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16/12/2015

Château de Seilles, ministère austère

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sncb,train,gare,seilles,château de seilles,ligne 125Il y a bien un château à Seilles, un très vieux château même. Mais on ne peut l'apercevoir du long quai central séparant les voies de la ligne 125 (Namur-Liège). Et pour ce qui est de la vie de château, on repassera... tant l'équipement du point d'arrêt est spartiate. S'il n'y avait eu ce beau soleil de novembre, je n'y serais resté que quelques instants.

A l'approche du sillon ferré, la rue François Jassogne s'élève et franchit les rails en un pont étroit. Les voyageurs descendent par un seul escalier, au milieu du pont, côté est, et aboutissent à l'extrémité d'un quai encore bas qui n'est plus que saupoudré de gravier. Ils peuvent se munir d'un billet pour ailleurs à l'aide de l'automate, ce nouveau luxe qui peuple désormais nos petites haltes.

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sncb,train,gare,seilles,château de seilles,ligne 125Mieux vaut d'ailleurs ne pas avoir à s'éterniser sur le quai car il n'offre aucun siège, et seuls l'automate et la valve des horaires semblent promettre un départ à plus ou moins court terme. Les deux abris, désossés, n'abritent plus de rien et certainement pas des intempéries. A ce tableau de désolation s'ajoutent deux voies abandonnées, où l'on refoulait jadis les wagons de Carmeuse...

A ce moment-là, donc, je me crois seul en gare. Mais une radio grésille de derrière l'escalier et apparait aussitôt un homme du rail, d'orange vêtu, émergeant de son poste éphémère, actionnant un appareil de voie. Il me demande l'heure mais nous ne causons pas. Objectif en main, je comprends que les trains rouleront précautionneusement de part et d'autre du quai.

Je photographie des automotrices inquiètes et les coils logés sur un long train de marchandises. Entre deux messages radio, j'arpente le quai en espérant qu'on l'élèvera bientôt, comme à Andenne. Et en attendant, en tant que voyageur unique, je me suis senti tel un châtelain déplumé prêchant, à Château de Seilles, pour la fin de son ministère austère. 

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[ILLUSTRATIONS: Photos prises en gare de Château de Seilles le 2 novembre 2015 dans l'après-midi.] 

26/01/2015

L'échafaud d'Engis

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sncb,gare,engis,ligne 125,trainLe vent d'ouest qui balayait la Meuse était chargé, comme souvent à Engis sous un ciel bas. Il y a, du pont surplombant les flots déterminés, un plaisir visuel assuré quand les vapeurs de Prayon disputent aux nuages l'horizon. Vivifié, comblé, j'ai remonté le cours un temps pour mieux contourner la gare, dont on a une vue plongeante, là-haut, quand on flanque la roche.

A Engis, entre Flémalle et Huy, on prend tout son temps pour transformer l'ancien bâtiment des recettes en maison de quartier. Les échafaudages s'éternisent; le chantier a pris un retard considérable. Et on n'est pas près de revoir le long des rails un édifice qui les honore. Trois ans de retard: derrière le grillage, derrière la ferraille, chercherait-on à trop bien faire?

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sncb,gare,engis,ligne 125,trainTant pis. Il doit y avoir une raison aux retards; les voyageurs le savent bien. Avec indulgence, on soutiendra même que l'échafaud lui sied. Mieux vaut le gros appareillage que de grosses caries, n'est-ce pas? Et puis la gare retrouvera, tôt ou tard, un habitant qui, on l'espère, aura l'âme d'un chef de gare...

C'est qu'en humant cet air humide, en revenant vers la gare appareillée, on voit comment, d'ouest en est, le fleuve et le rail ont creusé un double sillon pour le voyage et l'industrie. Par-delà les toits des quartiers ouvriers, on comprend que tout était lié: les hommes et la pierre, les bateaux et les trains, les cheminées et les chimères. Et donc, à en croire l'échafaud, les retards de la gare ne sont dus qu'à sa mue profonde, froide, calculée.

En traversant le passage sous les voies, désormais richement graffé de superhéros, j'ai relevé les anachronismes. Et je me suis demandé, l'air aidant, si les embruns d'Engis n'endormaient pas les gens. Si à force de charrier les tourments des générations d'ouest en est, la Meuse ne cherchait plus qu'à embrumer les volontés, dont celle de rendre aux rails d'Engis une gare rassurée...

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[ILLUSTRATIONS - Les deux photos en haut de page ont été prises en gare d'Engis le 30 décembre 2014. Les trois suivantes ont été prises le 29 décembre 2013. Le bâtiment sera-t-il achevé si je retourne le 31 décembre 2015?] 

19/03/2011

Anagrammes d'Amay

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Amay3.JPGC'était un jour d'été en gare d'Amay, après une flânerie raccourcie et une bière éphémère. J'étais assis à même le quai sous un soleil de plomb, la tête à l'air, de la sueur sur les paupières. Sous une chaleur écrasante, trois jeunes fumaient des joints un peu plus loin. Mon regard s'est perdu dans le nom du lieu, écrit blanc sur bleu face à moi, de l'autre côté des voies. L'étourdissement venant, j'ai beaucoup voyagé avant que ne survienne un train, avant que ne revienne l'ombre.

Amay. A.M.A.Y. A l'envers, Y.A.M.A. Mais aussi M.A.A.Y. Et A.Y.A.M. Et puis M.A.Y.A. Que se passe-t-il? Le soleil tape. Où suis-je encore?

Yama donc? Avec ces chaleurs, je ne sais plus. Mais si c'était Yama, ce serait un point d'arrêt dans les montagnes irradiées du Japon ou dans le désert du Niger. Or, si je vois toujours bien, entre les perles de sueur, il y a ici une gare en brique rouge et un feuillage bien vert. Yama ce n'est pas, mais à vrai dire, avec les méninges torchées, tout est relatif.

Amay2.JPGMaay peut-être? Je ne crois pas. J'y verrais une gare de style colonial, au Transvaal ou près du Cap. Mais la flore serait autre, plus vive et peuplée de babouins. Or, ici, le cap, je le perds et il n'y a d'autres colonies que celles des enfants rôtis qui chantent et crient un peu plus loin. Mais bon, s'il n'y a que Maay qui m'aille, alors je prendrai celle-là.

Gare d'Ayam alors? Le parfum de la pierre du quai n'évoque ni l'Inde ni le Yémen et leurs gares pâles comme la terre, ridées par le soleil et la poussière. Y a pas d'Ayam ici, même si Ayam happy. Mais vite de l'eau ou un coca car la syncope menace. A se demander comment les jeunes un peu plus loin tiennent debout encore.

Amay4.JPGMaya, c'est ça? Non, je ne pense pas. L'air y serait rare, dans cette petite gare des hauts plateaux andins, où le train ne vient qu'un matin sur vingt. Tiens, voilà des abeilles, manquait plus que ça. Je les chasse d'un geste sec. Il fait trop chaud, et comme Willy je deviens fou. Au fait, il vient quand le train? J'attends depuis si longtemps déjà.

Les mots cèdent, les sons fondent, la mémoire - l'Amaymoire - flanche en gare damée. Des roues grincent, des freins crissent, un homme gris sort. Etourdi, le crâne brûlant, je titube et monte dedans, telle une abeille ivre au Yémen, et m'éloigne, à l'ombre, dans une caisse, vers Namur et le soleil couchant.

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[ILLUSTRATIONS- Photos de la gare d'Amay - ou faut-il vraiment dire "de Amay"? - prises le 27 août 2009.]