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31/05/2017

Chimay, point final?

[Dans ce vingt-deuxième article d’une série consacrée à l’ancienne ligne 109 (Mons-Chimay), nous allons arriver à destination. Cliquez sur les gares traversées pour relire les articles qui leur étaient consacrés, à savoir, dans l'ordre: Mons, Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes, Fauroeulx, Merbes-Sainte-Marie, Bienne-lez-Happart, Lobbes, Thuin-Ouest, Biesme-sous-Thuin, Thuillies, Strée, BeaumontSolre-Saint-Géry, Sivry, Rance, Froidchapelle et Robechies.]

Après environ 75 kilomètres de marche, nous quittons l’ancienne gare de Robechies sur ce RAVel se confondant le plus souvent avec le tracé de l’ancienne ligne 109. Au sud de Beaumont, le parcours nous a menés dans des contrées rurales et fortement boisées, loin des centres de population, le long de la frontière de France.

Chimay étant presque en vue, on aborde les trois derniers kilomètres avec – il faut l’avouer – une certaine forme de soulagement. Aussi merveilleuse soit elle, la nostalgie ne pourrait à elle seule combler la solitude d’une aussi longue traversée du passé. Parviendrait-on à en tirer les leçons sans retrouver la société actuelle, moderne, si familière ? Car, au final, il faudra s’interroger sur la place qu’il y aurait encore aujourd’hui pour une ligne ferroviaire, même à voie unique, filant, souvent en pleine campagne, de Mons à Chimay ?

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Mais laissons la réponse à plus tard et marchons au finish, avec une fierté grandissante du devoir accompli, en suivant notre guide imaginaire…

A Robechies, la rue de Bailièvre franchit l’ancienne ligne 109 sur un pont dont l’arche, joliment perchée, invite à ce qu’on s’y arrête, comme Henri Scaillet aux commandes de son autorail il y a 60 ans, en quête de cresson sauvage. Mais, comme les trains en cet endroit, le cresson a disparu, et il faudra attendre fin août avant de grappiller, pour seule récolte, une poignée de mûres ponctuant, par-ci par-là, les massifs de ronces bordant le chemin. A choisir, je préfère les baies, moins sures, moins amères...

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[Le RAVeL de l’ancienne ligne 109 longe le circuit de Chimay. Le terrain, ici photographié le 10 juillet 2016, a subi des modifications depuis le passage des derniers trains, il y a un demi-siècle : une haie séparait jadis le circuit de l’assiette de la voie, entre autres.]

Quelques centaines de pas plus loin, le chemin débouche sur une longue ligne droite coincée entre le circuit motocycliste, à gauche, et des champs déjà labourés, à droite, qu’arpentent, en s’éloignant, trois petits tracteurs agricoles. Il semble, ici mais surtout plus loin, que le RAVeL s’est écarté du tracé historique de la ligne. Est-ce parce qu’avec le temps, on a donné au circuit, qui accueillit des courses automobiles de prestige jusqu’au début des années 1970, quelques largesses sur le terrain déserté par le train ?

Cet écart se vérifie plus loin, lorsque le RAVeL aboutit à la chaussée de Trélon en décalage par rapport au sillon original. Mais qu’importe, au fond, car on aborde désormais la ville princière. L’espace entre les voiries coupant l’ancienne voie se réduit, puis, sans qu’on ne s’en aperçoive vraiment, la ligne entame son dernier virage perchée sur un remblai offrant, au passage du pont sur l’Eau Blanche, un panorama des toits et clochers de la cité.

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[En franchissant l’Eau Blanche et le Bardompré, la ligne 109 offrait, sur la gauche, un joli panorama de la cité chimacienne.]

Pourtant, nous ne sommes encore qu’à Saint-Rémy, un faubourg de l’ancienne principauté, qui disposa de sa halte sur la ligne 109 pendant quelques années aux abords de la Première guerre mondiale. Dans son excellent ouvrage « Cinq générations de rails, de trains, de vies, d’hommes », Roland Holbrechts situe précisément ce point d’arrêt en évoquant la vie de son grand-père paternel, qui œuvra comme machiniste à poste fixe sur la machine à eau de l’Etat de 1911 à 1934. Une machine qui servait à pomper et à relayer l’eau au château d’eau en gare de Chimay, afin d’alimenter les réservoirs des locomotives à vapeur…

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[Les anciennes lignes 109 et 156, toutes deux devenues des sentiers RAVeL, se rejoignaient ici, à hauteur de l’hôpital de Chimay.]

