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21/03/2010

Labuissière et le destin

[Cet article est le neuvième volet d'un parcours qui en compte treize, le long de la ligne 130A. De vieilles automotrices évoluent paisiblement le long de la Sambre, avec arrêts à Marchienne-Zone, Landelies, Hourpes, Thuin, Lobbes et Fontaine-Valmont, et une halte technique ici.]

Labuissière1.JPG

Labuissière2.JPGDestination Labuissière! Je ne me souviens plus du jour d'octobre 2002 où j'y ai abouti. De cette toute première fois, de ce moment originel, du flash initiatique sur un lieu qui allait devenir familier. Je ne me souviens pas de Labuissière ce jour-là, du train qui m'y a déposé, de la valise que je trainais. C'était pour rejoindre l'être aimé dans sa nouvelle demeure, le long de la Sambre, à Merbes-le-Château. C'était pour oublier la vie en voiture, les départs en retard, les dépenses à tout-va. Si je ne me souviens pas du soleil grisonnant, du fond de l'air, du passage à niveau fermé, ce jour-là, c'est la faute au destin!

Et il y eut mieux après! Il y eut les aurores du jeudi et le train de 6h47 en hiver, avec dix autres navetteurs. Il y eut les dimanches après-midi et les heures au soleil, sur le quai, à regarder passer les trains. Il y eut d'incroyables départs et d'incroyables arrivées, en soirée, avec armes et bagages. Il y eut surtout un coup de foudre, dont je ne me souviens plus, pour cette petite gare délabrée, loin de tout, comme il le fallait sans doute!

Labuissière3.JPGC'est donc la faute au destin si c'est à Labuissière qu'est né mon amour des gares. Car, à n'en pas douter, c'est là que tout a commencé. C'est là qu'à califourchon dans les gravillons, mon regard s'est égaré le long des rails. C'est là qu'au méandre d'une pensée, j'ai sorti l'objectif pour tout figer. C'est en gare de Labuissière que je suis né nouveau.

Ce n'est pas la plus belle gare. Le bâtiment voyageurs, dont portes et fenêtres ont été obturées, doit à la paresse des hommes sa lente agonie. La marquise est décharnée, la charpente s'émiette. La cour à marchandises est un vague terrain où l'on se dit au revoir et où l'on dresse parfois les chiens. Quand on dresse le bilan, en gare de Labuissière, on ne sait qui blâmer sinon le destin.

Mais si malgré la gare, malgré le destin, ce lieu se fait charmant, c'est parce qu'il laisse flotter le temps au gré des humeurs de la Sambre. Allez voir, et dites-moi si le coin vous laisse de marbre. Et si, comme moi, vous y trouvez les gens farouches, regardez du côté des pierres. Rendez vous à l'écluse et cherchez votre reflet dans l'eau. Regardez du côté des pierres, celles sur lesquelles on bâtit son destin, et dites-moi si vous ne voyez pas, dans cette eau, une nouvelle carrière, un être nouveau.

Labuissière4.JPG

[Illustrations - :en haut: La gare de Labuissière, photographiée le 5 janvier 2010, telle qu'elle apparait encore aujourd'hui. Mais pour combien de temps encore? La Région wallonne voudrait "assainir le site"! :au centre, à droite: C'est en gare de Labuissière, ici photographiée le 16 janvier 2005, qu'est né mon amour des gares. :au centre, à gauche: Vue des quais sous la marquise décharnée, prise le 29 juin 2008, dans le sens de Charleroi. :en bas: La gare de Labuissière ponctue mollement un long tronçon en ligne droite de la ligne 130A. Comme à Lobbes, comme à Fontaine-Valmont, un clocher toise l'édifice ferroviaire, photographié ici le 5 janvier 2010.]