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14/10/2009

A Courcelles, de terrils en tranchées

L'habitant des belles provinces a depuis longtemps rayé le Pays Noir de sa carte. L'Ucclois, le Lasnois, le Gantois ne voient en Charleroi, Châtelet et Châtelineau qu'autant de friches post-industrielles nauséabondes et dévastées par le chômage, la corruption et le crime. Marchienne, Jumet, Gilly, non merci! Gosselies, Roux, Ransart, arrêtez, vous me donnez le cafard! Pourtant, à y regarder de près, le Pays Noir a du coeur et de belles couleurs. Mais comment le dire à celui qui ne veut pas voir?

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A Courcelles, comme ailleurs, les petites gens soupirent et font pousser de beaux jardins. Ils respirent et veulent croire à de beaux lendemains. Et si leurs aînés se disent qu'hier était mieux qu'aujourd'hui, leurs jeunes ont besoin d'encouragements. Souriez et tendez la main: vous verrez, ici les mercis sont sincères. Mais comment le dire à celui qui ne veut pas croire?

Courcelles2.JPGIl y a peu, Courcelles n'existait pour moi qu'au travers des récits de ma mère et entre Luttre et Marchienne-au-Pont par le train. Aujourd'hui, j'y reviens souvent, sans autre but que d'y prendre le pouls de l'histoire. De mètre en mètre, un passé glorieux apparait, entre fer et charbon, entre vieilles façades ouvrières et fières bâtisses bourgeoises. De terrils en tranchées, du Sarty à la Motte, Courcelles ondule entre les époques et les cultures. Ici, c'est sûr, le rail a vécu de belles histoires! Mais on a rationalisé et, aujourd'hui, il n'en reste presque plus rien.Courcelles3.JPG

La belle gare de Courcelles-Centre n'a pas survécu aux fermetures des lignes 121 (Piéton-Lambusart) et 112A (Piéton-Roux), liées à l'important ralentissement des industries minières et sidérurgiques. Dès le début des années 1970, le nombre de voyageurs avait baissé substantiellement, de même que le volume de frêt issu notamment de la ligne industrielle 249 (charbonnages) et de la cokerie d'Anderlues en amont. Courcelles-Fosses d'abord, Courcelles-Centre ensuite!

Seule demeure la gare de Courcelles-Motte et ses longs quais courbés. Le bâtiment est une structure moderne assez sobre mais plutôt réussie. Depuis quelques années déjà, elle n'abrite plus ni cheminots ni postiers, une première expérience d'offre conjointe de services publics ayant, semble-t-il, échoué. Si l'obsession artistique des grapheurs s'est depuis emparée des lieux, la gare a gardé intactes quelques empreintes de l'histoire. Elle reste ainsi, un peu malgré elle, un cimetière d'engins anciens, que viennent frôler de temps à autres les longs IC de la relation Bruxelles-Charleroi et, plus mollement, les vieilles automotrices assurant les dessertes locales.

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Dans la brume de ce début d'automne, à Courcelles je suis revenu tôt un matin tranquille. J'aime la cueillir à froid, cette gare de Courcelles-Motte où l'on vient, en train ou à pied, assez bien. J'aime sentir sa colère amère face aux viols répétés du temps, que nourrissent, au fil de la journée, les rares convois qui s'y arrêtent encore. A force de simplifier, à force de rationaliser, on lui a enlevé sa dignité. D'autres ont oublié. Courcelles-Motte, elle, bout, comme un volcan, en silence, de toute sa rage attristée. 

(Illustrations: en haut, la gare de Courcelles-Motte au petit matin, le 25 septembre 2009. Au milieu, à gauche, vue des quais de Courcelles-Motte, le 25 septembre 2009. Au milieu, à droite, de vieux wagons stationnent depuis longtemps le long de l'ancien block 15, à Courcelles-Motte. En bas, l'ancien raccordement d'AGC Roux n'a pas encore été entièrement déferré et longe toujours partiellement la ligne 124 entre Roux et Courcelles-Motte, le 3 avril 2009)

05/06/2009

Aux portes de l'enfer

Ceci est un clin d'oeil à des amis inconnus. Si ce blog concerne le monde du rail, il porte davantage sur les bâtiments ferroviaires que sur le matériel roulant. En ce sens, je me démarque de la toute grande majorité des ferrovipathes, comme on dénomme les mordus de chemins de fer. Je ne suis donc pas, stricto sensu, un trainspotter. Je reste en marge. Comme toujours, diront certains.

Si je reviendrai ultérieurement sur le trainspotting, je voudrais dire ici que je considère ceux qui le pratiquent comme des amis. Des amis inconnus certes, car ma passion est hélas restée, à ce jour, solitaire. Mais je comprends pleinement leur passion. Et je partage presque leur attirance incontrôlable, hypnotique même, pour ce moment où surgira, au détour d'une courbe ou à la sortie d'un tunnel, le train tant attendu.

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Alors, à ces amis inconnus, je tiens à offrir une photo de la HLE 2512 aux portes de l'enfer. Calés qu'ils sont, ils sauront déjà qu'elle fut mise en parc fin 2004, comme six de ses consoeurs de la série 25, après 44 années au service de la SNCB. Malgré des tentatives de revente à des opérateurs étrangers, c'est finalement au ferrailleur Keyser, à Courcelles, qu'elle fut revendue en mars de cette année. Il y a quelques semaines, elle fut acheminée sur la voie réservée à Keyser, voie à l'issue trop certaine. Son purgatoire.AuxPortes2512_3.JPG

Je l'ai photographiée le jeudi 28 mai. Ce soir, en rentrant chez moi, je l'ai revue, qui attend la mort. Elle n'en a plus pour longtemps: ses consoeurs, qui encombraient la voie derrière les portes de l'enfer, semblent toutes avoir été découpées. Il lui reste peut-être un week-end, seule au soleil, à ressasser le souvenir de jours glorieux où elle tirait voitures et wagons, dans la neige et dans la brume, du nord au sud et d'est en ouest. Il lui reste peut-être un week-end, seule et résignée, aux portes de l'enfer.