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23/04/2016

Quel printemps offrir?

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gares,trains,sncb,maelbeekLes beaux jours reviennent, mais je trouve le soleil amer. Il brille malgré ce monde sonné, apeuré par les bombes et d'autres fléaux. D'ordinaire, la lumière d'avril m'emballe: elle n'est ni pâle encore, ni vive déjà. Mais là, elle me semble froide, glacée même, charriant en tout coin le pessimisme ambiant. Alors, quel printemps pourrais-je offrir aux gares du pays?

Les voyageurs sont taiseux et, à l'observation, un peu plus encore perfusés par leur électronique. Les trains roulent mais avec emprunt, comme s'ils ruminaient cette première explosion sur les rails, à Maelbeek, depuis 70 ans ou plus. Ou ne dois-je voir dans ce soleil triste, dans ces trains timorés, que le reflet de mon âme et d'un espoir incertain?

 

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gares,trains,sncb,maelbeekNotez, nous survivrons. Mais avouez que tout ce bruit, entre barrages filtrants et fraudes offshore, nous plombe, nous mine et nous entraîne plus bas encore. Alors, il m'a paru indécent, ces derniers temps, de vous parler de rails sublimés ou de gares exaltées. On était bien en hiver, au fond. Gris et pluvieux, sombre et anesthésiant...

Sans savoir quel printemps offrir, je marcherai tant et plus. Et si les crises et les extrêmes perdurent, et si tout doit sauter, je vous parlerai de gares et de guerres, avec prudence et stupéfaction. Je vous parlerai des beaux jours en noir et blanc, tout en souvenirs et avec cette nostalgie qui est mienne. Nous survivrons sans gaieté.

Alors, pour repartir quand même, sans équilibre ni harmonie, je vous offre ici cinq images de mon hiver, où j'étais bien. Cinq mesures instantanées de cet espoir alors incertain, mais néanmoins présent. Et j'espère que vous comprendrez qu'au début de ce printemps éclipsé, les seules lumières que je puisse vous apporter ne sont que quelques nuances de Roux...

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[ILLUSTRATIONS - Tout en haut: Détail d'un pupitre de commande dans un ancien poste de signalisation; vous saurez bientôt lequel. A gauche: Même la lumière des Guillemins, d'ordinaire si naturelle, m'a paru terne ces derniers temps. Au centre: Cette porte, qui donnait accès au guichet et à la salle d'attente de la gare d'Aywaille, porte bien sa nouvelle mention. A droite: Détail de la monumentale gare de London-St. Pancras [UK], par laquelle je suis passé le 12 février 2016. Tout en bas: Dans l'espoir de garder la forme, j'ai marché le long des rails tant et plus, dans des coins sombres comme l'est la rue de l'Alliance à Charleroi...]

23:36 Publié dans caténerfs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gares, trains, sncb, maelbeek

15/07/2015

Au revoir à l'infini

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Dans toutes mes gares, on se dit bonjour et on se dit au revoir. Des baisers sur le quai, des larmes avant d’embarquer, des high fives entre potes, une exclamation pour l’homme du rail. C’est parfois bonjour le soir et bonsoir le matin, car il n’y a plus d’heure et au diable les moyennes ! Demain, ce petit monde se réarrangera le long des voies ; il y aura peut-être un nouveau visage, naïf, hilare peut-être.

Au-delà de l’océan, je ne ferai plus le nombre. Si je reviens vite, le manège reprendra, de train en train, jusqu’à la fin des horaires, et les gares se rallumeront. Si j’y reste, malgré moi, alors tout s’éteindra, de relais en relais, du premier signal au dernier. Non ! La fin du tunnel est proche. Je le sais, je le sens. Exécutons et revenons, excusé…

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Puisque je m’en vais un peu, loin de mes gares, je vous en laisse le soin. A Lobbes, chez moi, Philippe parlera de pastis et de courses cyclistes. A Hourpes, chez moi aussi, il y aura toujours moins de voyageurs que de trains. A Charleroi, chez toi, les navetteurs iront et viendront plus rares. A Bruxelles-Nord, chez vous, il y aura des trains T et des trolleys par milliers.