Ensuite, à hauteur de l’hôpital, on aboutit à ce triangle, ce Y, qui voyait notre ligne 109 se fondre dans la ligne 156 (Anor-Hastière) à quelques encablures de la gare. C’est ici que je me remémore ma toute première visite, innocente, en novembre 2009, où j’ai marché sur les derniers rails menant en gare, moins de deux ans avant leur disparition. La voie était déjà morte, sous une fine pluie, et mes pieds glissaient sur chaque traverse. Aujourd’hui, sur l’asphalte rêche du RAVeL, la sensation n’est plus la même ; incroyablement, bien peu de choses évoquent encore le passage des trains qui entraient dans Chimay avec une lenteur presque solennelle.

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[Le 11 novembre 2009, une voie ferrée déjà abandonnée rappelait pour quelques mois encore l’entrée dans Chimay, jadis, des trains venus de Thuillies ou Momignies, et d’au-delà...]

Les passages à niveau se succédaient en effet de près en cette fin de parcours. Dans les trains de la ligne 109, venus de Mons ou seulement de Lobbes, le petit staccato final achevait de réveiller les derniers voyageurs assoupis, la vue du Casino des Ormeaux confirmant si nécessaire l’arrivée à destination. Pour le machiniste, l’entrée en gare augurait d’un répit bienvenu, avec la promesse d’une collation et peut-être d’une plaisanterie avec les camarades du rail.

« Enfin, nous sommes à quai. », conte Henri Scaillet. « Tout le monde descend. Il est 14h19 ; nous sommes en route depuis 1h58, soit une vitesse commerciale de… 39 km/h pour parcourir 79 km. […] Pour les voyageurs, la correspondance attend pour Mariembourg et Hastière. […] Pour nous, c’est ici que le service se termine ; nous ne connaissons pas les autres lignes du nœud ferroviaire de Chimay : c’est le fief des collègues des remises de Walcourt, Mariembourg voire Florennes. ».

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[Le bâtiment voyageurs, photographié le 11 novembre 2009, est le dernier vestige marquant de la gare de Chimay. Le château d’eau, le dortoir des cheminots et la petite remise à locomotives de la Compagnie de Chimay ont disparu depuis longtemps…]

De la gare, aujourd’hui, il ne reste que le bâtiment voyageurs sobrement rénové, et un vaste espace entre deux rangées de façades traversé, assez timidement, par le RAVeL, qui ne pourrait occulter son passé ferroviaire. Les voies ont disparu, de même que le château d’eau, la petite remise à locomotives et la signalisation éclectique. Mais de cette gare je ne pourrais raconter rien d’autre, tant certains passionnés du coin, nostalgiques de la Compagnie de Chimay et de sa ligne 156, s’en sont acquitté avec une ferveur que je ne pourrais égaler.

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[La gare de Chimay, vue du côté ville, photographiée le 23 août 2016.]

Alors, au terme de ce périple, j’ai flâné avec fierté et abandon dans les hautes herbes recouvrant le gril disparu des voies de Chimay. En songeant aux anciens transbordements entre trains et trams à vapeur, j’ai dépassé le terminus, accidentellement, sans y prêter gare. Encore bien en jambe, j’ai pensé continuer. Mais passé le premier petit pont, j'ai réalisé, en regardant sous mes pieds, que je ne marchais déjà plus qu’exclusivement sur la ligne 156. Et, cette ligne-là, c’est une tout autre histoire…

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Le temps passant, je ne pouvais pas manquer le prochain autobus des TEC, le… 109a, devant me ramener près de chez moi. En revenant sur mes pas avec empressement, je me suis dit qu’en ayant dépassé le terminus, lors d’un court moment d’égarement, je venais de refuser, symboliquement, à Chimay, de mettre un point final à la ligne 109 disparue. Cette ligne 109 mal aimée que, moi, j’avais décidé d’aimer pour de bon…

 

[Après cette longue marche, il ne nous reste plus qu’à « redescendre » vers Mons et, en guise de conclusion, à s’interroger sur l’histoire de cette ligne 109 méconnue. Mais vous ne lirez ces deux derniers articles que dans les prochains mois car, le printemps revenu, il me faut déjà repartir de gare en gare, dans le présent… Piéton que je suis, il est temps d’aller - ben oui, ça arrive ! - à Piéton…]

31/12/2010

De Mons à Chimay, par la ligne 109

[Ceci est le premier d'une série de vingt-quatre articles concernant l'ancienne ligne 109, qui seront publiés jusqu'en octobre 2012. Il s'agit d'un parcours longue-distance, taillé sur mesure pour l'amoureux de la nature. Le lecteur devra me pardonner si, de temps à autres, au gré des voyages ou des rencontres, j'interromps la série pour poser le regard ailleurs...]

