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13/12/2009

Valse à Landelies

[Ceci est le troisième article d'une série de treize nous emmenant le long de la ligne 130A. Le voyage a commencé ici, avec un premier arrêt à Marchienne-Zone.]

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C'est peu après Marchienne-Zone que la ligne 130A délaisse le tissu industriel et enfile un étonnant corsage de vert et de brun, de bleu et de blanc. Le block 59, au lieu-dit de la Jambe-de-bois, valide en quelque sorte le départ d'une valse virevoltante entre rivière et rails. Et si la voie ferrée, comme effarouchée, se cache encore un temps dans un étroit goulot rocheux, c'est pour mieux rejaillir et toiser, mais sans malice, la Sambre en contrebas. Les carrières de Landelies défilent, le viaduc du R3 chapeaute, les massifs arborés s'étoffent. Pas de crainte, pas de doute: la ville est loin déjà!

... Si loin déjà, qu'il n'y a plus de gris, sinon celui de la pierre de pays. La voie se courbe, recroise la Sambre et caresse de vieilles bâtisses. Un arrêt s'amorce, une halte s'impose, une gare se prépare. Une automotrice aux tags hétéroclites accourt, freine et s'arrête, essoufflée le long d'un quai délabré. On n'entend qu'elle! Et puis des bisous, des mots complices, quelques rires et des portières qui claquent. A Landelies, le train repart et le silence revient. La Sambre est proche, en fait.

Landelies2.JPG... Si proche, en fait, qu'il ne faut que quatre-vingts pas pour s'en approcher. Quatre-vingts pas de valse, entre le fer et l'eau, face à face, avec pour seuls témoins de frêles masures et un vieux chien. Et moi, dont le regard scintille, je ne sais plus qui choisir, le cours d'eau ou le chemin de fer. Mais puisque choisir je dois, je suivrai les nuages, dont le blanc lacté me ramène à la gare. Très vite, je cadre et compose, en gare de Landelies, des images que partout j'emmènerai en m'écriant gaiement: "Qu'elle est belle, en vérité!"

... Si belle, en vérité, malgré ses vilains défauts, qu'à défaut de viles vérités, on l'aime, le vieux chien et moi, pour sa beauté au défi du temps. C'est qu'un siècle plus tard, elle illumine encore les lieux, le creu de Sambre, avec grâce et élégance. On n'y vend plus de billets et la voici revêtue de blanc. Mais pour le reste, le pont, les toits, l'assiette de la voie: c'est la superposition du passé et du présent. Je regretterai peut-être la marquise qui jadis...

Assez rêvé. Laissons la valse du temps à ces deux-là. Car celui-ci a un devoir, qui est d'aller vers l'ouest. A Landelies, le train revient et je repars. La Sambre est proche, en fait. 

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(Illustrations: Toutes les photos prises le 20 juillet 2009. En haut: La gare de Landelies, après avoir été laissée dans un état de délabrement pendant des années, a été rachetée par un particulier. Au milieu: l'automotrice n°218, assurant le train L4783 en direction de Charleroi-Sud s'est arrêtée à Landelies, où elle circule à contre-voie en raison des longs travaux de modernisation de la ligne. En bas, à gauche: La gare de Landelies côté rue. En bas, à droite: Vue panoramique du point d'arrêt de Landelies sur la ligne 130A.)

30/11/2009

A Marchienne-Zone je piocherai

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Qu'il soit L ou P, notre vieux tortillard a quitté Charleroi-Sud et remonte lentement le faisceau longeant Carsid et les derniers fleurons de l'industrie lourde du Pays Noir. Et puis il vire pour emprunter la ligne 130A, dont se détachera rapidement la ligne 132 (Charleroi-Mariembourg). La 130A se courbe en traversant la Villette et ses vieilles maisons ouvrières, sans lâcher d'une semelle, ou est-ce d'un sabot, l'imposant gazoduc aérien qui la tire vers l'eau. A cet endroit se situaient jadis deux points d'arrêt nommés "La Villette" et "La Sambre", ce dernier quoiqu'encore éloigné de la rivière. A Marchienne-Zone nous arrivons.

Risquons tout pour une visite de ce vaste site plutôt glauque où nulle âme ne va. En bien des choses, elle est post, cette Zone! Post-industrielle. Post-ferroviaire. Post-apocalyptique? L'herbe y est jaune, le sol jonché de gravats. La Gare a depuis longtemps disparu et, avec elle, tout espoir de rédemption. Même les vieux tortillards semblent gênés de ces pâles quais bas. A Marchienne-Zone nous errons.Marchienne_Zone3.JPG

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 Alors, poussons plus loin. Car, passés les pâles quais bas, à gauche comme à droite, le faisceau de voies s'évase et le mystère s'épaissit. C'est la zone de formation Saint-Martin où, depuis longtemps, on ne forme plus de trains. Il y a un siècle, on y fabriquait même des essieux pour locomotives, mais c'est là encore un vague souvenir. Il reste un vaste hangar fort abîmé où reposent encore des engins d'entretien des voies. S'agit-il là d'un ancien dépôt? A Marchienne-Zone nous cherchons.

Explorons à droite, en longeant le gazoduc. Le gros tuyau et les rails rouillés cadencent mes pas. Le coeur trépidant, je sais où je vais. Un macabre attelage m'attend, celui formé par sept vieilles 22 déclassées. Carreaux cassés, flancs tagués: depuis bientôt trois ans, elles attendent... le ferraillage! Pourquoi si longtemps? Sur le faisceau évasé, les mystères déjà épais se multiplient. Et nous n'avons pas encore franchi la Sambre! A Marchienne-Zone nous nous perdons.

Revenons enfin sur nos pas, dans l'herbe jaune, le vague à l'âme. Un silence pesant plombe le vaste site pots-ferroviaire, où j'ai plus de questions que de réponses. Suis-je arrivé trop tard? La Sambre a-t-elle tout emporté, hommes et machines, rêves et destins, au fil des flots? Assez! Sur le pâle quai bas, au bord de cette Zone pas encore post-dépressive, je peste et j'enrage. Mai revenu, c'est promis, je reviendrai, avec armes et bagages s'il faut, pour percer ses mystères. Carte à la main, je m'arrêterai et, l'endroit trouvé, à Marchienne-Zone je piocherai!

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(Illustrations:en haut, les deux quais excentrés de Marchienne-Zone, photographiés le 7 juin 2009. A noter que le bâtiment de la gare se situait à hauteur de la portion dallée du quai depuis lequel la photo a été prise. Au centre, à gauche: (20 juin 2009) le point d'arrêt de Marchienne-Zone, dont on distingue les deux quais au loin, se prolonge par un faisceau fourni faisant partie de l'ancienne zone de formation Saint-Martin. Au centre, à droite: le train L 4782, exceptionnellement assuré par un autorail de la série 41, arrive à Marchienne-Zone où il marquera un court arrêt avant de redémarrer vers Charleroi-Sud. En bas, les locomotives 2203, 2211, 2216, 2220, 2235, 2241 et 2245 sont abandonnées à un bien triste sort depuis presque trois ans, dans un coin reculé du faisceau entre Marchienne-Zone et l'ancien point d'arrêt de Jambe-de-bois.)