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17/01/2018

Raison faite à Anseremme

anseremme,gare,sncb,train,ligne 166

Plus de dix ans après mon dernier passage, je suis revenu visiter la gare d’Anseremme. J’avais pris la peine, au préalable, de relire l’article tout au début de ce blog, où je l’avais qualifiée de « havre de paix ». Avec le recul, je me dis que c’était exagéré et que le seul havre d’alors, c’était d’avoir trouvé ma voie, celle qu’éclairent aujourd’hui des centaines de stations de Belgique et d’ailleurs.

J’écrivais alors :

« Je m'installerais volontiers dans une chaise longue sur le quai opposé pendant des heures, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. »

C’en est bien la preuve ! Car cette chaise longue, vous le savez bien, je pourrais l’installer sur n’importe quel quai de gare ! Mais je me souviens avoir été particulièrement fasciné par le bâtiment voyageurs (BV) d’Anseremme qui, à l’époque, n’était déjà plus qu’une ruine vouée à une démolition certaine :

« Après tout, elle n'est pas encore aussi vilaine que les gares de Thuin ou d'Assesse, qui sont de véritables hontes nationales. Elle est juste vieille et très fatiguée. »

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[La gare d'Anseremme du temps où le bâtiment voyageurs, certes délabré, bordait encore le quai. Photo prise le 30 juin 2006.]

Ha ha ! Et pourtant, des trois, c’est elle qui a disparu la première. Le BV de Thuin, entre-temps, a été splendidement réhabilité pour devenir, en 2012, la nouvelle Maison de l’Emploi. Même le BV d’Assesse a survécu un temps, sans plus jamais se bonifier, et n’a succombé devant la pelleteuse que le 10 février 2017 (1). Ainsi va l’histoire…

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[Il manque un bâtiment sur la gauche de l'image, là où stationnent aujourd'hui la voiture et sa remorque...]

Je me souviens aussi de ce moment de déchirement il y a quelques années, à travers la vitre d’un train vers Bertrix, quand j’ai relevé que la vieille bâtisse trouée et pâlie s’était comme évaporée. Que cette gare d’Anseremme, que j’avais naïvement réduite à cette seule même bâtisse, allait désormais devoir exister sans. Et que je devrais m’en faire une raison.

« La gare, si elle ne permet pas d'en finir avec la décadence, offre toutefois un répit. Lorsqu'au printemps on s'y trouve seul, c'est-à-dire sans les nuées néfastes de louveteaux boutonneux, c'est même un havre de paix, qu'entretient fidèlement un cerisier du Japon tout en fleurs... »

anseremme,gare,sncb,train,ligne 166Quand je suis revenu dix ans plus tard, donc, c’était la fin des classes et la saison des descentes de la Lesse par des nuées bruyantes d’étudiants flamands en excursion. Le cerisier du Japon avait fleuri il y a un temps déjà, et la voie 1, celle-là même où se dressait naguère la ruine bien-aimée, était inaccessible car en travaux. Oh, et les trains n’étaient plus les mêmes…

En dix ans, certaines choses avaient changé, d’autres pas. En restant suffisamment longtemps en gare d’Anseremme, ce havre dépassé, je me suis souvenu de ce temps où, béat, j’admirais encore les ruines avec un espoir infini.

 

 

(1) Voir En Lignes n°139, juin 2017, p. 18. 

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[Le 23 juin 2017, l'automotrice Desiro 08529 marque l'arrêt en gare d'Anseremme. Stationnant en face de l'ancienne halle à marchandises, elle s'apprête à redémarrer à contre-voie et poursuivre son parcours vers Libramont.]

31/07/2007

Anseremme, un havre de paix

Anseremme1.JPG

Je ne suis jamais aussi heureux le long des rails que lorsque vient à moi une gare champêtre, vestige d'une époque glorieuse où la voiture était un luxe que peu de gens arrivaient à s'offrir. La gare d'Anseremme est peut-être celle qui résume le mieux ma passion... Entrons!

Anseremme2.JPGVoici une gare que j'ai découverte un peu par hasard, en 2006, lors d'une promenade en solitaire en bord de Meuse. Je voulais voir Dinant. Pour moi, voir une ville, ce n'est pas visiter ses musées, contempler ses monuments ou même aller à la rencontre des âmes qui la peuplent. Pour moi, découvrir une ville, c'est y déambuler nonchalamment, tel un touriste malgré lui. Je veux palper les nationales qui y mènent, prendre le pouls des cités qui l'entourent, sentir l'appel d'air créé par les voitures qui y défilent, la contourner et puis y tourner, regarder les vitrines des artisans, m'incliner devant la fontaine du coin, faire un clin d'oeil à la girouette au sommet du clocher. Mais tout part de la gare. Une ville sans gare est une ville sans fard.

On a vite fait le tour d'Anseremme, blottie dans un méandre de la Meuse. Les habitations bourgeoises sentent l'ennui. Le clocher y est sympa, mais on se rappelle vite qu'il sert trop souvent de phare aux touristes éméchés dès la nuit tombée. La gare, si elle ne permet pas d'en finir avec la décadence, offre toutefois un répit. Lorsqu'au printemps on s'y trouve seul, c'est-à-dire sans les nuées néfastes de louveteaux boutonneux, c'est même un havre de paix, qu'entretient fidèlement un cerisier du Japon tout en fleurs...

Anseremme3.JPGAvec un bon coup de pinceau, elle serait tellement plus jolie. Son état de délabrement fait peine à voir, toute borgne et cicatrisée qu'elle est. Et pourtant...

Et pourtant... je m'installerais volontiers dans une chaise longue sur le quai opposé pendant des heures, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. Je m'improviserais chef de gare l'espace d'un instant, saluant machinistes et accompagnateurs en transit. Oh, je ne lui ajouterais aucune modernité et certainement pas un distributeur de boissons. Elle mérite mieux que ça, et surtout qu'on la laisse tranquille. Après tout, elle n'est pas encore aussi vilaine que les gares de Thuin ou d'Assesse, qui sont de véritables hontes nationales. Elle est juste vieille et très fatiguée. Mais elle est restée coquette et a conservé un charme bucolique que beaucoup d'autres lui envient. Alors voilà, belle dame à la robe de pierres, pourquoi je vous aime. Et si nous prenions le thé?

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[Illustrations: Photos prises devant, derrière, à gauche, à droite dans la vieille gare d'Anseremme, sur la ligne 166 (Dinant-Bertrix), le 30 avril 2006.]