Au-delà, partout ailleurs, il pleuvra sans doute assez. A Hamont comme à Leval, le barbecue vivra. Des bambins en sandales verront leur premier train à Herne comme à Ampsin. Il y aura des jardins de sable à Blankenberge, des plages de foin à Beauraing. Les chantiers cesseront, les tondeuses vrombiront – absentément, je vous le dis.

Là-bas, où je serai, ce monde s’éteindra treize jours durant. J’espère qu’on me laissera le temps d’aimer une étrangère. Mais je sais déjà que la seule thérapie viendra sur l’oreiller, lors de voyages les yeux grand fermés. Ceci n’est pas un adieu, juste un au revoir à l’infini, amplifié par ces trains interdits dans lesquels nous ne monterons pas.

Et puisque voilà le soir venu, je vous dis bonjour et à bientôt.

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31/01/2013

Qui sera, verra...

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Quelle est la vision du chemin de fer de demain? Derrière cette question essentielle fourmillent des interrogations par douzaines, teintées d'inquiétude et, c'est vrai, d'un peu de colère. Pourtant, je ne suis pas un de ces navetteurs qui râlent au quotidien. Vous me connaissez assez pour savoir que je vois, dans chaque retard, dans chaque correspondance ratée, une chance, une opportunité d'exister hors-le-temps, de briser la routine, de se laisser aller au hasard des gares et des gens, ces voyageurs inconnus, ces otages du moment. Mais ça, c'est ma vie.

Quelle est la vision du chemin de fer de demain? Personne ne semble le savoir vraiment. On est à peu près sûr qu'il y aura encore des trains, rentables sur les moyennes distances. Il y aura donc encore des gares, froides et robotisées, dans lesquelles marcheront toujours plus vite les navetteurs, entre deux écrans. On pourra peut-être encore voyager pour le plaisir, pour voir les siens, les toucher, les étreindre quand les écrans seront éteints. Pour le reste, trop de gens se disent qu'on verra bien, que ce qui sera, sera.

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Le chemin de fer doit-il subir une certaine évolution ou doit-il se façonner une évolution certaine? D'où viendra la réponse, sinon de cette Europe qui veut unir les porte-feuilles avant les coeurs, néolibéraliser en pensant se faire aimer? Cette réponse viendra-t-elle un matin, sous la forme d'un email à 9h02, adressé aux chers clients, pour annoncer fermetures et suppressions, travaux et tarifs majorés, sans le moindre recours, sans avoir sondé le moindre client? Ce n'est pas impossible, pensez-vous sans doute. Il en va déjà de la sorte, vous dites-vous peut-être...

Quelle rentabilité pourra-t-on choisir pour le chemin de fer? Celle, néolibérale, qui apportera de gros profits à une petite caste d'actionnaires ne prenant jamais le train? Ou celle qui se souviendra de l'utilité publique et acceptera que les bénéfices des grandes lignes couvrent en partie les déficits des petites lignes? Pourra-t-on encore monter à Gouvy et descendre à Pry, monter à Quévy et descendre à Landelies? Il est fait de paradoxes, ce monde où l'on semble penser que des forêts d'éoliennes suffiront à chasser au loin le mauvais air qu'on respire.

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Quand est-ce que les pontes du chemin de fer admettront qu'il y a un service après-vente, en arrêtant de confondre voyages et voyageurs dans les statistiques? Quand auront-ils assez de charisme pour motiver davantage agents et clients, et les fidéliser dans un vrai projet de société? A force de mal communiquer, avec des langues de bois jusque dans les nouveaux media, ils anesthésient les uns et les autres, résignés et passifs, alors que tout ça, toute cette vie sur les rails ou tout au long, pourrait être excellent.

