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16/01/2010

Blocks, tunnel, ponts et passages à niveau

[Ceci est le cinquième arrêt d'un parcours en treize articles le long de la ligne 130A. Nous sommes partis d'ici, et nous nous sommes posés des questions à Marchienne-Zone, avons valsé à Landelies et rêvé de ce qui n'existe plus à Hourpes.]L130A_9.JPG

L130A_6.JPGPoursuivons notre beau parcours le long de la ligne 130A. Mais avant de nous arrêter à Thuin, prenons le temps et le soin de nous intéresser au fonctionnement actuel des trente kilomètres de ligne. C'est là l'occasion de rendre hommage au génie de générations de gens du rail, des premiers bâtisseurs à ceux qui ajourd'hui encore l'entretiennent et la modernisent. Chapeau bas également à tous les cheminots, aux métiers parfois oubliés, qui lui ont donné vie au fil du temps. Nos voyages, notre liberté d'hier et d'aujourd'hui, c'est un peu à eux que nous la devons!

Les origines du rail de la Haute Sambre remontent à la tendre enfance des chemins de fer en Belgique. C'est par un arrêté royal de mai 1845 que fut accordée à la Société du chemin de fer de Charleroi à la frontière de France la concession pour la construction de la ligne. Les crises financières de l'époque retardèrent l'exécution des travaux rendus difficiles par les quinze franchissements de la Sambre, tant et si bien que la ligne à double voie n'ouvrit que le 6 novembre 1852. La Compagnie du Nord en reprit l'exploitation dès 1854. Ce n'est qu'en 1941 que la ligne fut nationalisée. Son électrification, fin décembre 1964, lui permit de prendre part à l'âge d'or des Trans Europe Express.

L130A_7.JPGSi aujourd'hui l'Europe ne défile plus à Thuin, la ligne 130A reste un corridor pour le transport de marchandises entre les anciens bassins industriels de la Wallonie et du Nord-Pas de Calais. Les convois sont tractés par des série 12 de la SNCB ou des BB36000 de la SNCF, avec le timide concours de locomotives diesel de série 57 de la SNCB ou BB67400 de la SNCF. Des TRAXX devraient venir compléter la parade d'ici peu.

Du lundi au vendredi, la SNCB assure une relation L à cadence horaire, avec renforcement aux heures de pointe, entre Charleroi-Sud et Erquelinnes. Six fois par jour, les trains poursuivent jusqu'à Jeumont, de l'autre côté de la frontière. Les week-ends et jours fériés, la cadence est bi-horaire, les trains restent en Belgique et ne s'arrêtent pas à Hourpes. Les voyageurs prennent place dans des automotrices AM62/79, avec le renfort d'une rame quadruple AM75 lors de la pointe matinale. Des autorails de la série 41 assurent les remplacements, essentiellement les week-ends, lors de travaux ou d'entretiens de la caténère.

Depuis plus de dix ans, d'importants travaux de modernisation compliquent un peu l'exploitation de la ligne. Les ponts sur la Sambre, il est vrai vétustes, sont remplacés un à un. Les travaux concernent également le seul tunnel de la ligne (tunnel de Leernes, parfois erronément appelé tunnel de Landelies), d'une longueur de 441 mètres, dont on augmente péniblement le gabarit depuis deux ans et demi. A terme, des convois plus lourds, jusqu'à 22,5 tonnes par essieu, pourront emprunter la ligne.

L130A_8.JPGL'espacement des trains est garanti par trois cabines de signalisation, en plus de celle de Charleroi-Sud, occupées vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des hommes d'expérience. Il s'agit des blocks 59 (Marchienne-Zone), 62 (Lobbes) et 66 (Erquelinnes), que complète une cabine automatique située à Hourpes. La signalisation, les aiguillages, les passages à niveau sont contrôlés à partir de ces cabines, sans lesquelles la circulation à contre-voie exigée par les longs travaux serait presque impossible.

Il subsiste, le long de la ligne 130A, huit passages à niveau, tous de deuxième catégorie, le dernier marquant la frontière entre la Belgique et la France. La véritable curiosité est le passage à niveau n°119, dans les bois au fond de Thuin, qui débouche sur une grille en fer forgé verte barrant l'accès à une seule demeure, en fait une ferme lovée dans un méandre de la Sambre.

Hormis les mesures imposées par les travaux de modernisation de la ligne, la coexistence entre le trafic voyageurs et le trafic marchandises s'opère sans encombres, et la voie d'évitement entre Lobbes et Fontaine-Valmont n'est guère utilisée. Depuis les fermetures des lignes 108 (entre Binche et Erquelinnes) et 109 (Mons-Chimay), il y a déjà longtemps, les trains ne se bousculent plus vraiment en gares de Lobbes et d'Erquelinnes. C'est donc avec sérénité que les petites automotrices arpentent la ligne 130A et se jouent de la Sambre, de méandre en méandre.