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L'année 2012 marquera le cinquantième anniversaire de la fermeture au trafic voyageurs de la ligne 109, qui menait, par petits monts et petits vaux, de Mons à Chimay. Je vous propose de refaire le voyage le long des rails, ou de ce qu'il en reste, près d'un demi-siècle plus tard. Nous nous arrêterons partout, dans chaque gare, et parfois entre. Nous comprendrons peut-être pourquoi la page du rail a été tournée, il y a si longtemps, dans ces régions reculées. ligne109_3.JPG

Cinquante ans, c'est long. Certains lieux ont muté. Les voitures se sont multipliées, les voiries aussi. Cà et là, des villas neuves se sont érigées face aux fermes ancestrales. Les gens ont délaissé les bistrots du coin pour se réfugier devant leurs écrans, allumés à toute heure ou presque. Les gares de la ligne 109, là où elles ont survécu, se sont transformées en habitations privées.

Ceci n'est pas une histoire de la ligne, que j'aimerais écrire un jour si le temps le permet. Il s'agit plutôt d'une évocation contemporaine des villages traversés, dans le texte et par l'image. D'un rail-movie sans autre prétention que d'arriver au bout. Il s'agit d'une quête à ciel ouvert, d'un chantier entamé mais jamais fini, d'une éprouvette fumante dans laquelle coexistent la thèse et l'antithèse.

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ligne109_4.JPGPour donner corps à ce long récit, je ferai référence à certains ouvrages traitant, de près ou de loin, du passé de la ligne. Le plus pertinent est sans doute le témoignage d'Henri Scaillet, un ancien machiniste du dépôt d'Haine-Saint-Pierre, consigné dans l'annexe III de son livre "J'ai conduit les autorails" (1999), publié par le GTF (1). L'annexe a pour intitulé "La ligne 109 Mons-Chimay, la mal aimée: un modèle de ligne à exploitation simplifiée desservie par autorails".

Alors, pourquoi la "mal aimée"? D'après Henri Scaillet, la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) avait abandonné, dès les lendemains de la Deuxième guerre mondiale, toute ambition à l'égard de la ligne 109. L'introduction, en 1952, d'autorails diesel modernes en remplacement des rames tractées par locomotives à vapeur réduisit le temps de parcours, mais il fallait encore au moins deux heures pour relier Mons à Chimay. Deux heures pour 79 kilomètres de ligne au profil certes ingrat, mais à l'équipement plus que sommaire.

Aurait-il pu en être autrement? Quel serait l'attrait actuel d'une ligne Mons-Chimay? Devinons les réponses en parcourant ensemble la ligne 109, presque cinquante ans après le dernier parcours d'Henri Scaillet.

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(1) Le GTF est le Groupement belge pour la promotion et l'exploitation touristique du transport ferroviaire. Les références complètes des ouvrages cités dans les articles concernant la ligne 109 figureront à la fin du dernier article.

[Illustrations - :tout en haut: La ligne 109 partait de la gare de Mons, dont on voit ici la voie 1, photographiée le 16 septembre 2007. :en haut, à droite: La ligne 109, du moins dans sa partie méridionale, est devenue ces deux dernières années un sentier RAVeL. :au centre: Des 79 kilomètres de voie, il ne subsiste qu'un tronçon de moins de dix kilomètres entre Mons et Harmignies, dont on distingue la gare, ici photographiée le 28 novembre 2010. :en bas, à gauche: En revanche, le tronçon de voie qui subsistait entre Thuin-Ouest et Biesme-sous-Thuin, ici photographié le 31 mai 2009, a été déferré il y a un an. Il a fait place... à une autre voie ferrée! Nous verrons laquelle. :tout en bas: La ligne 109 aboutissait en gare de Chimay, désormais réaffectée, comme le montre cette photo du 11 novembre 2009.]