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29/11/2008

Suicide à Braine l'Alleud

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Pour le deuxième vendredi de suite, il m'a fallu hier plus de trois heures pour rallier Lobbes au départ de Bruxelles. J'étais dans le train IC 2038, celui dans lequel j'embarque à Bruxelles-Nord  tous les soirs de la semaine. Le train avait 2-3 minutes de retard, rien de quoi susciter une quelconque inquiétude pour la suite du trajet. J'étais assis dans le dernier wagon, et non dans le premier comme à mon habitude. Le convoi venait de démarrer de Braine l'Alleud lorsque, à peut-être trois cent mètres du quai de la gare, il a freiné brutalement. Très rapidement, une accompagnatrice a annoncé qu'il s'agissait peut-être d'un "accident de personne", comme ils disent dans le jargon SNCB, et que le conducteur était sorti de sa cabine vérifier. Au bout de cinq minutes, la confirmation tombait.
Dans les instants qui suivirent, des hommes du rail en vareuse jaune fluo, lampes de poche au poignet, sont passés à hauteur du wagon. Ils sont repassés dans l'autre sens un quart d'heure plus tard avec une civière sur laquelle gisait un corps. On nous a averti que le train ne redémarrerait pas tant que le parquet n'était pas descendu sur les lieux. Rigoureux dans leur désir d'informer la clientèle SNCB, les accompagnateurs ont ensuite annoncé que le parquet avait accompli sa tâche mais ne donnait pas encore l'autorisation d'utiliser la voie. Le conducteur n'étant pas en état de reprendre son service après le drame (et comme on le comprend!), le dispatching a fait appel à un autre conducteur pour poursuivre le trajet.
Voilà les faits vécus de l'intérieur. Il y a sans doute eu mort d'homme. La SNCB et les services de secours semblent avoir agi dans la plus grande célérité pour permettre aux milliers de navetteurs de reprendre le chemin de la maison. La durée totale de l'incident n'a pas dépassé une heure et demie.
Je m'insurge ici contre le cirque humain dans les trains lors de ce genre d'incidents. Il y a bien sûr la cacophonie des téléphones portables pour prévenir les proches d'un retard conséquent - cela, en somme, reste bien naturel. Mais ce qu'il est moins, ce sont ces gens qui se lèvent brusquement après dix minutes de très longs soupirs et grognements et se rendent au bout du wagon pour essayer d'en ouvrir les portes. Claustrophobes ou psychopathes? Il y a ceux qui invectivent les accompagnateurs et les accusent de tous les maux, ceux qui vont vite se cacher aux toilettes pour fumer, ceux dont les jérémiades incessantes agacent, parce qu'ils n'iront pas au restaurant ou qu'ils rateront le début du film.
Il y a mort d'homme. Un drame humain d'autant plus douloureux qu'une personne, qui était quelqu'un, a choisi d'abréger une souffrance et, sans doute aussi, le silence coupable dans lequel elle s'était emmurée. Maladie, faillite, solitude - quelle qu'en soit la raison, il y aura des proches qui apprendront, abasourdis et dévastés, la triste nouvelle. Une maison laissée froide et sombre à jamais. Peut-être un petit chat ou chien qui ne reverra plus son maître. Une histoire qui, seulement peut-être, aurait pu s'achever bien si on avait été là.
Dans des moments comme celui-là, peu importe le restaurant ou le film. On s'incline, c'est tout.