Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/11/2013

Reliques de Saint-Martin

 [J'avais dit qu'à Marchienne-Zône, il faudrait piocher. Eh bien, j'ai pioché un peu... assez pour revenir à vous avec ceci...]marchienne-zône,ligne 130a,sncb,train,gare,saint-martin,atelier,dépôt

marchienne-zône,ligne 130a,sncb,train,gare,saint-martin,atelier,dépôtSi Marchienne-Zône, de nos jours, n'est plus qu'un point d'arrêt un peu glauque sur la ligne 130a entre Charleroi-Sud et Erquelinnes, ce n'est que le reflet de l'Histoire, des histoires conjuguées, du déclin économique, industriel et donc ferroviaire d'une région jadis parmi les plus riches au monde. Pendant longtemps, donc, la gare de Marchienne-Zône a été le théâtre d'une activité intense, tant pour les voyageurs que pour les hommes du chemin de fer.

J'y suis passé pour la première fois un soir d'octobre, en 2002. Je me rendais à Labuissière et j'étais assis à l'arrière d'une vieille automotrice classique, une rouge, de celles qu'on ferraille aujourd'hui. Après l'arrêt à Marchienne-Zône, j'ai remarqué dans la pénombre une rangée de vieux wagons, des tombereaux peut-être, envahis par la végétation, le long des ateliers mourants de Saint-Martin. Je me suis dit qu'un jour, je les approcherais.

marchienne-zône,ligne 130a,sncb,train,gare,saint-martin,atelier,dépôt

marchienne-zône,ligne 130a,sncb,train,gare,saint-martin,atelier,dépôtLe temps a passé et jamais je ne les ai approchés. J'ai déménagé à Nivelles et j'ai délaissé, pendant trois ans, la ligne 130a. Quand j'y suis revenu, en 2008, les wagons et les rails sur lesquels ils reposaient avaient disparu. Quelle occasion ratée et, pour ce qui est de moi, quelle naïveté! C'est là en effet, plus qu'ailleurs, que j'ai compris qu'à bien des égards, l'histoire du rail ne repasse pas les plats. Surtout, je me suis juré qu'on ne m'y reprendrait plus.

De nos jours, on a coupé le courant et le téléphone à Saint-Martin. L'alarme intrusion est désactivée, et ce n'est qu'une question de temps avant que vandales et squatteurs dégradent les dernières reliques de ce qui, pendant longtemps, fut un haut lieu du rail belge. En marchant dans les lieux, je crois sentir la sueur de ceux qui y ont œuvré. Dans leur cuisine éteinte, la vie s'est arrêtée. Des fiches, des bordereaux jaunis, noircis, gisent parmi des tasses encore vaguement auréolées de café.

Sur l'évier de Saint-Martin, il reste du savon. Mais pourquoi se laver les mains quand elles veulent prendre la poussière? Il y a tant de vestiges et d'archives dont j'aimerais me saisir, afin d'entrevoir les histoires conjuguées de Zône et de Saint-Martin. Celles du rail sublimé, de l'euphorie industrielle. Celles de nos aïeux, venus ici travailler, habiter et mourir. En piochant bien et vite, un historien venu ce jour à Saint-Martin y trouverait encore un trésor social enfoui, l'écho lointain des rires et des cris de plusieurs générations de cheminots.

marchienne-zône,ligne 130a,sncb,train,gare,saint-martin,atelier,dépôt

[ILLUSTRATIONS - Parmi les photos, toutes prises entre septembre et novembre 2013, on notera, tout en haut, une vue d'ensemble de ce qui restait des ateliers Saint-Martin. Le faisceau menant aux ateliers a été déposé en mars 2013 avec le raccordement à la ligne 130a, qu'on voit à l'extrême gauche de l'image. Au centre, une vue du block 59, qui a également fermé à la fin juin 2013 et dont les activités ont été reprises par la cabine EBP de Charleroi-Sud.]

11/04/2012

Le testament de Ronet

ronet,gare,train,sncb,triage,dépôt,ligne 130

ronet,gare,train,sncb,triage,dépôt,ligne 130Dans le petit monde ferroviaire belge, Ronet a longtemps rimé avec succès. Pendant de longues décennies, la gare de triage et de formation et l'atelier de traction ont garanti un emploi soutenu. Hélas, la crise économique et l'effondrement du trafic marchandises dès 2008 ont poussé la SNCB à délaisser le site et recentrer l'activité vers la Flandre. L'année 2011 a marqué le début de la fin.

Tandis que la particratie s'affaire à trouver de nouvelles affectations au lieu, Infrabel s'apprête à inaugurer en son sein un nouveau point d'arrêt. Pour l'instant barré d'un grillage, il laisse apercevoir un quai central surélevé aux pavés immaculés et à l'affichage moderne. Le contraste avec la halte actuelle, ses quais bas et ses gravillons noircis, est saisissant.

ronet,gare,train,sncb,triage,dépôt,ligne 130

ronet,gare,train,sncb,triage,dépôt,ligne 130Entre l'ancien et le nouveau s'étire un pont moderne, qui a remplacé son ancêtre en 2007. Se doutait-on alors du sort réservé au triage? Non, bien sûr. Cette cruelle ironie, les derniers cheminots du lieu la portent sur le visage lorsqu'ils franchissent le pont et descendent sur les vieux quais pour rentrer chez eux. Leur mine est grise, comme l'avenir de Ronet.

Sur le gril au loin, une vieille 62 tire quelques wagons plats commis à de menus travaux. Plus loin encore, une vénérable automotrice s'échappe vers Namur pour assurer l'heure de pointe. Même l'IC vers Tournai semble passer au ralenti. Seize heures arrivent et les gens du retour se comptent sur les doigts d'une main. ronet,gare,train,sncb,triage,dépôt,ligne 130Ils ne seront guère plus nombreux à fouler bientôt les pavés nouveaux.

Aujourd'hui, Ronet rime avec regret. Il y a deux chapitres dans son testament. L'ancien, baigné de sueur et de vapeurs noires, est celui du travailleur digne et fier. Le nouveau, sombre comme les heures qui l'ont inspiré, est celui où, privé de son outil, le travailleur décline ou chavire. Quelle consolation trouver quand on vous dit qu'il restera toujours des souvenirs, mais qu'il est temps de passer à autre chose?

 

ronet,gare,train,sncb,triage,dépôt,ligne 130

[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Ronet dans l'après-midi du 2 mars 2012.]