincent, des freins crissent, un homme gris sort. Etourdi, le crâne brûlant, je titube et monte dedans, telle une abeille ivre au Yémen, et m'éloigne, à l'ombre, dans une caisse, vers Namur et le soleil couchant.

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[ILLUSTRATIONS- Photos de la gare d'Amay - ou faut-il vraiment dire "de Amay"? - prises le 27 août 2009.]

 

01/01/2010

Meilleurs voeux d'égarements

Adieu 2009, bonjour 2010.Meilleurs_voeux1.JPG

A vous qui me lisez, qui que vous soyiez, je vous présente mes meilleurs voeux d'égarements pour l'an neuf (dix, en fait). Que vous aimiez les gares ou pas, laissez-vous porter bien loin... Loin de tout ce qu'on vous dit, loin de tout ce qu'on vous montre. Loin des crises, de la peur, de ce monde qui a mal tourné. Sortez de vos murs et de vos écrans, par neige ou par vent, et marchez bien loin, loin de tout. Ce ne sera pas une fuite. Juste un bon remède pour une santé de fer.

Adieu 2009 et les images d'un été radieux. Mais le souvenir reste. L'éblouissement à Dorinne-Durnal. L'émotion à Tertre. Le bonheur à Grupont. Le silence à Philippeville. L'ébullition à Courcelles. Et toutes ces gares dont je ne vous ai pas encore parlé - Quévy, Forrières, Amay. Theux, Marche-les-Dames, Godarville - et la liste est encore longue. En 2009, de clocher en clocher j'ai été, du petit matin à la tombée de la nuit.

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Et en 2010, de clocher en clocher j'irai, à la rencontre d'autres lieux et d'autres visages, d'autres cieux et d'autres villages. C'est vous, c'est toi peut-être, que sur un quai je rencontrerai, au hasard d'un moment d'égarement. C'est comme la vie nous mènera, au fil des lignes. Et si tu veux savoir où j'irai, demande! J'arriverai à Jeumont et je sens Naninne et Haversin pour l'été. Je toucherai encore les frontières; les Flandres ne sont pas bien loin!

A vous qui me lisez, à toi qui me lis: Meilleurs Voeux d'égarements pour l'an dix. Soyez loin de tout, de temps en temps. Cela fait du bien.

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(Illustrations: en haut, vue intérieure de la gare de Forrières, sur la ligne Namur-Luxembourg, le 5 août 2009. Au milieu, une autre gare dont je ne vous ai pas encore parlé, celle d'Amay, entre Namur et Liège, le 27 août 2009. En bas, heureux hasard que le passage non-anticipé de matériel antique passant en gare de Cour-sur-Heure le 25 septembre 2009 pour se rendre au Festival de la vapeur du Chemin de fer des trois vallées à Mariembourg.) 

31/10/2009

Sous les voies

L'homme aime regarder vers le ciel. Quand son bleu est infini et balayé d'une brise tiède, il le grandit et lui rend les espoirs les plus vifs. Il le fait plâner, béatement, au-delà de ses repères, loin du bruit. Moutonné de blanc, il essaime de sots sourires, là et là, sous son nez retroussé. Même de gris plombé, il le guide et assure de jours meilleurs. Créature astrale, l'homme aime regarder vers le ciel. Il pète et répète, le ciel soit loué, que demain sera plus beau encore.

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Tandis que glissent de ciel en ciel de longs trains lestés, l'homme céleste part et repart, errant ou vaquant, de rue en rue, de tâche en tâche, chez lui, au coin du feu, soleil privé. Il craint les profondeurs, car sous ses pieds vivent des êtres étranges, étrangers, blêmes ou sombres de teint, l'ombre dans l'âme. La nuit, de rêve en rêve, il les fuit. Le jour, de rue en rue, il les sème. Tandis que glissent sous ses pieds de longs métros bondés, l'homme céleste prie le ciel pour qu'on l'en préserve.

Aussi, quand il doit passer sous les voies, de gare en gare, il tremble. Maudit tunnel, marmonne-t-il. Les sens à fleur de peau, il entame la traversée. L'urine saute au nez. Les murs tagués l'assaillent. Le seul néon grésille... puis lâche! Et - horreur! - là dans l'ombre se tapit un être étrange au regard opaque. Cuir noir, capuche blanche. Immobile, fumant, menaçant. Tandis que glisse sous sa chair de longues gouttes glacées, l'homme céleste cherche le ciel mais ne trouve que du béton brisé.

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L'homme céleste hâte le pas mais perd pied. Le temps semble s'arrêter. Toujours cette urine qui saute au nez. Sur les murs tagués, le texte défile - NIQUE LA POLICE - 6250RPZ - GOUY EN FORCE - JULIE AIME LA B***. Les murs tagués l'assaillent. Il tressaille, en mode fuite. L'être à capuche le fixe. Le temps s'arrête.

Puis repart. L'homme céleste franchit la ligne de mire. Les yeux trop secs, le nez brûlé, il remonte la pente. Il souffle et soupire, car le voilà sorti du couloir obscur. L'homme céleste cherche le ciel, le trouve et repart de rue en rue, le coeur allégé.

Sous les voies, dans son cuir noir brillant, l'être à la capuche ricane. Et attend le suivant.

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(Illustrations: en haut, sous les voies à Haine-Saint-Pierre le 8 mai 2009. Au centre, à gauche, sous les voies à Amay le 27 août 2009. Au centre, à droite, sous les voies à Courcelles-Motte le 25 septembre 2009. En bas, sous les voies à Thuin le 25 octobre 2009.)