Quelle est la vision du chemin de fer de demain? Personne ne semble le savoir vraiment. L'erreur n'est-elle pas de l'accepter et de se taire, et de se dire qu'au fond on ne pourra rien y faire? Et que qui sera, verra...?

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[ILLUSTRATIONS - :tout en haut: Le Fyra, dont une rame traversait Bruxelles-Nord le 14 juin 2012 lors d'un parcours d'essai, est le symbole de ce qui ne va pas aux chemins de fer aujourd'hui. Les media vous ont expliqué pourquoi ces dernières semaines. :ensuite: Les nouvelles rames Desiro ML, après quelques problèmes de jeunesse, envahissent le réseau. Mais essayez de travailler sur un laptop ou de rédiger un article à l'encre comme je le fais encore - c'est la galère... :ensuite: Prendra-t-on encore longtemps le train en gare de Gouvy, ici photographiée le 29 décembre 2008? :tout en bas: Le soir tombe sur les voies enneigées menant à Charleroi-Sud le 13 janvier 2013.]

23:58 Publié dans caténerfs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sncb, trains, gares

12/05/2012

Une histoire qui ne s'écrit plus

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Que restera-t-il dans les manuels d'histoire, dans cent ans, de ces drôles d'années que nous vivons? Que sauront de nous, de nos vies d'aujourd'hui, les gens de la cinquième génération à venir? S'y intéresseront-ils? Ou cette tradition essentielle à l'homme qu'est la transmission du vécu, d'une génération à l'autre, aura-t-elle cédé pour de bon devant la colonisation, sans cesse plus forte, de nos gestes quotidiens par la machine, avec ses giga ceci et téra cela?

Je ne me suis jamais vraiment présenté. Je suis un voyageur ordinaire, sombrement vêtu, qui marche d'une gare à l'autre, à la conquête de temps perdus. Je hante certains quais le matin, le soir, pour gagner ma vie. J'observe mes alentours, les inconnus qui m'entourent, pour un jour les décrire, par l'image ou le mot. Je n'ai besoin de rien d'autre pour exister ou comprendre ce que je fais sur terre.

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Que restera-t-il, dans cent ans, de nos données, de nos fichiers, de nos existences digitales? Quelle reliques, quelles survivances, quelles bribes d'histoire donneront à nos descendants l'impression de nous connaître un peu? Ou le seul intérêt sera-t-il celui pour le trésor enfoui, les milliards qui dorment ou ceux que le marketing engrange en créant des buzz à tout-va et des modes rétro?

Je suis un jeune voyageur à l'ancienne, percé mais pas tatoué, qui use de l'encre et du clavier pour chasser l'oubli. J'aime tout le monde mais ne connais personne, donc je suis naïf. J'ai pour seul réseau social ces inconnus que je croise dans les trains du lendemain, ces âmes dont je n'ose lever le voile, de peur de les froisser. Je serais plus sage si je restais en gare, à forcer le trait, à ne décrire qu'un seul drapeau planté.

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Que restera-t-il, dans cent ans, de la liberté de penser et de refuser? Qu'adviendra-t-il de nos voyages en train, de ces minutes fécondes, où l'on risque l'imprévu? Se souviendra-t-on de nos errances et de nos errements, de nos monologues décousus, de nos espérances frivoles? Ou le seul voyage des gens d'alors sera-t-il celui qui mène le regard d'un écran à l'autre, d'une tâche à l'autre, selon le Programme, pour "vivre" un jour encore?

Je ne suis qu'un voyageur soucieux, sous son bonnet rayé, des flux et reflux, des vases communiquant d'une ère à l'autre. Je redoute le jour qui viendra sans doute, où l'on ne saura des brumes du passé que trois dates, deux guerres et un anniversaire. Alors, les yeux bleus d'amour, je pars de gare en gare, par l'image ou par le mot, pour exister encore et constater les menus détails d'une histoire qui ne s'écrit plus.

