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27/04/2010

Le vrai visage d'Erquelinnes Village

[Voici déjà le onzième arrêt de notre parcours en treize articles le long de la ligne 130A, le long de la Sambre. Au départ de Charleroi-Sud, nous avons mis pied à terre à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes, Thuin, Lobbes, Fontaine-Valmont, Labuissière et Solre-sur-Sambre. La frontière est en vue!]

ErquelinnesVillage1.JPG

Soyons francs, soyons justes! La poésie est absente des lieux; Erquelinnes Village est un point d'arrêt sans âme. On y prend le train par besoin, parce que c'est près. Et parce qu'il faut bien étudier, travailler et, à l'occasion, papillonner. A Erquelinnes Village, il n'y a point d'arrêt sans but. C'est bingo chaque fois: ça vient et ça monte, ou ça descend et ça s'en va! On ne reste pas à Erquelinnes Village. On dégage.

ErquelinnesVillage3.JPGExaminons le bout des quais, côté Erquelinnes, là où jamais on n'embarque. Le temps y a fait son oeuvre, lentement. La nature y a repris son dû, certainement. C'est l'abandon, comme deux tiges mortes le long des rails. C'est l'anti-gare, là où jamais on ne débarque. Le bout des quais, à Erquelinnes Village, a fait son temps; il est hors d'âge.

Mais voilà l'heure du train. On vient. Deux casquettes et puis deux permanentes. Deux trainings et deux tailleurs du dimanche. Ca vient et ça monte, je vous le disais. L'automotrice repart, laissant à Erquelinnes Village, une moustache et une capuche, qui sortent des quais, le pas pressé. Ca descend et ça s'en va, je vous le disais. C'est comme ça, à Erquelinnes Village: sans objectif, jamais on ne s'engage.

Examinons les abris défraîchis, côté rue, là où souvent on s'assied. Canettes, mégots, vieux papiers: vient-on jamais nettoyer? La paroi, le banc, le béton sont griffonnés à la lame ou au stylo. Tant de mots vulgaires, de noms et de numéros: vient-on jamais s'en inspirer? Les abris défraîchis, à Erquelinnes Village, sentent l'ennui et le manque d'ouvrage.ErquelinnesVillage4.JPG

Mais voilà l'heure du train. On vient. Deux têtes grises et une vieille fille, remplis de café, sur le chemin de la ville. Ca vient et ça monte, je le répète. L'automotrice repart, ayant rendu à Erquelinnes Village, une donzelle et son galant, qui s'éloignent en se bécotant. Ca descend et ça s'en va, ça ne rate jamais. C'est comme ça, à Erquelinnes Village: on presse le pas, on abrège le passage.

Soyons francs, soyons justes! La seule beauté d'Erquelinnes Village est mécanique, celle du temps qui passe, d'une courte séquence qui se répète à l'infini, heure après heure, jusque dans la nuit. Une beauté finie, sans hasard, imparable, sans remède. Ca vient et ça s'en va, hier et demain, ailleurs mais pas ici. C'est ça, le vrai visage d'Erquelinnes Village!

ErquelinnesVillage2.JPG

[Illustrations - En haut: l'automotrice 159 marque l'arrêt à Erquelinnes Village avant de démarrer vers Charleroi en début de soirée le 24 avril 2010. Au centre, à gauche: En préparant cet article, je me suis aperçu que toutes les photos que j'avais prises à Erquelinnes Village en huit ans l'avaient été sous la pluie ou la neige! J'y suis donc retourné en catastrophe. Au centre, à droite: Sous la neige, le point d'arrêt est carrément macabre, comme le suggère cette photo du 4 janvier 2010. En bas: Vue des quais d'Erquelinnes Village, en début de soirée, le 24 avril 2010. L'alignement des habitations, de part et d'autre des quais, rappelle que jadis un passage à niveau permettait aux usagers de la route de relier la rue du 11 novembre à la rue de la Sambre.]