Arrêtons-nous maintenant à Thuin.

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[Illustrations, de haut en bas: 1. Vue de l'intérieur du block 59 à Marchienne-Zone (photo aimablement transmise par un cheminot sympa). 2. Les 441 mètres du tunnel de Leernes sont en travaux depuis deux ans et demi et il faudra encore au moins deux ans pour les achever. Cette photo, prise à Leernes (Fontaine-l'Evêque) le 8 novembre 2009, montre la sortie du tunnel du côté Hourpes. 3. Ce pont, un des quinze chevauchant la Sambre, est situé à Fontaine-Valmont et fait partie de ceux qui ont remplacé les anciens ouvrages vétustes. Photo prise le 5 janvier 2010. 4. Le passage à niveau 119 à Thuin, ici photographié le 21 mai 2009, serait-il réellement privé? Il donne accès à une seule propriété barrée par une grille en fer forgé. 5. Vue extérieure du block 59 à Marchienne-Zone (photo aimablement transmise par un cheminot sympa).]

21/12/2009

A Hourpes ce matin-ci, ce matin-là

[Ceci est le quatrième article d'une série de treize nous emmenant le long de la ligne 130A. Le voyage a commencé ici, avec des arrêts à Marchienne-Zone et à Landelies.]

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Ce matin-là, l'horloge de la cuisine indiquait 5h42. Vingt-quatre minutes avant le premier bus, que je n'avais pas envie de prendre. Pour me rendre à Woluwe, avant deux trains et métro, à travers bois je suis descendu, à pied, jusque Hourpes. Dans les premières lueurs du jour, dans les derniers silences de la nuit, les oiseaux chantaient à peine, le long de l'unique route menant, cahin-caha, à Hourpes. Un château, quarante maisons, aucun commerce - ainsi va le hameau, qui dormait encore. Ce matin-là, le long du halage, la Sambre suintait sous le soleil naissant. Vingt-quatre minutes avant le troisième train du jour.

Hourpes2.JPGSeul ou presque, j'ai pris le train vers la ville, vers l'air moderne. Au fond, Hourpes ne vit plus que dans le coeur de ses habitants, dont aucun ne se souvient vraiment des lustres d'antan. Des ruines, le long de l'eau, évoquent un passé prospère, avant le premier train, au temps des chevaux de trait. Le temps a tout emporté, après le premier train.

A Hourpes, sans voiture, on vit seul. Sans le train, on n'y vit plus. La halte n'y sera jamais rentable. A moins de rebâtir toute une ville, ce qui ne pourrait se faire, faute à la nature... Le jour où, à Hourpes, le train on retirera, le hameau on enterrera. Le temps aura tout emporté, après le dernier train.

Ce matin-ci, l'horloge de la cuisine indiquait 11h36. Vingt-quatre minutes avant le soleil de midi, trop bas pour réchauffer des mains gelées. Vers Hourpes, dans la neige, à travers bois je suis descendu. Avant d'atteindre l'ancien coron, trente fois j'ai glissé, sans prise sur la flore figée. Des enfants hilares, une maman inquiète, des boules de neige qui volent - ainsi va le hameau, qui vivait encore. Ce matin-ci, le long du halage, la Sambre tremblait sous la glace filante. Vingt-quatre minutes après le soleil de midi.

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Je n'ai pas pris le train vers la ville. Mais j'en ai attendu d'autres, dont personne n'est descendu. Alors, à Hourpes, j'ai arpenté les quais, encore et encore, pour laisser dans la neige épaisse des milliers d'empreintes. Voilà! Elle n'est pas rentable, cette halte? Les forges et les hauts-fourneaux ont disparu, mais pas le souvenir des milliers d'âmes qui y ont sué. Le seul fantôme ici, c'est moi. Alors, en vain, d'autres ruines j'ai cherché. Celles de la gare d'Hourpes, jadis si fleurie. Mais le temps a tout emporté, et un peu plus avec chaque train.

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[Illustrations: Tout en haut - Ce matin-là, le 20 mai 2009, la Sambre suintait sous un soleil naissant. En haut - Ce matin-là, le 20 mai 2009, Hourpes dormait encore. En bas, à gauche - Ce matin-ci, le 18 décembre 2009, l'automotrice 689 assurant le train L4784 arrive à Hourpes. En bas, à droite - Il y avait jadis une gare à Hourpes et elle était même la plus fleurie de Belgique. Tout en bas - Ce matin-ci, le 18 décembre 2009, les deux quais courbés d'Hourpes étaient recouverts d'une généreuse couche de neige.]

[L'histoire d'Hourpes mérite d'être connue. Un ancien habitant en a retracé l'histoire de manière assez habile, sur son blog 'Le hameau de Hourpes']