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[ILLUSTRATIONS - (de haut en bas:) La 6213 est au repos à Saint-Ghislain le 12 septembre 2009; Détail de la façade de la gare de Jette, le 14 mai 2010; Le soleil tarde à s'élever au-dessus de la gare d'Aywaille le 29 décembre 2011; L'automotrice 819 marque l'arrêt en gare d'Uccle-Caelevoet le 23 mars 2012.]

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13/11/2010

Lévitons ensemble

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Puisque les feuilles tombent, le moment est venu de vous remercier de vos passages répétés sur ce blog. Plus un jour ne passe sans que je pense à vous et aux pensées qu'il peut vous inspirer. Le plus dingue dans l'histoire, c'est que nous nous sommes sans doute déjà croisés, au hasard des chemins, des gares et des trains, sans se connaître, sans se parler. Je vous inviterais bien en gare; nous regarderions les trains glisser.

Puisque les feuilles tombent et que les trains glissent, le moment est venu de vous inviter à rebondir. Plus un jour ne passe sans que je pense aux témoignages que vous pourriez livrer ici. Il y a dans chaque trajet en train, dans chaque pas perdu en gare, une histoire, des sentiments, des rêves éteints ou éveillés, de petits drames ou de grandes extases. Je voudrais que vous me les contiez; nous regarderions la nuit tomber.

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Puisque les feuilles tombent, que les trains glissent et que la nuit tombe, le moment est venu de vous promettre d'autres voyages. Plus un jour ne passe sans que je pense aux destinations à combler. Si je tarde à partir de Mons à Chimay, c'est qu'il me faut du temps pour extraire l'essence d'une histoire enfouie depuis un demi-siècle. J'aimerais vous compter parmi les témoins; nous regarderions les reliques chanter.

Puisque les feuilles tombent et que les trains glissent, que la nuit tombe et que les reliques chantent, nous irons à Jemappes, à Namèche et à Uccle, à Aywaille, à Bertrix et à Diest. Nous oublierons le temps, les angelures et les grands tracas. Il faudra marcher d'un bon pas, à l'eau claire, entre deux trains, entre deux averses, à la recherche d'un angle distinct. J'aimerais vous reconnaître sur les quais; nous regarderions les gens débarquer.

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Alors, puisque les feuilles tombent et que les trains glissent, que la nuit tombe et que les reliques chantent, que les gens débarquent et embarquent à l'est comme à l'ouest, avec leurs histoires éveillées, leurs rêves éteints et leurs petites extases, au hasard des rues, des gares et des trains, alors lévitons ensemble, ici, là-bas, à en perdre la raison, jusqu'au prochain départ, sous les étoiles, vers la gare suivante, où nous regarderions la vie passer.

 

[C'était là ma façon de vous remercier pour vos nombreux passages sur ce blog ;-) Les mois à venir seront éprouvants sur le plan professionnel, et les escapades seront forcément moins nombreuses. Mais j'ai un grand stock de gares et de sujets en réserve! D'autre part, j'essaie, quand j'ai du temps ou moins d'inspiration, de réécrire ce blog par l'arrière, en rééditant certaines anciennes notes dans le format actuel. Plusieurs articles d'intérêt moindre seront supprimés. Je ne sais pas quoi faire avec l'article sur les retards de la SNCB (septembre 2007) qui reste un des plus lus mais mériterait une mise à jour et un changement de ton. Ah, encore une chose, mon appel à témoins de septembre 2009 tient toujours!]

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[Illustrations, de haut en bas - Nous irons en gare de Namèche, ici photographiée le 18 mars 2010. Nous n'irons sans doute pas en gare d'Heverlee, ici photographiée le 2 mars 2008, mais qui sait? Nous n'irons certainement pas en gare d'Esneux, ici photographiée le 1er novembre 2007, et pourtant il faudrait. Nous irons certainement en gare de Dave-Saint-Martin, ici photographiée le 28 janvier 2008, pour raisons d'Etat.]